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                                                          COLLOQUES

 

 

 

                                                                                                           XXIème Colloque International

                                                                                    Louis-Ferdinand CELINE

                                                                           VARSOVIE  30 juin, 1er et 2 juillet 2016

 

 

 

    Le thème choisi pour cette année : " CELINE, masculin féminin ". Ce XXIème colloque se déroule dans les locaux de l'Institut Culturel Français de la capitale polonaise aimablement prêtés, pour l'occasion, par Mr Stanislas PIERRET, son sympathique directeur.

 Situé dans le cœur de Varsovie, à une dizaine de minutes, tout près des grands hôtels il offre sur deux étages de très nombreux livres, revues et disques à une population avide d'ouverture sur le monde français des arts, de la littérature ou de la musique.

 C'est justement, au premier étage, dans la grande salle de la " Médiathèque " que Maître GIBAULT, le président de la Société des Etudes Céliniennes, après avoir accueilli chaleureusement la trentaine de participants, déclare ouvert ce XXIème Colloque International.

  Dans ses paroles de bienvenue, Mr Stanislas PIERRET évoque avec passion le rôle essentiel de l'Institut Français, sa mission et le lien important qu'il assure entre chercheurs notamment sur la littérature.

 

 

                                                                               

 

 

                                                                                                                            

                                                                        Salle Médiathèque                                                                                Mrs PIERRET et GIBAULT

                                                  

                                                                                         

   
       Jeudi 30 juin 2016 ,  9h30 :

 

  La première intervention peut maintenant inaugurer ce XXIème colloque polonais...
 
 

       Présidence François GIBAULT
 

           1ère communication :

 

      Anne BAUDART : CELINE le masculin et le féminin.

 

  C'est dans Semmelweis, la thèse de médecine de L-F Céline et dans Les derniers jours de Semmelweis, où il revient sur l'histoire du médecin hongrois qui découvrit avant Pasteur la cause de l'infection dans la fièvre puerpérale, que j'ai cherché à comprendre l'ambiguïté de l'écriture d'un écrivain au pseudonyme étrangement féminin : Céline.
  Le choix de ce prénom, ne s'explique pas seulement par son attachement à sa grand-mère ou à sa mère ! A Rome un citoyen avait trois noms, le surnom désignait le trait de caractère... Cette part de féminin révèle ce qui est sa manière d'écrire, sa magie, son enthousiasme poétique.
  Quand il commence son Voyage, il a déjà perdu, après la traversée de 14, toute confiance dans les valeurs attribuées à la guerre, à la virilité, au pouvoir. C'est dans l'histoire de la vie de Semmelweis qu'il va trouver la vérité, son échec dû à sa trop grande sensibilité pour faire aboutir le résultat de ses recherches. Il refuse de reconnaître cette injustice et la folie destructrice des mâles auquel il oppose la douce patience et l'intelligence des femmes.

   Mais il constate que Semmelweis n'a pas eu " la force de son génie "... Et qu'il a manqué de courage et de détermination virile cause en grande partie de sa tragédie. Alors que la virilité masculine détruit, Semmelweis veut sauver, construire. " Les femmes nous amènent sur un autre chemin... "
  Après avoir dénoncé les horreurs de la guerre, Céline va choisir de hurler avec les loups dans ses pamphlets espérant, en dénonçant le pouvoir imaginaire des Juifs, trouver les solutions radicales d'un homme fort.

  Tiraillé entre sa violence " masculine " et sa douceur " féminine ", entre recherche d'harmonie et explosions de haine, son style hérissé par l'hystérie, reste le lieu où s'est déroulé, de livre en livre, ce conflit, jusqu'au bout impossible à dépasser.
 

 

 

           2ième communication :

 

  Ana Maria ALVES : Marie CANAVAGGIA fidèle collaboratrice de Céline ou " Colomba jalouse " ? Dévouement féminin/soupçon masculin.

 

  Approche de la relation de Louis-Ferdinand Céline avec Marie Canavaggia qui en parallèle avec sa carrière de traductrice assure la fonction de secrétaire de l'écrivain. Le terme de secrétaire  doit se comprendre plus exactement comme " assistante " ou bien encore comme " Double ".
  " Une gazelle dangereuse écrit-il à Nimier ". Qui, proche, surveille, collectionne.

  A l'heure des soupçons il confie à Paraz pressentir avoir à ses côtés une " Colomba jalouse ". Elle devra recréer les liens distendus pendant son absence au Danemark. Depuis Mort à crédit, elle reconnait en lui un écrivain tout à fait exceptionnel avec le privilège de l'avoir vu au travail. " On a une dette envers lui... "

 Et pour Céline, elle a un vrai statut difficile, " son admirable amie "... La fierté, la loyauté, le talent, sa femme de confiance... Elle prend livraison des manuscrits, les lit, les note. Elle surveille et corrige les épreuves d'imprimerie, elle collectionne les articles de critique avant de les lui faire parvenir.

  Quand elle lui déclare ses sentiments, il la remet en place sèchement. Elle devient lassante, ennuyeuse, " Colomba emmerdante... " Mais les doutes qui pouvaient intervenir durant ses sept années d'exil ne pourront pas détruire des années de dévouement.

   

   PAUSE... lieu de retrouvailles, plaisir d'échanges et de mises en commun...

 

 

                                                                                                       

 

                                                                              On compare les lieux, les capitales des derniers colloques, Paris, Berlin, Varsovie...

      

                                                                                                       

 

                                                                                                               Mais l'énergumène revient toujours au cœur des conversations...

 

 

 

           3ième communication :

 

       Véronique ROBERT : CELINE et FLAUBERT

 


 

   Les deux écrivains étaient tous les deux d'origine normande. On trouve chez eux une même passion... un même mysticisme.

  Une même haine de la campagne... Et un amour commun des perroquets...

  Ils vont à leurs tours vivre la guerre. Flaubert va subir celle de 1870 contre les prussiens. " Quelle haine cette guerre ! "

  Céline, celle de 14-18... Nous avons là deux furieux solitaire...

 


 

 

 

 

         Jeudi 30 juin 2016,  14h15 :

 

      Présidence Christine SAUTERMEISTER

 

             4ième communication :

 

   Pascal IFRI : La conception de la femme chez Céline : un parallèle entre les romans et la correspondance.


  Dans les romans de Céline, la femme apparaît bien différente selon que le héros/narrateur considère son apparence physique ou sa personnalité. Dans le premier cas, il fait souvent preuve d'un enthousiasme débordant devant les plaisirs que promet ou que donne le corps de la femme. C'est l'attitude de Bardamu devant Lola, Musyne et Sophie dans Voyage au bout de la nuit, de Ferdinand devant Nora dans Mort à crédit, et du Ferdinand plus âgé devant la jeune Virginia dans Le Pont de Londres.

  Cependant, à mesure qu'il apprend à connaître ces femmes, son engouement ne dure pas et laisse la place à un désenchantement aussi extrême qu'avait été son enthousiasme. Céline ne croit pas au vocabulaire sur l'amour. L'image de la femme apparaît le plus souvent différente selon ses interlocuteurs.

  Leurs actions trompeuses, imbéciles ou même méchantes le hérisse et sa conception se renforce en considérant de façon définitive qu'elles sont traitresse ou idiote. " Sorcière ou fée... "
  Il va magnifier la perfection du corps féminin, la danseuse. C'est l'hymne à la danseuse. Jouisseur, ivre des muscles, des cuisses, " des versants musculaires... " Alors beauté et vice sont inséparables...

  Cette communication va s'efforcer de vérifier si dans la correspondance, cette dichotomie, cette double image de la femme, se retrouve et notamment dans les nombreuses lettres que Céline a écrites à ses " amies " particulièrement au cours des années trente.

 

 

           5ième communication :

 

  Tonia TINSLEY : Le féminin dans l'œuvre de Céline : sur les traces d'une synthèse essentielle.
 

   Le thème choisi représente l'ensemble des recherches de l'intervenante ce qui va lui permettre d'analyser la complexité et l'équivoque de la question chez Céline. Par rapport au point de vue global de toute l'œuvre, ce thème va montrer le positionnement essentiel du féminin dans le développement du style célinien.

  Ce féminin se trouve au centre d'une synthèse artistique vitale à la fois au rythme langagier et au jeu imagier d'un Céline qui cherche à créer dans " l'intimité des choses, dans la fibre, le nerf, l'émotion des choses... en tension poétique constante, en vie interne. "

  Cette présence féminine qu'elle soit de nature concrète ou suggérée à l'œuvre de Céline, permet de transposer au texte la cadence du vivant et du vécu éphémères et secrets.

  On voit le positionnement ambiguë d'un personnage masculin décrit en femme. Mme des Pereires comparée à un homme, et Courtial enclin à un féminisme grossissant... Parallèle où Mme des Pereires gronde, jupe retroussée... Dans Mort à crédit, Mireille possède le vice de tous les hommes...

  Tantôt l'écrivain féminise ses personnages masculins, tantôt il impose des caractéristiques masculins à ses personnages féminins, allant parfois jusqu'au travesti. Cette pratique prête néanmoins une survaleur au féminin, puisqu'elle permet la reprise continuelle d'un langage et d'un lieu communs entre le féminin et l'écriture, et amène Céline à une synthèse substantielle signalée la plupart du temps par le même trio de personnages : l'écrivain, la femme, et l'artiste, autrement dit, Céline féminin masculin.

 


 

    

      PAUSE :

 
 Le président propose à l'assistance d'avancer l'Assemblée générale prévue dimanche matin et de choisir le lieu du prochain colloque ainsi que le thème qui y sera développé. Pour aider le choix du lieu, il propose Le Havre, et pour Paris, la Fondation Dubuffet, Sciences Politiques ou la Fondation Singer-Polignac.

  A la suite de propositions riches d'intérêt, on semble se diriger vers Paris pour le choix de la ville et Sciences Politiques pour le lieu. Quant au thème il y en a trois qui ont été retenus, dans l'ordre de préférence : " Céline et la politique ", " Céline et l'argent ", et " Céline et Paris ".

 



 

                                                                                          

 

                                                       Les anciens, les habitués des colloques...                                                         Les nouveaux adhérents, ravis... 

 

                                                                                          

 

                                                                                 Tous se côtoient, échangent... heureux d'appartenir à une même famille.

 

 

 

 

             6ième communication :

 

      Pierre de BONNEVILLE : Céline et les femmes.


  L'intervention se déroule sous un écran où figure le jeune Céline entouré de son père et de sa mère. Pierre de BONNEVILLE va se servir d'images qui défileront sur l'écran pour illustrer, au fur et à mesure, la justesse de son argumentation. Ainsi nous verrons successivement Marie-Karen Jensen, Lucienne Delforge, Drena Beach, Eliane Bonabel, Elizabeth Craig, Lucie Porquerol, Marie Canavaggia, Lucette Almanzor...

 Mis en nourrice trois jours après sa naissance, il a longtemps manqué de protection et il n'a trouvé celle-ci que très tard avec Lucette qui allait partager sa vie jusqu'au bout. Avec un homme comme Céline, les femmes n'ont pas le beau rôle. Toujours dans le besoin affectif, toujours en difficulté dans la gestion de ses émotions.

  Voyeur et fétichiste, Céline a une admiration éperdue pour le corps féminin : " Son corps était pour moi une joie qui n'en finissait pas. Je n'en avais jamais assez de le parcourir, ce corps américain "... Son fétiche ? La cuisse de la danseuse. Le fétiche est une métonymie. L'objet-fétiche quel qu'il soit, est le prolongement du corps maternel.

 Toujours besoin d'une canne, besoin de se nourrir de complicité. Et que ces complicités le nourrissent. Complicités féminines et masculines. Si la cuisse est son fétiche, son icône est bien la rousse américaine de 26 ans rencontrée à Genève. Déterminante pour son écriture, " l'Impératrice " devient la dédicataire de son Voyage au bout de la nuit.

  Dominateur, avide de possession, il crée lui-même les conditions de l'instabilité en provoquant les ruptures tout en les redoutant. Cette tendance à idéaliser puis à dévaloriser l'autre : " Tu es formidable... tu es une ordure ". Et il s'arrange pour que ses liaisons soient distantes géographiquement. Ses " femmes " sont dispersées à Londres, à Genève, en Bretagne, à Anvers, à Vienne, à New York, au Danemark...

  Son credo : jouir, profiter de la vie, sans entrave, sans interdit, sans servitude, sans assujettissement. En 1925, à Blanchette Fermon, il recommande : " A vous Blanchette de ne plus perdre une seconde... A cheval ! Lance en main à l'assaut de tout ce que les hommes contiennent encore de poétiques et fructueux désirs ! [...] farce mélancolique la vie, croyez-moi. Farce sinistre si on abandonne les quelques fleurs qu'on peut cueillir dans le jardin de sa jeunesse. [...] Laissez votre cœur tranquille. Vous ne savez pas vous en servir... "

  La médecine et l'écriture l'ont en partie sauvés, lui offrant le double statut gratifiant de " docteur " et " auteur ". Le cerveau étant premier organe sexuel de l'homme, l'écriture se substitue à la libido, lui permettant de revivre les sensations et les émotions, de prolonger, de vivre et revivre les réalités et les illusions amoureuses, érotiques, sentimentales : " superposer les noms des femmes aimées jusqu'à ce qu'elles forment un cercle enchanté qui peut-être était à l'abri des ravages du temps. Lucette s'amalgamait avec Lili (Elizabeth) et Arlette (Arletty) ; la dernière et la première se joignaient dans une ronde sans fin. " (Erika Ostrovski, Céline, le voyeur voyant).
  L'avenir de Céline n' était  pas la femme, mais la feuille de papier.


  

 

        Ainsi, se termine la première journée de ce XXIe Colloque International. Avant de regagner les chambres d'hôtel ou de commencer à découvrir les grandes artères du centre de la capitale, tous se retrouvent invités à un " pot de bienvenue " aimablement offert par l'Institut et son directeur.
  Un verre à la main est toujours un facteur de convivialité et de rapprochements.

 

 

 

                                                         

 

 

                                                                             

 

 


 

 

        VENDREDI 1er JUILLET 2016,  9h30 :

 

 

         Présidence : Johanne BENARD

 

                  7ième communication :

 

        Anne SEBA-COLLETT : L'Arène de Saba : L'histoire de Céline chez la Reine de Saba et sa sœur Lilith.
 

   La métaphore de l'arène de Saba est un espace hautement propice à la création des œuvres de Céline. Il est en effet peuplé de figures à l'image double de la Reine de Saba et de sa sœur homologue et androgyne Lilith.

  Lilith, elle a deux rôles, un envers les femmes et un envers les hommes. Pour les femmes c'est elle qui fait mourir les accouchées et les nouveau-nés. Pour les hommes Lilith les séduit, car elle se nourrit de leur semence. Chaque fois que la semence d'un homme tombe sur la terre, il la féconde et engendre un démon.

 Elle aurait régné comme Reine de Saba et elle serait le démon qui aurait tué les fils de Job, elle serait apparue devant Salomon déguisée en prostituée de Jérusalem. Sous diverses apparences elle plane à travers les rêves des hommes ; à la fois séductrice et envoûtante, vampire ou succube. Avec une imagerie très variée, qui éclaire son caractère de démon, sous les traits d'une superbe femme nue, parée d'une longue chevelure ondoyante, une vulve se dessine sur son front, ses jambes prennent la forme de serpents et pour couronner sa majesté deux ailes lui confèrent un aspect prodigieux.

  Les écrivains, Flaubert, Anatole France, Nerval ou Nodier, devanciers littéraires de Céline, dans plusieurs romans du XIXe siècle, avaient déjà utilisé ces figures romanesques.

  Il y avait dans cette attitude de solidarité féminine une seule femme qui rayonnait de la bonté et de la beauté - la Molly du Voyage ; celle qui " devait avoir un petit ciel rien que pour elle, près du Bon Dieu. "

  Ajoutons Elizabeth Craig, le grand amour de Céline, qui a littéralement pris des ailes comme une Lilith en s'envolant vers les Etats-Unis pour, de surcroît, se marier avec un juif, ce qui à son tour, a attisé l'antisémitisme latent de l'écrivain.

 

 

              
                  8ième communication :

 

        François-Xavier LAVENNE : Le cannibalisme sexuel célinien ou le rapt des ondes de vie.


    Cosmologie imaginaire. Des vibrations subtiles dans l'atmosphère. " Des dentelles d'ondes... " Dans la scène du viol de Virginie, durant de longues minutes, le personnage célinien se transforme. On voit un balancement permanent entre la vie (la danseuse, la lumière), et la mort (la bidoche).

 
Chez Céline, l'acte sexuel est un acte violent, potentiellement destructeur, sous-tendu par le désir de posséder totalement l'autre au risque de l'anéantir. Dans Mort à crédit, Ferdinand commence par être la victime des appétits sexuels de femmes qui le réduisent à l'état d'objet avant que la situation ne s'inverse lors du viol de Virginie.

  L'analyse des champs lexicaux dans cette scène montre que l'acte sexuel s'apparente à une forme de cannibalisme dont le but est de voler à l'autre une part de son énergie vitale. Pris dans un accès frénétique de gloutonnerie amoureuse, Ferdinand tente de s'approprier un peu de la jeunesse de Virginie, d'approcher le secret de son âme, de lui dérober son trésor de vie et de grâce.

  Cette communication s'attache à mettre en évidence les substrats imaginaires qui sous-tendent la représentation célinienne de l'acte sexuel. Celle-ci s'inscrit en effet dans une conception magico-religieuse de la vie comme un jeu d'ondes.

  Le voyeurisme, qui permet la jouissance dans la distance, apparaît alors comme un mécanisme de défense de l'individu vis-à-vis du danger potentiel que représentent tant les pulsions de l'autre que les siennes.

  Ce voyeurisme érotique se mue en rituel mystique dans le culte de la danseuse. Dans l'œuvre de Céline, la danseuse transcende la chair et la spiritualise. Elle rayonne d'énergie vitale et initie les hommes à une nouvelle manière de cultiver et de partager les ondes émotives.


 

 

           9ième communication :

 

     Rémi WALLON : Une drôle de dame : Céline et la féminité d'Elie Faure.


   Au moment de la publication de Voyage au bout de la nuit, Céline fait parvenir à Elie Faure un exemplaire de son roman. Cet envoi est suivi, quelques semaines plus tard, d'une lettre dans laquelle, en réponse à un premier jugement très favorable, l'écrivain exprime à l'historien de l'art son admiration : " Vous avez reçu mon livre parce que depuis toujours je lis les vôtres, tous les vôtres et avec quelle joie ! Quelle passion même ! Je suis depuis toujours loin de l'Art et des Artistes - sauf votre livre, je n'ai jamais eu aucun contact avec eux - C'est ma bible. "
 
  Ces premiers échanges enthousiastes, dans lesquels Céline se présente à Elie Faure comme un ardent lecteur de son œuvre foisonnante - au sommet de laquelle il semble placer l'Histoire de l'art - conduisent les deux hommes, médecin l'un et l'autre, à prendre l'habitude de se rencontrer régulièrement.

  Cette amitié naissante incite Elie Faure à publier en juillet 1933 une étude de plusieurs pages consacrées à Voyage au bout de la nuit : il y présente le roman comme une œuvre sans commune mesure avec la production littéraire de son temps, tant il lui semble que " l'homme actuel est pareil au langage de Céline ".

  Dans les années qui mènent Céline de cette prise de contact amicale à la publication des pamphlets puis à celle de Guignol's Band I, sa fréquentation des écrits d'Elie Faure semble ne jamais se démentir. Les désaccords esthétiques et politiques entre les deux hommes sont cependant de plus en plus manifestes, et le ton employé par Céline dans ses lettres se durcit progressivement.

  Au mois d'août 1935, l'écrivain fait ainsi simultanément grief à l'historien de l'art de sa langue et de ses idées : dans ces deux domaines, il l'accuse violemment de manquer de virilité : " Mais bien sûr que j'ai raison, dix mille fois raison ! " L'amour " n'est pas un propos d'homme, c'est une formule niaise pour gonzesse ! L'Homme va au fond des choses, y reste, s'installe, y crève. Vous n'avez pas un langage d'ouvrier, vous êtes emmenés par les femmes, vous parlez femme et midi. En avant la barcarolle ! "

  Il s'agira ainsi d'étudier dans cette communication ce reproche de féminité adressé par Céline à Elie Faure - dans la pensée de qui l'amour, ce sentiment " dégueulasse " dont Robinson faisait le mensonge par excellence dans les dernières pages de Voyage au bout de la nuit, joue en effet un rôle de premier plan.

 

 

 

    14h15 :  Présidence : Pierre-Marie MIROUX

 

          10ème communication :

 

      David FONTAINE : " Je suis gratuite, je suis femme du monde " : Céline " Pas putain pour un sou " ?


   Pourquoi Céline se définit-il régulièrement, voire réplique-t-il, comme une femme, lorsqu'il veut défendre le caractère désintéressé de son engagement ? Pourquoi réagit-il si vivement à l'accusation de Sartre d'avoir été " payé par les nazis " dans le libelle " A l'agité du bocal ", comme sous la brûlure de l'accusation infâmante entre toutes ?

  Il s'agira dans cette communication de s'interroger sur la nature de " l'engagement " au sens célinien (et partant antisartrien). Engagement volontaire, des deux guerres : engagement au sens d'abord militaire et indissolublement pacifiste, avant d'être un acte de foi patriotique. Céline se définit comme un croisé belliqueux se sacrifiant pour préserver la paix de ses compatriotes : une Jeanne d'Arc moderne cherchant à sauvegarder la France.

  Dans tous les domaines, Céline semble mesurer la justesse de l'engagement à la gratuité sans tache d'un idéal. C'est de façon récurrente la comparaison sous-jacente avec la prostitution qui permet de l'exprimer. Ainsi dans l'entretien avec le journaliste suisse Albert Zbinden (1957) : " Mais absolument je suis femme du monde et non pas putain, n'est-ce pas. Par conséquent j'ai des faiblesses pour qui je veux. "

  Afin de témoigner de son indépendance " d'affranchi ", l'écrivain - qui s'est choisi délibérément un pseudonyme féminin - se présente en femme libre, tombant amoureuse (d'une cause) pour son compte. Cela fait écho à son art poétique : " Au commencement était l'émotion ", qui n'a pas de prix ; d'où découle ensuite naturellement le Verbe, qui épouse le rythme émotif.

  Or ce paradigme " femme du monde " vs. " putain " s'articule avec d'autres paradigmes récurrents : " voyeur " vs. " exhibitionniste " ; " maquereau " vs. " client " ; " écrivain " vs. " médecin " ; " style " contre les " idées "... En se combinant, ces paires se compliquent en une dialectique.

  " Je pavoise d'être gratuit... n'importe comment et dans n'importe quelle condition... je suis pas putain pour un sou !... " Malgré la gratuité revendiquée sur tous les plans, y compris sa pratique de médecin qui ne se fait pas payer, Céline explique de manière contradictoire s'être lancé dans la médecine ou la littérature pour des raisons " économiques ".

  L'élan lyrique de l'engagement semble rejoint par le prosaïsme de la vocation. Inversement, cette revendication de gratuité renverse tout soupçon d'être " vendu " : Céline, se posant en bouc-émissaire, explique inlassablement avoir " payé cher " pour les autres, et avoir " mis sa peau sur la table " au plan littéraire.

 

 

 

            11ème communication :

 

       Sven Thorsten KILIAN : " Je suis une femme du monde et non pas putain, n'est-ce pas. " Le genre ambigu du sujet-parlant célinien.
 

   En 1957, dans l'entretien radiophonique avec Albert Zbinden Céline se déclare " femme du monde " se référant, tout d'abord, à ses alliances - réelles ou idéologiques - compromettantes de l'avant-guerre. La métaphore féminine a donc un premier sens politique qui est l'incorruptibilité. Mais la signification de l'auto-attribution féminine est, à commencer par le pseudonyme féminin, plus large.

  Souvent, et avec plus d'insistance dans Guignol's band et Féerie pour une autre fois, l'écriture célinienne brouille la distinction féminin/masculin, non seulement au niveau strictement grammatical mais aussi par rapport à l'imaginaire qu'elle met en scène.

  La fascination pour le corps féminin dépasse l'enthousiasme érotique pour un objet de désir. La féminité (la danseuse) ou l'androgynéité (le vampire) ont plutôt la fonction d'un masque que le sujet-parlant revêt en transgressant les limites du discours habituel.

  Dans Guignol's band, par exemple, le délire de presque tous les personnages masculins semble instigué par des personnages féminins qui peuvent être lus, par conséquent, comme allégorie de l'extase et de l'emportement en général. Puisque ce roman, dans le fond, parle de la Seconde Guerre mondiale autant que de la Première, l'emportement du masculin par le féminin est une figure originale et éclairante de la séduction fasciste. La première partie de Féerie pour une autre fois, par contre, parcourt le corps émasculé du prisonnier. La perte du phallus (l'opprobre, la fuite, l'arrestation) fait place à une obsession pour les orifices (voire la préoccupation principale de Ferdinand dans sa cellule).

  La communication cherche à analyser, à partir d'une lecture approfondie de quelques extraits des textes des années 1936-1952, ces procédés rhétoriques et discursifs et de les mettre en relation avec l'univers idéologique du Céline des années de guerre.

  On voit que même si l'idéologie semble le contredire, un courant sous-jacent de son écriture permet d'associer Céline au gender trouble théorisé bien après la mort de l'auteur.

 
 

 

           PAUSE :

  
 

  

                              

 

 

                                                 

 

 
 

 

               12ème communication :

 

      Johanne BENARD : Shakespeare au Touit-Touit Club.


   Cette communication se présente comme la deuxième partie de ma communication présentée au dernier colloque de Paris. Si j'ai montré alors que les rapports intertextuels de Guignol's band à La Tempête de Shakespeare passaient par les thèmes de l'enfance, de la féerie et de la légèreté, (liés aux personnages de Miranda et d'Ariel), je voudrais proposer maintenant que ce roman évoque également le personnage de Caliban, du côté de la mort, des tropismes et de la lourdeur.

  Partant de l'hypothèse que la tentative de viol de Miranda par Caliban chez Shakespeare pourrait trouver son écho dans l'épisode du Touit-Touit Club (lieu " calibanesque " s'il en est un), où Ferdinand, à la fin d'une nuit orgiaque, finira par violer Virginie, je proposerai que la pièce de Shakespeare permet de donner sens à l'une des scènes les plus énigmatiques du roman célinien.

  De même, en continuant de montrer comment les intertextes de la pièce de Macbeth et de La Tempête s'entrelacent dans ce roman, je verrai comment le personnage de Mille-Pattes, " aux relents âcres ", pourrait être tout autant le fantôme de Banquo, apparaissant à Macbeth lors d'un banquet, que la créature de Caliban, qui " dégage une très rance et poisseuse odeur ".

  Jusqu'où aller dans l'interprétation de ce jeu intertextuel qui nous balance entre deux pièces de Shakespeare comme entre la faute (de Macbeth) et le rachat (de Prospéro) et, puisque le thème de ce colloque nous invite à le faire, entre le masculin et le féminin ?

  Du meurtre au viol, sommes-nous toujours dans le même imaginaire de la faute et de la culpabilité ? Entre le personnage de Delphine, complice du meurtre de Van Claben, et le personnage de Virginie, jeune vierge qui deviendra la victime de l'agression de Ferdinand, est-ce le féminin qui s'est perdu ou le masculin, indomptable Caliban, qui s'est empêtré dans les interdits ?


 

 

     Après cette sixième intervention, la seconde journée de ce XXIème Colloque International se termine et Maître GIBAULT donne rendez-vous à tous les participants à demain matin samedi 2 juillet, 9h30.


 

 

 

           SAMEDI 2 juillet 2016, 9h30 :

 

 
           
Présidence : David FONTAINE

 

                  13ème communication :

 

         Bianca ROMANIUC-BOULARAND : Mort à crédit ou l'histoire de la construction identitaire.


  Sur le chemin vers la sortie de l'enfance, Ferdinand dans Mort à crédit subit l'influence de plusieurs adultes. Mis à part la grand-mère et l'oncle Edouard, il s'agit s urtout de couples (la mère et le père, Nora et son mari, Irène et Courtial de Pereire).

  Ce sont autant d'influences féminines et masculines, auxquelles l'enfant s'oppose ou adhère. A quelques rares exceptions (Nora par exemple), les femmes semblent se placer sous le signe d'un réalisme utilitaire, étant des obstacles à l'accomplissement du rêve, de la " légende ".

  L'image allégorique de la " Cliente " apparaissant dans le délire de Ferdinand, qui survole Paris en portant sous ses jupes tout un monde, est emblématique dans ce sens. Les hommes, eux, tout au contraire, tentent de s'extraire de la réalité, de la fuir et de s'enfoncer dans le rêve par le biais de la parole mythomane.

  Il nous semble que ce roman met en scène l'histoire de la création de l'identité de Ferdinand, se construisant par un balancement entre les deux pôles, masculin et féminin.

  Loin d'une structuration identitaire nette, ce trajet semble témoigner de l'aboutissement vers un état ambivalent, réconciliant les contraires, à l'instar de l'image symbolique d'Irène de Pereire, qui bascule dans l'hétérogénie identitaire en se parant de traits masculins.

  A travers l'analyse de cette structure identitaire, il sera aussi question de surprendre en filigrane la création d'une identité littéraire, oscillant entre une parole plutôt féminine, utile et fonctionnelle, et une autre, plutôt masculine, migrant vers un vide de la signification.


 

 

               14ème communication :

 

    Odile ROYNETTE : Guerres et dévirilisation chez Louis-Ferdinand Céline.


   Comme l'avait fait Pierre de Bonneville, cette communication va s'appuyer sur des photos, images montrées à l'écran. Elles représentent Céline avec deux compagnons blessés lors de son séjour au Val de Grace et vont servir à illustrer la démonstration à venir.

  La nostalgie du masculin à la fin de Semmelweis. La catastrophe du choc de la Grande Guerre va modifier les valeurs des genres masculin/féminin. On voit sur ces deux photos les blessés, Millon et Destouches, se tenir bien droit, malgré les béquilles pour l'un et un gros pansement pour l'autre. Ils essaient de retrouver une virilité dans leur verticalité. La médaille militaire est fièrement arborée.

  A partir de son expérience africaine, Céline va exprimer sa violente hostilité à la guerre, à son non-sens, son absurdité, objet de sacrifice qui n'avait rien du don de soi. Il retourne ce cliché pour mieux le détruire. La féminisation est prédite, après la guerre par Céline. La " fleur d'une époque fut hachée menue... "

 Cette communication se propose d'explorer le rôle central de la guerre, et tout particulièrement de la Première Guerre mondiale, dans la radicalisation intellectuelle de l'homme Destouches et de l'écrivain Céline, amené à lire la Grande Guerre puis la Seconde Guerre mondiale et en premier lieu la défaite de juin 1940, comme le symptôme d'un effondrement viril de la vieille Europe.

  Envisagée très tôt, dès 1916, par le combattant réformé comme une sinistre comédie, la Grande Guerre sert de pivot à l'exacerbation d'un pessimisme radical dont les thèmes principaux - la mort du courage guerrier, la haine des femmes et la détestation de la démocratie - participent de la formation d'un ressentiment qui va structurer les choix idéologiques et littéraires de l'écrivain dès les années 20.

  En d'autres termes, cette contribution se propose de déconstruire la question quelque peu rebattue du pacifisme célinien pour mieux percevoir la complexité des enjeux que celle-ci dissimule.

  Les sources utilisées sont puisées non seulement dans l'œuvre, mais aussi dans la correspondance et dans les archives concernant le parcours militaire de Destouches. 

 
 

 

            PAUSE :

     
 

 

                                                                                

 


 

 
                   15ème communication :

 

      Pierre-Marie MIROUX : Hommes et femmes en Progrès.

   
   On trouve dans Progrès 4 tableaux qui préfigurent déjà les thèmes de Voyage au bout de la nuit. Figures masculines, figures féminines... Le gaz est présent dans Progrès, comme dans Guignol's Band ou le Passage Choiseul véritable cloche à gaz. Les moqueries sur l'Ancien monde d'avant guerre. Avec la représentation des thèmes féminins et celle des thèmes masculins, Céline va re-figurer des transcriptions qui vont se retrouver dans l'œuvre.

  Progrès est déjà dans une écriture célinienne. La similitude des bruits du tambour " broum , broum, broum " que l'on retrouve dans Nord. Il y une danseuse américaine qui vient au boston et qui visite l'après-midi. Déjà les muscles, le corps de la danseuse. Le voyeurisme est la sexualité originelle de Céline.

  Si la première pièce de Céline, L'Eglise (1926), est surtout annonciatrice de Voyage au bout de la nuit, par ses scènes qui se passent en Afrique, en Amérique ou dans la banlieue parisienne, sa seconde pièce, Progrès (1927), va beaucoup plus loin et profile des thèmes essentiels que l'on retrouvera, non seulement dans Mort à crédit, mais aussi dans Guignol's Band et jusque dans Nord.

  Parmi ces thèmes, celui du corps, musclé ou avachi, de la danse et de sa contrepartie, la boiterie, celui de la réalité, vulgaire, généralement masculine, habitée de " forces occultes ", et, à l'inverse, du rêve d'un monde que Dieu - un Dieu tout célinien - régénèrerait par la beauté féminine : autant de points essentiels contenus dans cette petite œuvre, sans doute la moins étudiée de Céline.

  Par sa simplicité, voire sa naïveté, qui lui permet d'exposer tout cela de façon très directe, elle nous a paru propice à l'étude des figures féminines et masculines - thème de ce colloque - et de leur rapport : ici, un voyeurisme qui permet de ne toucher au sexe dangereux que du bout des yeux.


 

 

                16ème communication :

 

       François GIBAULT : Louis-Ferdinand, Emile, et Jean-Jacques et quelques autres.


    Rabelais, Léon Bloy, les affinités avec Céline sont évidentes, d'un autre ordre que les admirations avouées, Ramuz, Marcel Aymé, Barbusse, la Marquise de Sévigné, Paul Morand, Roger Nimier par amitié.

  Elie Faure pendant un temps, quelques rares autres, le plus souvent avec des réserves assassines. Les liens avec Emile Zola, déjà remarquablement traités en 1997 par Nicole Debrie, dans Quand la mort est en colère - L'enjeu esthétique des pamphlets céliniens, méritent d'être rappelés, mais ceux entre Céline et Jean-Jacques Rousseau semblent n'avoir jamais été mis en avant.

  Cavalier seul comme le fut Céline à bien des égards, solitaire parmi tous les écrivains de son temps, méprisé par beaucoup d'entre eux à commencer par Voltaire, qui fut injuste avec lui, Jean-Jacques, qui était hanté par l'enfance, a écrit des pages qui annoncent certains passages des Beaux Draps, sans parler de son délire paranoïaque.

  De ce point de vue, écrivain maudit et persécuté, son statut revendiqué est comparable à celui de Céline, poursuivi par la meute, seul contre tous, victime d'une " Affaire Dreyfus à l'envers ".

  Peu présent dans la correspondance de Céline, il y est plusieurs fois moqué pour sa fausse candeur, son innocence feinte, son amour de la nature (que Céline détestait), sa croyance en la bonté de l'homme, en bref son " rousseauisme ".

 

 

      14h15 :

 

 

    Le président réuni son Conseil d'Administration pour en terminer avec l'Assemblée Générale. Le rapport financier est rapidement voté à mains levées. Le rapport moral l'est également dans la foulée.
  Le Président tient alors à préciser qu'il n'est pas démissionnaire mais, s'il restera à son poste jusqu'à Paris, il le sera certainement en 2018. Il serait bon que d'ici là tous réfléchissent à lui trouver un successeur.
  Il est proposé alors à l'Assemblée l'élection de François-Xavier Lavenne au Conseil d'Administration. Celle-ci est votée à la majorité.
  Les discussions vont une nouvelle fois bon train sur le lieu et le thème du prochain colloque. Le 31 octobre 2016 sera la date limite pour présenter ses propres contributions.

 

 

  
                 17ème communication :

 

           Présidence : Sven Thorsten KILIAN

   

      Isabelle BLONDIAUX : Figure de l'hystérie chez Céline.


   Code fondateur de la psychanalyse. Angoisse de l'homme face au monde moderne. Le malaise dans la société moderne, mal-être, mal-vivre.

  Crise individuelle, crise de l'identité.

  Le romantisme et le féminin dégénéré. L'hystérie, course à la tendresse chez la femme. Fanatisme d'un braillage hystérique.

  L'Amérique représente le contraire du progrès, vitesse, hâte hystérique, qui tue toute création et toute espèce de poésie.

  Le monde moderne, c'est la vitesse et la brutalité, l'hystérie juive...

  Le Juif devient l'hystérie, le féminin, la rage, le dénominateur. 
  

 

 

       16h :
 

 

           Lecture interprétative :


     " LE MONSTRE DE MONTMARTRE " :   Anne -Catherine DUTOIT et Véronique FLAMBARD-WEISBART.

  Combinant le thème du présent colloque " Céline, masculin-féminin " avec la commémoration récente du soixante-dixième anniversaire de la Libération de Paris par les forces alliées, il nous semble à propos de revisiter aujourd'hui un texte de Louis-Ferdinand Céline qui tient lieu de ces thèmes et évènements : Féerie pour une autre fois, publié chez Gallimard en 1952.

  Dans ce texte, Céline retrace l'expérience historique de la Libération de Paris à travers l'anecdote personnelle de la visite de Clémence, qui vient faire signer ses textes à l'auteur, " le monstre de Montmartre ", avant que les sympathisants gaullistes le " désossent " et/ou le " pendent ".

  Notre lecture interprétative en duo présentera non seulement un exemple du " style émotif " célinien faisant partager son émotion toujours à vif, mais offrira également une certaine vision de Céline sur un ménage et sa progéniture.

  Elle s'inscrira aussi dans le contexte de la performativité de l'œuvre célinienne dans son ensemble, et comportera un élément audiovisuel.

  

 

 

                                      

 

                  A les entendre on aurait pu facilement voir Clémence et son fils Pierre... Elle assise, là, devant sa table, son fils resté debout...

 

 

 

  C'est sur ces belles scènes de théâtre que prend fin le XXIe Colloque International de Varsovie. Et tous, en se quittant, espéraient bien se retrouver dans deux ans à Paris. 

  

 

                                                                                                                   ************

 

 

 

 

 

 

                                                                 XXème Colloque International

                                                                       Louis-Ferdinand CELINE

                                                                              PARIS  3, 4 et 5 juillet 2014

 

 

 

 

                                                                                     

 

 

    C'est dans un cadre prestigieux, la Fondation Singer-Polignac, que le 20 ième Colloque International Louis-Ferdinand Céline s'est déroulé du 3 au 5 juillet 2014. Son président Yves POULIQUEN de l'Académie française et François GIBAULT le président de la S.E.C. avaient parfaitement orchestré ce bel évènement en invitant près d'une vingtaine d'intervenants à proposer des communications sur le thème choisi : " L'enfant chez Céline "

 

 

                                           

                                                                 Entrée 43 Avenue Georges Mandel 75 116 Paris.                                                                                               Les deux présidents devisent.

 

 

  La Fondation  Singer-Polignac tient son existence à la décision de Winnaretta Singer, princesse Edmond de Polignac, de donner une forme juridique à l'action de mécénat qu'elle entretenait depuis très longtemps, qui en marqua, en 1928, définitivement la naissance, mais il est plus juste d'y retrouver l'ultime conséquence de la passion que la princesse entretenait depuis son adolescence avec la peinture et la musique.
  [...] Mais il y eut aussi l'attrait de Paris, d'où sa mère était originaire et où il n'était guère possible d'être célèbre, pour un artiste, sans y être reçu en ses salons. Il y eut enfin la rencontre avec le prince Edmond de Polignac, ce fin compositeur avec lequel elle partagea, tant qu'il vécut, le goût immodéré qu'elle avait pour la musique. Il y eut enfin ce désir de construire ce bel hôtel particulier, sur les traces de l'ancien, afin qu'il devînt l'un des lieux les plus attrayants de la capitale.

  Il le fut au-delà de ce qu'elle espérait, pour les musiciens tout d'abord, qui y exprimèrent souvent en première audition des œuvres que la princesse leur avait commandées, Fauré, Chabrier, Ravel, Datie, de Falla et Stravinski en sont les phares connus. Pour les amis de la princesse, en second lieu, qui les conviait à ces concerts dont la presse faisait écho, parmi lesquels Marcel Proust, Colette, etc. ne furent pas les moins célèbres.

  Mais il fut aussi le lieu de rencontre que Winnaretta Singer-Polignac offrit à tous ceux qui pensaient qu'elle pourrait les aider dans leur vocation ou leur mission, sculpteurs, peintres, hommes de sciences, architectes ou responsables d'œuvres charitables. Ainsi se définissait l'étendue du domaine solidaire qu'elle avait créé, enclos en cet écrin superbe, ce magnifique hôtel qu'à sa mort à Londres, en novembre 1943, elle nous laisserait afin que survive la mission qu'elle seule avait initiée.
 
   (Avant-propos par le professeur Yves Pouliquen).

 

 

                                                                                          

                             Winnaretta, princesse de Polignac et Colette dans le jardin de l'hôtel.                               Le professeur Yves Pouliquen élu à l'Académie française en 2001.

 

 

  Après cette présentation des lieux, revenons au colloque lui-même, ce jeudi 3 juillet 2014, 14 heures. Son ouverture, comme il se doit fut l'œuvre du président de la S.E.C. Maître François Gibault qui, après avoir présenté en quelques mots l'historique de celle-ci, donna la parole à la première des intervenantes.


 

    1ère communication :

 Johanne BÉNARD (Queen's University, Kingston, Canada) - LIRE SHAKESPEARE DANS GUIGNOL'S BAND : UN JEU D'ENFANTS ?

 La première intervenante va se servir du thème du colloque pour poursuivre sa recherche sur l'intertexte shakespearien de Guignol's band. Elle veut rapprocher Virginie et Miranda (La Tempête). Puis Prospero et Prospero Jim. Elle rappelle les propos de Céline dans l'interview accordée à Pierre Dumayet où il insiste sur la lourdeur et le poids des hommes en invoquant, in fine, Ariel et Caliban les deux enfants de Prospero.
  L'enfant, chez Céline, est un être pur à rapprocher du chant d'Ariel dans La Tempête. Elle va se servir de citations où Céline joue subtilement des comparaisons de descriptions des docks londoniens qui évoquent ceux de Shakespeare dans La Tempête. Il faut aller vérifier Prospero chez Shakespeare et Prospero Jim chez Céline. Mais encore la tentative de viol de Caliban sur Miranda comparée à celle de Ferdinand sur Virginie.
  En conclusion, on peut s'imaginer : La Tempête a influencé Céline dans Guignol's band mais aussi dans Féerie pour une autre fois où sont bien évoqués le bien et le mal,  Ariel et Caliban.

 

 

   2ième communication :

 Anne SEBA-COLLETT (Université du Cap, Afrique du Sud) - CELINE : D'UNE ENFANCE ABJECTE VERS UNE POESIE DU DEPOUILLEMENT

" Elle a tout fait (sa mère), pour que je vive, c'est naître qu'il aurait pas fallu. " (Mort à crédit). Une enfance mélancolique parsemée de cette alchimie qui transforme la pulsion de mort en sursaut de vie ; voila qui sera étudié : l'aspect créatif d'une poésie dépouillée en parallèle avec le pouvoir transformatif de la transgression.
  Anne SEBA-COLLETT va reprendre l'enfance de Céline, l'affaire Dreyfus, sa position sociale marquée par Courbevoie où le temps n'a pas encore démarré, l'influence de sa grand-mère dont il va reprendre le prénom.
  L'accouchement est l'objet essentiel de l'écriture. Il sera envoyé en nourrice quelque temps après sa naissance. La fin de l'enfance marquée par la scène de la machine à écrire avec son père.
Par la tendance à la transposition, la vérité de son enfance se situe certainement quelque part dans l'entre-deux des mondes vérifiables et romanesques.
Ainsi l'écriture de Céline, pour conjurer la mélancolie qui remplissait le foyer de son enfance.

 

 

    3ième communication :

 Anne BAUDART (Professeur de Lettres certifiée, professeur de français et de latin) - CELINE - FELLINI : L'ENFANCE DES VISIONNAIRES

 Quel rapport entre ces deux auteurs ? Le pamphlétaire du Voyage, hanté par le mal et la mort et le cinéaste italien de La Dolce vita, né en 1920 ? Au début, pour les deux on retrouve le même registre populiste. Céline dans le Voyage, privilégie l'argot pour mettre en scène les gens du peuple. Fellini participe au mouvement néo-réaliste qui explore la même veine : la misère italienne.
  Céline et Fellini ont parlé de l'enfance avec la même tendresse et ont remis en scène leur propre enfance dans leurs œuvres (Céline dans Mort à crédit, Fellini dans Huit et demi et Amarcord). C'est à partir d'elle qu'a pu se développer ensuite librement, dans les deux cas, la féerie, le fabuleux imaginaire qui a fait d'eux les deux grands visionnaires du XXe siècle.
  Anne BAUDART parlera ensuite de l'enfance chez ces deux génies, de ce qu'ils en ont dit, de la manière dont ils l'ont réinterprétée dans leurs œuvres, de l'importance des premiers spectacles auxquels ils ont assisté dans l'enfance, de leur propension au rêve, de leur goût démesuré pour le mystère, le jeu, la fête, la provocation, de leur incapacité à prendre la vie au sérieux et de leur pouvoir de " miraginer "...
  Ils nous ont entraînés en musique, chacun à sa manière, dans un " métro émotif ", train pour Céline, toboggan magique chez Fellini. Ils ont gardé tous deux intacts les pouvoirs de l'enfance, le propre des grands artistes.

 

 

     4ième communication :

 Isabelle BLONDIAUX (Docteur en littérature française et comparée, philosophe, psychiatre,) - LA DANSE DES MOTS OU L'ETRANGE MALADIE DE FERDINAND

 La scène fantastique et euphorique qu'est la maladie étrange dont souffre Ferdinand lors de son entrée à l'école communale (Mort à crédit), va servir de support à l'intervention d'Isabelle BLONDIAUX. Elle succède à une autre scène, celle du guéridon et de la partie de cartes qui au colloque de Milan (2008) avait été reprise par Suzanne LAFONT.
  Ces deux séquences montrent avec quel art Céline sait faire revenir l'esprit des morts aussi bien que celui des mots : " C'est pas gratuit de crever ! C'est un beau suaire brodé d'histoires qu'il faut présenter à la Dame. C'est exigeant le dernier soupir. " Cette maladie commence par des vomissements, une forte fièvre (mécanisme imaginatif). Des fantaisies, des " humeurs dans le cassis ", la maladie empire et finit par des boutons. Le regard traduit les yeux du voyant, du visionnaire (état d'hallucination). Cet état est un mécanisme d'exploration de l'imaginaire et du fantastique. C'est l'effet littéraire recherché d'un état hallucinatoire, que Baudelaire a utilisé dans Les Fleurs du Mal.
  Ses propres hallucinations entraînent l'imagination, la création, l'influence. " Je ne pouvais plus bander... " La fièvre était une fièvre initiatique. L'étrange maladie de Ferdinand est créative... On y voit un embrasement créatif, un peintre créateur. Un mélange de doutes et de délires, procédés qui donnent à voir et à vivre. Comme des réparations de l'enfance. Mémoires créatives composées de perceptions et de visions, processus d'incorporation... Le sexe à la base de l'écriture...


 

      Fin de cette première journée.
 

 

       VENDREDI 4 JUILLET :

  9h30, ouverture de la seconde journée de ce XXe colloque International :


 

   5ième communication :

 Anna Maria ALVES (Enseignante au Département de Langues Etrangères de Bragança, Portugal) - SOUVENIR D'ENFANCE DANS MORT A CREDIT : LE DECES DE LA GRAND-MERE

 " Elle a voulu me dire quelque chose... Ça lui râpait la gorge, ça finissait pas... Tout de même elle y est arrivée... le plus doucement qu'elle a pu... " Travaille bien mon petit Ferdinand ! " qu'elle a chuchoté... "

  Par le biais du regard d'enfant, Ferdinand va raconter dans Mort à crédit, la mort de sa grand-mère Caroline. Elle a énormément contribué à son éducation et on va sentir par les témoignages qu'il apporte quel attachement et quelle reconnaissance il lui doit. " Dans la journée j'avais grand-mère, elle m'apprenait un peu à lire, elle-même savait pas très bien, elle avait appris très tard, ayant déjà des enfants. " Plus même, c'est une véritable complicité qui s'installe entre eux deux : " Elle se rendait bien compte que j'avais besoin de m'amuser, que c'était pas sain de rester toujours dans la boutique. D'entendre mon père l'énergumène beugler ses sottises, ça lui donnait mal au cœur. "
 
Cette relation privilégiée, avec la douceur, l'affection de sa grand-mère va contraster avec la façon dont le père conçoit son éducation. Contrairement à lui, grand-mère Caroline ne l'a jamais giflé, lui achetait des magazines, l'emmenait voir le magicien Robert Houdin ou bien au cinéma où ils pouvaient revoir jusqu'à trois fois le même film. Elle lui laissait la possibilité de découvrir lui-même, de s'épanouir.
  Le décès de Caroline va marquer fortement l'enfant qui va sentir là, pour la première fois l'expérience de la mort. Ce sera son premier choc émotionnel. Dans le roman le narrateur va se servir des réactions de l'entourage qui vont lui permettre de renforcer encore son attachement, son affection et son chagrin. Il y a aussi un sentiment de culpabilité de l'enfant, mais aussi de tous les autres. Céline va jouer sur deux oppositions, deux aspects : la violence et l'affection.

 

 

    6ième communication :

Véronique FLAMBARD-WEISBART (Loyola Marymount University, Los Angeles, U.S.A.) - DE L'EDUCATION DE FERDINAND ET DE SES TRACES DANS L'OEUVRE

 Fils d'une réparatrice de dentelles anciennes, ayant vécu toute son enfance dans un milieu de commerçants petit-bourgeois, pour Céline le travail artisanal est prépondérant sur l'intellectuel. Véronique FLAMBARD va jusqu'à rapprocher l'antisémitisme que son père lui aurait inculqué dans sa jeunesse et dans lequel il aurait très tôt baigné entouré de petits commerçants, avec le statut des Juifs au Moyen-Âge qui les empêche de pratiquer toutes activités matérielles et manuelles. Leur resterait donc que les professions libérales ou financières.
  Adulte, venant à l'écriture Céline va adopter nombre de valeurs de son milieu. Il se dit " artisan-styliste ". Il considère le style émotif non pas comme un objet d'art, mais plutôt comme un objet de fabrication artisanale dont la vente lui permet " de tirer un honnête bénéfice pour se payer un appartement. " Le 25 juillet 1957, interrogé par Louis-Albert Zbinden il dira l'écriture " ça paye ".
L'intervenante va montrer la difficulté de l'écriture, le labeur, avec la valeur à négocier, le travail réussi de l'artisan. L'écriture, au lieu d'être considérée comme un travail libéral est au contraire considérée comme un labeur, une somme à négocier, à vendre. A rapprocher ici de la vente du manuscrit et des relations tendues avec son éditeur Gallimard... L'écriture est soumise au droit du travail ; cinq ans de boulot doit être négocié.
  Cette reconnaissance est obsessionnelle à la fin de sa vie, traduite par ses plaintes incessantes pour la parution dans la Pléiade. Il veut être lu, faire connaître son œuvre, son travail, son labeur.

 

 

   7ième communication :

 Pierre-Marie MIROUX (Docteur ès lettres, agrégé de lettres modernes ) - " BÉBERT ET BÉBERT "

 Comparaison entre Bébert, l'enfant du Voyage au bout de la nuit de 1932, et le chat de Robert Le Vigan laissé et adopté par Lucette et Céline en 1942, renommé par eux Bébert. Ce chat qui deviendra le plus célèbre de la littérature française de part sa participation à l'épopée de la trilogie allemande, s'éteindra après son retour du Danemark en 1952 à Meudon.
  Pierre-Marie MIROUX va diviser son intervention en cinq grandes parties pour cerner les traits communs à l'enfant et l'animal, deux êtres féériques dont la mort fait à jamais de gentils fantômes de " l'outre-là ", le chat du roman mourant " agile et gracieux ", tandis que l'enfant Bébert, ressuscité dans la " cavalcade des morts " de Voyage, adresse un dernier signe au médecin qui l'a accompagné jusqu'au bout de sa courte existence de misère.
- L'innocence : les deux, menacés dans ce monde de mort, le chat sous les bombardements, et la lumière apportée par l'enfant " une gaieté pour l'univers... "
- Les vadrouilleurs : l'enfant prend l'air, part en promenades, va " vadrouiller " dans un cimetière. Le chat aussi se promène le soir, si on lui cause. " Il était un vadrouilleur de nuit. "
- Le narrateur :
l'enfant et le chat : " Les hommes ne me donneraient pas l'infini... "
- La mort des deux.
- Céline et les deux Bébert :
avec l'enfant : il propose un sirop pour éviter " qu'il se touche "comme lui avec sa propre mère dans Guignol's band II. Avec le chat, celui-ci rumine comme lui. Transposé, comme la danseuse qui saute et qui s'élève...

 

 

     8ième communication :

  François-Xavier LAVENNE (Université catholique de Louvain, Belgique) - L'ENFANCE, NOTRE SEUL SALUT : LES UTOPIES CONTRE-EDUCATIVES CELINIENNES

 Dans Mort à crédit, Céline dresse un tableau critique de l'institution scolaire qu'il apparente à l'institution carcérale. Elle n'a d'autre but que de saccager les possibilités de l'enfance pour produire des adultes prêts à se couler dans le moule social et y remplir leur fonction sans plus réfléchir. L'homme contraint de s'écraser sous le poids, l'école contraignante étouffe.
Elle forme des vieillards à l'âge de 12 ans. L'école évoque un désastre des féeries. L'apprentissage scolaire s'oppose à l'initiative, à la naissance de la fantaisie.
   François-Xavier LAVENNE parle de la violence du monde des adultes qui hiérarchise et normalise... Elle est déformatrice et crée des monstres. A cette éducation-stérilisation s'oppose l'utopie scolaire de Courtial du Familistère Rénové de la Race Nouvelle. Une utopie de rénovation " une race nouvelle " qui va très vite tomber dans le burlesque et les petits pionniers qui vivent de rapines, loin d'être des hommes nouveaux deviennent de petits voyous et la seule race que Courtial créera sera celle d'asticots prêts à dévorer la terre entière.
  Alors il faudra bien opposer à ces idées fantaisistes et anarchistes des utopies réalistes et sérieuses. Ce sera le but de Céline dans Les Beaux draps où la race doit être affinée, améliorée et sauvegardée contre tous les métissages culturels et biologistes.
  La France, si elle doit être nettoyer des Juifs, il faut que " les Aryens s'épurent d'abord ".
  C'est alors l'enfance qui apparaît comme le recours, le seul salut. Il faut mener une politique de recréation en partant de l'enfance, retrouver la fantaisie, la spontanéité perdues.
   L'enfance cesse alors d'être considérée comme un passé pour apparaître comme ce qui pourrait réensemencer l'espoir de l'avenir.

 

 

     Pause : 12h                                                                                    

 

                                                                                       

 Tous les nombreux participants, comme les intervenants surent apprécier à sa juste valeur la qualité du magnifique buffet offert par la Fondation Singer-Polignac et son président Yves POULIQUEN.

 

 

     9ième communication :

Emile BRAMI (Libraire, écrivain, biographe, réalisateur de théâtre) - L'ENFANT COMME ENJEU POLITIQUE DANS LES BEAUX DRAPS DE L.-F. CELINE

 Ecrit à chaud après la défaite de juin 1940, publié fin février 1941, Les Beaux draps n'est pas seulement, même s'il reste aussi cela, le troisième pamphlet antisémite de Céline : il est son seul ouvrage politique. Céline avait annoncé qu'une guerre contre l'Allemagne tournerait à la catastrophe. Sa prophétie se réalisera très au-delà de ses prévisions : la France connaîtra la plus grande déroute militaire de son histoire.
  Ne faisant confiance en rien en L'Etat Français qui a succédé à ce désastre, parce qu'il le considère toujours autant enjuivé, Céline va proposer à ce pays qui vient de toucher le fond, des reconstructions toutes personnelles et particulières. Il intitulera l'ensemble : " le communisme Labiche "...
  Et ce sera en préservant l'avenir et la construction pérenne, c'est-à-dire tournée et basée sur les enfants. Au préalable, un racisme total, absolu. Embrigader et éduquer les enfants. " Tout recommencer par l'enfant, pour l'enfant ". Les enfants aryens et les barrières s'effaceront.
 
   L'éducation ne doit plus être un lieu de tortures, un endroit de sottises, c'est le plus grand crime d'enfermer des enfants pendant 5 ou 6 longues
années. Il faut recréer l'école, sens dessus-dessous. Favoriser partout le développement artistique, instaurer la discipline du bonheur, trouver le salut par les Beaux Arts.
  Emile BRAMI en conclusion, montre comment se dessine, dans Les Beaux draps, une image rousseauiste de l'enfant qui naîtrait artiste et des principes éducatifs qu'il conviendrait d'adapter afin que subsiste chez l'adulte cette fragile aspiration à l'harmonie et à la beauté qui conduirait à une France régénérée.

 

 

      10ième communication :

 Pascal IFRI (Washington University, Saint Louis, U.S.A) - L'ECOLE DANS L'OEUVRE DE CELINE : DE MORT A CREDIT AUX BEAUX DRAPS

Céline a été très marqué par son enfance et son adolescence et a ressenti toute sa vie une profonde nostalgie pour cette période. Ces années de son existence, restées incrustées dans sa mémoire, ont nourri Mort à crédit où apparaissent, romancés, personnages, paysages et évènements de sa jeunesse.
  Quoique l'école constitue d'habitude une partie importante de l'enfance, elle occupe une place très secondaire dans le deuxième roman de Céline, même si on prend en compte le fameux épisode du Meanwell College. Pourtant, les rares remarques du héros-narrateur dans les quelques pages qui la mentionnent impliquent de sa part un rejet radical de l'éducation scolaire telle qu'elle existe et des idées bien arrêtées sur le sujet qui laissent toutefois le lecteur sur sa faim.
 
   Il faut en effet attendre l'Occupation et la parution des Beaux draps pour comprendre ce que Céline, à travers son alter ego, reproche à l'école. Parmi les institutions françaises qu'il attaque avec virulence, figure en effet en bonne place celle-ci qu'il juge responsable " du sabotage de l'enthousiasme, des joies primitives créatrices, par l'empesé déclamatoire, la cartonnerie moralistique ".
  Il propose lui, la gaieté, la danse. L'âme doit rejaillir de l'école et laisser la place à l'émotion. Il préconise en priorité l'épanouissement de l'enfant, tout en inscrivant ces idées dans sa vision du monde de l'époque.

 

 

    11ième communication :

 Florence DE MÈREDIEU (Ecrivain, Maître de Conférences honoraire, Université de Paris I) - ARTAUD/CELINE. DESTINS CROISES : " LA GUERRE CONTINUEE "

  Antonin Artaud (1896-1948) et Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) appartiennent à la même génération : celle qui aborde ses 20 ans en 1914-1916. A deux ans d'intervalles, ils auraient pu se croiser sur ces champs de bataille des Flandres et de la Somme auxquels ils furent confrontés de manière brève mais intense.
  Tous deux furent marqués de manière indélébile par cette guerre. Leurs parcours, leurs œuvres respectives ne cesseront de véhiculer les impressions, les fantasmes et les monstruosités de ce conflit qu'ils vécurent comme une mise à l'épreuve de leurs nerfs et qui constitua ensuite le trauma récurrent de leurs existences chaotiques.
  En 1936, ils se rencontrent à un dîner chez leur éditeur commun Robert Denoël et Steele. Rapportés par l'écrivain et scénariste Carlo Rim, les quelques propos  qu'ils y échangèrent sont tout ce que l'on connaît de la relation des deux hommes.
  Au-delà des divergences, politiques, culturelles et esthétiques qui les animent, ils se retrouvent sur quelques points fondamentaux, dont l'importance accordée à ce conflit de 14-18.
  Pour l'un comme pour l'autre, cette guerre ne s'achève pas avec la signature de l'armistice. Elle se prolonge et se perpétue dans la société civile, sous la forme de ce que Michel Foucault, retournant une célèbre proposition de Carl van Clausewitz, nommait un processus de " guerre continuée ".
   L'entre-deux guerre (1919-1939) n'apparaît, dans cette perspective, que comme la lente et méthodique préparation de la Deuxième Guerre mondiale. La guerre - l'état guerrier, la guerre comme état de fait permanent - constitue le creuset qui sous-entend, alimente et entretient les façons d'être au monde d'Antonin Artaud et de Louis-Ferdinand Céline. Les principales lignes de force seront analysées ici.

 

 

     Fin de la deuxième journée.
 

 

   SAMEDI 5 JUILLET :

  9h30 : troisième et dernière journée de ce XXe colloque International :



 

     12ième communication :

 David FONTAINE (Journaliste au Canard Enchaîné, agrégé de philosophie) - CELINE ET LE CONTE POUR ENFANTS

 Ça a débuté comme ça... A l'occasion du centenaire de sa naissance, Paris-Match publie le 31 mars 1994 un conte pour enfant intitulé L'histoire du Petit Mouk. Ce conte avait été fait pour sa fille Colette. Interviewée par l'hebdomadaire, Colette Turpin-Destouches, âgée de 73 ans à qui on demandait quel premier souvenir conservait-elle de son père répondait :
- " J'avais 3 ans, à Rennes, en l'absence de mes parents j'avais joué à des déguisements toute la journée avec les robes de maman. Plusieurs en étaient déchirées. En rentrant mon père m'a dit : - Tu n'as jamais eu de fessée tu vas voir... - Et j'ai reçu la plus mémorable des fessées. A la même époque, j'avais été éblouie par la lecture du premier livre de mon père, un conte intitulé L'histoire du Petit Mouk, que ma mère avait illustré.
 
Il est un pari incertain qui consiste à croire que ce conte est le premier livre écrit par Céline. Car s'il est bien l'auteur de l'histoire, rien du point de vue du style ne porte sa marque. On peut penser que ce texte a pu être repris et improvisé oralement par Céline. Il est repris à l'identique du conte de l'allemand Wilhelm Hauff qui porte d'ailleurs le même titre Les aventures du Petit Mouk. Un prince arabe dans le désert, des jolies dames aux seins nus, des palais, des intrigues, avec comme thème central : le personnage du roi et la vengeance des courtisans...
  David FONTAINE va alors comparer plutôt ce conte avec le synopsis de dessein animé Scandale aux abysses (1944) et les arguments de ballets qui s'adressent en un sens à la part d'enfance de tout un chacun. Recroisée avec certains contes classiques, cette lecture permet de montrer des permanences thématiques, telle la jalousie féminine comme moteur de l'intrigue, la mélancolie du héros nostalgique, l'appel de la mer, des sirènes, du fond des océans qui ouvrent justement une échappatoire.
  Céline semble revisiter certains mythes et légendes, en les façonnant à sa manière, en les subvertissant de l'intérieur même, pour mieux transmettre sous les atours de la fable certaines de ses préoccupations du moment, si ce n'est encore ses obsessions cruciales.

 


 

      13ième communication :

 Sven Thorsten KILIAN (Freie Universität, Berlin, Allemagne) - UN IMAGINAIRE DU DEBUT DU SIECLE : LA LEGENDE DU ROI KROGOLD ET L'HOMME-ORCHESTRE

 Toutes les œuvres de Céline, notamment Mort à crédit sont largement imbibées d'un imaginaire d'enfance. L'intervenant va analyser l'origine de la transformation romanesque et pamphlétaire de cet imaginaire.
    On voit que La Légende du roi Krogold et des personnages des films d'enfance réapparaissent chez Céline comme des drogues ou des rêves censés remédier à la " manie " d'écrire de l'auteur.
  C'est avec le cinéma de Georges Mélies et les lectures des Belles images que le petit Louis découvre son inspiration pour La Légende du roi Krogold. Henri Godard le confirme également, La Légende du roi Krogold est bien le reflet des lectures des Belles images comme des films, souvenirs d'enfance avec sa grand-mère Caroline. " On y restait 3 séances... " Cela datait des années 1902, 1906 et 1907.
   Les traditions chevaleresques (Bagatelles pour un massacre) et les personnages fabuleux d'une certaine historiographie française font partie de cet imaginaire. Sven Thorsten KILIAN, précise en conclusion qu'on peut détecter et analyser une stratégie d'auto-mystification de la genèse des textes de Céline à travers les citations et les micro-récits intercalés dans la narration.

 


 

     14ième communication :

 Christine SAUTERMEISTER (Université de Hambourg, Allemagne) - ENTRE APOCALYPSE ET UTOPIE : LES SCENES D'ENFANT DANS LA TRILOGIE ALLEMANDE

 Dans l'épopée de ce que l'on appelle la trilogie allemande, les trois derniers romans de Céline, la débâcle est parsemée de scènes d'enfants qui représentent des moments de répits, de détente et surtout des moments d'espoir.
  A côté de Sigmaringen: des enfants, ce sont des nourrissons, une trentaine est décédée, pour Céline c'est un meurtre. Il va évoquer dans diverses situations les enfants. Sans abri, au milieu de troupes qui arrivent de partout, rien à bouffer. Des " mômes ", dans le train, des ministres de Vichy crèvent de faim et de froid et les wagons sont pris d'assaut par les enfants qui les piétinent.
 Des scènes très drôles, c'est la pagaille, les gosses se jettent sur les ministres pour les dépouiller : les enfants ont pris le pouvoir. Plus loin, une femme enceinte devient la priorité : l'enfant c'est l'avenir. Dans Nord, un village où des protestants français ont trouvé refuge. Des bombardements se préparent. La foule les envahit avec des enfants. On découvre un petit polonais avec un jouet, une poupée au bras cassé qui veut jouer avec Bébert.
  Rigodon montre l'Allemagne où le train est pris d'assaut par les enfants. Ils sont au moins 15, ils s'installent, ils hurlent, les mômes jouent et crient, c'est
l'anarchie. Un tout petit, emmailloté, laissé là par une mère, prend la place d'un maréchal allemand. Il pue, personne n'a rien pour le changer, il rit, il est sain. C'est avec des chemises du maréchal qu'on va changer le bébé. Ces scènes d'enfant représentent l'énergie, elles défient la destruction et la mort, elles font ressortir l'absurdité. Handicapés, ce sont des victimes qui fuient la mort. Fonctions, réparatrice du régime allemand partisan de l'eugénisme ou de la sélection naturelle, et salvatrice qui sauve des enfants pour se sauver lui-même.
  Avec leur énergie et leur joyeuse vitalité, les enfants se jouent de la catastrophe,  ils suscitent l'étonnement et l'admiration du médecin-narrateur. En observant les petits mongoliens confiés à ses soins, celui-ci va même jusqu'à leur donner, malgré l'apocalypse et un pessimisme grandissant, une perspective d'avenir : " des vioques rien à espérer n'est-ce pas ? mais des mômes, tout... "

 


 

     15ième communication :

  Alice STASKOVA (Freie Universität de Berlin, Allemagne) - LA POETIQUE DU GESTE DANS NORD ET LA QUESTION DE LA THEATRALITE

 Le succès considérable des mises en scène réalisées par Frank Castorf (Nord, Volksbühne Berlin et Voyage au bout de la nuit, Residenztheater Munich, 2013-2014) pose de nouveau la question, souvent traitée par la recherche célinienne, de la théâtralité des œuvres du romancier.
 
 Alice STASKOVA dans sa communication propose d'étudier le gestuel dans Nord, en le comparant avec les œuvres de Frank Kafka et de Jaroslav Hasek qui aussi se trouvent souvent transformées en pièces de théâtre.
 
Son hypothèse part du fait que les œuvres en question ne disposent pas d'un caractère " dramatique ". Leurs théâtralité relève donc d'un registre différent : le genre narré et narratif les rend particulièrement intéressantes pour les formes du théâtre expérimental, plus précisément, en l'occurrence pour celui de Castorf, d'un théâtre " post-dramatique ".

 

 

     13h -14h : BUFFET - DEJEUNER

 

                                                                                               

                                                                                                       Les tables étaient excellentes, et les appétits aiguisés...


 

 

       16ième communication :

  Bianca ROMANIUC-BOULARAND (Stanford University, U.S.A.) - JEUX DE CACHE-CACHE AU PIED DE LA LETTRE DANS VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

 En employant certains mots dans leur sens étymologique alors que la langue n'utilise couramment que le sens plus lointain, plus impropre, plus détourné, Céline invite le lecteur de Voyage à une constante mise en tension ludique, et le convie à un parcours interprétatif qui souvent relève d'un jeu de cache-cache : certains sens ne se cachent que pour mieux se montrer.
  Deux effets relevant du fonctionnement poétique dans ce contexte seront particulièrement mis en valeur : l'ambivalence sémantique, qui joue sur l'activation du sens étymologique et du sens de la langue tout aussi pertinents, et sur un effet de recomposition de ces sens, et l'ambiguïté allusive, qui se construit sur un jeu de disjonction entre le sens étymologique et le sens de la langue, entre le sens allusif et le sens dénotatif.
  Seront impliqués dans ces jeux non seulement des mots qui présentent une racine commune, mais également, et de manière surprenante, des homonymes. Mais le ludique n'est chez Céline qu'une façon de rejoindre le poétique.
  Le besoin constant de raviver des sens originaires, de jouer avec des sens possibles ou tout simplement oubliés, est en quelque sorte le symbole de l'idéal poétique, qui cherche à créer une autre langue, une langue qui révèle la vérité du mot, une langue plus proche des essences.
  Grâce à ces " mots coupés à la racine ", qui placent le texte " à même la langue ", comme l'exprime Roland Barthes, le texte célinien prend immanquablement les allures d'une écriture poétique.


 

 

      17ième communication :

 François GIBAULT (Avocat, biographe, président de la S.E.C.) - CELINE DANS LA CORRESPONDANCE MORAND - CHARDONNE

 La première partie de la correspondance entre Paul Morand et Jacques Chardonne, qui vient d'être publiée chez Gallimard, couvre la période de 1949 à 1960, comprenant peu de lettres pendant les premières années, mais qui se multiplient à partir de 1955 et 1956.
  C'est une époque charnière de l'Histoire de France, le passage de la 4e à la 5e République, alors que les remous de l'épuration ne sont pas achevés. Beaucoup de lettres, surtout celles de Morand, contiennent du reste des relents de vichysme et d'antisémitisme.
  On y découvre l'apparition d'une nouvelle génération d'écrivains, Bernard Frank, Michel Déon, Kléber Haedens, Antoine Blondin, Stephen Hecquet, Roger Nimier, Françoise Sagan, et les difficultés qu'éprouvent les écrivains de l'entre-deux-guerres à rebondir.
  Les deux hommes portent des jugements sévères sur leurs contemporains, Gide, Montherlant, Mauriac, Aragon et beaucoup d'autres et réservent un sort particulier à Céline, revenu en France en 1951, et sur le devant de la scène littéraire, après la publication, en 1957, de D'un château l'autre, roman apprécié différemment par Morand et par Chardonne.
  Cette correspondance, balayant toute la vie littéraire française de l'après-guerre, justifie l'étude de la place très particulière qu'y tient Céline aux yeux de ces deux grands écrivains.

 

 

    Débat entre Pierre ASSOULINE et Christine SAUTERMEISTER animé par François GIBAULT sur le thème de SIGMARINGEN :

 Avant de clôturer ce colloque International, Maître GIBAULT propose à l'assemblée " une confrontation amicale " entre deux auteurs qui ont écrit tous deux sur Sigmaringen.
  Christine SAUTERMEISTER qui intervient la première, " honneur au sexe faible ", dixit le président de la S.E.C. (quelques toussotements dans la salle...), précise qu'elle n'est pas historienne et que son intérêt pour Céline se situe au niveau du style et de son vocabulaire. Pour préciser une conférence sur D'un château l'autre, elle s'est rendue à Sigmaringen pour y effectuer des recherches. Elle y a rencontré le directeur des archives du château qui a écrit lui-même sur les divers personnages de Sigmaringen. Elle pu avoir accès au journal des collaborateurs qui paraissait La France, et aussi et surtout au " Journal " de Marcel Déat.
  Elle s'est vu pressée alors d'écrire un livre. Après avoir relu plusieurs livres d'Histoire, notamment celui d'Henri Rousso et bien sûr à nouveau D'un château l'autre, " Céline à Sigmaringen " est paru. 

 Pierre ASSOULINE est historien et écrivain. Il a écrit plus d'une vingtaine de livres, notamment Le Fleuve Combelle où Céline est largement évoqué, il est membre de l'Académie Goncourt. Il vient de publier un roman qui se situe actuellement parmi les meilleures ventes de librairie : Sigmaringen.
  Il indique, dès son intervention, que contrairement à Christine SAUTERMEISTER qui a apporté dans son livre des regards sur les personnages ayant existés, le sien est celui d'un historien certes, mais celui aussi et surtout celui d'un romancier.
   Passionné par cet époque, ce n'est ni Céline, ni Sigmaringen qui l'a motivé, mais le point de vue sur le phénomène de huis-clos... Comment, des gens qui se détestaient, tous Français, qui avaient choisi le mauvais camp, ont-ils pu vivre pendant 8 mois en champ clos ?... Il n'a pas voulu travailler en historien mais en romancier, estimant que travailler sur des archives a des limites : " Il arrive un moment où on ne peut aller plus loin, cela dépasse l'état des archives, les documents ".
  Autre fait déterminant : le constat que les Français ne connaissaient pas l'histoire de Sigmaringen, alors qu'ils sont pourtant passionnés par l'Occupation, Vichy et la Deuxième Guerre mondiale. La plupart croit que la fin de la guerre coïncide avec la Libération de la France ! Non, il faudra attendre encore 8 mois.
  Le personnage principal, le majordome, a été trouvé à travers des films revus, " La règle du jeu " de Jean Renoir (8 fois...), " Le vestige du jour " où deux niveaux de société coexistent, les maîtres et les serviteurs, avec le comte et son majordome, et également des vieilles séries anglaises de la B.B.C.
  L'idée ce sera donc l'histoire racontée par un majordome, et un majordome allemand...  

 

 

                                                          

 

 

                                                                               

  

      Après cet ultime débat qui clôtura un 20 ième Colloque Louis-Ferdinand Céline parfaitement riche et passionnant, tous les participants eurent bien du mal à se quitter et les conversations allaient, j'en suis sûr, toutes dans ce sens...

 

 

                                                                                                                         ***********

 

 

 

 

 

                                               19ième colloque International

                                                                    Louis-Ferdinand  CELINE

                                                                   BERLIN   6-8 juillet 2012.

 

 

   La Société d'études céliniennes et son président François GIBAULT ont choisi, pour leur dix-neuvième colloque, la ville de BERLIN avec comme thème : CELINE et l'ALLEMAGNE.

  C'est ainsi que dans la magnifique bâtisse du Frankreich-Zentrum, dans un quartier résidentiel où se succèdent parcs et splendides sous-bois, intervenants et participants furent accueillis de façon exceptionnelle par l'équipe aguerrie de Madame Margarete ZIMMERMANN, grande responsable du Frankreich-Zentrum der Freien Universität Berlin.

   - " Ce colloque fait partie du programme qui a démarré à l'automne 2010 et qui est intitulé " Histoire et littérature ". Il se propose de mettre en lumière les points d'articulation entre ces disciplines dans les champs universitaires français et allemand ", nous expliqua-t-elle. 

   C'est à 10h15, le vendredi 6 juillet que débuta le colloque, ouvert par François GIBAULT.


 Dans sa présentation celui-ci tint à préciser que l'Ambassade de France refusa de prêter son concours et de cautionner cette initiative, que cela était bel et bien une première pour les responsables de la SEC, et que l'on se devait de le déplorer.

 

 

   1ère communication :

  Ana Maria ALVES (Instituto Politécnico de Bragança, Portugal) - CELINE et les RAPPORTS FRANCO-ALLEMANDS.

  Elle se proposa de démontrer que contrairement aux propos céliniens, l'auteur eut plusieurs rapports avec l'occupant, Abetz, Achenbach, Klarsen, Bickler ou Schleier. Elle indiqua que Céline fut reçu à trois ou quatre reprises par des représentants allemands, à sa demande. Il reçut Abetz à son domicile et l'ambassadeur éprouvait beaucoup d'admiration pour l'écrivain.

 Il fut reçu par lui à l'ambassade où la question de son or planqué à Copenhague fut certainement évoquée. Elle signala de nombreuses fréquentations à l'Institut allemand pour rendre visite à Epting. Céline intervint pour d'autres auteurs français, notamment pour " Les Mouches " de Sartre.

 Elle mit l'accent sur le sentiment de dépréciation ressenti envers l'auteur pour son style hystérique, ordurier ou vulgaire et son délire antisémite d'une part, et d'autre part le sentiment partagé lui, entre nausée et admiration pour sa verve, " sa création hallucinante d'un monde dominé par les forces destructives de la mort et de la folie. "

 

 

   2ième communication :

    Christine SAUTERMEISTER (Université de Hambourg, Allemagne) - D'UN CAFE L'AUTRE : CELINE et MARCEL DEAT à SIGMARINGEN.

  Puisant dans un " Journal de guerre " laissé par Marcel Déat, écrit presque au jour le jour et qui se termine à la fin de son séjour en Allemagne, avant sa fuite en Italie, l'intervenante montra de nombreuses allusions comiques répertoriées dans Nord et D'un château l'autre. (Les propos de Mme de Brinon qui était juive, sur son mari, lui, antisémite, et sur la politique souhaitée véritablement par Doriot).

 On y retrouve certains noms connus dans la trilogie : le Dr Haubold, Hermann Bickler, le Dr Knapp ou un certain professeur Göring de Berlin.

  Les rapports de Céline avec Déat se révèlent dans ce " Journal " cordiaux au-delà des rapports de travail.

  Si le Dr Destouches dîne un soir au château avec ses collègues médecins et pharmaciens pour une réunion de spécialistes, il vient par ailleurs plusieurs fois avec Lucette prendre le café chez les Déat...

 

 

  3ième communication :

  Pascal IFRI (Washington University, Etats-Unis) - L'ALLEMAGNE et les ALLEMANDS dans la CORRESPONDANCE de CELINE (1907-1939). 

  Les rapports de Céline avec l'Allemagne sont particulièrement complexes. Il y a effectué des séjours linguistiques durant son enfance, un an environ entre Diepholz et Karlsruhe.

  Il semble avoir soutenu le régime nazi et défendu certaines thèses durant la Seconde guerre mondiale, mais il a été un héros de la Première sous l'uniforme français.

  Il n'a jamais rejoint la Collaboration pendant la période de l'Occupation et a souvent affiché son mépris pour les collaborateurs comme envers les nazis. Il est difficile de se faire une idée avec les propos quelquefois contradictoires de l'écrivain.

  Une lecture attentive de sa correspondance, notamment à des juives allemandes avec lesquelles il correspond entre 1932 et 1935, - Cillie Ambor, Annie Reich et Anny Angel - montre qu'il pressentait la catastrophe à venir et qu'il n'éprouvait que dégoût pour le nazisme. 

 

 

  4ième communication :

 Margarete ZIMMERMANN (Freie Universität de Berlin, Allemagne) - REPRESENTATIONS de BERLIN dans NORD.

 Elle énuméra pour commencer les multiples citations d'écrivains sur Berlin et notamment celle, devenue célèbre, de Céline : " Pluie, soleil, ou neige Berlin a jamais fait rire, personne ! " Ceux-ci, depuis la chute du Mur, que ce soit Christian Prigent (Berlin deux temps trois mouvements), Jean-Yves Cendrey (Honecker 21), ou Julien Santoni (Berlin trafic), prirent la capitale allemande pour le point de chute de nomades modernes en mal de crise identitaire.

 Ce dernier livre, paru chez Grasset, décrit les errances à travers Berlin, la mort, la drogue, la prostitution et rappelle étrangement Guignol's band.

 L'intervenante évoqua ensuite le Berlin des voyageurs, le Berlin fantômatique de l'été 44. Les quartiers dont Céline parle lors de ses déplacements avec Lucette et le chat Bébert : la villa de Haubold-Harras en 1940.

 Les errances de ses personnages dans cette ville mourante, à travers cet univers urbain en dissolution renvoient alors à une poétique du mouvement tout à fait particulière.

 


 

   5ième communication :

  David FONTAINE (journaliste au Canard enchaîné)  -  Le BERLIN de CELINE.

 Céline dans Berlin, après ses premiers séjours tout jeune et ses voyages pour travaux médicaux financés par la SDN en 1929 et 1932.

 A la fin de l'été 44, il n'est resté que huit jours dans cette capitale, mais la transposition saisissante qu'il en donne dans Nord occupe près d'un cinquième du volume. Et là, on le suit comme " touriste " du désastre. Sont cités des lieux magiques comme la Porte de Brandebourg, La Chancellerie, la station de métro Tiergarten, Unter den Linden avec aussi des hôtels aux noms savamment modifiés.

 Dans cette ville amputée et saignée à blanc, Berlin n'apparaît plus que comme un " décor ", avec des tas de petites maisons dans les rues. L'hôtel Zénith, réduit à deux étages suspendus entre deux trous de bombe, devient l'emblème de cette ville désolée.

  On découvre que certains de ces traits du Berlin célinien préexistent à l'écriture du roman, notamment dans ses lettres écrites en 1946, du fond de sa prison danoise.

 L'intervenant fit ressortir de façon pointue et avertie, le parallèle que Céline fait entre sa perte d'équilibre - il ne peut plus marcher droit, ce qui nécessite l'achat de deux cannes - et sa " titubation " narrative, sa façon de raconter " de bric et de broc ". Images en " zigzag ", celles de sa technique romanesque...

  Il conclut en précisant que l'aura de cette ville dans l'œuvre doit sûrement aux précédents séjours qu'il y avait faits, évoqués au tout début de son intervention.

 

 

  6ième communication :

 André DERVAL (IMEC) - ALLEMANDS et ANGLAIS entre MUSIQUE et CHARABIA.

 Il est évoqué les séjours linguistiques du jeune Destouches en Allemagne (1907-1908) puis en Angleterre (1909).

 L'intervenant relève les très nombreuses références à la musique de la langue dans les premiers écrits. Si l'on peut considérer que le " Journal de Diepholz " écrit en français, est la première marque d'écriture littéraire chez Céline, celle-ci est bien moindre que la place réservée à l'Angleterre ou au monde anglophone. La lecture de Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit et bien sûr Guignol's band permet de le vérifier aisément.

  Il est recensé les diverses appréciations dans l'œuvre. Négatives, lorsqu'il s'agit de qualifier l'allemand : langue détestable, tapageuse, grondante, de commandement, et beaucoup plus nuancées pour l'anglais, notamment le " snappy " du théâtre, du jazz, du ragtime à la musicalité recherchée.

 Cette opposition se retrouve dans le bruit des avions de guerre avec les innombrables onomatopées qui se succèdent.

 En conclusion, Céline rejette les " types " anglais et allemand dans une même détestation mais s'intéressera et puisera dans leurs littératures : Shakespeare, Defoe, Chamisso, Fontane...

 

 

  7ième communication :

 Anne SEBA COLLET (Journaliste, Le Cap, Afrique du Sud) - CELINE en BATAILLE avec... la GUERRE : l'ALLEMAGNE : CATALYSEUR d'un PACIFISME.

 Céline en bataille avec la guerre. L'intervenante rentre dans les origines des conflits, les dangers, les risques.

 La lutte double de Céline pour la réconciliation de son pacifisme s'est déroulée sur deux fronts. L'externe, avec la volonté de réunir une grande armée franco-allemande qui évitera la deuxième guerre mondiale qui se dessinait. Puis celle, intime, pour réconcilier les deux parties rivales de son " Moi " suite aux traumatismes subies à Poelkapelle dans les Flandres en 1914.

  Sont évoqués les conflits en remontant au Traité de Verdun de 843, le Sedan de 1870 et plus près de nous, celui de Verdun de 1916.

  Avec la Seconde guerre mondiale, Céline avait perdu sa bataille externe. Mais par la création de sa prose poétique, féerique même, par le truchement des figures du Double dans son œuvre, combien a-t-il réussi dans sa seconde bataille !...

 Et c'est bien nous, les lecteurs, qui goûtons cette réussite et ces chefs-d'œuvre en accédant à cette prose célinienne qui nous ouvre la porte de cet autre-là, pierre de touche de l'œuvre.


 

      Samedi 7 juillet , deuxième journée de ce 19ième colloque International.

    

 
 
... et 8ième communication :

 Bianca ROMANIUC-BOULARAND - Un PHENOMENE STYLISTIQUE CELINIEN : La RECURRENCE FORMELLE et SEMANTIQUE.

 C'est Voyage au bout de la nuit qui est analysé ici. Le texte est traversé d'un bout à l'autre d'un bruissement sonore incessant, par des " échos " phoniques, denses et permanents.

L'effet de rappels sémantiques exploité par Céline crée des doubles d'une grande richesse. La répétition créée par la multiplicité de signifiés autour d'un signifiant engendre un effet poétique inégalé, exploité merveilleusement par l'écrivain.

 Cette musique joue également dans l'harmonie avec des effets comme l'équivoque, le calembour, la paronomase, la figure dérivative.

  L'auteur fabrique, en utilisant un même signifiant dans un sens concret, puis dans un sens abstrait, des constructions personnelles... Les compléments se répondent en échos...

  L'argot aussi, est utilisé, comme le régime familier et populaire, qui lui permet d'élargir la gamme sémantique, où un même signifiant peut vouloir dire des choses différentes.

 Ce travail met en avant l'antanaclase, pour faire résonner dans le texte, la multiplicité des acceptions polysémiques d'un mot ou bien les sens totalement différents de ce même signifiant par le pur hasard de l'homonymie.

  Pour conclure, ce n'est pas le moindre talent de l'intervenante, qui a donné à l'assistance des séries d'exemples, tous plus riches, plus amusants et des plus cocasses dans le Voyage...

 

 

  9ième communication :

 Alice STASKOVA (Freie Universität de Berlin, Allemagne) - FIGURE et ESPACE ENTRE la " TRILOGIE ALLEMANDE " et FEERIE pour une AUTRE FOIS I.

  Il s'agit ici d'analyser comment les figures (tropes) participent à la constitution de l'espace représenté, et comment celles-ci font avancer le récit.

  L'intervenante montra que dans les trois romans de la trilogie, D'un château l'autre, Nord et Rigodon, les personnages se mouvant à travers l'Allemagne, privilégient les tropes au sens horizontal et qu'on pourrait ainsi les nommer figures de transfert.

  Par contre, dans Féerie pour une autre fois I, elles jouent mais cette fois dans la verticalité ; c'est l'espace clos de la prison danoise qui apporte cet effet.

 L'utilisation soutenue de la métalepse, figure par laquelle on attribue à l'auteur le pouvoir d'entrer lui-même dans l'univers de sa fiction, est longuement développée ici. Le récit, alors, dépasse ses propres seuils.

 On pourrait la rapprocher, en poursuivant la comparaison, en narratologie, où l'écrivain stoppe son récit pour mettre le lecteur ou lui-même sur le devant de la scène.

 Elle conclut en expliquant qu'une analyse des relations entre tropes et espaces met en relief des aspects essentiels de la poétique de Céline, et permet en outre, des variations dans le développement de son style.

 

 

 10ième communication :

 Suzanne LAFONT (Université de Montpellier) - Des COLLABOS aux BALUBAS : Le MIROIR SONORE de l'HISTOIRE dans la TRILOGIE ALLEMANDE (l'exemple de D'un château l'autre).

 Une bien amusante contribution nous est donnée là. Dans D'un château l'autre, on compte une abondance d'exclamations et d'onomatopées en langue française, comme en langue étrangère, bien que le récit soit de narration plus classique si on le compare aux romans précédents comme Féerie.

 De façon plus étonnante on constate la fréquence de mots à redoublements : fifis, froufrou, glouglou, cache-cache, coupe coupe, et d'autres à " échos " : méli-mélo, queue leu leu, Lili, Bébert...

  Ce ne sont pas des accidents ou des procédés de style pour dynamiser les normes de l'écrit, mais de la matrice même de l'écriture célinienne. L'auteur compose une langue où s'entend un babil d'avant l'emprise du sens, une langue " babélisée " peuplée d'idiomes étrangers, qu'il qualifie de " petit nègre "

  Reviennent dans son dispositif, les échos et rumeurs, faisant des retours sur l'histoire dans un " bric à brac " où se mêlent les souvenirs de sa petite enfance, ses apprentissages linguistiques, ses séjours africains, avec des évènements pressentis, oubliés ou en gestation.

  Céline ne se contente pas de " blablater " sur un passé en passe de devenir ancien, il fait " miraginer ", grâce au miroir sonore disposé par son écriture, les potentialités de l'histoire présente et future.

  Les années 50 rentrent en résonnance avec la Seconde guerre mondiale, elle-même hantée par celle de 1914 et les guerres coloniales.

  Il n'y a pas si loin des collabos à la fin du Reich en Allemagne aux balubas du Congo. D'ailleurs, conclut-elle, Céline n'avait-il pas, dès L'Eglise, confié sa succession au petit noir Gologolo ?

 

 

  11ième communication :

 Véronique FLAMBARD-WEISBART (Loyola Marymount, Etats-Unis) - La TRAVERSEE de l'ALLEMAGNE en TRAIN.

 En s'appuyant sur le métro magique et les rails " tout à fait spéciaux " décrits dans Entretiens avec le Professeur Y, l'intervenante va les rapprocher des manifestations littérales et figurées du voyage à travers l'Allemagne.

  C'est le transport magique qui intervient, celui qui mène au féerique où sont exposés les épisodes de la locomotive à l'envers dans les nuages : " ... une locomotive à l'envers... perchée... et pas une petite je vous dis, une à douze roues !... en l'air et à l'envers... sur le dos ! soufflée ! au sommet !... "

  Il nous est montré alors comment cette métaphore de la locomotive, comme celle du métro émotif, entrainent le lecteur vers le transport des sens selon les règles de sa " petite musique " polyphonique, car " Pas d'air grandiose sans contrepoint !... "

 

 

   Les pauses méridiennes permettent de sustenter les participants, mais aussi de créer des contacts impromptus, évocateurs et souvent chaleureux...

 

 

                                                                        

 

  Quelques uns de ces moments... où les discussions varient, mais ne s'éloignent jamais très loin de l'ermite de Meudon.

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                           

 

 

  12ième communication :

 François-Xavier LAVENNE - ORPHEE en ALLEMAGNE : La TRILOGIE à TRAVERS les ENFERS et QUÊTE de l'ECRITURE.

 La fuite dans l'Allemagne en feu, l'exil et l'incarnation au Danemark constituent des évènements qui bouleversent la posture célinienne.

  La gestion de l'identité de l'écrivain passe alors par la narration, et plus particulièrement par la reprise de canevas mythiques... Ceux-ci, utilisés en contrepoint, permettent à l'exilé de donner une portée métaphysique au traumatisme de son expérience vécue.

  Dans Féerie pour une autre fois, le lieu de vie (son appartement au-dessus de Paris), s'oppose à la prison, lieu de mort, enfouie, lui, sous la terre. L'écrivain est le damné ; c'est Sisyphe envoyé aux Enfers. C'est Adam chassé du paradis.

 Plus atténué est la posture du " Pline de l'ère atomique ", l'explorateur curieux mais imprudent.

 Mais c'est avec le mythe d'Orphée, que l'auteur utilise comme matrice signifiante illustrant son parcours, que l'intervenant va ravir l'assistance. On sait comment l'aède de Thrace descendit aux Enfers pour en ramener Eurydice son épouse. Il ne devait la regarder qu'à sortir du royaume des Morts... Ne résistant pas, il provoqua pour elle une seconde mort...

  La descente aux Enfers, le parcours de l'écrivain, a pour but d'éviter la mort promise à Paris. Cette descente, pour lui, en trois étapes, s'accompagne de la transformation physique de l'auteur devenant mi-mort, mi-vivant.

  Ce sont les châteaux, Sigmaringen, le Brenner et Zornhof qui traduisent cette plongée.

  L'intervenant ajoute ici, une nouvelle scène pour renforcer encore cette identification à la descente aux Enfers. Celle du début d'Un château l'autre où Céline descend vers la Seine qu'il voit en Styx. Là, il fait la rencontre de Caron et sa barque. Il ramène le passé en revenant dans sa villa, ce passé arraché à la mort, que doit ressusciter l'écriture.

 Et la conclusion s'impose alors. Le motif du tombeau d'Orphée introduit en effet la conception du texte comme le lieu de survie spectrale de l'auteur dont chaque lecture réanime la voix.

 

 

   13ième communication :

 Sven Thorsten KILLIAN (Université de Potsdam, Allemagne) - L'ALLEMAGNE, ce MONSTRE.

 En 1938, Céline attribue à l'Allemagne, dans une fausse citation, l'épithète de " monstrum ".

  Vingt ans plus tard, son voyage forcé à travers celle-ci est évoqué en termes mythologiques qui font imaginer une vision cauchemardesque de l'Europe centrale.

 L'intervenant, jeune chercheur ayant préparé sa thèse de doctorat après avoir vécu de longues années à Paris, va analyser le mode fantastique et la fonction pragmatique de cette stratégie textuelle.

  Car, l'écrivain, ne s'est-il pas lui-même mis en scène comme monstre dans ses romans, et avec ses apparitions publiques des années 50 ? Et dans la prison danoise, quand il parlait allemand aux détenus de la dérive nazie, pour cyniquement leur remonter le moral ?

  Il explique alors, froidement, que les textes montrent dans leur réalité télévisuelle un jeu de doubles et de masques rempli de sous -entendus.

 Pour lui, l'Allemagne de Céline est plus qu'un référent historique et culturel. Le schéma du pays monstrueux sert ici, à travestir les modes d'énonciation, à simuler et à dissimuler l'affect, et à provoquer de manière " psychapersuasive " une réaction publique convulsive.

  Le monstre Céline a décrit la monstruosité de l'Allemagne à travers ses propres écrits. Déconstruction de la construction d'un monstre... 

 

 

  14ième communication :

  Anne BAUDART - CELINE et l'ALLEMAGNE.

 Céline écrira à son amie Evelyne Pollet qu'il va aller voir à Anvers, en 1933 : " Moi-même flamand par mon père et bien breughelien d'instinct, j'aurais du mal à ne pas délirer entièrement du côté du Nord " et en 1937, dans une autre lettre : " Vous serez gentille de me donner quand je vous verrai quelques renseignements sur la vie de Jérôme Bosch. Juste quelques idées. "

  Céline s'intéresse à la peinture et il est, lui-même un grand peintre de l'apocalypse, dans la lignée de Bosch, de Breughel, de Goya.

  Il dira à son ami Elie Faure, parlant de la hideur du genre humain : " Il faut se placer délibérément en état de cauchemar pour approcher du ton véritable. "

  En témoignent ses tableaux de la guerre dans le Voyage et dans la Trilogie Allemande, sa vision inouïe des bas-fonds, des prostituées dans Guignol's band, la fulgurance de couleurs de son tableau du bombardements de Paris dans Féerie pour une autre fois.

  L'intervenante, après avoir distribué à l'assistance des photocopies de tableaux illustrant son développement, rapprochera l'œuvre picturale et le parcours de Céline de ceux d'un autre rescapé de 1914, de l'autre côté du Rhin celui-là, l'expressionniste allemand Otto Dix...

  Lui aussi a peint " la hideur du genre humain " avec le même pessimisme. Il a abordé les mêmes thèmes : l'horreur de la guerre, l'univers glauque des prostituées pour les opposer à l'harmonie de la musique et de la danse...

 

 

 15ième communication :

 Johanne BENARD (Queens's University, Canada) - Le THEATRE dans la TRILOGIE ALLEMANDE : l'ENVERS du DECOR.

  Notre intervenante commença par la distribution de trois feuillets qui aideront l'assistance à suivre son exposé avec des citations sur les différents thèmes concernant les auteurs de théâtre.

  En se servant du débat bien connu, sur la question de la théâtralité dans les derniers romans, entre Robert Llambias et Philip Watts, Johanne BENARD, sans trancher celui-ci, expliquera que le théâtre de Céline, et notamment dans les scènes évoquées dans la Trilogie allemande, lui permet de se moquer de l'Histoire (avec un grand h).

  Le discours célinien va au-delà de l'inconscient, de l'affect... c'est son théâtre. Son utilisation lui permet d'éviter l'histoire, de s'en démarquer et de ne pas endosser les responsabilités qui pourraient être les siennes.

  Alors la guerre et l'histoire sont des spectacles. Son récit est la passerelle qui permet de passer aisément de l'histoire au spectacle.

  Et pour conclure, de citer Watts, qui rapproche les scènes shakespeariennes de Guignol's band où le théâtre, se confondant avec le rêve, nous ramène justement au réel et à l'histoire.

  

       La seconde journée de ce colloque se termina donc sur cette intervention, toute tournée vers le théâtre.

 

  Mais les participants étaient loin d'en avoir terminé avec ce thème, puisqu'ils allaient être conviés à devenir, à leur tour, des véritables acteurs de l'épopée célinienne...

  Ici, sur place, à Berlin, à une demi heure de là, invités au théâtre, à visiter l'Histoire... celle de la Trilogie allemande... celle de Nord.

  Grâce au talent très apprécié de notre hôte, Madame Margarete ZIMMERMANN, la visite d'un lieu mythique fut négociée avec leurs propriétaires, et c'est ainsi qu'une vingtaine de céliniens allaient, soixante-cinq ans après Céline, Lucette, Le Vigan et Bébert, fouler le sol du domaine du Professeur HARRAS... 

  Ils avaient laissé derrière eux le " Zenith Hotel " et une seule obsession Grünwald ! arriver à Grünwald !...

  " ... nous suivons... c'est d'abord un très grand jardin, même plutôt un parc... plein de décombres, ici, là... d'autres villas, sans doute ?... ce qu'il en reste ! et des morceaux de stèles et statues... et couvertes de ronces et de barbelés... ah, une très haute serre, mais plus une vitre... on passe dedans... l'officier avance tout doucement... peut-être est-ce miné ?... je lui demanderais bien... "

  Et puis, la grenade ? trouvera-t-il un endroit pour s'en débarrasser ?

 " ... je voyais bel et bien ma poche, grenade et goupille nous envoyer plus haut que les arbres ! Il se doutait, l'S.S... ? lui qui faisait si attention à ce qu'on s'écarte pas du petit chemin... sûr, il avait peur des mines... mais ma poche moi, un petit peu ?... ce parc était immense, rocailles, futaies... presque tous les arbres ébranchés... je cherchais voir, droite, gauche, un endroit d'eau... je pourrais envoyer mon afur !... j'avais vu plusieurs mares, bien bourbeuses, herbues, vaseuses... mais bien trop loin de ce sentier ! " (...) Pendant que l'S.S. nous explique combien ces bains sont toniques, qu'il en prend lui-même, etc. etc. j'extirpe ma foutue grenade du fond de ma vague et je la pose sur le rebord du trou, qu'elle glisse à pic... je la pousse ... tout doucement... vlof ! elle plonge ! "

 

 

 

  Voilà ce qu'est devenu le domaine du Professeur HARRAS... après de multiples ventes et reconstructions ...  Une superbe maison de maître appartenant aux propriétaires des porcelaines MEISSEN, parmi les plus belles et chères au monde...

 

 

   Nous n'avons pas trouvé la grenade, ni vu des souterrains, bien évidemment, mais un certain frisson est passé parmi nous, en contemplant ce parc, derrière la somptueuse bâtisse...

 

 

   Dimanche 8 juillet 2012, troisième et dernière journée. 

 

 

    16ième communication :

 Pierre-Marie MIROUX - Le NORD CHEZ CELINE : Des RACINES et des AILES.

" Mon père est Flamand ma mère est Bretonne... "

 L'intervenant, partant du principe qu'il n'apparaît que quelques notes éparses et succinctes sur les origines de Louis-Ferdinand Destouches - dans la biographie de François Gibault et de Gaël Richard dans l'Année Céline 2007 - va étudier dans le moindre détail la généalogie de sa famille.

 Il découvrit que l'arrière grand-père paternel de Céline s'appelait François Joseph Delhaye et sa grand-mère : Hermense Destouches, née Delhaye.

 Puis, dans un deuxième temps, il montrera comment dans la Trilogie allemande notamment, il existe véritablement une sorte d'aimantation vers le nord comme lieu de féerie.

  Le Danemark, alors lieu si cruel, où il renaîtrait en fantômes dans un monde qui serait aussi celui des origines d'avant la naissance, car dans ce monde construit de misères et de catastrophes, rappelons-le, conclut-il " c'est naître qu'il aurait pas fallu ! "


 


  17ième communication :

 Marie-Pierre LITAUDON - GUIGNOL'S BAND... AU PASSAGE.

 Guignol's band, c'est le séjour londonien du héros Ferdinand.  L'histoire est introduite dans les quatre premiers chapitres, par le bombardement du pont d'Orléans en juin 40, et se prolonge par une série de " pronostications " à l'adresse des lecteurs.

 Ce " prologue narratif ", en marge de l'histoire mais qui introduit le roman, procédé reproduit dans Mort à crédit et d'autres romans, joue bien le rôle d'un sas mémoriel. 

  Dès lors que le bombardement d'Orléans opère en prolepse narrative, l'histoire rapportée s'inscrit dans une durée nouvelle, celle d'entre-deux-guerres, avec un creux de vingt-deux années de paix, réduites au silence.

  Cette contraction confère une force programmatique au premier chapitre, véritable Apocalypse signant la fin des temps. L'anticipation devient prémisse du récit à venir, piégeant la vie de Ferdinand dans un cycle de malédictions voué à la géhenne.

  Mais cet entre-deux-guerres et ses catastrophes s'appréhendent aussi comme un lieu de passage entre deux " mondes ", espace volitif d'un franchissement problématique.



 


 
18ième communication :

 Louis BURKARD - Les PAMPHLETS de CELINE et leur INTRODUCTION en DROIT.

Le futur avocat précisa d'entrée la volonté de Céline de faire rééditer ses pamphlets pendant toute la guerre. En 1951, quand il renégocie ses droits, il récupère ses droits d'édition (un an sans parution).

 Dès son retour d'exil, devant la délicate question de l'interdiction  en droit des pamphlets antisémites, Céline a bien montré sa volonté de ne pas voir ces trois livres réédités. Celle-ci est catégoriquement prolongée par sa veuve.

  Qu'elle s'appuie sur les droits patrimoniaux plutôt que sur le droit moral, elle n'en reste pas moins fondée sur le droit d'auteur. Ce sera jusqu'à 70 ans après la mort de l'écrivain, soit jusqu'au 1er janvier 2032.

  Et là donc, dès lors qu'un tribunal les jugera digne d'un intérêt historique et documentaire, dûment accompagnés de préfaces et de postfaces, ils pourraient éviter les sanctions prévues dans le cadre d'appel à la haine raciale.

 Diverses questions permirent de conclure cette intervention, en évoquant principalement la particularité de Mea culpa, qui échappe à cette interdiction, de par le " laisser faire " de Lucette et la réédition " à l'étranger " ?...

 


 


 
 19ième communication :

  Isabelle BLONDIAUX - POURQUOI LIRE CELINE ?

  La dernière intervenante de ces trois jours de colloque, va expliquer à l'auditoire que la lecture attentive de l'œuvre célinienne invite à questionner la manière dont lecture naïve et lecture critique peuvent coexister et s'articuler.

  Céline, même réprouvé, est bel et bien devenu un classique.

  Lecture naïve ou lecture critique ? Derrière cette question, elle montra tous les enjeux idéologiques engendrés...

  Ainsi, le lecteur, s'il sait résister à la fascination, perdra très vite son innocence. Il se trouvera dès lors, confronté à la nécessité d'une lecture critique.

  Lire donne à penser, et la lecture thérapeutique proposera une pensée de la lecture qui peut faire modifier l'être.

  Elle conclut en distinguant deux fonctions dans la lecture critique : pour apprendre à lire et là, ne pas succomber à la seule séduction, et pour apprendre à écrire et l'on rejoint la question " qu'est-ce qu'un artiste ?, à laquelle elle a déjà tenté de répondre dans Portrait de l'artiste en psychiatre, qui est l'autre volet de la question " pourquoi écrivez-vous ? "

 

  
      
Ainsi se terminait le 19ième colloque International de Berlin, organisé par la S.E.C.
 

 

 Le président, François GIBAULT réunit aussitôt son Assemblée générale statutaire pour esquisser, entre autres, le prochain lieu où se déroulera en 2014, le 20ième ... Des bruits circulaient : la Sorbonne, le Couvent des Récollets, la Fondation Dubuffet, la Fondation Singer-Polignac...

  Mais avant de se quitter et de rejoindre, qui son hôtel, qui son avion... TOUS souhaitaient remercier le plus chaleureusement qu'il soit, celle, sans qui ce colloque n'aurait pas été ce qu'il fut : un grand moment culturel, de convivialité et d'émotion, Madame Margarete ZIMMERMANN. 

 

 

                Remerciements.                                                                                                                                                                      La Freie Universitäte de Berlin

 

 

 

                                                                                                                          ***********

  

 

 

 

                                                                            COLLOQUE  CELINE

                                                                             BEAUBOURG  -  CENTRE POMPIDOU
 

                                                                                          4-5   février 2011.

 
 
A l'occasion du 50 ième anniversaire de la mort de l'écrivain, Patrick Bazin, directeur de la BPI et André Derval, responsable des fonds d'Editions et des Réseaux documentaires à l'Institut Mémoires de l'Edition Contemporaine (IMEC) et responsable de fonds d'auteurs à la Société d'études céliniennes (SEC), présentent le colloque : Céline réprouvé et classique.

 

                                                                  

                                                                                                    Plaquette programme

 

 

                                                                                                                

                                                     Devant Beaubourg                                                              Ouverture des portes

 

 

                      VENDREDI 4 février.

  Ouverture 11h15 - 11h30.

   Patrick Bazin absent, André Derval ouvre le colloque avec le biographe François Gibault.

   11h30 - 13h00. Dr Destouches et M. Céline.

  Isabelle Blondiaux, médecin et chercheur ; Céline et la médecine.

  Gaël Richard, chercheur ; Les traces d'une vie, recherches biographiques.

  François Gibault  meuble en évoquant l'absence de Viviane Forrester.  PAUSE.

 

                                                                                                 

                                                             I. Blondiaux, F. Gibault, G. Richard

 

   14h30 - 17h30. Controverses et reconnaissances internationales.

 André Derval va présenter successivement :

 Christine Sautermeister, Université d'Hambourg ; La redécouverte de Voyage au bout de la nuit.

 Yoriko SUGIURA, Université de Kobé ; Céline au Japon depuis 50 ans : traduction réception et recherche.

 Olga Chtcherbakova, Ecole nationale supérieure, Paris ;  D'Elsa Triolet à Victor Erofeev : les avatars russes de Céline.

 Greg Hainge, Université Queensland ; Céline chez les fils de la perfide Albion.

 

                                                                            

                                                                         André Derval                                                               Johanne Benard

      " Faurisson apparaît, passe inaperçu, prend la parole. Se dit Ecossais. Cite un passage sur son pays (Applaudissement candide d'un public en manque d'exaltation. " (alainzanini.com).

 Entretien avec Philippe Bordas, écrivain.  PAUSE.

 

  18h30 -20h00. Spectacle. Faire danser les alligators sur la flûte de Pan. Choix de la correspondance établi par Emile Brami, interprété par Denis Lavant

 

                                                                          

                                                                          Denis Lavant.                                                      Très apprécié du public.

 

                 SAMEDI 5 février.

  14h - 16h00.  Céline et l'histoire.

  Patrick Bazin revient, s'excuse car il a dû défendre l'intérêt des bibliothécaires dans une assemblée...

  Marie Hartmann, Université de Caen ; La falsification de l'histoire contemporaine dans D'un château l'autre.

 
N'a pas l'air de porter Céline dans son cœur. Parle de l'antisémitisme de Céline. Il falsifie l'histoire. Le lecteur ne peut pas s'identifier à lui. Reparle de son racisme.

  Daniel Lindenberg, historien.

 Il admet qu'il n'est pas très célinien, moins que le public ici présent. Parle aussi de l'antisémitisme, du révisionnisme. Il regrette que les écrivains-collabos soient plus étudiés que d'autres. Marie Hartmann vient l'aider : " Comme Sartre, qui lui, a résisté... " (le public se réveille).
- Marie Hartmann : " Chut !... Chut !... " (le public se réveille encore).
- Marie Hartmann : " Mais taisez-vous !... "

 Jean-Pierre Martin, écrivain, essayiste.  

 Il commence par un petit texte de fiction écrit pour nous. Parle de non réhabilitation de Céline, de son aveuglement politique, de son antisémitisme. Evoque le Y du professeur, qui signifierait Youtre ou Youpin. Il indique que les céliniens sont une " bande d'aveuglés " et va citer un homme qu'il aime bien Doubrovsky : " Que vouliez-vous que je fasse, moi, juif, d'un écrivain qui voulait mon extermination ? Si je n'ai pas été gazé à Auschwitz, c'est malgré Céline. " (le public est réveillé et commence à tousser...)

  Yves Pagès, écrivain, éditeur.

 De mieux en mieux. Pour lui, il enseigne à ses élèves qu'on aime le texte et non pas l'auteur. Les pamphlets sont une chose abjecte, il n'a pu finir la lecture de L'Ecole des cadavres. (Dans le public, quelqu'un : " Moi, si !... " ). Si Céline a écrit Bagatelles c'est pour hurler avec les loups en 1937, parce qu'il n'avait plus rien à dire. Après 1941, il a peur et il s'arrête. Il a bien été collabo, fasciste et a vendu son âme. Plus tard il s'est constitué un personnage de clochard irresponsable.

  Puis le public est autorisé à poser quelques questions, courtes...

 Marie Hartmann veut s'entretenir avec Delfeil de Ton, le journaliste-célinien quand Faurisson demande le micro, intervient en se plaignant d'avoir été quelques instants plus tôt privé de parole (C'est lui, l'Ecossais...).

- Faurisson Robert, moqueur : " Ai-je le droit de poser une seule question ? (Silence à la tribune...) " Que veux dire Bagatelles pour un massacre ? Massacre de qui ? "
- Hartmann : " C'est moi qui vais répondre. "
- Delfeil de Ton : " C'est le massacre qui se prépare. "
- Hartmann : " Voilà, bien sûr. "
- Faurisson : " C'est le massacre de la prochaine guerre qu'il veut éviter. Céline est furieux, il voit autour de lui des organisations juives, françaises, américaines et autres qui poussent à la guerre contre Hitler. "
-
Hartmann : " Non, non, non. "
-
Yves Pagès : " Maintenant c'est FINI... Stop. " (Le micro est repris).
-
Faurisson, sans micro : " CENSURE !... CENSURE !... "
-
Yves Pagès : " Dire que les juifs poussent au crime, c'est insupportable !... "

  Marie Hartmann termine avec Delfeil de Ton. Celui-ci indique qu'il aime bien Céline, qu'il a tout lu de lui, pamphlets compris.

  PAUSE.

  Au sous-sol, on assiste à un regroupement animé où on devine Philippe Alméras en conversation avec Robert Faurisson.

  16h00. Projection : entretien audiovisuel de Céline avec Pierre Dumayet pour la sortie de D'un château l'autre. Réalisation : Jean Prat, collection : Lecture pour tous, INA.

   16h30 -18h00. Un autre Céline.

  Sonia Anton, Université du Havre ; Quand la correspondance fait œuvre.

 Elle évoque la correspondance de Céline. Elle y note son humour et aussi des outrances.

  Emile Brami, écrivain ; Céline au cinéma.

 Il insiste sur la volonté de mettre en scène le Voyage de Céline. Liste tous les projets avortés. Ceux de Michel Audiard, de Pialat, de Sergio Léone, de Stévenin... Il se rit de Yann Moix qui souhaitait placer Bardamu sous les tours du World Trade Center. François Gibault intervient pour évoquer les références à Céline dans le cinéma que Brami connaissait.

 

                                                                                                                                         

                                                                                                                              Sonia Anton.

 

  Tonia Tinsley, Springfield (USA) ; Le langage de l'intimité des choses : la synthèse du féminin chez Céline.

  Johanne Bernard, Université Queen's Canada ; Céline au théâtre.

 Elle précise pourquoi Céline appréciait Molière et Shakespeare. Evoque les nombreux projets d'adaptations théâtrales de l'œuvre célinienne. PAUSE.

  18h30 - 19h00. Lecture d'extraits par Fabrice Luchini.

 La salle salive déjà pour le clou de la journée mais aussi du colloque de deux jours. On éteint les portables (recommandations...). Le public frémit du premier au dernier rang dans une salle comble.
 Il arrive par derrière. Il paraît s'étonner du peu de chaleur qui émane de la salle. Il la trouve apathique.

- " Je suis bien en présence d'admirateurs de Céline  ? "

 
Il va s'énerver encore contre des gens en retard puis contre un gars qui tousse. Il précise :
- " C'est toujours comme çà lorsque c'est gratuit... et qu'il a fait fissa pour arriver car il récitait du Philippe Muray tout l'après-midi !.. "
 

  La salle est interdite et ne sait comment réagir... Puis, insensiblement, un, puis deux, puis trois applaudissements crépitent alors, et soudain, deux cents personnes tapent dans leurs mains, vibrent avec l'artiste.
  Son numéro est réussi.
  Il sourit, pose sa veste, la remet, la repose, la remet. Et Ferdinand est devant nous, là, sur la scène c'est bien lui.
  Quarante minutes de communion...  

            
                                                                                                         *  *  *
 

  Le colloque " Céline, réprouvé et classique " fut une réussite. Durant deux jours, la " petite salle " (158 places) du Centre Pompidou était comble et les organisateurs peuvent se targuer d'avoir obtenu, en guise d'heureux épilogue, la participation (gracieuse !) de Fabrice Luchini.
  La veille, le spectacle conçu par Emile Brami et magistralement interprété par Denis Lavant, remporta un égal succès. Bémol : à la différence des colloques organisés par la seule Société des Etudes céliniennes, quasi aucun apport nouveau ne fut délivré dans les diverses communications, les orateurs ayant puisé la teneur de celles-ci dans leurs contributions antérieures (parues en livre ou en revue). Une faiblesse de l'organisation - rien n'était prévu le samedi matin - contraignit certains orateurs à condenser leur texte au moment même où ils le lisaient. Ce fut parfois dommage...

  L'originalité de ce colloque fut de donner la parole à des anti-céliniens patentés : Jean-Pierre Martin, qui signa naguère un mémorable Contre Céline (1997), et Daniel Lindenberg, auteur d'une belle contrevérité : " Sous l'Occupation, Céline alla jusqu'à poser très sérieusement [sic] sa candidature au Commissariat général aux questions juives "1. Ces deux universitaires ont comme point commun d'avoir communié jadis dans la même ferveur maoïste. L'un à la GP (Gauche prolétarienne), l'autre à l'UJCML (Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes). Cette expérience militante leur permet assurément de juger avec acuité la dérive totalitaire de romanciers ayant été aussi des écrivains de combat.

  La nouveauté consiste à relier Céline à Auschwitz. Ainsi, J.-P. Martin cita, pour l'approuver, Serge Doubrovsky : " Que vouliez-vous que moi, juif, je fasse d'un écrivain qui voulait mon extermination ? Si je n'ai pas été gazé à Auschwitz, c'est malgré Céline 2. " Jamais auparavant de tels propos ne furent tenus dans un colloque consacré à l'écrivain. Les céliniens qui font autorité ont écrit exactement le contraire : " Céline, mieux que tout autre, savait qu'il n'avait pas voulu l'holocauste et qu'il n'en avait pas même été l'involontaire instrument 3. " Dixit François Gibault. Quant à Henri Godard, il a toujours considéré que, si l'antisémitisme de Céline fut virulent, il ne fut pas meurtrier 4. " Et Serge Klarsfeld lui-même tint ce propos lors d'une soutenance de thèse consacrée précisément aux pamphlets : " Malgré leur outrance insupportable, ils ne contiennent pas directement d'intention homicide 5. "

  En cette année du cinquantenaire, une étape a donc été franchie. Il s'agit de faire d'un antisémite incontestable un partisan des camps de la mort. En décembre 1941, lors d'une réunion politique, Céline se rallia à un programme préconisant la " régénération de la France par le racisme ". Il précisait ceci : " Aucune haine contre le Juif, simplement la volonté de l'éliminer de la vie française 6. Il suffira désormais de supprimer ces quatre derniers mots pour faire de Céline un partisan du meurtre de masse.
                                                                                            M.L.

1/Daniel Lindenberg, " Le national-socialisme aux couleurs de la France. II. Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, Esprit, mars-avril 1993, p.209.
2/Michel Contat, " Serge Doubrovsky au stade ultime de l'autofiction ", Le Monde, 3 février 2011.
3/François Gibault, Préface à Lettres de prison à Lucette Destouches et à Maître Mikkelsen, Gallimard 1998.
4/Henri Godard, " Louis-Ferdinand Céline " in Célébrations nationales 2011, Ministère de la Culture, 2010.
5/Propos tenus le 16 octobre 1993 à l'Université Paris VII lors de la soutenance de thèse de Régis Tettamanzi (Les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline et l'extrême-droite des années 30. Mise en contexte et analyse du discours).
6/Céline et l'actualité, 1933-1961
(Les Cahiers de la Nrf) (Gallimard 2003, réed.) p.143-146.

 (BC. n° 328 mars 2011).

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  Lors du colloque Céline qui s'est tenu au Centre Pompidou en février dernier, il s'est produit un incident pittoresque. Se présentant à la fois comme membre de la Ligue des Droits de l'Homme et de la Société des Etudes céliniennes depuis des décennies, un auditeur s'est dit accablé par les réquisitoires dont Céline était l'objet, ne reconnaissant pas l'écrivain (dont il est un lecteur assidu) dans le portrait totalement à charge qu'on faisait de lui.
  Il faut dire que Martin, Lindenberg, Hartmann et Cie ne firent pas dans la dentelle, présentant Céline comme le chantre des camps de la mort. Assertion que même un Henri Godard, peu suspect de complaisance envers Céline, a toujours récusée : " Il n'y a, dans les textes, correspondances ou propos mis au jour jusqu'à présent aucune attestation d'une connaissance de la réalité du processus de solution finale. " (Notice de Guignol's band dans Romans III, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1988, p.945, in BC n°330, mai 2011).