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PELERINAGES

 

 

 En 2001, quelques années avant sa mort (27 mars 2006), Pierre Monnier m'avait confié une enveloppe contenant une vingtaine de photos qu'il tenait d'un couple de belges, grands admirateurs de l'hôte de Meudon.
  Ceux-ci avaient effectué, en juillet 1982, une sorte de pèlerinage à Sigmaringen, sur les pas de Céline, Lucette et Bébert, avec en poche la biographie de Maître Gibault pour traces de témoignages.
 
  Il m'a semblé utile de faire connaître et de revitaliser ces clichés inédits plus de 30 ans après.

 Je pense, en effet, que retrouver des photos authentiques tels que la pharmacie Hofapotheke, le Löwen, l'hôpital Fidelis, la librairie Liener, l'hôtel Bären où séjournaient les Rebatet, Le Vigan et Lucienne Delforge, ou découvrir le sentier le long du Danube sur lequel Pétain effectuait sa promenade quotidienne suivi de Bébert, ne peut laisser un célinien tout à fait indifférent...

 

 

 

                Sigmaringen : l'hôtel Löwen.

 

                                                     Le Löwen                      

 

 

 " Ma consultation !... c'était l'heure ! au premier étage du Löwen, au n° 11, notre taudis... je dis taudis !... oui !... deux paillasses... et quelles !... j'en ai vu d'autres, certes !... bien d'autres !...
 (...) Je vous parle énormément de W.-C.... particulièrement ceux du " Löwen "... c'est qu'on était sur le même palier, la porte en face, et qu'ils désemplissaient pas ! tous les gens de Sigmaringen, de la brasserie, et des hôtels, venaient aboutir là, forcément... la porte en face !... tout le vestibule, tout l'escalier était bourrés jour et nuit de personnes à bout, injurieuses, râlantes que c'était la honte !... qu'ils en avaient assez de souffrir !... qu'ils faisaient sous eux !... qu'ils pouvaient plus !... et c'était vrai : tout l'escalier dégoulinait !... et notre couloir, donc ! et notre chambre ! vous pouvez pas plus laxatif que le Stamgericht, raves et choux rouges... Stamgericht ! plus la bière aigre... à plus quitter les W.-C. !... jamais ! vous pensez tout notre vestibule grondant pétant de gens qui n'en pouvaient plus !... et les odeurs !... les gogs refoulaient ! il va de soi !... ils arrêtaient pas d'être bouchés !... les gens entraient à trois... à quatre !... hommes, femmes... enfants... n'importe comment !... ils se faisaient sortir par les pieds, extirper de vive force !... qu'ils accaparaient la lunette !... " ils rêvent ! ils rêvent !... " si ça mugissait !... le couloir, la brasserie, et la rue !... et que tout le monde se grattait en plus... et se passait, repassait la gale et morpions... et mes malades !... mélimélo... qu'ils y allaient forcément aussi pisser sur les autres et partout ! il était vivant notre couloir !... "
 (D'un château l'autre, Poche, 1968, p.204).

 

      

 

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                                Sigmaringen : la gare.

 

   " Moi là, question Hilda, et sa bande, sûr, je les retrouvais à la gare !... fatal ! espionnes, troubades, ministresses, gardes-barrière, méli-mélo !... aux salles d'attente ! l'attirance viande fraîche et trains de troupes, plus le piano et les " roulantes ", vous représentez ces scènes d'orgies ! un petit peu autre chose de bandant que les pauvres petites branlettes verbeuses des Dix-sept Magots et Neuilly !... il faut la faim et les phosphores pour que ça se donne et rute et sperme sans regarder ! total aux anges ! famine, cancers, blennorragies existent plus !... l'éternité plein la gare !... les avions croisant bien au-dessus !... tout bourrés de foudres ! et que toute la salle et la buvette se passent entre passent poux, gale, vérole et les amours ! fillettes, sucettes, femmes enceintes, filles-mères, grand-mères, tourlourous ! toutes les armes, toutes les armées, des cinquante trains en attente...

toute la buvette entonne en chœur ! Marlène ! la ! la ! sol dièze ! à trois... quatre voix ! passionnément ! et enlacés !... à la renverse plein les fauteuils !... à trois sur les genoux du pianiste ! trois de mes femmes enceintes !... et bien sûr, en plus, entendu, pain à gogo ! boules ! et gamelles !... et sans tickets ! vous pensez bien qu'on regarde pas !... quatre roulantes pleines de marmites d'un train à l'autre... de la buvette aux plates-formes ! le " bifur " Siegmar, je parle de trains de munitions, l'endroit vraiment le plus explosif de tout le Sud-Würtemberg... Fribourg-l'Italie... trois aiguillages et tous les trains, essence, cartouches, bombes... de quoi tout faire sauter jusqu'à Ulm !... aux nuages ! bigorner les avions d'en l'air... salut !... vous imaginez que j'avais un petit peu de travail lutter pour la vertu d'Hilda, qu'elle se fasse pas cloquer sous un train !... "                                                                            La gare.                                
                                                                                                         
                                                                             

 

 

  " La gare était dans mes fonctions, côté sanitaire, poste de secours, réfugiés... alors forcément, salles d'attente et prostitution ! je devais y voir !... tout voir !... avec quels moyens ?... aucun !... tout manquait !... le soufre pour la gale... le novar pour la vérole... rien !... les capotes ?... nib !... moi aussi je pouvais cavaler !... en plus de l'Hilda !... j'avais bonne mine !... je vous parle des troupes de passage, de tous ces trains qui vont viennent pour des soi-disant raisons !... la tradition !... tous les pays en guerre pareil, trains de troupes de passage qui vont quelque part... et reviennent de quelque part pour ailleurs... farandole des aiguillages ! poésie !... que les viandes bougent ! c'est pas qu'au ciel que ça cesse pas d'aller revenir... sur les rails pareil, trains sur trains... convois infinis... troubades et troubades, toutes les armes et tous les peuples... et les prisonniers avec !... déchaussés aussi, pieds pendant hors... assis aux portières... faim aussi ! toujours faim !... bandant aussi !...  chantant aussi " Lili Marlène " !...

 Monténégrins, Tchécoslovènes, Armée Vlasoff, Balto-Finnois, troubades des macédoines d'Europe !... des vingt-sept armées !... que ça se fige pas ! que ça chante ! branle ! roule ! et trains blindés, canons comme ça ! dardés géants !... de ces dionosaures de canons à deux et trois locos chacun !... et toujours plus de trains queue leu leu !... génie, artillerie... et encore d'autres convois sur convois... grives ! flopées ! pinglots hors nu-pieds et poilus... gueulant qu'on leur envoie des filles !... chantant qu'ils tiennent plus, qu'ils bandent trop !... vous dire, un sacré point de trafic, aussi bien pour les Armadas : London Munich Vienne... que pour les trains de troupes et fourgons, toute la camelote, bidoche armée, Frankfort, la Saxe, et l'Italie par le Brenner... que c'eût été pour eux qu'un jeu, une bombe qu'ils fassent éclater la gare !... marmelade !... écrabouillent tout !... non !... il fallait que ça continue ! "


 

 

  " Comme ça toutes les gares du monde du moment que les trains de troupes stagnent... la vie sur la terre a dû commencer dans une gare, une stagnation... vous voyez les filles raffluer... bien sûr... elle ma foutue Hilda la garce, c'était que de fiévreuse puberté, pas besoin de gamelles !... costaudes fillettes !... sex-appeal des salles d'attente ! la perversité de voir tant de mâles arrivant d'un coup, tout suants, poilus, puants... plein les wagons !... et tout bandant leur crier lieb ! lieb !... miracle que c'était, il faut dire les choses, que par les gardes S.A. elles se soient pas trouvées happées, déshabillées, et pire !... l'Hilda et sa bande, servies illico ! friponnes allumeuses !... la Prévôté à la gare, chargée des plates-formes, pensait qu'à coups de crosses et matraques ! de ces gorilles ! ils assommaient deux fois par jour tout ce qu'ils trouvaient déambulant... c'était eux quand ça tournait mal, désordre aux roulantes, au piano, trop de gens à travers les rails que les trains pouvaient plus partir, qui ramenaient le calme ! à la matraque !... et si ça rebiffait ? ptaf ! au Mauser !... de ces sortes de revolvers canons, pas à réfléchir ! réglé ! quand la Hilda et les copines voyaient les S.A.... cavalcade !... envolée de biches !... mais qu'elles rebondissaient de l'autre tunnel !...

 (...) Le mal que je me donnais que cette foutue môme remonte au Löwen !... je sentais pourtant que c'était sérieux, elle et ses espiègles copines !... lutines voyoutes plein la Gare !... je pouvais demander du renfort, la Prévôté !... j'aimais pas avoir recours... je pensais à mes femmes enceintes autour du piano et plein les sofas... qu'elles bâfraient et se foutaient du reste !... des femmes à six mois !... à huit mois !... des appétits doubles et triples !... saucisses, bier, goulash ! je pouvais pas leur donner autant !... les Prévôts les assommaient ! de tous les coins de France y en avait, de toutes les provinces !... pourquoi elles s'étaient sauvées ?... Siegmaringen ?... indicatrices, mouches de villages ?... pétasses de lieux-dits ? ou simplement filles d'usines, pour voyager ?... ou leurs hommes à la L.V.F. ?... ou fiancées à des boches ?... peut-être guichetières de Poste-Restante ?... presque toutes des certains accents... Nord, Massif Central, Sud-Ouest... pas à leur poser des questions, elles mentaient sur tout !... sauf une vérité : l'appétit... c'est pas le petit supplément de nouilles que je pouvais leur faire avoir, et la lessiveuse de raves, deux fois par semaine, qui pouvaient les rassasier ! donc c'était la Providence ces boules et " roulantes " comme à gogo !... j'allais pas les faire pincer !... tout de même... tout de même, j'avais les autres calamités !... gale, morpions, puces, gonos, poux... et que ça se les repassait ! joyeusement ! vous auriez dit la gare faite pour !... "
 (D'un château l'autre, Poche, 1968, p.239).

 

 

   La gare de Sigmaringen, elle, n'avait rien d'imaginaire. C'était une longue bâtisse de pierre grisâtre à un étage, nichée dans une boucle de ce Danube qui avait plutôt l'allure d'une grosse rivière au flot boueux et devrait attendre encore un nombre respectable d'affluents et de kilomètres pour mériter son qualificatif trop flatteur de « beau Danube bleu ».
  Des réfugiés français se bousculaient dans la salle d'attente, envoyés là par les autorités allemandes, accueillis sur place par les miliciens chargés de la police et du contrôle des arrivées. Prostituées en cavale, indicateurs de la Gestapo, anciennes maîtresses d'officiers S.S. et autres vaincus de la guerre civile plus ou moins passibles des cours de justice étaient ainsi triés et parfois refoulés par l'administration débordée de la ville. C'est qu'il fallait justifier plus ou moins d'un emploi pour rester à Sigmaringen, cette nouvelle enclave française en plein territoire allemand...
 (Château et prison, Sigmaringen, Poésie française, www.wikipemes.com).

 

 

 

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                         Sigmaringen : le Fidélis.

 

  ... Louis-Ferdinand Céline donnait aussi des consultations au Fidélis où habitait Chamoin...
  (F. Gibault, tome 3, p.47)

 

 

  (...) Ah, et aussi Siegmaringen !... là, y avait urgence un peu !... tous l'Article 75 au derge !... urgence, je répète ! ils avaient de quoi, tous ! aussi bien nababs du Château, que crevards des soupentes !... épreuve générale des nerfs !... toute la Planète à la haine !... qu'ils étaient monstres et pire que ça !... que pas un supplice suffirait... mille et mille ! et plus ! plus !... des siècles !... même mes malades du " Fidelis " qu'étaient presque déjà des morts, dégoulinants de pus, tout labourés de gale, crachant pancréas et boyaux, me demandaient aussi la façon de finir comme un rêve... Salut !...
 

  (...) Laval, je dois aller aussi le voir... je dois aller aussi chez le Landrat... aussi Bon Dieu au Fidelis !... trente... quarante alités graves au Fidelis !... plus Mme Bonnard, 96 ans... et encore trois !... quatre !... cinq !... six visites à l'autre bout du Bourg !... j'irai !... j'irai pas !...

 (...) Je donnais bien vingt consultations, d'une banquette à l'autre... d'un ballast l'autre... et à la buvette !... plus ardu là, trop de chants !... pas seulement aux personnes âgées, aux civils et aux militaires... le piano arrêtait jamais... ni " Lili Marlène " !... ni les trains dehors... ni en l'air, le vrombissant manège " Forteresse "... London Munich... Dresde... mièvrerie gauloise, terreur que le ciel tombe !... un moment si tout le monde s'en fout !... ganetouse, Déesse ! merde pour le ciel ! grand-mères militaires !... mes femmes enceintes aussi ! coquettes !... de ces arrangements pour les bottes, paquets de journaux, fonds de vieux feutres et ficelles et paille qu'elles pouvaient tenir dehors des heures !... et sous la flotte !
 (D'un château l'autre, Poche, 168, p.248)

 

 

 (...) En fait le docteur Destouches est livré à lui-même. Pour les diagnostics il ne dispose d'aucun examen complémentaire. Pas ou peu d'analyses biologiques ou bactériologiques, pas de radiographie. C'est la clinique qui est reine avec toutes les approximations que cela suppose.
  Quelles sont les pathologies que le docteur Destouches doit affronter ? Tout d'abord la gale omniprésente chez les petites gens à cause de la promiscuité. Ensuite toutes les maladies qui accompagnent la dénutrition et le manque d'hygiène : gastroentérites, tuberculose, pneumopathies et infections diverses. La mortalité est par exemple très élevée surtout chez les enfants de miliciens à Ciessen.

    Il doit aussi assurer les fonctions de gynécologues-obstétriciens. Un ancien couvent le Fidélis était transformé en maternité et l'activité reproductive ne s'était pas arrêtée loin de là comme c'est en général le cas durant les années de guerre. Il doit aussi faire face à des maladies vénériennes comme les " chaudes-pisses " miliciennes "...
 (Les 1142 patients du Dr Destouches, J.P. et F. Senac, Académie Montpellier, avril 2010).

 

 

 

 

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                               La promenade de Pétain.

 

  ... Louis n'eut pratiquement aucun contact avec le maréchal Pétain qui, du reste ne l'appréciait pas. Le chef de l'Etat croisait plus souvent Lucette dans le Château, la saluant toujours très poliment.
  Mais c'est avec Bébert qu'il eut, sans le savoir, les rapports les plus suivis car l'animal accompagnait parfois le maréchal dans sa promenade quotidienne le long du Danube.
  Le vieillard ne prêtait aucune attention à ce chat qui marchait derrière lui, à distance.
 (F. Gibault, tome 3, p. 51).

 

  (...) Le pont-levis branle... ses chaînes... ses poulies... le tablier bouge... du bout tout en l'air... baisse... s'abaisse tout lentement... blang ! vlang !... ça y est ! il a posé !... au niveau !... là alors on pouvait s'attendre à plein de larbins chargés de paniers, pleins de boules, brioches, saucisses et petits fours !... la distribution formidable !
 Zébi !... des flics qui émergent !... trois quatre d'abord... et puis bien cinquante shuppos dans un gros camion gazogène... et puis encore une bande de flics... une autre
police française !... et puis après eux... le Maréchal !... oui !... lui !... Debeney à sa gauche, en retrait... le général Debeney, l'amputé... mais pas plus de " boules " que de beurre au chose !... la promenade du Maréchal !... voilà ce qu'ils avaient attendu les 1142 lustrucs... vous auriez pu croire... rien du tout !... qu'ils allaient l'agonir affreux... que c'était la honte ! l'infamie ! pas du tout !... lui, ses 16 cartes !... tout le monde le savait !... et qu'il se les tapait !... qu'il en laissait miette à personne ! et que c'était le fameux appétit !... en plus le confort total !... créché comme un roi !... et qu'était responsable de tout ! Verdun ! Vichy ! et du reste ! et de la misère qu'on se trouvait ! la faute à Pétain ! à lui ! lui, là-haut, soigné, comme un rêve !... tout son étage pour lui tout seul !... chauffé ! quatre repas par jour ! 16 cartes, plus les cadeaux du führer, café, eau de Cologne, chemise de soie... un régiment de flics à sa botte !... un général d'état-major... quatre autos...

  Vous auriez pu vous attendre que ce ramas de loquedus sursaute ! se jette dessus ! l'étripe !... pas du tout !... juste un peu de soupirs !... ils s'écartent !... ils le regardent partir en promenade... la canne en avant ! et hop !... et digne ! il répond à leurs saluts... hommes et rombières... les petites filles : la révérence !... la promenade du Maréchal !... mais pas plus de pain que de saucisson...
 (...) Vous comprenez la promenade... distances ! protocole !... pas question de bras-dessus bras-dessous !... très loin !... très loin les uns des autres !... le Maréchal, Chef de l'Etat, très en avant, et tout seul ! son chef d'Etat-Major Debeney, le manchot, trois pas en arrière, et à gauche... plus loin, un ministre... plus loin encore, un autre ministre... queue leu leu... séparés par au moins cent mètres... et puis les flics... la procession sur au moins trois kilomètres... on pourra dire ce qu'on voudra, je peux en parler à mon aise puisqu'il me détestait, Pétain fut notre dernier roi de France.

 " Philippe le Dernier "... la stature, la majesté, tout !... et il y croyait !... d'abord comme vainqueur de Verdun... puis à soixante-dix ans et mèche promu Souverain ! qui qui résisterait ?... raide comme ! " Oh ! que vous incarnez la France, monsieur le Maréchal ! " le coup " d'incarner " est magique !... on peut dire qu'aucun homme résiste !... on me dirait " Céline ! bon Dieu de bon Dieu ! ce que vous incarnez bien le Passage ! le Passage c'est vous ! tout vous ! " je perdrais la tête ! prenez n'importe quel bigorneau, dites-lui dans les yeux qu'il incarne !... vous le voyez fol !... vous l'avez à l'âme ! il se sens plus !... Pétain qu'il incarnait la France il a godé à plus savoir si c'était du lard ou cochon, gibet, Paradis ou Haute-Cour, Douaumont, l'Enfer, ou Thorez... il incarnait !... le seul vrai bonheur de bonheur l'incarnement !... vous pouviez lui couper la tête : il incarnait !... la tête serait partie toute seule, bien contente, aux anges !
 (D'un château l'autre, poche, 1968, p.185).

 

  (...) Je vous laisse le Philippe en panne !... je vous racontais... demi-tour ! le retour au Château... nous du coup on passait en tête avec Marion l'Information... enfin presque en tête juste derrière les Chefs de Partis... ce demi-tour a donné un jour une bonne rigolade... j'ai pas eu encore l'occasion de vous faire beaucoup rire... au pont métallique du " chemin de fer " toute la caravane s'arrête pile !... sous la première arche !... oh ! pas pour l'alerte ! c'était l'alerte perpétuelle... les sirènes finissaient pas... mais la R.A.F. cherchait le pont... juste le pont ! au moment précis !... pas du mirage !... ils lâchaient tous leurs chapelets de bombes au-dessus du pont, à pic ! tout à trac !... trois quatre avions à la fois... comment ils faisaient pour le louper ?... leurs chapelets de bombes faisaient geysers ! le Danube en bouillait ! et de ces éclaboussements de vase !... et dans les labours !... trois... quatre kilomètres dans les champs !... nous on était pressés sous l'arche, agglomérés contre l'énorme pilier granit... c'était l'occasion de pisser, tous les ministres et les Partis, et le Maréchal... je connaissais tous leurs prostates... certains avaient des gros besoins... pour ça, plus commode, les buissons !... les voilà partis aux taillis... au moment, j'ai le souvenir exact, arrive dans l'autre sens, tout un détachement de prisonniers, avec leurs gardes, des landsturm... prisonniers et " territoriaux " pas plus nerveux les uns que les autres... prisonniers russes et vieux boches... si las !... si las !... aussi maigres les uns que les autres, traînant la guibole... et aussi en loques !... les fritz, à fusil, les autres, sans... vers où ils allaient ?... quelque part !... on leur a demandé... ils comprenaient rien... ils entendaient même pas les bombes... alors, pensez ! nous, nos questions !... ils allaient la même berge que nous, c'est tout... sens inverse...

  Bridoux a eu fini de pisser... il se l'est secouée... bien secouée ! et il a dit : " Agissons, messieurs ! Agissons ! " agir quoi ?... il a donné son idée... " qu'on s'égaille ! "... principe de la Cavalerie !... " en fourrageurs " !... tous " en fourrageurs "... combien on était là sous l'arche, tassés contre la pile ?... à peu près trente... je voyais que Bridoux avait raison, les bombes arrivaient plus proches... plus proches...
 (...) Le carrousel dans l'air !... ce qu'ils voulaient, pas sorcier, c'était crouler le pont !... le pont de tout le trafic Ulm-Roumanie... percuter !... nous en plein dessous !... Pétain et la procession ! les ministres se reculottaient... ils parlaient tous à la fois... y avait des " pour "... y avait des " contre "... avancer ? ensemble ?... ou prendre l'autre berge ?... les généraux, les amiraux, décidaient " en fourrageurs " ? ou queue leu leu ? rattraper les prisonniers russes ? alors à travers les luzernes ? si on restait là, une chose sûre, nos têtes, qu'on prendrait le pont ! totalité ! leurs bombes éclataient presque sur nous ! plein le Danube !... amont ! aval !... ils rectifiaient !...
 (...) Au moment là vraiment tragique Pétain qu'avait encore rien dit... l'a dit !... " En avant ! " et montré où il voulait ! " En avant " !... sa canne ! " En avant ! "... qu'on sorte tous de dessous l'arche ! qu'on le suive ! " En avant " !... que ça se reculotte !... " En avant " !... lui-même avec Debeney, dehors ! oh ! sans aucune hâte... très dignes ! direction : le Château !... qu'on s'est replacés la queue leu leu... tous les ministres et les Partis...
 (D'un château l'autre, poche, 1968, p. 198).

 


 

 

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                            Sigmaringen : la mairie (Rathaus).

 

   Outre cette amitié précieuse, la mansuétude de tous les officiers allemands était acquise à Céline. Et il la fallait très large, pour qu’ils pussent fermer leurs oreilles à ses sarcasmes. Car Louis-Ferdinand était bien le plus intolérant, le plus mal embouché de tous les hôtes du Reich. Pour tout dire, il ne pardonnait pas à Hitler cette débâcle qui le fourrait à son tour dans de si vilains draps. C’était même le seul chapitre où il perdît sa philosophie goguenarde, se fît hargneux, méchant. Par réaction, par contradiction, l’antimilitariste saignant du Voyage se recomposait un passé, une âme de patriote à la Déroulède. Ah ! l’aurai-je entendu, le refrain de son fait d’armes des Flandres, « maréchal des logis Destouches, volontaire pour une liaison accomplie sous un feu d’une extrême violence », et du dessin qui l’avait immortalisé à la première page de l’Illustré National.

– En couleurs… Sur mon gaye… Au galop, le sabre au vent… Douzième cuirassier !... Premier médaillé militaire sur le champ de bataille de la cavalerie française… C’est moi, j’ai pas changé. Présent !... qui c’est qui me l’a tiré ma balle dans l’oreille ? C’est pas les Anglais, les Russes, les Amerlos… J’ai jamais pu les piffer, moi les Boches.
De les voir se bagotter comme ça partout, libres, les sales « feldgrau » sinistres, j’en ai plein les naseaux, moi, plein les bottes !

– Mais enfin, Louis, tu oublies. Ils sont chez eux, ici !

– J’oublie pas, j’oublie pas, eh ! fias ! C’est bien la raison… Justement… Les faire aux pattes, sur place ! Une occasion à profiter, qui se retrouvera pas… Au ch’tar, les Frizons, tous, les civils comme les griviers. Au « Lag », derrière les barbelés, triple enceinte électrique… Tous, pas de détail. Voilà comment je la vois, moi, leur Bochie.

Il écumait, réellement furieux. Alors qu’il reniflait des traquenards sous les invites les plus cordiales, qu’il se détournait d’un kilomètre pour éviter une voiture dont le numéro ne lui paraissait « pas franc », il se livrait devant les Allemands à son numéro avec une volupté qui écartait toute prudence. Karl Epting avait projeté de constituer, pour notre aide, une Association des intellectuels français en Allemagne. Un comité s’était réuni, à la mairie de Sigmaringen. Céline y avait été convié, en place d’honneur. Au bout d’une demi-heure, il l’avait transformée en pétaudière dont rien ne pouvait plus sortir.
 
(Etudes rebatiennes, Céline à Sigmaringen, Pauvert, 1976, p.220).


 

  Ces réunions se renouvelèrent le 20 janvier 1945. Y participèrent à nouveau des officiels et intellectuels allemands tels que l'écrivain et journaliste Friedrich Sieburg, le professeur Grimm, ainsi que nombre d'intellectuels français... dont Céline. Et pourtant, celui-ci ne daigne pas en parler dans D'un château l'autre.
 De même, le journal La France, si bavard et si indiscret soit-il aux dires du Dr Schillemanns, s'est gardé de mentionner sa participation. Peut-être en raison du scandale que l'écrivain y provoqua ?
  Dans un fragment d'une version définitive, Céline tente à plusieurs reprises d'esquisser la scène d'une de ces réunions, qu'il ne cesse par ailleurs d'interrompre par des digressions ou autres ébauches de narration. Il est d'abord question d'autocritique :
   Ce que j'ai fait moi, et une bath, d'autocritique à Siegmaringen, en pleine mairie de Siegmaringen, et devant tout l'Etat-major de la haute Collaboration, Messieurs et dames...
  Ils avaient remarqué au Château que le moral des émigrés baissait de plus en plus, était même dangereusement flageolant, avec trois quatre alertes par nuit, les escadres de la R.A.F. dans le ciel comme chez elles... (p.1045).

 Le moral des émigrés nécessite un long exposé qui ne s'interrompt qu'à la page suivante, pour reprendre l'idée d'une réunion à la mairie de Sigmaringen.
  Toujours ils eurent la grande idée, les Tout-Puissants, de réunir à la mairie de Siegmaringen et dans la salle du conseil, les cadres de cette horde tout en sillons et abcès tête au pied et en loques, grelottant de froid et de peur... (p.1046).
 (Christine Sautermeister, L.F.C. à Sigmaringen, Ecriture, 2013).

 

 
 

 

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                  Sigmaringen : Hof Apotheke ( la pharmacie de la Cour).

 

  Pour répondre à la demande de ses malades le docteur Destouches n'a pas beaucoup de moyens. La pharmacie de Sigmaringen est exsangue et le pharmacien Karl Richter peu coopératif. Pour beaucoup de médicaments le Dr Destouches doit recourir au marché noir, à des approvisionnements obtenus via la Suisse par des passeurs qu'il paye d'après ses dires sur ses propres deniers.
 (Les 1142 patients du Dr Destouches, J.P. et F. Senac, Académie de Montpellier, avril 2010).

  Une ordonnance du Docteur Destouches datée du 28 octobre 1944 et une attestation du 30 du même mois prouvent la présence de Céline à Sigmaringen avant novembre ; dressées à l'en -tête de Karl Richter, pharmacien de la Hofapotheke (pharmacie de la Cour), face au château, elles durent être écrites juste après l'arrivée de Céline. Les ordonnances suivantes porteront l'en-tête de la Commission Gouvernementale.
  (Ch. Sautermeister, L.F.C. à Sigmaringen, Ecriture, 2013).

 

  La maison fut acquise en 1938 par le pharmacien Dresdner Karl Richter (mort en 1946). Durant la Seconde Guerre mondiale, la société allemande a dû batailler ferme à cause du manque d'approvisionnement mais a été en mesure de tenir. Karl Richter a essayé de préserver le caractère original de la pharmacie. Après sa mort, elle est restée la propriété de la famille. Après le rachat en 1957 par Karl-Jörg Richter, la partie supérieure et le dernier étage ont été reconstruits et rénovés en 1960-1961. Il n'existait que cette seule pharmacie à Sigmaringen.
  En 1944-1945 le régime de Vichy s'est installé à Sigmaringen. L'écrivain Louis-Ferdinand Céline est venue dans la ville et a fréquenté la pharmacie. Il relate cet épisode dans son livre D'un château l'autre en 1957.

  Peter Bamm, employé du journal Avenir de l'Allemagne a mentionné sa conversation avec les pharmaciens et probablement le Docteur Schröppel qui a travaillé à la pharmacie de 1948 à 1952.

 La maison qui abritait la pharmacie remonte à 1705. Le bâtiment est classé. Au premier étage, les pharmaciens respectifs travaillaient comme médecins avec la " chambre de la mort ". L'ancienne " chambre de la mort " est maintenant convertie en bibliothèque. Sainte Barbara y montre une peinture de plafond : Meinrad de ows.
  Suite à la fermeture de la pharmacie, la maison est à vendre et la ville de Sigmaringen discute actuellement une prise de contrôle du bâtiment à des fins administratives (2015). Un des plus célèbre résident y fut l'historien d'art Hans Kayser le fils de Gustav Kayser.
 (Hof Apotheke, Sigmaringen, Wikipedia).

 


 

 

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                     Portugiesische Galerie.

 

  Madame Destouches s'entraînait dans cette galerie, et Lucienne Delforge jouait du piano. (F. Gibault).

 

 Je connaissais très bien ce Château, dans tous les coins, mais rien à côté de Lili. Lili, comme chez elle ! toutes les cachettes et labyrinthes ! tapisseries truquées, à personnages livrant passage, grands appartements, boudoirs, armoires triple fonds, escaliers en vrilles... toutes les fausses issues, tous les zigzags et les paliers enchevêtrés !... devinettes à remonter redescendre... le Château vraiment à se perdre... tous les coins... l'œuvre des siècles d'Hohenzollern... et dans tous les styles !... Barberousse, Renaissance, Baroque, 1900... moi-même d'une porte l'autre je me paumais... je me fascinais sur les portraits, les tronches de la sacrée famille... si y en avait !... corridors et statues... équestres et gisants... toutes les sauces !... Hohenzollern plus en plus laids... en arbalètes... en casques, cuirasses... en habits de Cour... façon Louis XV... et leurs évêques !... et leurs bourreaux !... bourreaux avec des haches comme ça !... dans les couloirs les plus sombres... les peintres se foulaient pas en ce temps-là, ils leur faisaient les mêmes profils...

 

  Çà vaut la peine, puisque nous sommes en touristes, que je vous parle un peu des trésors tapisseries, boiseries, vaisselles, salles d'armes... trophées, armures, étendards... autant d'étages autant de musées... en plus des bunkers sous le Danube, tunnels blindés...
  Combien ces princes ducs et gangsters, avaient pioché de trous, cachettes, oubliettes ?... dans la vase, dans les sables, dans le roc ? quatorze siècles d'Hohenzollern !
 (Dun château l'autre, 1968, poche, p.163).

 

 " Lucienne Delforge était au centre de toutes les manifestations mondaines. Pianiste, mais aussi nageuse, escrimeuse, ancien capitaine d’une équipe de basket-ball, critique musicale, conférencière, écrivain, cette femme avait toujours été d’une activité prodigieuse. Elle avait rédigé pour le maréchal Pétain un rapport sur le rôle de la musique française dans l’Europe de demain et elle écrivit des critiques musicales dans le journal La France. Elle était demeurée très sportive et faisait de grandes excursions en montagne, mais Louis n’autorisa jamais Lucette à la suivre par crainte qu’elle ne soit jetée dans un précipice par Lucienne qu’il soupçonnait de jalousie morbide...
  (...) Lucette et Louis assistèrent au concert de bienfaisance donné par Lucienne Delforge dans la Galerie portugaise, de même qu’ils étaient présents le 31 décembre 1944 à la soirée de variétés donnée au profit d’œuvres de bienfaisance dans la salle du Deutsches Haus. "
 (F. Gibault, Céline. Cavalier de l’Apocalypse, 1944-1961, Mercure de France, 1981).

 


 

 

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                    Sigmaringen : l'hôtel Bären.

 

  Le « gouvernement » français l’avait institué médecin de la colonie. Il ne voulait d’ailleurs pas d’autre titre. Il y rendit des services. Abel Bonnard, dont la mère, âgée de quatre-vingt-dix ans, se mourait dans une chambre de la ville, n’a jamais oublié la douceur avec laquelle il apaisa sa longue agonie. Il pouvait être aussi un excellent médecin d’enfants. Durant les derniers temps, dans sa chambre de l’hôtel Löwen, transformée en taudis suffocant (dire qu’il avait été spécialiste de l’hygiène !) il soigna une série de maladies intrinsèquement célinesques, une épidémie de gale, une autre de chaudes-pisses miliciennes. Il en traçait des tableaux ébouriffants.

   L’auditoire des Français, notre affection le ravigotaient d’ailleurs, lui avaient rendu toute sa verve. Bien qu’il se nourrît de peu, le ravitaillement le hantait : il collectionnait par le marché noir les jambons, saucisses, poitrines d’oies fumées. Pour détourner de cette thésaurisation les soupçons, une de ses ruses naïves était de venir de temps à autre dans nos auberges, à l' « Altem Fritz », au « Bären », comme s'il n'eût eu d'autres ressources, partager la ration officielle, le « Stammgericht », infâme brouet de choux rouges et de rutabagas. Tandis qu'il avalait la pitance consciencieusement, Bébert le « greffier » s'extrayait à demi de la musette, promenait un instant sur l'assiette ses narines méfiantes, puis regagnait son gîte, avec une dignité offensée.
 (Etudes rebatiennes, Céline à Sigmaringen, Pauvert, 1976).
 

 

 

   Pétain, sa suite, et ses ministres, quoiqu'en « grève », logent dans le château de Sigmaringen réquisitionné. Tous les autres sont logés dans les deux hôtels de la ville, le Bären et le Löwen, qui reçoivent les plus prestigieux invités, notamment l'écrivain Louis-Ferdinand Céline, qui en raconte plus tard les détails, à sa manière, dans son livre D'un château l'autre.
  
Il y parle longuement de la brasserie du Löwen où les Français se donnent rendez-vous pour suivre l'avancée des Alliés et parler des dernières rumeurs improbables sur la victoire imminente de l'Allemagne.
 (Pierre Assouline, Sigmaringen, Gallimard, 2014).

 

 

   Voilà donc pour les privilégiés, les gens du château. Restait la piétaille, les 1 200 ou 1 500 réfugiés français éparpillés dans la ville, logeant sous la tente, dans des écoles, s'entassant dans les quelques auberges du coin, le Bàren de la Burgstrasse non loin du Danube avec son toit pointu et ses jolis colombages, l'Altem Fritz ou le Lôwen de la Karlstrasse, à moins de cent mètres du château et de la gare, une demeure cubique et sans esprit, avec ses trophées de chasse au mur, ses inévitables chopes de bière en grosse faïence dans la salle à manger. La nourriture, n'en parlons même pas ou mentionnons le seul Stamm-gericht, spécialité nauséeuse de Sigmaringen, brouet de choux rouges, de raves et de rutabagas que devait ingurgiter le prolétariat de la collaboration, les rescapés du Parti franciste de Bucard, les Jeunes nationaux populaires de Déat ou les miliciens de Darnand, en rivalité perpétuelle les uns avec les autres.

  La vie quotidienne de Céline à Sigmaringen fut des plus simple. Nommé officiellement par la Commission gouvernementale médecin de la colonie française, il entreprit durant tout son séjour de soigner les réfugiés français, sans jamais prodiguer ses soins au château, a fortiori auprès de Pétain comme on l'a laissé entendre parfois. Cette tâche, il la partagea avec l'un de ses collègues, le docteur André Jacquot, ancien médecin de la coloniale et membre du Front révolutionnaire national de Marcel Déat durant l'Occupation.

  Comme Corinne Luchaire et ses sœurs, Céline, Lucette et Bébert avaient été logés au Lôwen (premier étage, chambre 11), tandis que Le Vigan se retrouvait au Bàren, près de Lucienne Delforge, Véronique et Lucien Rebatet, Infirmier, non, Le Vigan ne put décrocher ce titre. Or il fallait plus ou moins justifier d'un emploi à Sigmaringen, pour avoir une chambre, des tickets d'alimentation. Afin de prévenir tout risque d'expulsion, Le Vigan dut donc accepter peu après, de très mauvais gré, le poste de speaker des informations quotidiennes à la radio qu'animait Jean Luchaire.
 (Château et prison, Sigmaringen, Poésie française, www.wikipoemes.com).

 

 

 

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                  Le cabinet de soins : médecins et dentiste.



 
... Céline exerçait principalement tous les après-midi, à côté du pont sur le Danube, dans le cabinet du dentiste Gunther... Ce même cabinet était occupé tous les matins par le docteur Jacquot...
 (François Gibault, Tome 3, p.45).

   La vie quotidienne de Céline à Sigmaringen fut des plus simple. Nommé officiellement par la Commission gouvernementale médecin de la colonie française, il entreprit durant tout son séjour de soigner les réfugiés français, sans jamais prodiguer ses soins au château, a fortiori auprès de Pétain comme on l'a laissé entendre parfois.
  Cette tâche, il la partagea avec l'un de ses collègues, le docteur André Jacquot, ancien médecin de la coloniale et membre du Front révolutionnaire national de Marcel Déat durant l'Occupation.
 
  Pour Céline et Jacquot, le travail ne manquait pas à Sigmaringen, avec le froid de l'hiver, les logements précaires, la nourriture insuffisante dont ce fameux Stammgericht prodigieusement laxatif, la promiscuité de tous ces jeunes paramilitaires, l'hygiène plus que douteuse... Grippes, phtisies, otites se succédaient sans parler des poux et des puces, de la gale et de toutes les maladies vénériennes possibles.
  Céline se rendait à l'ancien couvent Fidelis transformé en une maternité qui ne désemplissait pas. Il tenait sa consultation près du Danube, l'après-midi, dans le cabinet d'un dentiste allemand qui avait été mobilisé. Il distribuait à tour de bras les certificats de complaisance pour ne pas renvoyer sur le front les jeunes recrues de la Légion Charlemagne promis à une mort presque certaine et à une défaite de toute façon inéluctable. Le soir, il recevait encore dans sa chambre d'hôtel transformée en salle de soin.

   Et Lucette aussi témoigne : « Nous avions une chambre avec deux sommiers, pas même une table mais un tabouret. C'est là que Louis recevait ses malades, surtout ceux qui avaient la gale. Je lui servais d'infirmière, pour les piqûres, les pansements. Mais il n'y avait pas grand-chose à faire sans médicaments. Céline, avec son propre argent, tâchait de s'en procurer à droite, à gauche, dans les pharmacies de la ville. Il achetait aussi par contrebande de la morphine qui venait de Suisse. Jamais il n'a touché un centime pour ses soins. Le matin, il soignait les femmes enceintes. On se levait de bonne heure. De mon côté, j'allais m'entraîner au château. J'avais fini par me trouver une salle glaciale au sol de marbre, décorée de statues mythologiques, non loin du salon de musique où s'exerçait Lucienne Delforge. »
 (Château et prison, Sigmaringen, Poésie française, www.wikipoemes.com).
 

 

 

 

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             Sigmaringen : le cimetière, la tombe de Mme Bonnard.
 


 
Zut, j'avais pas envie de sortir... tout de même il a fallu... pas le jour même mais le lendemain... chercher des rognures pour Bébert... et puisque c'était chez le Landrat, aller voir Mme Bonnard... je vous ai dit, ma plus vieille malade, 96 ans, bien délicate fragile malade... quelle gentillesse !... quelle distinction ! quelle mémoire ! Legouvé par cœur, toute sa poésie... tout Musset... tout Marivaux... il faisait bon dans sa chambre, je restais l'écouter, je lui tenais compagnie, elle me charmait... je l'admirais... pas beaucoup admiré les femmes, je peux dire, dans une pourtant juponnière vie... mais là je peux dire j'étais sensible... je sais pas si Arletty plus tard me fera le même effet... peut-être... le fameux mystère féminin est pas de la cuisse... les cliniques Baudeloque, Tarnier, toutes les maternités du monde regorgent de mystères féminins... qui pondent, saignent, avouent, hurlent ! pas mystères du tout ! c'est une autre onde beaucoup plus subtile que " braquemard, amur et ton cœur "... mystère féminin... c'est une sorte de musique de fond... oh ! pas captable comme ci !... comme ça !...

  Mme Bonnard, la seule malade que j'aie perdue avait cette finesse, dentelle d'ondes... comme elle disait bien Du Bellay... Charles d'Orléans... Louise Labé... j'ai failli avec elle comprendre certaines ondes... mes romans seraient tout autres... elle est partie...
 (D'un château l'autre, poche, 1968, p.305).

 

 

  Céline, quant à lui, qui prend soin de la mère d'Abel Bonnard - qui mourra à quelque temps de là, avant le départ de son fils pour l'Espagne, et dont la tombe demeurera introuvable par la suite -, confiera pour sa part à Robert Poulet, à propos de Mme Bonnard :
   « J'étais sous le charme. Je découvrais un univers spirituel où je ne suis plus admis, mais où parfois je rêve de vivre. La poésie, avec ses cadences heureuses, son air de danser sur un fil... Les mots qui arrivent, comme appelés par un signal. Et le contraste que fait cette régularité de l'expression dans la liberté du sentiment avec l'inconséquence et la fragilité des femmes...
   Elle finissait une strophe, et puis elle en commençait une autre, Mme Bonnard. C'était le doux courant d'une rivière qui vient on ne sait d'où et qui va on ne sait où, le miroitement et le murmure de la poésie, qui enveloppe toute la terre... »
 (abelbonnard.free.fr, Sigmaringen et Céline).
 

 

  Céline est le dernier médecin de la mère d'Abel Bonnard, qu'il évoque dans son livre de 1957, D'un château l'autre.
 Elle meurt le 4 mars 1945. Il signe son acte de décès, avant qu'elle ne soit inhumée au cimetière de Sigmaringen.
  (Wikipedia, Abel Bonnard).
 

 

 

 

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  Nos  pèlerins céliniens, avant de regagner leurs pénates belges, se sont retrouvés à Paris où ils n'ont pas manqué, on s'en doute, de compléter leur album de photos... La chambre du jeune Ferdinand au Passage Choiseul, le dispensaire municipal de Clichy et la maison Maïtou de Meudon.

 

 

 

                              Le Passage Choiseul.
                     

 

    Le deuxième arrondissement pourrait s’apparenter sans mal au cœur de la capitale. C’est là que sont implantées les maisons mères des banques, là qu’est érigée la Bourse. Coincé entre ces glorieux édifices, le Passage Choiseul… Nul doute que Céline, en le rebaptisant Passage des Bérésinas, ait désiré accentuer le fossé entre deux univers qui se côtoient et s’ignorent. L’ironie du sort veut qu’à quelques pas de l’entrée du Passage se trouve le restaurant « Drouant ». Avant l’attribution de chaque prix Goncourt, les membres du jury s’y réunissent puis annoncent, depuis le perron, le nouveau lauréat. Une telle coïncidence prête forcément à sourire…
   
   Il y a quasiment un siècle que Louis Destouches a foulé pour la première fois le sol du Passage Choiseul. L’impression étrange que presque rien n’a changé depuis ce temps est saisissante. On pénètre à l’intérieur comme dans un tunnel. Des grilles métalliques sont enroulées sur elles-mêmes à hauteur de chaque porte. Si l’on emprunte l’entrée débouchant rue du 4 septembre, on peut admirer un imprimé fatigué, sous verre, exposant le « Règlement intérieur du Passage Choiseul ».
   En se penchant un peu, on découvre une borne présentant l’histoire de Paris. En conclusion de ces quelques lignes consacrées au Passage, il est écrit que « l’enfance de Louis-Ferdinand Céline s’écoule au 67 puis au 64 ». La mairie de Paris fait preuve de plus de clémence et de mansuétude quand il s’agit du petit Louis que quand il faut affronter les colères soulevées par l’ambigu Ferdinand. Cette borne constitue l’unique indication officielle concernant Céline… Maigre consolation quand on sait que pour lui rien ne s’est véritablement « écoulé » mais que tout s’est subi.

 

 

«  Pour parler de notre Passage Choiseul, question du quartier et d’asphyxie : le plus pire que tout, le plus malsain : la plus énorme cloche à gaz de toute la Ville Lumière !… trois cents becs Auer permanents ! … l’élevage des mômes par asphyxie ! »
   (Dun château l'autre)

 

« Moi, j’ai été élevé au passage Choiseul dans le gaz de 250 becs d’éclairage. Du gaz et des claques, voilà ce que c’était, de mon temps, l’éducation. J’oubliais : du gaz, des claques et des nouilles. Parce que ma mère était dentellière, que les dentelles, ça prend les odeurs et que les nouilles n’ont aucune odeur. »
 
(Cahiers Céline 2, p.62).

 

    La peinture couvrant les façades des appartements, d’un beige passé, est fissurée. Ici et là, quelques moisissures ornent les murs lézardés. Les personnes qui traversent ce couloir paraissent pressées de retrouver l’air libre au plus vite. Chaque parole échangée, chaque bruit de pas résonne, monte et s’écrase contre la verrière s’ouvrant sur le ciel. La lumière n’est pas tout à fait celle du jour, pas tout à fait artificielle.
    Au 67, sont installées les loges des comédiens du théâtre des Bouffes Parisiens. Derrière la vitrine du numéro 64, on vend désormais des vêtements. Ici, on a évidemment entendu parler de Louis-Ferdinand Céline, mais il est hors de question de laisser quiconque emprunter l’escalier en tire-bouchon menant jusqu’au troisième étage. « On a même refusé pour la Bibliothèque Nationale en 94, alors… Ce serait un constant va-et-vient… On a les bureaux là-haut… On travaille nous… »

   
  
Inutile de tenter d’expliquer à quel point Céline a œuvré pour la postérité du Passage Choiseul, même lorsqu’il ironisait dans certains entretiens sur le fait que l’on puisse voir en lui l’écrivain censé l’ « incarner ». Aucun des lecteurs de Mort à crédit ne peut déambuler dans cette artère sans entrevoir Ferdinand, sans entendre les fureurs d’Auguste, sans éprouver l’oppression de la « cloche à gaz ». Les becs d’éclairage et les chansonniers ont disparu mais l’œuvre est restée, intacte, vivante. Depuis 1936, aucun écrivain n’a osé supplanter la vision célinienne du Passage, et il est fort à parier que cela dure de très longues années encore…

 

  « En haut, notre dernière piaule, celle qui donnait sur le vitrage, à l’air c’est-à-dire, elle fermait par des barreaux, à cause des voleurs et des chats. C’était ma chambre, c’est là aussi que mon père pouvait dessiner quand il revenait de livraisons. »
  (Mort à crédit).

 

  « […] moi qu’ai vécu Passage Choiseul, dix-huit ans, je m’y connais un peu en sombres séjours ! … »
   (D'un château l'autre).

   

 

 

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                         Le dispensaire municipal de Clichy.

 

   En janvier 1929 s'ouvre le dispensaire de Clichy, rue Fanny. Céline, grâce à ses nombreux appuis (le docteur Rajchman, le professeur Bernard notamment) y trouve un emploi qui l'amène a abandonner sa clientèle de la rue d'Alsace. Contrairement à ce qui a pu être affirmé, Destouches n'était pas le médecin chef de Clichy, même si il convoita un temps le poste. Dans ce dispensaire travaillait une douzaine de médecins, avec à leur tête, le docteur Grégoire Ichok qu'il décrira en ces termes : « Au dispensaire municipal sur lequel je m'étais rabattu, je vis arriver un certain Idouc (sic), lithuanien (...) imposé par les dirigeants communistes (...) La direction du dispensaire, confiée à ce médecin probablement faux, n'étant sans doute qu'un camouflage ».
  Espion ? Véritable docteur ? Ce qui est sûr, c'est qu'il fut mal aimé de la plupart des médecins du dispensaire et ses relations avec Céline iront en se détériorant. Pendant neuf ans, toutefois, Destouches tiendra au dispensaire des vacations régulières de médecine générale, vingt deux heures de consultation par semaine payées 2000F par mois, selon F. Balta, jusqu'à sa démission en 1937.Ce dispensaire est un des premiers à offrir des consultations et quelques examens gratuits. C'est ici que le docteur Destouches fera, pour la première fois, la véritable expérience de la misère des banlieues. Il y travaillera pendant neuf ans, laissant le souvenir d'un médecin enthousiaste, généreux, « de bon diagnostic » mais utilisant peu de médicaments.

   Ces occupations médicales diverses n'empêchent pas le docteur Destouches de publier, en 1932, le Voyage au bout de la nuit. De même, son activité littéraire naissante ne changera pas grand-chose à son activité au dispensaire, la plupart de ses patients, d'origine modeste, ne sachant pas qui les soigne. De plus, Louis voyage sans arrêt : il a ainsi découvert, début 1929, la médecine de dispensaire en Allemagne, en Angleterre ou en Scandinavie grâce à des bourses fournies par le comité d'hygiène de la SDN, au sein duquel il a conservé de bonnes relations, notamment avec le docteur Rajchman.
 
   Ses relations lui ont ainsi grandement facilité la tâche pour accomplir ces nombreux déplacements. Il en rapporte son dernier texte médical, « Pour tuer le chômage, tueront-ils les chômeurs ? », publié en 1933. Là finit tout contact apparent avec le comité d'hygiène de la Société des Nations. On ne sait pas exactement ce qui arriva, toujours est il que Destouches, malgré le certain respect qu'il accordait au Dr Rachjman, se fâcha avec ce dernier à la parution, en 1933, de l'Eglise, pièce qui tourne en dérision l'organisation et le fonctionnement de l'institution, où s'exprime déjà, bien qu'encore larvé, son antisémitisme.
   Là se tiennent sans doute les raisons de son départ. Au sein du dispensaire de Clichy, ce sont également ses positions politiques qui détérioreront ses relations avec le personnel et prendront une part prépondérante dans son départ. Parti en URSS réclamer les droits d'auteur sur le Voyage au bout de la nuit aux éditeurs soviétiques du roman, Céline, sans prendre garde au fait que la commune de banlieue où il exerce a pour maire et pour édiles des communistes militants, se répand en propos sarcastiques, un peu provocateurs sur les nouvelles institutions russes. Cela n'a pas été sans conséquence... D'autant que son remplaçant se trouva être un médecin juif fraîchement naturalisé... Il n'en fallut certainement pas beaucoup plus à Céline pour englober dans une réprobation générale juifs, communistes, socialistes et gouvernement Blum. Une petite série de hasards aux graves conséquences : en 1937, Destouches, devenu Céline (son pseudonyme d'écrivain) depuis le Voyage au bout de la nuit, encore éc
œuré par les souvenirs de la première guerre mondiale, et sentant l'approche imminente d'un nouveau conflit écrivit ensuite ce texte pacifiste mais foncièrement antisémite qu'est Bagatelles pour un massacre.
  (L.F.C. : une pensée médicale, D. Labreure, Université Paris 1, 2005).

 

 

 

 Le 14 novembre 1927, Louis-Ferdinand Destouches ouvre un cabinet de médecine générale, maladies des enfants au 1er étage du 36, rue d’Alsace. Il loge dans un appartement de 3 pièces et salle de bain. Dans l’une des pièces, il y a le cabinet médical et une salle d’attente située juste au-dessus de la boucherie Fouilloux. [rue du Bois ou Henri Barbusse] Destouches et sa femme sont chassés par une invasion de punaises dans l’immeuble, fin août 1929. Il a pris un nouveau logement au 98 rue Lepic, à Montmartre.
  Après un stage à l’hôpital Laennec où il est initié à la médecine de dispensaire par le professeur Bernard, la direction de la médecine d’hygiène populaire lui offrit pour 2 000 francs par mois une vacation quotidienne de médecine générale au nouveau dispensaire 10, rue Fanny. Il y entra dès son ouverture le 8 janvier 1929 et partit le 31 décembre 1937.

  Deuxième témoin important, Eliane Bonabel, née à Paris, vit avec son oncle Charles et sa grand-mère Célina au 63, boulevard National (43, boulevard Jean Jaurès aujourd’hui).
Elle fait partie des nombreux enfants qui sont venus au centre de santé rue Fanny. Le docteur Destouches l’a rencontrée pour la première fois à l’âge de 5 ans (événement qui confirme l’arrivée du médecin-écrivain à Clichy en 1925-1926). À 9 ans, Eliane fait un dessin pour le docteur. Il est tellement impressionné qu’il lui donne 200 francs pour l’encourager. À la sortie du livre de Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, en 1932, Eliane Bonadel alors âgée de 12 ans, s’en inspire pour l’illustrer de 21 dessins. Quant on sortait de son cabinet, le docteur Destouches donnait ses dernières recommandations « pas d’alcool, vie saine et propreté » . C’était un médecin hygiéniste !
 (
www.ville-clichy, JP.Capdet).

 

 

   Le 14 novembre 1927, Louis-Ferdinand Destouches emménageait à Clichy avec Elisabeth Craig, dans un trois pièces au 1er étage du 36 rue d'Alsace. Jeanne Carayon, voisine de palier et première secrétaire de Céline, se souviendra de leurs disputes en anglais. Il y ouvrait un cabinet de « Médecine Générale, maladies des enfants ».
   Le 8 janvier 1929, suite à l'échec de son cabinet, la direction de la médecine d'hygiène populaire proposa au docteur Destouches une vacation quotidienne de médecine générale, au tout nouveau dispensaire de Clichy, situé au 10 rue Fanny. Il accepta et fit ainsi partie de l'équipe fondatrice du dispensaire de la Ville, jusqu'à son départ le 31 décembre 1937, année de parution de Bagatelles pour un massacre.

  Au printemps 1931, Louis-Ferdinand Céline écrira Voyage au bout de la nuit (prix Renaudot), dactylographié par Aimée Paymal, secrétaire du dispensaire de Clichy et, dans lequel il décrit la Garenne-Rancy en référence à la rue d'Alsace, la rue Simmoneau et le boulevard Victor Hugo, ainsi que les habitants du quartier Victor Hugo.
  (Le Petit Célinien).

 

 

 

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    Depuis que j’ai assisté à l’émission de Guillaume Canet et que l’on a parlé de Céline, j’ai toujours en tête de connaitre la maison où il a vécu à Meudon.

 Beaucoup de personnalités ont vécu à Meudon, là où j’habite. Je connais la Maison de Rodin « la Villa des Brillants » sur les hauteurs de Meudon, la Maison d’Armande Béjart, rue des Pierres, tout à côté de mon immeuble, la Maison où à vécu Richard Wagner, en bas de l’avenue du Château.

 Maintenant je vais connaître la Maison de Céline, 25 ter Route des Gardes.

 Il est 13h quand je quitte mon appartement à Meudon. Il fait bon dehors, je vais y aller à pied.

  Juste au-dessus de chez moi je prends la magnifique avenue du Château. Sur toute une partie de l’Avenue à ma droite la vue sur Paris m’accompagne, de la Seine au Sacré Cœur.

  En contrebas j’aperçois le Potager du Dauphin. L’Avenue est bordée d’arbres et de magnifiques propriétés. Je passe devant la Maison de Richard Wagner en bas de l’Avenue du Château. Me voici arrivée en bas de l’Avenue, la Route des Gardes la coupe, je me dirige sur la droite pour l’emprunter

Je vais en descendre une bonne partie, je passe au-dessus de la voie de chemin de fer, je reste sur ma droite côté des numéros impairs.

 Je ne suis pas loin maintenant, je dois emprunter un chemin à droite et tourner tout de suite à gauche, la maison est située en surplomb de la route. Je monte le petit chemin qui m’amène au 25, j’ai trois propriétés à passer et j’arrive au bout de ce chemin.

  Rien ne m’indique que je suis à la Maison de Céline, les trois propriétés se ressemblent. Je m’arrête donc à la dernière maison, au numéro 25. Il n’y a pas de 25ter, je pense être devant la maison de Céline. Elle se situe au fond d’un parc, elle comprend trois étages de fenêtres avec des volets bleu ciel. La grille est bleu clair et un peu rouillée. (Elle ressemble bien à la photo que j’ai vue sur internet).

  Je passe mes mains entre les barreaux de la grille pour pouvoir faire des photos. Je reste un instant devant la propriété de Céline, un peu émue, je la contemple, elle parait vieille. Un chat se promène dans le parc et s’approche de la grille. C’est peut-être le chat de Céline ?

  Pour être sûre je descends de ce talus et reprends la Route des Gardes. Un peu plus bas je vois un homme dans la cour d’une propriété, je m’avance vers lui et je lui pose la question : « connaissez vous la Maison de » je n’ai pas le temps de finir ma phrase il sait que je cherche la Maison de Céline. Il me montre le talus et il me dit, c’est la première maison perchée. Alors je lui fais voir mes photos et il me dit : « c’est exactement la Maison de Céline que vous avez prise en photo ".

  Il me fait voir sur ma photo où se situe la chambre de la femme de Céline, Lucette, qui vit toujours dans la maison. " Je suis son jardinier " me dit-il. Lucette aura 101 ans cette année, on va lui souhaiter son anniversaire le 20 juillet (drôle, le 20 juillet c’est aussi l’anniversaire de mon fils). Puis il ajoute « Toto est toujours là ». Ah, je lui demande qui est Toto. Il me dit : « son perroquet ».

 Alors je lui demande pourquoi il s’appelait « Céline ». (Ce nom me faisait toujours penser à une femme). Il me dit qu’il avait pris le nom de sa grand-mère.
  (blogdefrancine, Paris et People, la maison de Céline, 11/03/2013).

 

   Meudon, octobre 1951. Rentrés d'exil, Céline, sa femme Lucette, Bébert - ainsi que deux autres chats et une chienne recueillis au Danemark - prennent leurs quartiers sur les hauteurs de Meudon. A mi-pente du coteau, la villa Maïtou a appartenu à Labiche. Quel clin d'œil !
  De ce domaine, constitué d'un pavillon ceint d'un jardin pelé que seuls les chiens laboureront, Céline fera un ermitage mais aussi un théâtre. Il endosse à plaisir le rôle de l'écrivain réprouvé.
   A 57 ans, il lui tarde de se remettre au style et, après le purgatoire dont le tireront Marcel Aymé et Roger Nimier, de renouer avec le succès. « Le langage écrit était à sec, soutiendra-t-il dans ses Entretiens avec le professeur Y (parus en 1955, une année avant la mort de Léautaud, son concitoyen de Meudon), c'est moi qu'ai redonné l'émotion au langage écrit. »

  Céline était voyeur, rappelle son biographe François Gibault. Assez voyeur pour justifier cet album d'une centaine de photographies, réunies par David Alliot, qui montrent dans quelle animalerie - du perroquet Toto au hérisson Dodard - Céline acheva son œuvre, de Féerie à Rigodon. Entre les aboiements, les notes de piano et le silence trop tôt dissipé du lointain matin, d'avant le pire à venir.
 
(lexpress, culture, livres, Céline à Meudon, 2006).
 

 

     L'âme de Meudon

 Une grille bleue écaillée, un jardin en pente raide égayé de tulipes, sur les hauts de Meudon. La ville Maïtou, un pavillon de style Louis-Philippe offre au regard une façade grise, hérissée de fissures. Des gouttières de guingois. Derrière, c'est un chaos d'herbes folles et de myosotis. Un univers hitchcockien.
  Lucette et Céline s'y sont installés en 1951 au retour de six ans d'exil. Jusqu'à sa mort, l'écrivain y a alimenté sa légende, ermite, dépenaillé entouré de chiens, de chats et du perroquet Toto.
  Aujourd'hui, les traces de sa présence s'estompent : des photos intimes, des portraits punaisés aux panneaux de liège...

 " Cette maison est comme moi... Elle tient le coup, mais il ne faut pas trop lui en demander ! " lance Lucette. De longs cheveux blancs encadrent son visage étonnamment juvénile. Elle se tient à demi allongée, dans le salon du rez-de-chaussée où elle ne descend que pour dîner. Elle a mis du rouge à lèvres. Son pied nu de danseuse s'échappe d'une couverture. Un chat se faufile. Près de la fenêtre, une cage abrite Toto 2, le perroquet.

 " Elle a une spatule pour le faire taire, mais elle ne s'en sert jamais ", sourit David Alliot, nouveau membre de la " secte dans la secte " : les derniers visiteurs de Meudon. Cette poignée de fidèles la protège encore des vautours rôdant autour du fantôme. Elle les accueille d'un " Raconte, raconte " gourmande d'une vie dont elle s'est retirée depuis quinze ans.
 (lejdd, société, actualité, Lucette ombre et lumière, 2012).