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ANNEE 2019
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ANNEE 2020
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ANNEE 2021
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ANNEE 2022
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CELINE EN PHRASES

 

         

 


LE PARIS DE CELINE

- LE PASSAGE CHOISEUL -

 

 

Ce sera, au mitan de Paris, le berceau de la mythologie célinienne. Foutu boyau propice à tous les accouchements.
Louis-Ferdinand Céline natif de Courbevoie, a cinq ans lorsque ses parents viennent s'installer au 67 puis au 64 du Passage. La migration familiale porte le millésime 1899. Pour les souvenirs, ça facilite l'étiquetage. 

 

 

 

Borne informative, seule trace dans Paris.

 

               Au 64 du Passage

 

 

Devant l'entrée principale, les édiles ont placé une borne informative. On n'est jamais assez instruit. Céline a vécu là une partie de son enfance, qu'elle nous rencarde la borne. C'est la seule trace à travers tout Paris du passage d'un des plus grands romanciers du XXe siècle. Plus sobre y a pas... Relégué l'énergumène... On en apprend davantage sur Alphonse Lemerre, l'éditeur des Parnassiens sis au 25 ou sur Jacques Offenbach et son théâtre des Bouffes-Parisiens installé au 75.
 Ah, vous pouvez toujours gratter, il n'y a rien dans tout Paris, Courbevoie, Clichy, Montmartre, Meudon. Les politiques de tout bord qui, d'habitude, ne sont d'accord sur rien, là ils ont fait l'union sacrée. Pas la moindre plaque. Pas la moindre inscription. Même pas le plus petit hiéroglyphe. Rien... zéro... nada... Tous d'accord pour planquer le monstre. Pas présentable qu'il est, mais alors pas du tout. Sacré tricard le Ferdine !

 

 

Passage des Bérésinas

 

 

 

Le Passage vers 1910 avec ses boutiques et sa double rangée de becs à gaz.

 

Reconstitution de la boutique de dentelles tenue par la mère de Céline

 

 

Nombreux sont les romanciers qui ont écrit sur Paris, quelques-uns dans l'idée de s'en faire les biographes. Des écoles sont nées, toutes ont leurs mérites mais du naturalisme au fantastique social, chacune n'en a restitué qu'une facette dont le temps a terni l'éclat. Avec Louis-Ferdinand Céline, voltigeur des barrières, " grand seigneur de la Rampe du pont ", l'alchimie est différente : l'émotion n'est plus la matière première mais un sous-produit raffiné du style, la suprême élégance du clairvoyant, c'est-à-dire de celui qui voit plus loin et plus profondément que les autres sans pour autant battre le tambour comme un vulgaire garde-champêtre.
 Ce qu'il donne à voir surpasse toutes les études de mœurs, toutes les approches historiques, ethnologiques ou pseudo-sociologiques. 

 

Louis-Ferdinand le jour de sa 1ère communion : le 18 mai 1905.

 Prodige de l'écriture célinienne qui parvient à fabriquer de l'exotisme avec les décors qu'elle a sous la main. Pour celui qui s'y laisse prendre, il y a du voyage dans l'air. Du qui grise, du qui défrise, étourdissant comme un manège forain. Si Courbevoie garde dans ses souvenirs quelque chose de l'Eden d'avant la chute, le Passage, c'est un peu la préfiguration de l'enfer portatif qu'il ne va plus cesser de projeter sur une désolante humanité.

 Ce passage Choiseul devient dans Mort à crédit le passage des Bérésinas. Autant dire un lieu dont la charge catastrophique enveloppe tout un petit monde d'ateliers et de boutiques promis à une extinction progressive ou pour filer la métaphore à une débacle générale. 

 

Le diable par la queue

 

 

 Le type d'humanité qui s'y niche est celui que décrivait déjà Zola dans Pot-Bouille dont l'action se situe dans la toute proche rue de Choiseul : artisans affairés, marchands de pacotille, colporteurs et truqueurs en tout genre, petits commerçants qui tirent le diable par la queue.
 On est à la toute fin du siècle quand Marguerite, la mère de Louis-Ferdinand, ouvre une petite boutique d' "objets de curiosités " qui propose à la clientèle porcelaines, broderies, colifichets et dentelles.
  " On allumait qu'une seule vitrine, une seule qu'on pouvait garnir... C'était ingrat comme bibelots, des trucs qui vieillissent de travers, du rossignol, du panais, avec ça on " était fleurs "... On se défendait qu'en restrictions... toujours à coups de nouilles, et avec les " boucles " à maman engagées au " clou " chaque fin de mois... C'était jamais qu'à un fil, qu'on boive encore le bouillon " (Mort à crédit).

 

                           Les boutiques du Passage Choiseul

 

 

 Aujourd'hui la boutique du 67 n'existe plus. 

Annexée qu'elle a été par le théâtre des Bouffes-Parisiens. " Tout fout le camp, m'sieur dame. " L'antienne célinienne est en rodage, entêtante mélopée. Le Paris du Passage est comme la parturiente d'un monde en pleine mutation. Tout fout le camp : le petit commerce ruiné par la concurrence des grands magasins, les traditions dévorées par le Progrès Moloch, les riches qui ont perdu le goût du raffinement et le sens de la délicatesse.

 La belle dentelle est en train de mourir avec l'estime pour le travail de l'artisan. Place à l'âge mécanique.

 

Des taloches et des nouilles

 

 

Le logement de la famille Destouches se situe au-dessus de la boutique : trois pièces exiguës reliées par un escalier en tire-bouchon, et, tout en haut, la chambre du petit Louis avec une fenêtre à barreaux à cause des voleurs et des chats.

 

Le collégien Louis Destouches et ses parents, Fernand et Marguerite.

 

Confort rudimentaire dévolu aux classes moyennes : aucun autre moyen de chauffage qu'un poêle poussif et un seul cabinet d'aisance au troisième étage.

 Au fil des récits, Céline a bâti une terrible légende familiale : le père, Fernand, 

 

colérique et violent, la mère, besogneuse et soumise, claudiquant matin et soir dans l'escalier, le fils élevé à coups de taloches.

 " C'était un gros blond, mon père, furieux pour des riens, avec un nez comme un bébé tout rond, au-dessus de moustaches énormes. Il roulait des yeux féroces quand la colère lui montait...
 Dans la journée, c'était pas drôle. C'était rare que je pleure pas une bonne partie de l'après-midi. Je prenais plus de gifles que de sourires, au magasin. Je demandais pardon de n'importe quoi, j'ai demandé pardon pour tout. " (Mort à crédit).

 

 

Une communauté réduite aux caquets

 

 

Avec ses façades presque toutes identiques, le Passage est un petit village. On s'épie, on médit, on se calomnie entre boutiquiers. C'est une communauté réduite aux caquets. Le premier " guignol " de Céline, sa comédie humaine à lui, elle est là. Dans les alvéoles de cette ruche où bourdonnent ses futurs personnages.
 Il y a là Mme Hérote dont les galanteries défraient les chroniques du Passage. Au n° 8, la boutique de matériel médical des Cortilène est le théâtre d'un drame passionnel. Le mari, découvrant son cocufiage, y a révolvérisé Madame avant de se tirer une balle en pleine bouche. Au n° 32, Mlle Hermance, dont la spécialité est " l'article de caoutchouc avouable ou non ", officie avec une dignité qui désarme les railleries.
 Il y a surtout l'ennemie infatigable, la corsetière de la boutique d'en face, la très revêche Mlle Méhon.

 " Mademoiselle Méhon, la boutique juste en face de nous, c'est à pas croire qu'elle était vache. Elle nous cherchait des raisons, elle arrêtait pas de comploter, elle était jalouse. (...) C'est à propos de Tom, que les choses se sont envenimées, pour l'habitude qu'il avait prise de pisser contre les devantures. Il était pas le seul pourtant. Tous les clebs des environs ils en faisaient bien davantage. (...)
 Elle a traversé exprès, la Méhon, pour venir provoquer ma mère, lui faire un esclandre. Elle a gueulé que c'était infâme, l'ignoble façon qu'il cochonnait toute sa vitrine, notre petit galeux... Ça s'amplifiait ses paroles de deux côtés du magasin et jusqu'en haut dans le vitrail. Les passants prenaient fait et cause. Ce fut une discussion fatale. (Mort à crédit).

 

Parmi les enseignes du Passage, celle du libraire Lemerre, éditeur des poètes parnassiens.

 

 Il y a là enfin, brassée en un flux incessant, la houle montante et descendante des passants. Non seulement le Passage sert de promenoir au public des théâtres des alentours mais il est très apprécié des flâneurs et des jolies filles. 

Et le jeune Destouches n'est pas le dernier à reluquer le ballet des lorettes et des vieux marcheurs, des 

 

grisettes et des bourgeois en quête d'une bonne fortune, toutes barrières sociales abattues dans cette promiscuité bon enfant si caractéristique de la Belle Epoque.
En fait, c'est le spectacle du Passage à certaines heures qui va initier le petit Louis à la grande confrérie des voyeurs. Mateur et pas qu'un peu : pour un romancier, c'est l'enfance de l'art.

 

 

Elevé sous cloche

 

 

Toutes sortes d'odeurs mêlent leurs effluves dans le Paris de l'époque. Plus de pestilences que de fragrances.
 Du Passage Choiseul, la mémoire olfactive de Céline n'a voulu retenir qu'un cocktail putride d'urines, de déjections canines et, bien sûr, de gaz. C'est par excellence un lieu d'asphyxie, de suffocation.

 " On avait beau répandre du soufre, c'était quand même un genre d'égout le Passage des Bérésinas. La pisse ça amène du monde. Pissait qui voulait sur nous, même les grandes personnes ; surtout dès qu'il pleuvait dans la rue. On entrait pour ça. Le petit conduit adventice l'allée Primorgueil on y faisait caca couramment. On aurait eu tort de nous plaindre. Souvent ça devenait des clients les pisseurs, avec ou sans chien ". (Mort à crédit).

 Céline l'a ressassé cent fois par la suite : " Sous cloche qu'on était... j'ai été élevé dans une cloche à gaz. On a beau dire, ça marque d'avoir été élevé dans une cloche à gaz. "

 

Publicité pour l'huile de foie de morue (1914).

 

Le gaz, c'est celui qui siffle par les 320 becs Auer chargés d'éclairer le Passage dès 4 heures de l'après-midi et qui empuantit si fortement l'air confiné du lieu qu'il en incommode les constitutions les plus fragiles.

 " La triste histoire des Caravals avait quand même ému le Passage, si profondément qu'il a fallu prendre des mesures. Soudain, on a découvert que tout le monde était " pâlot ". On se refilait des conseils entre boutiques et magasins. 

On ne pensait plus que par microbes et aux désastres de l'infection.
Les mômes ils l'ont senti passer la sollicitude des familles. Il a fallu qu'ils se la tapent l'Huile de Foie de Morue, renforçée à redoublement, par bonbonnes et par

citernes. Franchement, ça faisait pas grand-chose...Ça leur donnait des renvois. Ils en devenaient encore plus verts, déjà qu'ils tenaient pas en l'air, l'huile leur coupait toute la faim.
 Il faut avouer que le Passage, c'est pas 
 

 

croyable comme croupissure. C'est fait pour qu'on crève, lentement mais à coup sûr, entre l'urine des petits clebs, la crotte, les glaviots, le gaz qui fuit. C'est plus infect qu'un dedans de prison. Sous le vitrail, en bas, le soleil arrive si moche qu'on l'éclipse avec 

une bougie.Tout le monde s'est mis à suffoquer. Le Passage devenait conscient de son ignoble asphyxie !... On ne parlait plus que de campagne, de monts, de vallées et merveilles... " (Mort à crédit).

 

 

Le Passage Choiseul, un microcosme parisien

 

 

Le piéton de Paris, cet infatigable arpenteur des coins et recoins de la capitale, n'apprécie rien tant que les passages couverts. Le passage Choiseul dont les travaux commencent en 1825, l'année du sacre de Charles X, s'inscrit dans ce périple intimiste. Construit d'après les plans de l'architecte François Mazois, il est inauguré deux ans plus tard. Situé dans le 2ième arrondissement, il relie la rue des Petits-Champs à la rue Saint-Augustin. Long de 190 mètres et large de presque 4 mètres, il joue les traits d'union entre le quartier du Palais-Royal et celui des Grands-Boulevards, tout en permettant d'échapper aux encombrements de la rue Richelieu.

 Côté ornementation, sa décoration se distingue par son laconisme : les murs sont simplement enduits. La verrière, qui sera refaite en 1891, est, avec sa structure en double pente, très sobre, presque industrielle avant l'heure. A l'intérieur, chacune des extrémités du passage, est surmontée d'une petite loggia. L'entrée rue Saint-Augustin s'organise autour de la façade de feu l'hôtel de Gesvres, un des tripots les plus

 

Rue St Augustin, le passage Choiseul

 

célèbres de la Régence (1715-1723). Rétrospectivement, la première moitié du XIXe siècle apparaît comme l'âge d'or de ces passages couverts qui épargnent aux passants la poussière, la boue et autres désagréments de la rue. Conçus comme des galeries marchandes, ils offrent au flâneur de se divertir au café, au restaurant, au spectacle ou de fumer le cigare de qualité qu'il vient d'acheter et, le cas échéant, de s'instruire en entrant dans une librairie ou un cabinet de lecture. 

 Les passages sont le reflet d'un monde enchanteur. Verlaine n'a-t-il pas écrit dans un poème dédié à François Coppée : " Les passages Choiseul aux odeurs de jadis / Oranges, parchemins rares, - et les gantières / Et nos débuts et nos verves primesautières / De ce soixante-sept à ce soixante-dix, Où sont-ils ? "

 Et pour cause ! Au n° 25 du passage Choiseul on trouve l'éditeur Lemerre, 

 

connu pour avoir édité les premiers poèmes de Verlaine et ceux des poètes parnassiens dont... François Coppée.
 Il y a loin du passage célébré par Verlaine à celui où Céline a grandi ! Sous le Second Empire et plus encore avec les débuts de la IIIe République, les passages perdent de leur superbe. Il est vrai que les nouvelles artères perçées sous la houlette du baron Haussmann et les grands magasins leurs livrent une redoutable concurrence. Les passages paraissent désormais étroits, mornes pour ne pas dire sordides. Il faudra attendre la fin du XXe siècle et son intérêt pour le patrimoine pour qu'ils soient de nouveau célébrés. En 1974, le passage Choiseul sera classé à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 

 

De la musique avant toute chose

 

 

Si le Passage Choiseul est une cloche à gaz, c'est aussi une cloche à chansons, une salle de concert permanent parcourue par les sonorités les plus diverses. Du matin au soir, il résonne des rengaines fredonnées par les passants, des voix nasillardes qui s'échappent de la boutique du marchand de gramophones ou encore des " voix enchanteresses " qui s'élèvent dans la salle des Bouffes-Parisiens dont Jacques Offenbach a fait, depuis 1855, l'un des temples de l'opéra-bouffe et l'opérette.

 

 

 

Entrée du théâtre des Bouffes-Parisiens

 

Jacques Offenbach, le fondateur en 1855

 

 

La " petite musique " de la phrase célinienne qui lui donne cette tessiture si particulière et la détache de la prose ordinaire, prend sa source à la confluence du répertoire lyrique français du XIXe siècle et de la chanson populaire.
 D'où le rythme de son écriture qui lui a valu d'être considéré tantôt comme le " dernier musicien du roman ", tantôt comme le créateur d'une " musique pour livres ".

 

 Les Cloches de Corneville est une des opérettes que Céline cite le plus.
 L'opéra-comique, ses divas, ses morceaux de bravoure, ses mises en scène fastueuses emplissent l'imaginaire du petit Louis. Très jeune, il est, à sa manière, un spectateur assidu du théâtre des Bouffes-Parisiens qu'il rebaptise le " Grenier Mondain " dans Mort à crédit. Ce qu'il en perçoit de l'extérieur - bribes chantées, chatoiement rococo, exubérance du public bourgeois de la Belle Epoque - le ravit et le transporte au-delà du quotidien confiné du Passage.
  La Périchole, Manon, PhiPhi, Véronique, Les Cloches de Corneville, Fortunio, Miss Heylett : tous les grands airs d'un répertoire trop souvent présenté aujourd'hui comme mineur ou négligeable vont lui rester gravé dans la tête au point d'envahir son œuvre telles des résurgences venues de l'enfance.

 

Paris qui chante

 

 

L'autre affluent où baigne la prosodie célinienne est celle de la chanson populaire. Refrains, fredaines, couplets servent à l'exploration d'un continent disparu, celui de l'ancienne France quand la chanson s'offrait à tous en école de la vie, en enseignait toutes les facettes, scandait pratiquement tous les instants de l'existence, enracinait les hommes dans une tradition, un territoire commun d'émotions et d'expériences, s'envolait au détour d'une rue ou s'épanouissait dans l'intimité du cercle familial. 

 " Ma mère chantait d'abord parce qu'elle aimait ça et ensuite parce que dans ce temps-là ça se faisait : les gens chantaient. Le chant est devenu affaire de spécialiste, ou bien il y a des appareils qui le font à votre place. " 

 

La Sérénade du pavé est reprise par Eugénie Buffet qui en fait l'une des grandes " scies " de l'époque et électrise le public des Ambassadeurs en 1896. 

 

 

 

Dans ce Paris d'avant-guerre, la chanson est partout : dans les rues, les cafés-concerts et les cabarets.

 Elle est la référence majeure, le trésor ambulant de la culture populaire.

 Romances, chansons comiques ou patriotiques, réalistes ou grivoises, elle est, comme la langue française, le signe d'appartenance à une communauté de pensée, de ressenti, de vécu

 

 

 

 

 

 

Créée en 1909, La Valse brune n'est rien d'autre qu'un hymne à la cambriole et aux cambrioleurs.

 

Les vrais maîtres de Céline, les inspirateurs qui l'introduisent secrètement dans la musique intérieure des mots se nomment Eugénie Buffet, l'immortelle interprète de la Sérénade du pavé, Montéhus, le " chanteur humanitaire ", Mayol, le roi du caf'conc à la diction parfaite, et, bien sûr, Aristide Bruant : " Je donnerai tous les Proust de la terre et d'une autre encore pour deux chansons d'Aristide. "
 L'agonie de cette humeur chansonnière qui enveloppait la ville de ses vocalises, Céline la situe avec précision :

 

 " On peut dire que j'ai assisté à la fin des chansons. Au début, avant la guerre de 14, chaque fois qu'il entrait une arpette ou une midinette au début du passage, elle commençait à chanter. Elle chantait pendant toute la durée du passage. Et puis après 14, on n'a plus chanté dans le passage. C'est un signe des temps. C'est tout ce qu'on avait comme distraction, la chanson des petits apprentis et des midinettes. (Interview avec Pierre Dumayet, Cahiers Céline n°2). 

 

 

PATRICK  BUISSON

LE PARIS DE CÉLINE,
Albin-Michel, histoire, 2012

 

 

Les parcours insolites d'un des plus grands écrivains du XXe siècle racontés par l'historien Patrick Buisson, auteur du film Paris Céline, avec Lorànt Deutsch pour guide.

 

 Des images rares ou inédites, des anecdotes passionnantes... et la petite musique de Céline.

 


PARUTIONS

 

 
    SORTIE  :   6  OCTOBRE  2022

                François GIBAULT

 

               CELINE

                    LA BIOGRAPHIE
                   DE REFERENCE

                         BOUQUINS

                             La collection


La biographie pionnière (3 volumes), va être rééditée en un seul volume 

Prix : 32 Euros

 

           LONDRES

 

 Le prochain inédit de Céline, Londres, paraîtra le 13 octobre chez Gallimard. Ce roman d'environ 500 pages « est la suite directe » de Guerre, a expliqué Gallimard dans son programme de parution.

 

 Présentation de l'éditeur

Ferdinand, le héros de Guerre, a quitté la France pour rejoindre Londres, " où viennent fatalement un jour donné se dissimuler toutes les haines et tous les accents drôles ". Il y retrouve son amie prostituée Angèle, désormais en ménage avec le major anglais Purcell. Ferdinand prend domicile dans une mansarde de Leicester Pension, où le dénommé Cantaloup, un maquereau de Montpellier, organise un intense trafic sexuel de filles, avec quelques autres personnages hauts en couleur, dont un policier, Bijou, et un ancien poseur de bombes, Borokrom. 

 

Proxénétisme, alcoolisme, trafic de poudre, violences et irrégularités en tout genre rendent chaque jour plus suspecte cette troupe de sursitaires déjantés, hantés par l'idée d'être envoyés ou renvoyés au front. S'il entretient des liens avec Guignol's band, l'autre roman anglais plus tardif de Céline, Londres, établi depuis le manuscrit récemment retrouvé, s'impose avec puissance comme le grand récit d'une double vocation : celle de la médecine et de l'écriture... Ou comment se tenir au plus près de la vérité des hommes, plongé dans cette farce outrancière et mensongère qu'est la vie.