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ETONNEMENTS

 

 

 

CELINE, AUTEUR DE CHANSONS.

 Le Figaro et L'Intransigeant du 6 décembre 1936 annoncent que Marianne Oswald devrait interpréter au printemps suivant une chanson écrite par Louis-Ferdinand Céline. Il s'avère que l'écho n'était pas fantaisiste puisque l'écrivain, qui séjourne alors à Anvers et qui a lu l'un de ces journaux, écrit le lendemain à la chanteuse : " Je vois que vous avez tous les courages ! Tant pis pour vous ! Vous verrez ce que mon nom apporte d'hostilités ! de haines irrémédiables ! Enfin ce sera une expérience. Travaillez bien. " (Cahiers Céline 2004, p.36).

La chanson dont il est question est vraisemblablement A nœud coulant, éditée quelques mois plus tôt par Jean Noceti, auteur de la musique. Fille d'émigrés juifs polonais, Marianne Oswald, née Sarah Bloch [1901-1985], qui avait connu la célébrité dès 1933 au " Bœuf sur le toit ", venait justement d'imposer son répertoire populaire au public difficile de L'ABC, mais faisait l'objet, dans la presse bourgeoise, d'attaques antisémites que dénonçait L'Humanité, trois jours plus tôt.

  Céline, qui lui souhaitait alors de réussir dans cette entreprise, raconta plus tard à sa façon cette collaboration qui faillit aboutir : " Elle m'a pendu à la braguette pendant des mois [...] Elle me fusillait de télégrammes avec Cocteau pour que je la saute, lui fasse une chanson, la lance à Paris - à l'ABC " (Lettre à Albert Paraz, 22 avril 1948).
 Marianne Oswald était alors la protégée de Jean Cocteau, qui lui avait écrit une chanson : " La Dame de Monte-Carlo ".

 Le cas de cette chanteuse est singulier. Elle avait quitté l'Allemagne lors de l'arrivée d'Hitler au pouvoir et avait tenté de s'imposer, dès la fin 1932, dans les cafés-concerts de Montparnasse avec un répertoire d'extrême-gauche. Autant que ses textes, sa personnalité ne laissait pas indifférent : voix grave et éraillée (due à un goitre thyroïdien opéré à Berlin), cheveux rouges et maquillage blanc, elle suscitait enthousiasme ou rejet.
 Des débats avaient eu lieu en 1934 au Club du Faubourg sur le thème : " Pour ou contre Marianne Oswald ". Des journaux de droite vilipendaient cette " hideuse juive allemande ". A Genève des spectateurs en étaient venus aux mains. La pression médiatique fut telle qu'en mars 1937 elle tenta de se suicider dans sa chambre d'hôtel en absorbant des barbituriques.

  Après un essai sans lendemain au cinéma aux côtés d'Arletty, elle quitta la France en 1940 et s'exila aux Etats-Unis durant la guerre. De retour à Paris elle publia en 1948 un volume de souvenirs : " Je n'ai pas appris à vivre " chez Domat-Montchrestien, la maison d'édition de Jeanne Loviton. C'est ce volume, dont Paraz lui avait parlé, qui avait fait réagir Céline.
 (Site d'Henri Thyssens sur Robert Denoël).