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* Bruno CHAOUAT (professeur associé de littérature française moderne et contemporaine à l'Université du Minnesota, directeur du Centre d'études de l'Holocauste et du génocide) : " (...) Quelle différence, pourtant, entre les rires de Céline (je ne nie pas qu'il m'ait fait rire) et de Zarathoustra ! Entre le grand rire affirmatif d'un Nietzsche et le rire de celui qui se peint en éternelle victime, en suicidé de la société... Rapprocher ces rires me paraît une incongruité herméneutique, un contresens. Pour le reste, c'est-à-dire pour ce qui est de votre analyse dialectique ou rédemptrice de la destruction comme déconstruction , je vous aurai prévenu : je prends Céline au pied de la lettre, au premier degré, si vous voulez. Je lis les Entretiens comme un art poétique. Et j'en infère ceci : que le style de Céline signe l'arrêt de mort non seulement de la littérature contemporaine, mais aussi, et rétrospectivement, de toute la tradition littéraire : " Y a plus eu de nageurs " à la brasse " une fois le crawl découvert !...

  Le " style émotif " fossilise, momifie, rend caduc, frappe d'inanité tout ce qui précède. Quant à l'écrivain contemporain qui n'aurait pas pris acte de la révolution célinienne, le voilà déjà momifié, fossilisé, embaumé. La littérature non célinienne, non " émotive " est pourriture. A letter, a litter (Lacan). Et il s'agit bien, dans l'hybris narcissique de Céline, de muer tout ce qui n'est pas lui en déchet. " Toute écriture est de la cochonnerie ", avait déclaré Artaud. Pour Céline, tout ce qui n'est pas mon écriture est de la cochonnerie. Ses héritiers ne sont que de vulgaires copistes. Ils font dans le kitsch, ou, comme il dit, dans le " chromo ", le simulacre, la contrefaçon. Tout se passe donc comme si Céline avait saturé le style Céline, la manière célinienne, de façon à interdire toute prise de relève, tout passage de relais. De façon que personne, jamais, ne puisse se réclamer de lui, de façon, pardonnez-moi d'y insister, à verrouiller l'histoire de la littérature. "
  (Céline, fossoyeur des lettres ?, site internet du mouvement Transitions, Le Petit Célinien, 21 août 2012).