BIENVENUE BIOGRAPHIE AUTEURS POLITIQUES MEDIAS REPERES TEMOIGNAGES

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

                                                            PERSONNAGES

 

 

* IRENE des PEREIRES.

 " Dites donc, Ferdinand ! qu'elle m'arrête... Une idée qui la traverse, elle se redresse d'un coup... Vous êtes sûr au moins qu'il est pas caché là-haut !... "
  J'osais pas trop affirmer... C'était délicat !... Je voulais éviter la bataille... Ah ! elle attend pas ! Elle bondit !... " Ferdinand ! Vous me trompez ! Vous êtes aussi menteur que l'autre !... "
  Elle veut plus que je lui explique... Elle m'écarte de son passage... Elle saute dans le petit escalier, dans le tire-bouchon... La voilà qui grimpe en furie... L'autre il était pas prévenu... Elle lui tombe en plein sur le paletot !... J'écoute... j'entends... Tout de suite, c'est un vrai challenge !... Elle lui en casse pour sa thune ! D'abord, il y a eu les paires de beignes ! et puis des vociférations...

 " Regardez-moi ce satyre !... Ce sale voyou !... Cette raclure !... Voilà à quoi il passe son temps !... Je me doutais bien de sa sale musique ! J'ai bien fait de venir !... "
 Elle avait dû juste le tauper comme il rangeait nos cartes postales... les transparentes... dans l'album... celles que je vendais moi, le dimanche !... C'était souvent sa distraction après le déjeuner... Il était pas au bout de ses peines ! Elle écoutait pas ses réponses ! " Pornographe ! Fausse membrane ! Pétroleux ! Lavette ! Egout ! "... Voilà comment qu'elle le traitait !...
  Je suis monté, j'ai risqué un œil par-dessus la rampe !... A bout de mots elle s'est ruée sur lui... Il était retourné sur le sopha... Comme elle était lourde et brutale !
  " Demande pardon ! Demande pardon, choléra ! Demande pardon à ta victime ! " Il se rebiffait quand même un peu... Elle l'attaquait par son plastron, mais c'était si dur comme matière, qu'elle se coupait là-dedans les deux paumes... Elle saignait... elle serrait quand même...

 (...) Et puis alors elle l'a relâché, elle saignait trop abondamment... elle est redescendue à toutes pompes... Elle a sauté au robinet... " Ferdinand ! Ferdinand ! pensez donc un peu, depuis huit jours, vous m'entendez ! Depuis huit jours que je l'attends ! Depuis huit jours, il n'est pas rentré une seule fois !... Il me ronge ! Je me dessèche !... Il s'en fout !... Il m'a écrit juste une carte : " Le ballon est détérioré ! Vies sauves ! " voilà ! C'est tout !... Je lui demande ce qu'il va faire ? Insiste pas qu'il me répond !... Fiasco complet !... Depuis ce moment plus un geste ! Monsieur ne revient plus du tout ! Où est-il ? Que fait-il ?... Le crédit " Benoiton " me relance pour les échéances !... Mystère total !... Dix fois par jour, ils reviennent sonner... Le boulanger est à mes trousses !... Le gaz a fermé le compteur !... Demain ils vont m'enlever l'eau !... Monsieur est en bombe !... Moi je me rouille les sangs !... Ce sale raté !... Ce sale vicieux !... Ce dévoyé !... Cette infernale, ignoble engeance ! Ce sapajou !... 

  (...) Parfaitement ! Empoisonneur de ma vie ! Avec sa vermine ! Sa gale ! Il méritait pas davantage !... Il le connaîtrait son plaisir ! Ah ! Je t'y ramènerai à Saint- Louis ! Monsieur veut suivre ses passions ! C'est un déchaîné, Ferdinand ! Et la pire espèce de sale voyou ! On peut le retenir par nulle part ! Ni dignité ! Ni raison ! Ni amour-propre ! Ni gentillesse !... Rien !... L'homme qui m'a bafouée, bernée, infecté toute mon existence !... Ah ! il est propre ! Il est mimi ! Ah ! oui alors, je peux le dire ! J'ai été cent mille fois bien trop bonne !... J'ai été poire, Ferdinand ! que c'est une vraie rigolade ! Ça a l'air d'une farce exprès !...  A présent, vous m'entendez, il a cinquante-cinq ans et mèche ! Cinquante-six exactement ! au mois d'avril ! Et qu'est-ce qu'il fait ce vieux saltimbanque ?... Il nous ruine !... Il nous fout franchement sur la paille !...

  Et vas-y donc ! Monsieur ne résiste plus ! Il cède complètement à ses vices !... Monsieur se laisse emporter !... Il roule au ruisseau ! Et c'est moi encore qui le repêche ! Que je me débrouille ! que je m'esquinte !... Monsieur refuse de se restreindre !... C'est moi qui le sors du pétrin !... C'est moi qui vais payer ses dettes ! C'est moi, n'est-ce pas, Arlequin ?... Son ballon, il l'abandonne ! Il a même plus deux sous de courage !... Voulez-vous savoir ce qu'il fait à la gare du Nord ? au lieu de rentrer directement ?... Vous, vous le savez peut-être aussi ? Où y s'en va perdre toutes ses forces ? Dans les cabinets, Ferdinand ! Oui ! Tout le monde l'a vu ! Tout le monde t'a reconnu, mon bonhomme !... On l'a vu comme il se masturbait... On l'a surpris dans la salle ! et dans les couloirs des Pas Perdus !... C'est là qu'il s'exhibe !... Ses organes !... Son sale attirail !... A toutes les petites filles ! Oui, parfaitement ! aux petites enfants ! Ah ! mais y a des plaintes ! Je parle pas en l'air ! Oui, mon saligaud !...
  (Mort à crédit, Gallimard, 1990, p. 471
).