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SES IDÉES (suite)
Florilège : visions très divergentes de celles de ses ennemis irréductibles habituels...
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François Gibault
Pourquoi continuez-vous à interdire la
réédition des pamphlets antisémites de Céline ?Parce que ce sont des écrits politiques et de circonstance publiés dans un contexte international très particulier.
L'idée de Céline - d'ailleurs le bandeau de " Bagatelles pour un massacre ", qui a été vendu à près de 100000 exemplaires, précisait " Pour bien rire dans les tranchées " - était d'éviter la guerre entre la France et l'Allemagne.
Il pensait que les juifs poussaient à un conflit
contre Hitler.
Evidemment Céline étant Céline, ses pamphlets sont complètement outranciers. Les publier aujourd'hui serait une forme de provocation.
(Propos recueillis par Thomas Mahler, Le Point n° 2017, 12 mai 2011).
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Christian Authier
Comment peut-on encenser quelqu'un qui a écrit des textes antisémites ? Rassurons notre Tartuffe. Les pamphlets de Céline sont censurés et tombent sous le coup de la loi. Que faire de plus ? Crever les yeux de ceux qui les ont lus depuis 50 ans ? Sauf erreur, c'est bien Malraux et non Céline qui est au Panthéon !
De même, ce sont les thuriféraires de Staline,
Mao et Pol Pot - comme Sartre - qui sont étudiés
dans les lycées ! Derrière le charabia abscons, l'invective plate, les pathétiques difficultés avec la syntaxe, la médiocrité étalée et satisfaite d'elle-même, la bassesse des contre-vérités apparaît la sale gueule du politiquement correct
Un jour, peut-être, ces gens-là gagneront la partie. Ils ouvriront des camps de concentration pour que plus jamais le fascisme ne revienne. Ils brûleront les livres de Céline pour lutter contre l'intolérance. Nous
vivrons dans le meilleur des mondes.
(Contre Céline, tout contre, L'Opinion indépendante du Sud - Ouest, BC juillet-août 1997). |
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David Alliot
Le plus souvent, ce sont les personnes qui ne l'ont jamais lu qui en parlent le plus.
Le personnage est complexe, et il n'a eu de cesse de brouiller les pistes ! Surtout auprès des personnes qui l'ont fréquenté...
Nationaliste, belliciste (récupérer l'Alsace-Lorraine), raciste et antisémite..
Ni plus ni moins que les autres Français de sa génération.
La cassure, c'est la guerre de 1914, après, il n'est plus tout à fait le même.
Je pense sérieusement (mais cela n'engage que moi), que Céline courait après un paradis perdu ; sa jeunesse, insouciante et heureuse.
Il n'a jamais quitté le monde de l'enfance.
(Céline au kaléidoscope, propos recueillis par Frédéric Saenen, Spécial Céline n°1, juillet-août 2011).
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" Pas d'or pas de révolution. Les damnés pour devenir conscients de leur état abominable il leur faut une littérature, des grands apôtres, des hautes consciences, des pamphlétaires vitrioleux, des meneurs dodus francs hurleurs, des ténors versés dans la chose, une presse hystérique, une radio du tonnerre de Dieu, autrement ils se douteraient de rien, ils roupilleraient dans leur belote. "
(Les Beaux draps, 1941). |
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Louis Nucéra
Un jour, enfin, j'ouvris Voyage au bout de la nuit, ce livre qui dormait d'un sommeil d'explosif à la vitrine d'un libraire.
(...) Je découvrais l'œuvre d'un homme qui propageait instinct et émotion comme se propage la lave en fusion, un homme qui se délivrait de l'entrelacs des illusions dans une langue que les cancres savants ignoreront toujours.
Cet homme de culture avait aussi appris la vie
dans la vie : la guerre, les voyages, le dispensaire d'une banlieue de fin du monde.
Il ne se penchait pas sur ces compagnons de
déroute et de misère avec un idéalisme de
commande dans le but de tonifier (démagogiquement) le lecteur ou de se
requinquer soi-même.
(...) Depuis, pour moi, nul auteur n'a supplanté Céline dans ce Panthéon personnel que chaque amoureux des livres édifie.
(Un aventurier du langage, Van Bagaden, Céliniana, 1990).
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Jacqueline Morand-Deviller
Le premier pamphlet de Céline ne témoigne pas de prises de position racistes. Les principaux thèmes antisémites de l'époque y sont évoqués
abondamment, traités sur un mode apparemment ironique qui, en d'autres circonstances, n'aurait pas fait prendre l'auteur au sérieux.
Le thème central de l'ouvrage est la dénonciation de l'état de décadence de la France, sa grande
singularité et ce qui, dans une relative mesure, peut permettre quelque indulgence à l'encontre de Céline antisémite, c'est que les Aryens, non les Juifs, y sont les principaux accusés.
Cette démarche est insolite. Céline non seulement rend les Aryens responsables de l'emprise juive, mais il les accable de tares tout aussi graves et les dépeint sous des traits tout aussi cruels : le Blanc, le Français surtout, exècre tout ce qui lui rappelle sa race.
(Les idées politiques de L.F.Céline, Pichon et Durand, Auzias,1972).
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Frédéric Dard
Je pense que Céline est vraiment l'écrivain qui m'a le plus télescopé.
D'abord par le courage, ou l'inconscience, qu'il a eu dans la démesure.
C'est vers seize ans que j'ai rencontré un type qui m'a fait découvrir Voyage au bout de la nuit. Ma pensée s'est mise à vibrer au rythme de ses
phrases. Ça a chamboulé ma vie (...) Ce que sa littérature m'a donné : une espèce de notion de l'écriture, mais aussi de la vie, de la dérision universelle. Avant même son style, c'est l'outrance. Rien ne lui résiste. C'est un vociférateur, un
imprécateur. Et puis dans un deuxième temps, c'est le charme. Il y a un sortilège. Vous découvrez un grand littérateur, un type qui a une vraie puissance évocatrice, un type qui sait vous investir d'une façon fabuleuse. Vous vous sentez infiniment
petit et vous vous demandez qui peut faire mieux. Aujourd'hui, avec un peu de recul, si je ne devais retenir qu'un seul bouquin, ce serait plutôt Mort à crédit.
(Le Matin, Lausanne, propos recueillis par B.
Léchot, 5 décembre 1994).
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" Rien ne peut modifier, atténuer, exalter le ton, la valeur, la joie d'une âme. Propagandes, éducations, violences, intérêt, souffrances, et même le fameux Amour n'atteignent pas l'âme. L'âme s'en fout. Rien ne peut l'appauvrir, rien ne peut l'enrichir, ni l'expérience, ni la vie, ni la mort. Elle s'en va comme elle est venue, sans rien nous demander, sans rien nous prendre. "
L'Ecole des cadavres (1938). |
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Paul Morand
" Le monde a le feu dans les soutes et va probablement sauter. "
Bernanos l'a dit, mais Céline l'a vécu, l'a hurlé,
comme une bête blessée qui va mourir dans la neige de son exil.
Que l'exil à gauche est doux, auprès du sien : de Calvin à Genève, de Hugo à Guernesey, avec mains tendues et bras ouverts ; aucune université américaine pour offrir une chaire à Céline.
Le voici dans le silence posthume, après l'autre ; il ne suce pas ce sein rebondi qu'est la coupole du Panthéon ; c'est un pauvre chien d'aveugle qui s'est fait écraser, tout seul, pour sauver son maître
infirme, cette France qui continue à tâter le bord du trottoir. "
(Céline et Bernanos, L'Herne n°3, 1963).
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Kléber Haedens
L'œuvre de Céline restera dans ses moments forts comme la plus grande épopée populaire qu'aucune littérature ait jamais pu créer. Elle a inventé un monde presque fabuleux où l'on entend la terrible musique de notre siècle, où la réalité la plus nue, demeure toujours présente, où le Petit Poucet est
désormais le mince enfant des faubourgs, où les remorqueurs sur les rivières et les cheminées des usines remplacent les tapis volants et les forêts des
contes, où le rire le plus violent et le plus amer qui ait jamais frappé les oreilles des hommes éclate à chaque page, se mêlant à la rumeur du monde, s'arrêtant parfois pour nous faire entendre un air délicieux de mélancolie.
(Paris-Presse, 5 juillet 1961, après le décès de L.-F. C.).
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René Schwob
Vous êtes un des très rares qui nous interdisent la
tranquillité. J'ajoute aussi qu'après avoir eu
l'impression que vous haïssiez tous les êtres, je me suis aperçu que ce dont vouliez au contraire - tant est grand votre amour des êtres, c'est qu'il ne soit
pas plus grand encore ; et qu'il reste impuissant à sauver ceux dont vous connaissez pourtant toutes les tares.
Cette impossibilité d'être utile à qui que ce soit, telle est une des plus grandes leçons de votre livre, et qui pousse au délire notre dégoût de nous-mêmes.
Il faut, je crois, que vous ayez beaucoup souffert pour être capable de nous convoquer, sans en
parler, à un si grand amour.
(Lettre ouverte à L.F. Céline, Esprit, 1er mars 1933, 70 critiques de Voyage... Imec Ed. 1993).
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" Pas besoin de diables. L'homme est un démon. L'enfer est ici. Particulièrement en prison. Si tu y avais passé, et tes curés, ces problèmes ne vous turlupineraient plus. La pénitence est mille fois faite. Qui a souffert l'injustice majeure est en état de grâce. Il emmerde et la terre et le ciel, et le bon Dieu avec.
Lettre au docteur Clément Camus, 7 juin 1948. |
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Barjavel
Céline est le plus grand génie lyrique que la France ait connu depuis Villon. Ferdinand et François sont des frères presque jumeaux.
Les frontières et les régimes politiques changeront et Céline demeurera.
Les étudiants des siècles futurs réciteront " La mort de la vieille bignole " après " La ballade des pendus ", scruteront pierre à pierre les inépuisables richesses de Mort à crédit, cette cathédrale et s'étonneront d'un procès ridicule.
Vouloir le juger, c'est mesurer une montagne avec un mètre de couturière.
Ses juges devront se résigner à entrer dans l'histoire avec un visage de caricature.
(Le Libertaire, 27 février 1950).
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Georges Bernanos
Pour nous, la question n'est pas de savoir si la
peinture de M. Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l'est. Et plus vrai encore que la peinture ce langage inouïe, comble du naturel et de l'artifice, inventé, crée de toutes pièces à l'exemple de celui de la tragédie, aussi loin que possible d'une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, leur âme puérile et sombre, la sombre enfance des
misérables.
[...] Seulement n'importe quel vieux prêtre de la Zone, auquel il arrive de confesser parfois les héros de M. Céline, vous dira que M. Céline a raison. "
(Au bout de la nuit, le Figaro, 13 déc. 1932, 70 critiques de Voyage... Imec Ed. 1993).
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Frédéric Vitoux
Un mot de conclusion ? Quand j'ai commencé à
travailler sur Céline, je ne soupçonnais pas à ce point l'importance de l'écrivain. Chaque fois que je relis Céline, je suis émerveillé. Un exemple ? Ayant eu à évoquer récemment la débâcle de 1940, j'ai lu
des reportages, des témoignages, des textes littéraires pour me replonger dans cette ambiance. Dans le prologue de Guignol's band, je tombe sur cette description des foules de civils en fuite sur les routes, et des blindés français rescapés refluant eux aussi vers le sud, et dont la population s'écarte : " Orageante ferraille à panique ", dit-il de ces
chars d'assaut en retraite.
Formidable formule ! Trois mots ! Tout est dit !
C'est shakespearien. La terreur, la vocifération, le
ridicule. Tout l'art d'un écrivain est d'avoir de tels bonheurs d'expression. Le sens du raccourci. Des
allitérations. Des images. Bref, le génie.
(Propos recueillis par Marc Laudelout et Arina Istratova, BC n° 273, mars 2006).
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" Il ne faut plus commettre les fautes de 71. Crever pour le peuple oui - quand on voudra - où on voudra, mais pas pour cette tourbe haineuse, mesquine, pluridivisée, inconsciente, vaine, patriotarde alcoolique et fainéante mentalement jusqu'au délire. Le mur des fédérés doit être un exemple non de ce qu'il faut faire mais de ce qu'il ne FAUT PLUS FAIRE. Assez de sacrifices vains, de siècles de prison, de martyrs gratuits. Ce n'est plus du sublime, c'est du masochisme. "
A Elie Faure, fin mai 1933. |
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Eric Mazet
Céline s'en prend aux élites qui cachent leur
impuissance face aux forces de la mort sous des discours humanitaires, des phrases mortes, des
mensonges idéologiques, et que la mort de peuples, de poésies, de langues, de musiques, ne gêne pas
outre mesure.
Nous voici dans la poétique et non dans la
politique.
M. Crapez ne parle pas de L'Eglise non plus. Il passe à côté de l'intérêt esthétique, capital, chez Céline, beaucoup plus important que l'intérêt politique.
Cette politique qu'il traitait par le mépris en se
servant de folliculaires afin de faire passer par la politique le message esthétique, vital, essentiel.
Il avait refusé de monter sur l'estrade des bateleurs - comme Aragon l'en avait conjuré - mais à présent que la bête immonde de la guerre était entrée dans l'arène, il fallait bien y descendre et affronter la foule hystérique.
(Marc Crapez. La gauche réactionnaire, Berg international Ed.)
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Pierre Lalanne
Il juge. Il dénonce. Il s'emporte. Il écrit et exagère toujours en se noyant dans les excès propres à son génie.
Il sait que l'avenir n'appartient plus à sa patrie qu'il aime tant et que tout le reste est du blabla et du bourre mou.
En fait, si Céline peut se réclamer d'une idéologie quelconque, c'est celle de l'Apocalypse, celle du
cataclysme intégral, de la grande finale, celle de son monde dont il est le seul à avoir compris, prédit et décrit les derniers soubresauts ; la seule fin possible lui permettant de s'offrir l'envergure nécessaire à la magnificence de son style.
Céline n'est pas raciste dans le sens du terme,
l'infériorité et la supériorité en fonction de la race ne le concernent pas, il connaît trop bien l'humain pour tomber dans ce piège ; l'humain est une ordure quelque soit la couleur de sa peau. Il pressentait les
dangers propres à notre temps, la globalisation, l'uniformisation, la fin des particularismes et la disparition de sa France avec laquelle il a grandi et
pour laquelle il a versé son sang.
(Louis-Ferdinand Céline et les idéologies, 21 mai
2009).
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Jacques d'Arribehaude
Céline, au fond, a vu juste dès 37, dès " Bagatelles " : " La mesure du monde actuel, ce sont des mystiques mondiales dont il faut se prévaloir ou disparaître. " Dans ces conditions Hitler n'est plus " qu'un mage de Brandebourg " fatalement condamné, son ambassadeur à Paris, Abetz, un " fléau de médiocrité, un emplâtre de vanité
terrible, un clown pour cataclysme." Homme
d'une inconséquence remarquable, écrit Seebold, Céline a subi son châtiment pour des ambiguïtés qu'il fut lui-même incapable de résoudre ; pro
allemand/patriote n'aimant pas les Allemands - Violent dans ses écrits/médecin dans la vie. Encore faut-il préciser ici : médecin des pauvres,
essentiellement. Dans sa démesure, on pourrait ajouter que le combat solitaire et fou de Céline n'est pas sans évoquer la figure de Quijote et ce qu'il y avait de désespéré dans l'ironie de Cervantès, de nostalgie profonde à l'égard d'un passé irrémédiablement englouti (et sans doute imaginaire) de chevalerie, de charme naïf et de féerie perdue. (BC n° 120, sept. 1992).
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" La grande prétention au bonheur, voilà l'énorme imposture ! C'est elle qui complique toute la vie ! Qui rend les gens si venimeux, crapules, imbuvables ! Y a pas de bonheur dans l'existence, y a que des malheurs plus ou moins grands, plus ou moins tardifs, éclatants, secrets, différés, sournois..."
(Mea culpa,1936). |
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