BIENVENUE BIOGRAPHIE AUTEURS POLITIQUES MEDIAS REPERES TEMOIGNAGES

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

MISES AU POINT

 

 

 

 L'AMBULANCE DE SARTROUVILLE.

 Vient la défaite. Céline accepte le 10 juin, à la demande du maire, de faire partie sous sa direction d'un convoi qui devait gagner Pressigny-les-Pins, dans le Loiret, où la commune disposait de locaux. Il s'agissait pour lui d'assurer avec l'ambulance municipale l'évacuation d'une vieille femme et de deux nouveau-nés. Cette demande, qui évitait à Céline d'assister à l'entrée des Allemands dans Paris, était sans doute bienvenue. Lucette, habillée en infirmière, prend place dans l'ambulance. Celle-ci, vite séparée du reste du convoi, cherche à se mettre en sécurité en franchissant la Loire. Mais le 15, quand ils y arrivent, le pont d'Orléans et la ville elle-même se trouvent sous le coup d'un bombardement. Céline reçoit là une sorte de baptême qui le marquera pour les années qu'il a encore à vivre. Cette forme moderne de la guerre lance à partir de ce moment un défi à son écriture pour la suite de son œuvre.

  Avec l'ambulance dont il a la charge, ils devront aller le lendemain en amont jusqu'à Cosne-sur-Loire pour passer le fleuve juste avant que le pont ne soit détruit. De là, ils pourront aller jusqu'à Issoudun, dans l'Indre, où ils confieront les enfants à une antenne de la Croix-Rouge avant d'être rattrapés par les bombardements, puis, le 19, gagneront La Rochelle, où ils se sépareront de la vieille dame.
  Le 20 juin, Céline, s'étant mis à la disposition de la préfecture, fut d'abord adressé par le médecin-inspecteur au port de La Pallice : " Ce médecin qui est médecin sanitaire maritime cherchant à être utilisé serait heureux d'accepter n'importe quel poste, s'il y en avait un, soit pour embarquement soit pour tout autre chose. " (F. Gibault, tome II, p.211).
  Ce document donne un certain fondement à l'allégation souvent reprise par Céline après la guerre, selon laquelle il n'eût tenu qu'à lui de passer en Angleterre (mais était-ce alors son but, après tout ce qu'il avait écrit contre l'Angleterre dans ses deux pamphlets ?).

  Finalement, il se retrouva le 21 à Saint-Jean-d'Angély, près de La Rochelle, dans un camp de réfugiés qui avait été installé dans les bâtiments d'une usine, la S.N.C.A.S.O. (Société nationale de constructions aéronautiques du Sud-Ouest). Le médecin-chef de ce camp, le docteur Vaudremer, s'était entendu avec la préfecture de La Rochelle pour créer dans l'hospice de la ville, avec l'aide de médecins affectés et logés sur place, des conditions de soin qui éviteraient de garder au camp des malades ayant besoin d'une hospitalisation. Cette affectation ne dura que dix jours. Dès le 30, Céline, Lucette et l'infirmier chauffeur reprennent avec l'ambulance la route de Paris.
  Le 14 juillet, Céline rejoint Sartrouville, où sa situation est ambiguë. Lors de sa nomination, en février, il avait été stipulé que le remplacement pour lequel il était engagé durerait " pendant toute la période des hostilités ". (Lettre du maire, Eric Mazet, Etudes céliniennes n°5, 2009, p.31). Le titulaire n'a toujours pas rejoint son poste, cependant les hostilités ont pris fin et, d'autre part, un confrère a assuré le service de Céline pendant l'absence de celui-ci. Petite confusion au milieu de la confusion générale. Mais l'administration, elle, entend reprendre la main.
 Le 21 juillet, la préfecture de Seine-et-Oise envoie au maire de Sartrouville une circulaire demandant si les médecins de sa localité " sont restés à leur poste " au mois de juin.

 Sollicité, Céline envoie une réponse cinglante dans laquelle il établit qu'il est parti sur ordre du maire, et avec celui-ci, qu'il a mis à l'abri les malades qui lui étaient confiés, et ramené l'ambulance, le tout à ses frais. Il termine en exprimant la pensée qui ne le quitte jamais : " Je ne regrette rien. Curieux de nature et si j'ose dire de vocation, j'ai été fort heureux de participer à une aventure qui ne doit se renouveler, j'imagine, que tous les 3 ou quatre siècles. " (Lettre au directeur du Service de santé, préfecture de Seine-et-Oise, 23 juillet 1940).
  Cette aventure, que l'histoire nommera exode, il l'appelle lui la " débinette ". Il ressent le besoin d'en parler sans attendre. Dès le 2 août, il en donne un premier aperçu dans une lettre privée : " Comme j'ai rampé, résonné de mille bombes, tressauté de torpilles, dégueulé de malheurs [...] tout au long de cette caravane hantée ! de Sartrouville à La Rochelle ! " (Lettre à Théophile Briant, 1940).
  (Henri Godard, Céline, Biographies, Gallimard, 2011, p.300).