LETTRES

 

 

 

 

                                                    A Jaroslav ZAORALEK

                                                                                   [ Saint-Malo le 12 mai 1937. ]

             Cher Ami,

  Je ne suis pas surpris par la réaction de vos critiques : je les attendais. La clique juive soviétique et maçonne autrichienne au pouvoir chez vous ne pouvait manquer de baver de la sorte. Je ne crois pas d'ailleurs, même de bonne foi, qu'elle aurait compris. Le destin de la critique est de toujours immanquablement déconner. En réalité Mort à crédit est infiniment supérieur à tous égards au Voyage. C'est de l'expression directe, le Voyage était encore littéraire, c'est-à-dire merdeux, par plus d'un côté. La critique, comme le public, aime avant tout le faux, le simili, l'imposture. Il fuit l'authentique. On ne le changera pas.

  Soit. Je m'en fous après tout. Je veux bien partager le sort de tous les créateurs véritables. Je veux bien être seul contre tous. Il me plaît même parfaitement d'en arriver là. Toute approbation a quelque chose de dégradant et de vil.

  L'applaudissement fait le Singe. En ces temps parfaitement grégaires, il m'est agréable de chier sur n'importe quelle puissance. Quant à l'optimisme, vous me permettrez de rigoler ! Tous les charlatans sont optimistes ! Que seraient-ils sans bonne humeur ? Tout est là.

  Bien amicalement à vous

                                                                                                L. F. Céline

  Quant au photographique, rien de moins photo que Mort à crédit ! Il faut être complètement abruti comme un critique pour ne sentir aucune transposition.