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                                                                                                                                                          LETTRES

 

 " Mes lettres t'enrichiront ! ", répondit Céline à Antonio Zuloaga qui se plaignait de les déchiffrer avec difficulté. Même observation à la librairie Denise Thomassen : " Surtout, conservez mes lettres, vous les vendrez un jour très cher... " (BC n°233, juillet-août 2002).

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 " Nous sommes ici aux antipodes de ces correspondances - souvent ennuyeuses - des " gensdelettres ". Ces deux mille pages sont un feu d'artifice incessant, éruptif, drôle. "  Jérôme DUPUIS.

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 " ... la publication des lettres antisémites de Céline dans La Pléiade, chez Gallimard. Même si Louis-Ferdinand Céline est considéré comme un génie littéraire, je trouve cela choquant. "  Serge KLARSFELD.      

                                                                                        

 

                                                                                                                                   

               

                                                        A Claude LAFAYE

            
                                                                [Copenhague] Le 12 [décembre 1947]


 Oh mon Dieu vous savez Gide n'a rien inventé. Depuis le début du monde ces choses-là existent - comme la guerre... comme l'ennui... Si la pédérastie devait rendre les hommes moins méchants je ferais bien des vœux pour qu'ils s'enfilent tous ! Et que les femmes se lesbianisent si elles devaient être moins sottes !
  Attendons 1948 ! J'espère, mais je ne crois guère. La haine du monde n'a point l'accalmie si facile !
  En vérité les acteurs d'un tel bouffo-drame doivent mourir... Alors on monte une autre pièce... C'est tout ainsi va le monde ! Malheur aux imbéciles, dont je suis qui se sont laissés emporter par leur fougue. Il fallait être roublard ! -
                             Votre bien amical
                                                                                         LF Céline

 (Année Céline 2009, Du Lérot éditeur)

 

 

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                                                            Le capitaine Schneider à Fernand Destouches    

                                                                              [ Près d'Ypres, le 30 octobre 1914. ]

    Cher Monsieur, il se confirme que la blessure de votre fils que malheureusement je n'ai pu voir moi-même ne serait pas grave. Il a été atteint d'une balle dans les circonstances suivantes : le 27 courant, chargé avec quelques cuirassiers du régiment d'établir la liaison entre des éléments d'infanterie et le commandement, à l'attaque de Poëlkapelle, traversant à plusieurs reprises des zones les plus dangereuses, il a été, ce jour-là à 18 h frappé d'une balle au bras.

  Vous pouvez rassurer madame Destouches, cette blessure n'est, paraît-il, pas grave, il n'est pas même question, je crois, de fracture. Mais ce que je tiens surtout à vous redire, c'est combien le courage de votre fils a été admirable. Depuis le début de la guerre on le trouve d'ailleurs partout où il y a du danger, c'est son bonheur, il y est plein d'entrain et d'énergie !

 Le 27, il marche sans compter, même quand ce n'est pas son tour, sous un feu formidable qui depuis quatre jours est un roulement de tonnerre ininterrompu. Fusillade, mitrailleuses, obus, rien ne l'arrête, et au poste de Commandement du général de Division où j'étais, le Commandant de l'Infanterie a rendu compte que ces cuirassiers s'étaient conduits comme des héros ! Ce sont les termes que le colonel a reproduits en citant votre fils à l'ordre du régiment, en faisant l'éloge de sa belle conduite. Je ne sais encore où il aura été évacué, je vous tiendrai au courant de ce que je saurai, il vous écrira sans doute lui-même prochainement.

  Je vous adresse avec tous mes compliments et mes voeux pour une guérison rapide, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

                                                                                 Capitaine Schneider 12e Cuirassiers.

 

 

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                                                                               A Lucien DESCAVES

                                                                                           [ Le 10 décembre 1932 ]    

                                                 Cher et vénéré maître,  

       Vraiment je n'y tiens plus.

    Je ne peux ouvrir un canard sans voir ma sale tétère, j'aime bien lire aussi mais il n'est plus question que de moi...

  La S.D.N. me propose une tournée en Allemagne pour la médecine du chômage. J'y pars demain soir. En revenant on m'aura oublié je l'espère. Je pars avec ma mère, transie, que je laisserai chez des amis à Genève. Vous me pardonnerez donc pour dimanche. Je suis excédé de journalistes et de photographes. On me hante. Je vous écrirai régulièrement en cours de route - et dans un mois on déjeunera enfin tranquilles tous ensemble. On vend me dit-on plus de Voyage que de Loups. Grâce à vous. Tout cela me dépasse énormément. Je vais laisser pousser ma barbe.

  Même le Figaro me pistonne !  Quelle grue me voici.

  Amitié et reconnaissance.

                                                                                     L. Destouches

                                      

                                   

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                                                                              A Joseph GARCIN

                                                                                                     [ Avril ? 1930. ]

                                Cher ami,

    Vous voici de retour à Londres, soignez bien cette Lucy. Tenez-moi au courant pour les analyses ; avec la cuisine provençale, tout ira bien et très vite.

   Vous avez décidemment tout à m'apprendre sur ce milieu londonien. Je l'ai un peu fréquenté en 1915, superficiellement, j'avais 20 ans et trop de souvenirs du front. Et puis je ne savais pas voir les détails qui comptent, ah j'ai bien perdu mon temps, la jeunesse c'est la futilité.

  Je vais repartir en mission médicale, les problèmes d'hygiène me passionnent vous le savez ; j'ai des attaches à Genève et j'en profite - J'ai travaillé pour la S.D.N., j'ai vu tout le cinéma, la mise en scène, bien autre chose que vos pauvres petites combines diplomatiques - le grand jeu. A côté nos tout travioles petits calculs sont mesquineries, balivernes.

   Dites-moi quand vous reviendrez à Paris ; nous organiserons une petite soirée éducative. Le reste est au travail, à la sujétion.

     Bien amicalement                                                

                                                                                           Destouches.

 

 

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                                                                                           A Elie FAURE

                                                                                    [ Badgastein, 22 ou 23 juillet 1935. ]

                    Cher Elie

  Le malheur en tout ceci c'est qu'il n'y a pas de " peuple " au sens touchant où vous l'entendez, il n'y a que des exploiteurs et des exploités, et chaque exploité ne demande qu'à devenir exploiteur. Il ne comprend pas autre chose. Le prolétariat héroïque égalitaire n'existe pas. C'est un songe creux, une FARIBOLE, d'où l'inutilité la niaiserie absolue, écœurante de toutes ces imageries imbéciles, le prolétaire en cotte bleue, le héros de demain, et le méchant capitaliste repu à chaîne d'or. Ils sont aussi fumiers l'un que l'autre. Le prolétaire est un bourgeois qui n'a pas réussi. Rien de plus. Rien de moins. Rien de touchant à cela, une larmoyerie gâteuse et fourbe. C'est tout. Un prétexte à congrès, à prébendes, à paranoïsmes... L'essence ne change pas. On ne s'en occupe jamais, on bave dans l'abstrait. L'abstrait c'est facile c'est le refuge de tous les fainéants. Qui ne travaille pas est pourri d'idées générales et généreuses. Ce qui est beaucoup plus difficile c'est de faire rentrer l'abstrait dans le concret.

  Demandez-vous à Brughel à Villon s'ils avaient des opinions politiques ?...

 J'ai honte d'insister sur ces faits évidents... Je gagne ma croûte depuis l'âge de 12 ans (douze). Je n'ai pas vu les choses du dehors mais du dedans. On voudrait me faire oublier ce que j'ai vu, ce que je sais, me faire dire ce que je ne dis pas, penser à ma place. Je serais fort riche à présent si j'avais bien voulu renier un peu mes origines. Au lieu de me juger on devrait mieux me copier au lieu de baver ces platitudes - tant d'écrivains écriraient des choses enfin lisibles...

  La fuite vers l'abstrait est la lâcheté même de l'artiste. Sa désertion. Le congrès est sa mort. La louange son collier, d'où qu'elle vienne. Je ne veux pas être le premier parmi les hommes. Je veux être le premier au boulot. Les hommes je les emmerde tous, ce qu'ils disent n'a aucun sens. Il faut se donner entièrement à la chose en soi, ni au peuple, ni au Crédit Lyonnais, à personne.

   Bien affectueusement.                                                    

                                                                                    Louis F. Céline

 

 

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                                                                                                                      A Jaroslav ZAORALEK

                                                                                   [ Saint-Malo le 12 mai 1937. ]

             Cher Ami,

  Je ne suis pas surpris par la réaction de vos critiques : je les attendais. La clique juive soviétique et maçonne autrichienne au pouvoir chez vous ne pouvait manquer de baver de la sorte. Je ne crois pas d'ailleurs, même de bonne foi, qu'elle aurait compris. Le destin de la critique est de toujours immanquablement déconner. En réalité Mort à crédit est infiniment supérieur à tous égards au Voyage. C'est de l'expression directe, le Voyage était encore littéraire, c'est-à-dire merdeux, par plus d'un côté. La critique, comme le public, aime avant tout le faux, le simili, l'imposture. Il fuit l'authentique. On ne le changera pas.

  Soit. Je m'en fous après tout. Je veux bien partager le sort de tous les créateurs véritables. Je veux bien être seul contre tous. Il me plaît même parfaitement d'en arriver là. Toute approbation a quelque chose de dégradant et de vil.

  L'applaudissement fait le Singe. En ces temps parfaitement grégaires, il m'est agréable de chier sur n'importe quelle puissance. Quant à l'optimisme, vous me permettrez de rigoler ! Tous les charlatans sont optimistes ! Que seraient-ils sans bonne humeur ? Tout est là.

  Bien amicalement à vous

                                                                                                L. F. Céline

  Quant au photographique, rien de moins photo que Mort à crédit ! Il faut être complètement abruti comme un critique pour ne sentir aucune transposition.

 

 

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                                                                                                                           A Cillie AMBOR

                                                                                        [ le 21 février 1939. ]

                   Chère Cillie

   Voilà des nouvelles atroces ! Enfin vous voici bien loin de l'autre côté du monde. Avez-vous pu emporter un peu d'argent ? Vous allez évidemment refaire votre vie là-bas. Comment allez-vous travailler ? Au moment où vous recevrez cette lettre où en sera l'Europe ? Nous vivons sur un volcan.

   De mon côté mes petits drames ne sont rien comparés aux vôtres (pour le moment) mais cependant la tragédie est là...

  A la suite de mon attitude antisémitique j'ai perdu tous mes emplois (Clichy etc...) et je passe au Tribunal le 8 mars. Vous voyez que les juifs aussi persécutent... hélas ! Ici vous savez nous sommes littéralement envahis et de plus ils nous poussent ouvertement à la guerre. Je dois dire que toute la France est philosémite - sauf moi je crois - aussi évidemment j'ai perdu ! Enfin donnez-moi de vos nouvelles Cillie et bien affectueusement.

                                                                                                 Louis

 

 

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                                                                            A Robert BRASILLACH

                                                                                                       [ mars 1939. ]

             Cher ami

   Au lieu de s'empétrouiller dans des stratégies idéologiques dissimuliformes sournoisoïdes, que Je suis partout ne s'empare-t-il pas tout franchement de cette merveilleuse association que je trouve ce matin dans le journal du 12 mars ?

  N'est-ce pas magnifique cette viande française numérotée jusqu'au suprême abattis, même réformé ?

 - " Attention petit indigène, on a l'oeil sur votre beefsteak. "

   Tandis que des israélites immigrants nous somment d'accomplir nos devoirs d'illimités enculables ( si illimitément mobilisables ! )

  Quant à l'article de M. de Roux, n'est-il point un poème aussi de consentante chichitante enculomanie ?

 - Est-ce là toute l'expression de nos bayards nationaux intégraux ? ma doué ! Sauve qui peut !

  Relisez Le Droit de vivre. Quel mordant ! Quelle agressivité sans quartier ! Quel poil ! Quel racisme ! Quel venin ! Quelle constance rageuse ! Quels victorieux !

   Oh ! viandox Brasillach !

  Poignez ! ne pelotez pas !

                                                                                                    L. F. C.

 

 

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                                                                                A Lucien COMBELLE

                                                                                                         [ Mai ? 1939. ]

               Cher confrère -

   Il fut un temps, bien grotesque, où les " écrivains " se prenaient fort au sérieux... Je crois que Duhamel, les Montherlant, les deux Romains, sont encore de cet avis... Pitié à leurs cendres ! Il me semble... Voilà tout... Rien de plus... Je n'ai aucune lumière spéciale. Nous sommes tous narcisses. Mais quand on le sait... Plus d'excuses !

  Résoudre le problème juif ?

 C'est l'action qui s'en chargera. Pas les mots, les faits - l'inexorable entraînement du manège. Les juifs sont actuellement les maîtres de leur destin, nous ne comptons plus nous GOYES POUR RIEN. Joueront-ils bien ou de travers ? Tour est là. On ne nous demande rien. Que nous taire - par décrets et sans décrets. On ne demande pas aux domestiques de décider du sort des maîtres - ou bien c'est la révolution. Personne n'y songe. Ce sont eux qui jouent, pas nous. Il ne faut pas nous prendre pour des juges - nous sommes des condamnés.

  Bien cordialement

                                                                                                          L. F. Céline

 

 

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                                                                               A Robert BRASILLACH

                                                                                        [ Peu après le 21 juin 1939. ]

             mon cher Brasillach

  au moment où je suis sonné et comment ! (avec quels attendus féroces !) par la 12° (chambre), vous comprendrez que je trouve amer d'être traité de dégonfleur par les antisémites farceurs. Amer et con.

  Sans compter que depuis Bagatelles, viré de tous mes emplois médicaux je suis réduit exactement à rien matériellement. Ah ! si le quart vous advenait ! Quel Baratin ! quels numéros spéciaux !

  On ne lit pas les autres livres antisémites. Je suis le seul qui tire. Alors le Parquet se fout bien des autres. Mais moi, m'étendre est une joie savoureuse. Demandez à Lecache - à tu à toi avec les ministres. Le Conseil des ministres a discuté des heures s'il fallait m'emboîter... sous un prétexte ou sous un autre. Lecache est allé dix fois au Parquet pour ce qui me concerne. On dirait sans mégalomanie que le topo Daladier s'adressait à mes livres. Car enfin, qui est raciste et anti-anglais en France ?...

  Non les antisémites " boomerang " genre Maurras qui partent en flèche, font le tour de l'objet, et reviennent dociles auprès du maître... n'ayant rien effleuré du tout...

  Vous savez ce que Lénine pensait des mencheviks. Je pense de même exactement de vos mouvements. Vous attendez tous le coup de clairon pour plier bagages. Nous verrons ça. L'alibi classique, brissotin.

  Votre numéro sur la Révolution est admirable. Ceci dit, cruel miroir défraîchi. Combien textuel, impitoyable.

    Bien à vous

                                                                                                                   Destouches

 

 

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                                                                               A Charles LESCA

                                                                                   [ Le 22 juillet 1939. ]

               Cher Ami

    Je vous remercie très vivement de m'avoir passé mon intermède. Voilà je pense qui fixe bien net les choses - Un tout petit côté, burlesque mais tout de même piquant dans cette rocambolade, est de surprendre le Nizan donnant à l'entour des verges catoniennes ! Peuchère ! Lui l'effroyable intrait de sauvetage politicailleux s'il en fut ! L'échappé de bidets des Loges ! Lui, la personnification même de toutes les foirures, de toutes les loupailles, littéraires et politiques - Lui le plus décourageant insipide bulleux limaçon de tout l'élevage habitanon-gauchiste où pourtant Dieu sait s'ils inondent, submergent, et glairent à foison !

  Lui, honte du jour ! ce foutricule fade cuyde à présent nous enseigner ! Lui le dénué-né ! le calamiteux " douzième " roue à la traîne dans toutes les vases, merdeux dans toutes les ornières ! C'est lui ce pauvre abject qui se présente au pavois ! Bonne mère !

   Ce cancre est revenu, comme tous ceux de l'espèce " culture ", absolument insupportable des Soviets où il a séjourné si je ne me trompe fort longuement et salarié dans les bureaux communistes à Moscou - (des mois, voire des années) avec madame -

  Complaisances étrangères ? Ah qu'il est culotté d'oser parler ainsi de cordes dans une maison littéralement bourrée de pendus !

  Petit indice minuscule mais certain - J'ai vu de mes yeux vu à Léningrad un roman de Nizan - Le Cheval de Troie - en vente traduit en anglais par les éditions Russes en Russie ! - alors qu'il n'est certainement pas traduit en Angleterre et qu'il doit compter 200 lecteurs en France en tout ! et encore ! Service de presse !

  Ce n'est plus de la complaisance c'est de l'élevage artificiel que pratique l'URSS envers ses navrants rossignols propagandistes ! 

    Bien amicalement

                                                                                                                  L. F. Céline

 

 

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                                                                                                                               A Marie CANAVAGGIA

                                                                                  [ Tanger, le 7 janvier 1940. ]

                Chère Amie -

   Je n'ai pas de chance dans la marine de guerre. Le paquebot armé sur lequel je suis " officier médecin de 3° classe " est entré à toute vitesse le 5 à 22h10 dans un torpilleur anglais qui coula si vite qu'on le vit à peine - 22 morts - une déchirure à l'avant nous faisait sombrer aussi. En perdition de 22h30 à 9h le lendemain devant Gibraltar ! Et les blessés ! et le reste ! Quelle nuit ! Seul médecin à bord je n'ai pas arrêté de suturer tout en inclinant de plus en plus... Tout de même je ne regrette rien. A présent je crois avoir à peu près tout éprouvé.

  Mais le bateau est sérieusement compromis. On lui fait ici un calfat de fortune. Nous rentrons à Marseille clopin et clopant et sans doute là serons-nous débarqués... Marins malheureux ! Comme l'on voudrait s'amuser de toutes ces aventures si le fond n'était pas si désespérant.

  Enfin écrivez-moi à Marseille et je tremblais déjà pour mon manuscrit qui progresse gentiment aux répits de la mer traîtresse.

   Bien affectueusement

                                                                                              Louis Destouches

 

 

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                                                     Au directeur du Service de Santé de la préfecture de Seine-et-Oise

                                                                                     [ Le 23 juillet 1940. ]

                 Monsieur le Directeur

  C'est avec un peu d'étonnement que j'ai reçu (transmise) la note ci-jointe de la mairie de Sartrouville.

 1° Parce que je ne demeure pas à Sartrouville. Je n'ai aucun domicile à Sartrouville. Je demeure ici depuis 30 ans à Paris, 11 rue Marsollier.

 2° J'ai accepté d'assurer 2 heures par jour la consultation de médecine générale à Sartrouville depuis le mois de mars - en remplacement du Dr Dubroca (titulaire) médecin-chef du dispensaire municipal. Là se borne mon rôle.

 3° Il est exact d'autre part que j'ai accepté pour rendre service de faire partie du convoi d'évacuation de la mairie de Sartrouville - le 10 juin. A cet effet, j'ai quitté mon domicile à Paris pour me joindre avec la pompe à incendie, les archives, les vivres etc. sous la direction du Maire de Sartrouville à la colonne se dirigeant primitivement sur Pressigny-les-Pins. En cours de route, j'ai donné mes soins à d'innombrables blessés et malades. J'ai pu mettre en lieu sûr à travers les bombardements 2 enfants d'un mois - à Issoudun Cher. Enfin au cours d'un long et très pénible périple (Sartrouville-La Rochelle), j'ai réussi à sauver de la destruction l'ambulance de Sartrouville qui m'avait été confiée et que j'ai pu ramener à la mairie le 14 juillet.

  Observant que tout ceci ne m'a pas rapporté un sou de traitement (je suis payé à Sartrouville à la consultation), que tous les frais du voyage furent entièrement à ma charge et de ma poche du départ à l'arrivée, c'est-à-dire pendant cinq semaines, (essence, réparations etc.) j'ai perdu, confiés à d'autres camions, environ 5000 francs de bagages personnels, que j'ai entretenu pendant plusieurs semaines à mes frais personnels ambulance, chauffeur, malades en ambulance etc... sans avoir reçu au départ un sou de la mairie (à laquelle d'ailleurs je ne réclame rien).

 4° Enfin, je n'ai pas eu à " apprécier les raisons justifiant mon départ ". Je suis parti avec la colonne administrative d'évacuation commandée par le maire en personne - et pour rendre service - presque rien ne m'y obligeant, n'ayant aucune situation médicale ou administrative stable à Sartrouville.

  En bref, aucun avenir et aucun compte à rendre. Je ne regrette rien.

 Curieux de nature et si j'ose dire de vocation, j'ai été fort heureux de participer à une aventure qui ne doit se renouveler j'imagine que tous les 3 ou quatre siècles.

  Je vous prie de croire Monsieur le Directeur à l'assurance de mes sentiments très distingués.

                                                                                                            Dr Destouches

 

 

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                                                                     A Augustin TUSET, adressée de Paris sans date [juin 1941].

   Céline demande à son correspondant le nom du condamné à mort qu'ils ont vu ensemble dans sa cellule. Il s'agit de Noël L'Helgouarch, marin -pêcheur, condamné à mort par les Allemands le 15 avril 1941 pour le sabotage d'un câble téléphonique. (Voir le deuxième tome de la biographie de Céline par François Gibault, Céline 1932-1944).

 " ... vraiment tout ceci est monstrueux. A tout hasard je vais dire la dessus mon sentiment à M. Brinon sans espoir mais pour le fait... "

                                                              Lettre sans date, écrite après la condamnation de Noël L'Helgouarch [1941]

 " ... Il ne fait aucun doute que si ce malheureux avait été juif il s'en serait sorti... pourquoi ? parce que toute la juiverie aurait jeté feu et flammes à l'instant, et Mgr Duparc en tête et toute la chrétienté du Finistère et d'ailleurs aurait pris fait et cause à temps pour le petit juif... on aurait tellement emmerdé les frits qu'ils auraient sacrifié leur proie. Mais un aryen ! tout le monde se fout... la preuve c'est que l'on était prêt à en sacrifier encore 2 ou 3 millions pour vaincre l'Allemagne, recommencer un 14 - qui est prêt à sacrifier 3 millions de juifs ? personne !

 Et surtout pas le pape ! l'aryen est un chien - bon à faire crever. Tous les juifs sont de cet avis, et les aryens aussi - dans le cas qui nous concerne - imaginez un juif ! " la Bretagne " entre en transe, Rome, les loges, Vichy, New York, le monde. C'est le crime des crimes !... " (BC n°227, janvier 2002). 

 

 

 

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                                                                       A Jean COCTEAU

                                                                               [ Novembre-décembre 1941. ]

                 Mon cher Confrère,

   Je n'ai jamais été mêlé de près ou de loin à cette affaire des Enfants Terribles. Affaire que je n'aimais pas beaucoup dès le début parce que les cabales moralisatrices me dégoûtent en principe. Je l'ai écrit à Laubreaux, textuellement. Mais d'autre part vous connaissez ma position - raciale si j'ose dire. Et s'il s'agit de racisme, alors je suis contre le Juif ou n'importe qui aveuglément. Raison de Race surpasse chez moi Raison d'Art ou Raison d'Amitié. Etes-vous mon cher Cocteau antisémite ? tout est là. Si vous l'êtes nom de dieu hurlez-le et cela se saura. Pas qu'un petit peu. Mais raciste aryen tout comme les Juifs sont avant tout à travers les balivernes d'art AVANT TOUT racistes militants juifs écraseurs et détrousseurs et tyrans d'aryens (viande de bétail). 

   Je suis vous le savez un élémentaire. Je refuse de m'engager dans les arabesques et les distinguos (juifs) les pièges dialectiques juifs. Je parle en condamné à mort. Etes-vous avec ou contre ceux qui vont me pendre ? Etes-vous d'avis que les Juifs sont responsables de la guerre et de l'état dans lequel nous nous trouvons ? Ceci est plus grave qu'une manifestation d'art, ceci nous intéresse aussi éternellement. Je hais les tièdes. " Je ne fais pas de politique. " La belle histoire ! le puant alibi ! Tout est politique ! Etes-vous ami de Lecache ? Alors vous ne pouvez être le mien cher Cocteau. J'écrivais à Laubreaux.

 Cocteau décadent ? Tant pis. Cocteau licaïste : Liquidé !

  Il faut vous mettre à ma place cher Cocteau. Les Juifs ne font pas joujou avec moi. " They mean business... " L'affaire Bernstein est sur un autre plan. Elle ne touche pas le fond, le choix. Qui vive ? Cocteau. Qui vive ? Le fanatisme juif est total et nous condamne à une mort d'espèce atroce, personnellement et poétiquement totale.  

  Que lui opposez-vous Cocteau à ce fanatisme juif ? A cette entreprise de toutes les minutes et sur tous les plans ? Pourvu que vos intérêts et votre renommée ne souffrent pas. Exactement rien. Comme tous, hélas, tous !

  Souffrez Cocteau que je refuse d'examiner les choses avec la même diversité que vous, la même élégance.  Adhérez, créez cher Poète un mythe aryen ! Voilà ce que l'on vous demande et merde pour les parents terribles et leurs enfants, et toutes les familles ! Ne perdez pas une minute ! Et tout sera dit.

                                                                                                      LF Céline

 

 

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                                                                         A Jean LUCHAIRE

                                                                                                    [ 1941 ]

          Mon cher Confrère. Vous oubliez toujours les juifs dans vos très brillants articles ! C'est une maladie chez vous, l'oubli des juifs. Ne cherchez pas plus longtemps ! Pourquoi toute cette casuistique ?

  Les Juifs sont plus puissants, Worms Rotschild plus évidents en zone libre qu'ici ! Voilà tout ! Leur tyrannie mieux affirmée - leur rage raciste mieux obéie par les légionnaires - la Légion vous le savez bien est à présent complètement juive -

   A vous

                                                                                                LF Céline

 

 

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                                                                     A Augustin TUSET

                                                                                      Copenhague, 25 mai [1947]

   " ... si je ne me défendais pas si je n'ouvrais pas ma grosse gueule, je serais tout recouvert de tous les 300 000 crimes. L'autre jour est revenu un danseur danois ici. Il avait entendu à Paris... que l'on me reprochait... d'avoir livré aux allemands les plans ultra secrets de la ligne Maginot... ainsi vont les langues !... pourquoi moi, crèverai-je et que M. Montherlant magnifique auteur des solstices de juin resplendit-il en plein Paris - collaborateur cent fois connu et Chadourne et la Varende - et Jules Romains et Claudel l'auteur de l'éloge à Pétain et Fabre-Luce et Bordeaux et Salmon et Mac Orlan j'en aurai pour plusieurs semaines à me dégorger la patate. Saudemont lui-même s'en tire bien agréablement... et Bouchon le grand illustrateur décorateur des expositions anti juives homme de main de Darlan N° 1... je commence à bouillir.

  Et bientôt j'éclaterai je l'écris à Bécart cet autre lope... on ne leur a pas enlevé à eux tout ! santé, patrie, sous, moyens d'existence... si l'on me fait rentrer on va rire. Je te réponds que j'en ai marre de la solitude. Ce n'est pas un c'est mille qui descendront au trou avec moi et je te garantis pour le compte ! des bonnes histoires j'en connais des myriades à secouer de rigolade 100 parquets pendant un siècle... je ne crois pas à la prochaine guerre et je crois à la lâcheté des hommes. On ne trouve pas souvent d'aussi énormes cons qu'Hitler prêts à déclencher une guerre à 1 contre 100 !... comme j'en ai bouffé des vipères, des couleuvres, des crapauds. Des merdes ! j'en dégueule jour et nuit - je régurgite - j'en ai assez... c'est me sauver qu'il faut me faire ôter mon mandat inique article 75 ! et me redimer, blanchir, reblasonner.

  Comme M. Thorez, M. Chadourne, M. Montherlant Giono Guitry et consort... je ne me considère pas comme un traître mais comme un patriote, un ultra, un janséniste du patriotisme, un excessif patriote - je n'ai pas voulu que le sang français coule c'est tout... il ne faut pas me confondre avec Brasillach non plus. Gentil employé de la prop[agande] Allemande. Rien de commun. Chez moi tout est net tout est gratuit. Tout est martyr. Seulement cela suffit... je n'insiste pas sur les trahisons, canailleries, vols éhontés dont nos amis et amies nous ont et nous régalent encore quotidiennement... "
  (BC , fév. 2002).

 

 

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                                                                   A MASSIN,

                                                                                                   Le 28 nov. [1947]

     Tout d'abord un service, ne donnez sous aucun prétexte mon adresse ici à personne (1). Au moindre scandale je serais chassé de mon grabat pour échouer où ?... Qu'ils écrivent à mon avocat (2) ces zélés, tant qu'ils voudront ! Je dois avoir en effet beaucoup d'amis, inconnus, d'admirateurs comme on dit. J'aurais cultivé cette guitare comme j'aurais pu en tirer de fort beaux accents comme Montherlant, Romains, Duhamel et patati. Ce genre de putanat est facile. Il m'a toujours bien dégoûté et puis je n'avais pas le temps. Aujourd'hui bien sûr on m'a fait payer ce mépris... Tant pis !

  Sartre est un vilain petit merle. Il m'aurait fait des pompiers, avalé le foutre pour que je consente à aller me montrer à ses pièces sous la botte... Il me faisait relancer par Dullin, Denoël, etc. (3) Encore une fois je n'avais pas le temps. Je crois la petite ordure qu'il m'a même dédié un de ses livres, autrefois... Ce petit Jacques n'est d'ailleurs pas doué, c'est un petit raté de tout, et il le restera. Kif Miller. Ces gens-là n'ont pas de songe. Ils se forcent, ils se branlent à blanc, et dans le vide. Ils prennent l'extravagance et le saugrenu pour du fantastique, la crudité pour du caractère - et ce n'est pas si facile.

  Quant à l'existentialisme il l'a volé à un vieux philosophe nazi (une fois ceux-ci sans réplique) comme il est devenu philosémite après le départ des Allemands.

  Pour Samedi Soir bien sûr ce sont des malfaiteurs. Le genre américain certes mais les mêmes en Amérique ont une frousse horrible des procès en diffamation, ruineux. Ceux-ci, de France, ne s'adressent jamais qu'aux désarmés absolus, aux vaincus. Ils sont donc 100 fois plus chacals que les Américains du même bord, 1000 fois plus lâches. La petite merde post-scriptale de La Rue est dans ce ton (4). Laisser planer le doute... La chose est entendue...  etc. Ponce Pilate doucereusement, en toute équité, et toute délicate hypocrisie, pourvoyeuse des poteaux... La notoriété publique... " La certaine façon d'être " de Vichyinski... la meilleure technique de l'assassinat sans responsabilité directe... Pfoui ! Quelle merde ! Peu pour me surprendre vous le comprenez... La Légende dorée édifiée dans le sang par les Gens nantis est que je dois être un Judas, un traître et eux les anges - le Bien et le mal - À la moindre faille, doute, mise en question de cette gigantesque mystification... tout s'écroule, c'est la Panique, et ils perdent leur Situâtion le Déesse des Français la SITUÂÂTION - alors vous pensez ! Les moins cons sont parfaitement fixés, donc les plus crapules, mais que la Légende dure autant que leur vie, c'est tout ce qu'ils demandent. Comfort first ! Ils étrangleraient la Terre pour garder leur SITUÂÂTION ! - J'ai bonne mine.

  Certes donnez à Combat ou Carrefour tout ce que vous penserez bon. La Légende voudrait aussi que je vive dans un Palais, gavé, pourri des voluptés nazies... etc. Vous savez ce que Voltaire a écrit : " Il est triste que souvent, pour être bon patriote, on soit l'ennemi du reste des hommes. " Je n'ai point tant d'ambition.

  On parle aussi pudiquement et hypocritement de mon " internement " de ma " maladie nerveuse ". Il s'est agi bel et bien de réclusion, cellule, pas internement du tout - et en fait de maladie nerveuse, de parfaite pellagre, de rhumatisme généralisé ! de 45 kilos perdus, et des suites d'une invalidité de guerre 75/100 - Il faut minimiser les épreuves du dégueulasse on risquerait de foutre en l'air aussi la Légende ! l'essentielle Légende ! À Saint-Malo où j'occupais un petit local les policiers sont venus demander à la concierge, à la Libération, s'il ne m'arrivait pas parfois de leur parler allemand ? Tellement ils me présumaient subjugué, ensorcelé, vendu jusqu'aux moelles... Je vous le dis : le délire des haines partisanes est le seul élément politique du monde actuel.

  Miller a été pressenti pour signer une pétition en ma faveur, il me doit tout, il s'y est refusé. Ceci le juge à mes yeux. Amen ! (5).

 Je suis naturellement, moralement, très indulgent et très bienveillant, lorsque vous me voyez jeter feu et flammes, soyez assuré que ce n'est jamais en vain, c'est que j'ai mille bonnes preuves et raisons et si je m'exécute c'est sans aucun plaisir. Je suis comme les boxeurs professionnels, je n'aime pas me battre. Perte de temps. J'ai mille fois mieux à faire.

  Pour la France mon Dieu !... Journaux, radios me hurlent qu'elle s'est transformée en deux camps - le camp russe et le camp américain - qui s'apprêtent à s'entr'égorger... Peut-on rêver tomber plus bas, être plus complètement asservie, occupée, ridicule ? Ce n'est pas mon affaire bien sûr, c'est l'affaire des Princes de la politique. Et Dieu sait si je ne suis pas Prince...

  Soyez assuré que vous m'êtes très sympathique. Ne vous faites point maltraiter à rompre des lances pour ma cause. Le Français gavé de bassesse ne croit plus que ce qui est bas - vil - déshonorant. Il a le goût irrémédiable du faux, fausse vertu, faux patriotisme, faux honneur, fausse intelligence, fausses guerres, fausses grèves et heureusement je crois fausse révolution...

  C'est un velléitaire définitif. On a trop décimé son cheptel, trop tué de mâles - remplacés par des équivoques, des planqués, des larves... ou des fous...

  Votre bien amical [ement] 

                                                                                                                                   L. - F Céline

 (1) Kronprincessegade 8, à Copenhague.

 (2) Thorvald Mikkelsen (1885-1962).

 (3) Accusation maintes fois formulées par Céline, notamment dans A l'agité du bocal écrit précisément durant ce mois de novembre 1947. Sartre n'a pas dédié un de ses livres à Céline mais retenu une phrase de L'Eglise en épigraphe de La Nausée.

 (4) Allusion au post-scriptum publié dans La Rue, à la suite de l'entretien avec Massin. Dans son livre Massin révèle que ce post-scriptum, publié à son insu, est dû à Michel Hincker.

 (5) Henry Miller marqua-t-il une hésitation avant de signer cette année-là un " Appel en faveur de Louis-Ferdinand Céline " ? Curieux car ce fut l'un des sûrs soutiens de Céline, jusqu'à son procès en 1951. (BC n° 168, sept. 1996).

 

 

 

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                                                                                                             AU " DROIT DE VIVRE "

                                                                                                             Le 20-2 [ 1948. ]

                    Monsieur,

   Résistant ? en effet et autrement que vous merdeux mouchard lâche ! Le 20 nov 1914 - médaillé militaire - mutilé de guerre 75 % - engagé volontaire non aux délateurs bourriques mais aux Cuirassiers, et rengagé encore dans la marine en 39 ! malgré tout ! argousins ! 

  Autre chose... où avez-vous lu, pourriture, une ligne de moi réclamant " l'assassinat massif des juifs " ??? - Saloperie ! J'ai demandé à ce que les juifs, certains juifs, ne nous poussent pas au massacre, à la catastrophe, à l'abattoir ! C'est bien différent, C'EST TOUT LE CONTRAIRE, et vous le savez. C'est vous qui poussez, qui avez toujours poussé les juifs, vos frères à l'abattoir, par vos provocations, les criminels sont chez vous, les traîtres sont chez vous.

   Et vous le savez aussi, parfaitement - dans votre hystérie - dans votre mensonge - dans votre jalousie.

                                                                                                                 L. F. Céline

 

 

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                                                                                    A Léon ARON

                                                                                                Le 5 Nov [embre 1948. ]

               Monsieur,

   Il est toujours extrêmement facile de couvrir d'ordures un homme hors d'état de se défendre.

  On répugnait à ce procédé de mon temps, il fait fortune aujourd'hui. On ne tirait pas non plus " dans le dos " mais en face, tout a changé.

   Vous avez la bonne fortune semble-t-il de posséder deux nationalités, la française et la palestinienne, alors que ne saurez-vous là-bas faire preuve de vaillance ? Que restez-vous au bord de l'Héroïsme à me donner à moi des leçons ? des leçons à un engagé volontaire des deux guerres, mutilé 75 p. 100, médaille militaire dès novembre 1914 ?

  Vous êtes grotesque. Je n'ai pas deux nationalités, moi, monsieur, je n'ai que deux guerres ! Vous me trouvez pornographe ? Vous êtes idiot.

  Vous êtes sans doute français de trop fraîche date pour connaître Rabelais, créateur des lettres françaises... Ecrivait-il en vermicelle ? Lisez-le vous me le direz.

   Tout demeure à vous apprendre.

                                                                                                         LF Céline

 

 

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                                                                                A Raoul NORDLING

                                                                                               Le 18 mars 1949

                 Monsieur le Consul Général,

    Ce n'est pas d'hier que nous avons envers vous une vive dette de gratitude ! Au surplus vous vous donnez le mal de venir nous voir dans notre recoin de Baltique ! Nous sommes infiniment touchés croyez-le. Ce n'est pas tout. Vous voici parachevant votre œuvre, en train d'essayer de me rendre un peu de vie... je vous laisse maître bien sûr de la manœuvre. Votre stratégie, votre autorité incomparable, votre virtuosité confondent le profane - J'ai retenu cependant que vous seriez heureux de me voir grouper autour de moi quelques amis français. J'ai médité dans ce sens, estimé, essayé de démêler ce qui serait, ceux qui seraient susceptibles de d'apporter un concours discret TRES discret à la réalisation d'une petite opération amicale de ce genre.   

  Des amis et nombreux je peux facilement en battre le rappel - Mon nom est encore " publicitaire " et la publicité vous le savez attire irrésistiblement l'homme et la femme modernes... Seulement avant le 1er juin (fermeture en principe des Cours de Justice) il me semble que beaucoup de discrétion est de mise. Aussi ne ferai-je pas appel pour le moment aux amis clamoreux.

  J'ai proposé seulement à quelques-uns d'entre eux de vous apporter le témoignage de l'amitié qu'ils me portent. Il se pourrait aussi que vous ayez des nouvelles à ce propos -

 de Marie Bell - Comédie Française - ancienne (et toujours jeune amie) Résistante, qui ne tient certainement pas à faire du bruit et cependant...

 de Daragnès bien sûr.

 de Dubuffet le peintre.

 d'Albert Paraz l'écrivain.

 de Marcel Aymé l'écrivain.

 de mon excellent ami le Colonel médecin Dr Camus diplômé de l'Ecole de guerre ex-officier d'Etat-major de Weygand -

 de CROUZIER fils de l'ancien ambassadeur de France à Vienne -

 de MARTEAU bibliophile, propriétaire des cartes à jouer Grimaud, un de mes très grands partisans et votre voisin 66 bis Bd Maurice Barrès à Neuilly / Seine.

  Je m'arrêterai à ces noms, issus de milieux très divers, pour le moment. Il me sera facile de solliciter d'autres amitiés faibles ou fortes... Mais je ne veux point tout d'abord vous embarrasser, ensuite provoquer des réactions de presse ou de salons fâcheuses avant le 1er juin...

  Ensuite...

 Votre bien amical et reconnaissant Ferd et tout le souvenir de ma femme Lucette ! (née Rue St-Louis-en-l'Ile)

                                                                                                                       LF Céline

  C'est exact, vous êtes plus Montmartrois que moi - ma jeunesse tout entière s'est passée dans le Passage Choiseul 2° Arrt d'où je suis parti à 18 ans pour le 12° Cuirassier - Mais je vais me rattraper car mon prochain roman Féerie pour une autre fois se passe entièrement à Montmartre et précisément une des principales scènes : chez Manières, où nom de Dieu je vous campe de façon discrète et flatteuse bien sûr, mais vous y serez.

  Vous en serez, attablé chez Manières. A ce propos il y avait toujours avec le groupe des habitués dessinateurs aux tables le long du mur une très jeune femme (à faux sourcils) un peu " asiate " de figure " modèle " je pense et en tout cas " compagne " d'un de ces messieurs - qui me tapait joliment dans l'oeil - Roulée ! une déesse ! Le flirt n'est pas dans mes façons - mais on se faisait quand même des sourires. Qu'a-t-elle pu devenir ? Ca me tracasse encore - Je vous en parlerai. Vous l'identifierez facilement sûrement grand-mère à l'heure actuelle !

  J'ai mes fantômes.

                                                                                                                      LF Céline

 

 

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                                                                               A Charles DESHAYES

                                                                                          Le 21 [ avril 1949. ]

                  Mon cher Ami,

  Attention aux exactitudes.

 Guitry n'a jamais été sali par la France au Travail ni par La Gerbe - il en était au contraire chéri. Le lieutenant Weber qui avait la haute main sur les Théâtres avait coutume de répondre à ses ennemis. Mais voyons quand on a le talent de Guitry on n'est pas juif !

  Il a été accusé de Juiverie par le Pilori et le journaliste du Pilori a été sommé par la Propagandastaffel d'aller présenter ses excuses à Guitry. Guitry fit d'ailleurs sur cette circonstance - entrevue avec son diffamateur - un article triomphant dans la France au Travail d'Oltromare, Guitry fut l'un des premiers collaborateurs de la France au Travail. Blablabla du reste ! assidu de l'ambassade etc., adulé par les Abetz ! Le bonhomme s'est parfaitement compromis - totalement - comme Lifar. Passer maintenant pour un résistant - galéjade... même pas double jeteux ! Non soyons précis, Deshayes.

  Ceci dit son livre est excellent et je l'applaudis des 2 mains ! Mais si l'on vient aux précisions - je deviens plus chatouilleux...

 Sur les origines juives ou pas de Guitry, le doute subsiste. Il s'est vanté d'origines nobiliaires sous l'Occupation, de sang bleu. J'ai entendu mille choses. Rien de précis. Il a été fabriqué par les Bernheim marchands de tableaux. Cela est sûr il est leur enfant adoptif. (Il n'en parle plus guère).

  Ils lui ont monté son théâtre. Les écrits de Guitry sont tendancieux, lacunaires. Eh foutre il a bien raison ! Il se défend comme il peut. Parfaitement. Mais dire que la fille est vierge ! Non ! Elle a été baisée - enculée pépère. On régularise ! foutre tant mieux ! Je veux bien même être témoin. La belle histoire ! La Comédie continue.

  Votre bien amical

                                                                                                                            LFC

 

 

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                                                                                                                                      A Pierre MONNIER

                                                                                             Le 6 [ août 1949 ]

                        Mon cher Monnier

  Je vous croyais en vacances ! Foutre NON ! Naud n'a rien à faire avec mon contrat des Denoël - ni avec Voiliers à ma connaissance. S'il l'encule c'est son affaire et non la MIENNE. Naud ne m'a servi absolument à RIEN ni en Cours, ni ailleurs - Il n'a rien fait il ne fait rien - C'est un mondain - Peau de zébi. Je le compte pour du beurre. Sauf bien sûr que je le révère ! Résistant, etc. Très entre nous. Tixier m'a eu l'air beaucoup plus actif mais le boulot intime le " vrai de vrai " c'est moi qui le fait - en direct. Je ne vous en dis pas plus - Quand il faut dérouiller c'est moi qui dérouille - personne d'autre. Tout le reste c'est Causeurs et Cie. Vous me COMPRENEZ... pas de dessins - Vous n'allez pas non plus vous laisser bluffer par le minable sous-gang Voilier Denoël - J'espère que vous avez bien gardé - le jugement Véry ! Je vais vous envoyer sous peu la photo de ma rupture de contrat et l'accusé de réception d'ycelui par l'Administrateur Denoël-

  Au chiot et presto ! ces salades pourries sur mon intérêt, dans mon intérêt et patata -

 Je suis un très grand garçon qui sort tout seul et sans nourrice. Besoin de personne pour savoir que j'ai été atrocement ignoblement dépouillé outragé, spolié, frustré, dégueulassé par le gang Voilier Denoël - et que je ne veux plus les voir marre, chantage et c'est tout - Il faudra sauter au clandestin si les choses s'aigrissent, et s'éditer en Chine s'il le faut !

  Il faut être agiles prompts et résolus - Passer au maquis littéraire. Les Denoël doivent tenter une ultime manoeuvre de marchandage. Ils sont à court d'espèces. Tout ceci contribue gentiment à la vente mais à la vente acrobatique. Ne me parlez plus de Naud - ni de tous ces soi-disant compromis, connivences etc -Il n'y en a pas. Il y a moi et qui dit MERDE. J'ai trop souffert je souffre trop de misère et d'humiliation pour chipoter, connivencer babiller, peloter etc - Du flouze et recta. Je ne vis pas dans le monde des gens en place qui ont des situations à ménager. Moi on m'a arraché de tout, volé tout - le plus iniquement du monde. Donc plus de mondanités, socialités !

 Du DUR.

 Il faudrait que Frémanger passe vite chez Daragnès pour le nécessaire -

 La Police est pourrie idem Parquet. Si les Voiliers pouvaient raquer ils obtiendraient bien sûr beaucoup de saisies etc. mais le flouze pèche ! Ils n'iront pas loin en procédure. Ils l'ont dans le cul ! à vous d'enfoncer ! et gî !

   Bien votre ami.

                                                                                                                                       LFC

 

 

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                                                                                  A Albert PARAZ

                                                                                       Le 10 [ septembre 1949 ]

         Mon cher Vieux -

  (...) Dieu sait merde s'il m'insupporte de parler de mes livres !... Mais puisqu'on en cause...

  Ils ressemblent plutôt aux chansons de geste. Ils sont chansons nullement PROSE - absolument rien à faire avec le naturalisme français le romantisme ou le néo naturalisme américain. Ils sont en tension transposée musicale extrême du premier mot au dernier sur 700 pages -, pas une syllabe au hasard. Je me sers du langage parlé, je le recompose pour mon besoin - mais je le force en un rythme de chanson - Je demeure toujours en danse. Je ne marche pas. Ce que faisait Bruant en couplets je le fais en simili prose et sur 700 pages -

  Un jour je me suis dit : pour aller de la gare Montparnasse à La Villette, il y a deux moyens ou bien y aller par les rues les trottoirs se faire rebuter bahuter retenir culbuter par les voitures, les cycles, les passants s'emmerder dans les encombrements ou s'y rendre directement par le métro - sous terre c'est-à-dire - ainsi du jaspinage, grifouillage - se perdre dans les analyses, incidentes, périodes et patati, analyses surfines, repentirs et patata ou foncer dans l'intimité des choses tout droit - Mais gaffe ! sans perdre les rails, sans dérailler. Ces rails-là crées par l'auteur - le rythme c'est lui qui le trouve - la certitude , la boussole des ténèbres - et yop petit ! Tout ça n'a rien à voir avec Faulkner, Zola, Machinchouet ! s'enfoncer comme dans le métro dans le dedans du sujet - sans doute un peu ce qu'ont fait les peintres impressionnistes.

  On t'embrasse

   et t'aime

                                                                                                                        LFC

  Je viens de perdre Lucien Descaves ! Cela m'afflige dur. Je l'effrayais. Il m'avait renié une dizaine de fois. Mais il avait été admirable au Goncourt.

 

 

                                                                                             ********************

 

 

                                                                                A Jean-Louis TIXIER-VIGNANCOUR

                                                                                            Le 17 sept [embre 1949. ]

            Mon cher Ami -

  Je vous écris. Naud ne répond jamais à mes lettres, et n'a sans doute même pas le temps de les lire ! J'ai lu la vôtre, d'hier. J'ai retenu les mots " commissaire du gouvernement " c'est donc que l'affaire va passer bientôt, que l'on va me faire le coup du lapin. Bon. Mais ce n'est pas fini. Je me suis tenu jusqu'ici bien gentil et amène - mais dès que condamné je lâche ma grosse artillerie. Et alors je vous assure que ce sera internationalement et en France un joli badaboum ! J'ai des offres - partout - en France dans Samedi Soir, dans Dimanche Soir.  Il veut de la célébrité Mr le commissaire du gouvernement ? Il l'aura ! Je lui garantis, sur facture, une renommée mondiale et son passage dans l'histoire ! me juger est une honte, infamie absolue. Je suis parti ? la belle histoire ! A Paris on m'égorgeait. Qui va sérieusement le nier ? je rejoignais les 100 000 assassinés purifiés ! Où pouvais-je aller ? Je voulais aller au Danemark - on m'a retenu en Allemagne - Et après ? Ils étaient 2 000 000 de Français retenus en Allemagne !

  Si l'on m'avait abattu en août 1944, on aurait beau jeu à présent pour me couvrir de toutes les accusations du monde ! toutes les ordures ! Qui répondrait ? Je n'ai jamais rien demandé à personne et on m'a tout pris. Que reste-t-il à me prendre ? Je suis le patriote absolu le persécuté absolu - On voudrait me voir à Fresnes - Ah qu'on y fasse entrer d'abord Paul Morand, 2 fois ambassadeur de Pétain ! et Bergery, grand ami de l'Ambassade - et Chautemps président du Conseil, condamné pour trahison - tous ces messieurs se promènent au large - le plus gentiment du monde ! Paul Morand n'est même pas inculpé ! Montherlant publiait dans les cahiers franco-allemands - Marcel Aymé dans Je suis Partout - Mercadier l'éditeur de La France à Sigmaringen est en pleine liberté à Paris - et mille autres ! Justice veut dire d'abord équité - AVANT TOUT. Je ferai publier le réquisitoire de Mr le Commissaire dans un journal français à énorme tirage, et ma défense en même temps - intégralement - Si Mr le commissaire n'a jamais senti une plume lui passer à travers le corps il aura cette faveur. Et je ferai tout reproduire par toute la presse américaine. Ce sera le bouquet, l'apothéose de la jolie réputation des cours civiles et civiques ! Une autre victoire pour la France - Mr le commissaire veut se mesurer ? Je suis à ses ordres - on n'a pas fini de rigoler. Je lui assure que je sais moi faire rire - et jaune. Tous ces foutriquets prennent des libertés jusqu'au coup d'arrêt. Je me charge du coup d'arrêt - et il sera atroce. Je le préviens et le gouvernement peut être prévenu aussi. L'affaire dépassera l'importance de ce petit aboyeur de prétoire -

  c'est clair c'est net.

  Si Hitler avait gagné, tous ceux qui m'accablent aujourd'hui y compris la cour y compris le commissaire seraient admirablement bien avec Hitler. Un seul français serait je crois mal avec lui et ce serait moi. Qu'on ne me parle pas de l'affaire Rouquès - ce pourri foireux pendant toute l'occupation allemande, (craignant tant pour ses fesses) redoutant que je lui fasse payer son procès en diffamation (avocat de l'Humanité) allait partout relançant mes amis pour qu'ils me fassent bien comprendre qu'il n'avait intenté de procès que contraint et forcé, qu'il me tenait en haute estime etc... Comme si je m'étais soucié de Rouquès ! comme si j'avais été assez bête (si j'imaginais me venger) d'aller le signaler dans une préface ! Et foutre ! suis-je assez con ? Je n'avais qu'à le liquider moi-même par une nuit sans lune !

  Qui m'aurait rien dit ? Et cent autres qui m'emmerdent et relancent à présent ! Mon cher ami prévenez Naud je vous prie et le commissaire et le Pape que si l'on me joue cet ultime tour de cochon l'affaire va sortir du domaine où politiciens, aboyeurs de Cours etc. jouent les vedettes et les héros, pour entrer dans un monde où ce ne sont plus que de pauvres roquets aphones aux culs gercés - Nous allons toucher à la grande presse, à la grande plume et au grand public, en France et à l'étranger - tout est prêt. Le monde entier sera enchanté de suivre cette nouvelle affaire Dreyfus (à l'envers !) qu'on se le dise !

  bien amical et reconnaissant

                                                                                                                   L F Céline

 

 

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                                                                                                                                   A  Albert NAUD

                                                                                           Le 24 [ décembre 1950 ]

                      Mon cher Maître et Ami

    Je vous souhaite un bon petit Noël et une sacrée bonne année 51 ! mais je ne sais pas si vous n'êtes pas au Canada ? J'ai reçu une carte de là-bas signée Naud ? un farceur ? Etes-vous allé vous retenir une Cabane au Canada ? Vous auriez raison ! La prochaine Capitale de la France  Résistante sera sûrement Montréal.

  De Mayer nib ! Que lui avez-vous dit ? Rien de moi certainement ! J'ai dû à la SDN. assister à de nombreuses (très) entrevues très privées entre très importantes personnes. Jamais elles ne parlaient du sujet qui soi-disant les réunissait ! Jamais ! Vulgarités. Elles se trouvaient si merveilleuses si fascinantes passionnantes l'une l'autre qu'au diable le soi-disant sujet de l'entretien ! C'est classique ! Fatal !

   En médecine, c'est pareil ! On rigole encore de la consultation auprès d'un très riche malade de Widal et Laubry aux Champs-Elysées. Ils s'étaient retirés dans un petit salon soi-disant pour se " concerter ". La famille du riche malade (dans l'angoisse) regarda par le trou de la serrure. Que vit-elle ? Laubry et Widal qui s'examinaient mutuellement l'anus ! inquiets qu'ils étaient de certains petits bobos par là !

   Je ne veux pas dire que vous vous comportâtes pareillement avec le Rabbin ! Diantre ! Non ! mais le résultat semble kif ! Ah quand les personnes éminentes se rencontrent elles ne parlent guère que d'elles-mêmes ! Et qu'elles se trouvent donc ravissantes !

 C'est de l'ivresse. Ah ce Naud ! Ah ce Mayer ! Et que ça fait 20 dîners éblouissants ! en sus ! Et merde pour le Céline ! satané sale con !

  Et que vous avez bien raison !

 Je vous en raconterai moi des drôles si on se voyait ! Je vous admire et vous respecte et vous aime cher Maître et Ami -

                                                                                                                  L F Céline

 

 

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                                                                                   A Albert PARAZ  

                                                                                         Le 18 [ mai 1951. ]

              Mon Vieux

  Il est toujours impossible de faire convenir aux gens qu'ils se sont conduits à mon égard en abominable dégueulasses persécuteurs ! Es-tu surpris ? On m'aurait pendu en 44 ça aurait arrangé tout le monde - ! On aurait recouvert mon cadavre de tombereaux  - de merde de calomnies et tout serait dit ! Mais je suis vivant. Il faut s'expliquer - on ergote et on ment. On s'embarbouille dans les conneries allusions mystères etc... On s'en fout plein les doigts. Je suis AMNISTIE et c'est tout. Le premier que je prends aux allusions je lui fous un procès et c'est tout.

  Quel est cet article de l'Aurore ? Je voudrais bien le lire. Je le passerai à Tixier - Les juifs que j'ai fait foutre à la porte du dispensaire de Clichy ? Ah l'effronterie c'est tout le contraire qui s'est passé. J'ai été viré par la municipalité communiste aux ordres du Dr Ichok émigré juif lituanien - et pas du tout médecin : imposteur - mais dont le frère était rédacteur à la Pravda, imposé à Clichy par la Pravda. Ichok dès son arrivée nommé médecin chef - (comme celui de l'Assemblée Nationale ! ) en dépit de toutes les Lois françaises - parlant à peine français - a entrepris de virer tout ce qui n'était pas juif  - et surtout moi ! qui avait monté le dispensaire, et qui représentait le Français Français haï ! - Il y est parvenu. J'ai dû donner ma démission -

   Mais le plus chouette est que cet Ichok était en même temps espion de 3 ou 4 nations étrangères ! - Et au début de la guerre le Gouverneur militaire de Paris le (Général Héring je crois ) a tout de même fouillé dans son dossier. Ichok s'est réfugié chez Salomon Grumbach le sénateur - mais même Grumbach ne pouvait plus le couvrir ! Il s'est suicidé au cyanure, dans le café du Palais de Justice - avant de se rendre à la convocation du Juge d'Instruction ! Ah Parlez-moi de Clichy qu'on rigole ! des Juifs que j'ai fait expulser ! Saloperies !

   Mon Dossier vide pas vide ! Après 7 ans d'Instructions enragées Mayer Moch Lecache ces archi cons peuvent penser  que s'il n'avait pas été plus que vide !...

  On oublie, heureusement cela est stipulé dans mon amnistie que j'ai fait 1 an 1/2 de réclusion au Danemark moi condamné à un an merde ! Les A.D. sont des mégottiers imbéciles. Ils veulent faire fortune à la carambouille. C'est tout. Monnier en a fini avec eux - et moi itou -

  Veux-tu envoyer à France-Dimanche cette rectification ?

   Mille baisers !     

                                                                                                                          LFC

                                                                                         Le 18 [ mai 1951. ]

   Le plus chouette c'est que le faux Dr Ichok lituanien juif communiste de Clichy m'a déclaré une guerre à mort le jour où j'ai refusé de collaborer à la Pravda de Moscou - !

   Il a fait entrer 12 médecins juifs au dispensaire de Clichy - ! Une " synagogue " comme disait l'un d'eux le Dr Schiff - psychiatre.


 

 

                                                                                              ********************


 

 

                                                                                  A Roger NIMIER

                                                                                                  Le 19/1 [ 1955. ]

                  Mon cher Hussard, Néo-Barbusse, Géant des Lettres, Commissaire des Peuples, Idole du nouveau   Fémina, Ami,

     Le hic , voyez-vous, la douleur, est qu'avec l'hiver et le froid, je ne tiens plus du tout debout... J'avoue ! Votre invitation me touche, ma femme me traite de tous les noms parce que j'ai 61 ans, impotent, mutilé 75 p cent, gâteux pour tout dire !... elle se faisait une joie d'aller vous voir et Mme Nimier, Rue Médéric... Mais comme les très vieilles momies je ne me déplace plus du tout. Ma femme par contre bouge beaucoup, énormément, danse dans les étages... elle comptait sur vous pour lui envoyer des élèves... votre prestige personnel, et celui de " Femina " ! ...

   Oh la rue Médéric, résistante vous va bien, et me va parfaitement - puisque je suis engagé volontaire de 1912, au 12° Cuir, et médaillé militaire de novembre 1914 ! et mutilé 75 p cent foutrement plus résistant que ceux de 44, si foireux en 39... au moment précisément de résister... C'est l'Histoire ! après les premiers rôles, les doublures !

   Quant à l'antisémitisme je voulais vous répondre... je ne suis pas non plus antisémite je suis profrançais... Je me suis lancé et comme ! et tout à fait gratuitement, dans cette folle aventure, dans l'espoir d'épargner aux Français le ridicule d'une nouvelle guerre, dont je savais qu'ils sortiraient tels qu'ils sont actuellement ... On m'a fait crever d'avoir sonné la cloche... soit ! - soit ! C'était idiot... J'en conviens.

  Pour Médéric, le nom, le bougre l'a pris à un évêque du VIII° siècle, et à St Merry l'église... vous le savez... Tartempion eût été crâne ! Médéric ?... mieux Dagobert ! Il était féroce ! vous le savez aussi ! Grand ami feminaesque ! archi commissaire ! " Cosmérique " ! comme l'on dénommé tout ce qui a trait à la Beauté, au-delà du Rideau !

   Vôtre, tout en repentirs, de terribles naïvetés !

                                                                                                        LF Destouches

 

 

 

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                                                                               A Gaston GALLIMARD

                                                                                                  2/4/55

              Mon cher Gaston

     Je vois qu'il fonctionne toujours, et comment ! le procédé " Bouche oreille " ! Pourquoi ne me rendez-vous pas le même service dans les Nouvelles littéraires ? et le Figaro littéraire ? Ils ne marcheront pas me répondrez-vous ! Basta ! Vous vous êtes le Père Alibi vous avez réponse à tout, à côté ou de travers mais réponse ! Ils marcheront parfaitement si vous vous en donnez la peine, si vous les sommez en tant que Pape de la Synagogue " NRF, coco-pédé-gaulliste ". Ridicule cet insuffisant tirage de 6000 Pr Y ! Vous tenez à ce que je crève ! Vous m'étouffez ! Pape coco, pédé, gaulliste !

  Autre histoire

 Voici les lettres d'Ovadia. Son manuscrit est ici, je l'ai reçu ce matin même. A votre disposition mais il faudra me l'envoyer chercher. Il est manuscrit. Je ne veux pas le confier à la poste. Je ne demande qu'à le préfacer, si vous le publiez. Vive Israël ! vive le ghetto NRF, pédégaullorésistant ! et son Pape !

                                                                                                                                     LFC

  Répondez-moi je vous prie sur tout ceci vite que je réponde à Ovadia. Je suis, vous le savez, la courtoisie même, et la preuve : je vous offre une préface à l'oeil !

  Je me casse le cul autrement que vous ! flûte !         

 

                      

                                                                                                *******************
 

 

 

                                                                                                      A Henri MONDOR

 Dr L-F Destouches
 de la Faculté de Médecine de Paris
 25 ter route des gardes
 Meudon (S&O)

                                                                                                                   le 15/11/55

        Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon cher Maître ! Il ne saurait être question d'un autre que vous pour me préfacer ce disque ! Dussiez-vous mourir à la tâche ! Faites tenir en ces 15 lignes, je vous supplie, ce que bon vous semble... ce sera toujours excellent ! admirablissime ! la guerre 14... que je suis médaillé militaire (oct 14)... que je suis mutilé (75 p 100) - fracture du rocher et paralysie radiale... qu'il n'y a donc lieu d'être surpris de mes lacunes absences divagueries : que ce que d'autres plus romantiques recherchaient, Wilde, Proust, Rimbaud, Verlaine dans la forcerie pédéraste et l'alcoolerie laborieuse, moi la défense de la Patrie me l'a servi sur un plat ! et copieusement ! et à vingt ans ! sans mondanités, sans sacristies, sans synagogues. Tel quel ! sec ! - Val de Grâce, 2ème blessés, Jalaguier, Gosset
1, mes salons !... Zalas 2 ! plus de très longues aventures tout à fait sinistres où mes ennemis jurés perdraient une bonne fois pour toutes le goût de parler sans savoir, de prétendre ceci et cela...
  Pour mon style et les " trois points " ? Mon Dieu que ce monde est lourd !... foules d'ahuris hébétés titubants rotant de prose ! Le journal quotidien est Roi ! je le sais et Elle = Reine ! et s'agit d'écrire comme l'Aurore et comme Elle... !
  Faire valser le Roi et la Reine ? diable ! diable ! me voici condamné à mort une fois de plus ! Tous ces étrangers qui nous gouvernent ont déjà eu bien du mal à apprendre, à la sauvette, leur petit sabir franco-jésuito-Berlitz ! Vous pensez la haine pour un indigène qui fignole !
  Je ne parle pas du Paulhan, l'écœurant larbin
3, tous-les-vices-d'office " ... !...
  Vous seul avez l'autorité, l'incontestable savoir, l'habileté clinique aussi pour faire passer cette muscade
4 ! Cette muscade, vous l'entendrez d'ailleurs très très bien défendue par Simon et Arletty.
    Votre très sincèrement reconnaissant
                                                              Destouches

 1 Adolphe Jalaguier (1853-1924) était professeur au Val de Grâce, où Céline fut transféré le 1er décembre 1914. - Le professeur Antonin Gosset a opéré Céline de sa fracture du bras le 19 janvier 1915, à l'hospice Paul-Brousse (Villejuif) que dirigeait Gustave Roussy. Henri Mondor le connaissait bien : il avait rédigé une brochure de 12 pages intitulée Antonin Gosset (Masson, 1944) et lui avait succédé à la chaire de chirurgie de la Salpêtrière.    

 2 Céline utilise souvent cette citation d'
Hamlet (V, 1) : " Alas, poor Yorrick... "

 3 Depuis 1954, et la publication des Entretiens avec le professeur Y, Céline s'est brouillé avec Jean Paulhan, directeur de La NRF. Il le rend responsable, en outre, de l'insuccès de Féerie pour une autre fois, et de Féerie II : Normance.

 4 Détournement de l'expression " passez muscade ", employée pour qualifier une action menée rapidement et avec désinvolture (la muscade étant une petite boule utilisée par les escamoteurs).

 (Cécile Leblanc, Lettres à Henri Mondor, Gallimard, NRF, 2013, p.82).

 

 

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                                                                                  A Gaston GALLIMARD

                                                                                                Le 27 /10 [ 1956. ]

               Certainement cher ami j'attendrai votre auto mercredi prochain vers 16 heures, ici. Vous m'écrivez dans votre lettre certaines choses assez vraies d'autres tout à fait inexactes. Pour que vous n'ayez point le souci de répéter pour la mille et unième fois (avec jeunes spectateurs) votre cher numéro (sourires et tremblements) que vous sachiez tout de suite ce que je vous demande voici :

 1° deux millions sur la table à la remise du manuscrit.

 2° et par la suite 100 000 francs par mois à titre " d'avance " sur le suivant ou les suivants.

 3° bien entendu, la Pléiade et M à C de poche.

 Ce que vous me racontez, que je vous dois ceci... cela !... on me raconte à moi que vous avez 175 millions dehors !... " avances " aux auteurs !... et que vous gagnez bénéfices net tous impôts payés rien qu'avec la NRF 80 millions par an ... sans en foutre un coup !... que par ailleurs vous êtes milliardaire ! sans en foutre un coup !... cela est loin de m'indigner... ce qui m'agace ce sont vos chichis ! je sais ce que c'est d'avoir le monde entier contre soi, pas simili, menottes aux poignets... je ne vous demande que du sous salaire de sous-femme de ménage... je vais pas implorer !... on est conscient ! on est Poznan ! milliardaire !

  A vous bandit !

  A mercredi !

                                                                                                                    LD

 P.-S. une consolation ! ma veuve est très malléable, vous pourrez lui racheter tout pour un boniment et une botte de roses.

 

 

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                                                                                                  A Henri MONDOR

                                                                                               Le 12/1/[1960]

       Mon cher Maître et Ami

  Je n'ai rien à vous apprendre vous savez aussi bien et mieux que moi que l'existence des " petites gens " de la Belle Epoque tenait plus du cauchemar que du rêve... là notre Passage Choiseul 1896 à 1912 fut fadé... toute de dignité et de labeur... mon père licencié en lettres tombé correspondancier au Phénix incendie 1 gagnait je crois 300 frs par mois, ma mère dentellière ne faisait pas les frais... total régime de sous alimentation sous cloche à gaz " 360 becs Auer "...

  " Faire tourner la table " je veux dire sortir du style jésuite gominé qui tient la plume française je crois jusqu'à la mort... journaux et livres... rompre, casser ce salon de coiffure... ces pommaderies, du Figaro au Goncourt à la Chambre... ce blabla visqueux... rien à faire je crains...

  Le lycée ? diable je n'y pouvais prétendre ! les moyens ? mes parents avaient trop hâte que je gagne ma vie ! Mon père dans la haine des fortes études qui le faisaient lui crever de faim et de chagrin...

  Admirations littéraires ? Je demande à voir... on ne peut apprécier que de très loin... je ne m'intéresse qu'au style foutre des histoires ! je ne suis sûr que de La Fontaine... Malherbe... Voltaire des petits vers... les romanciers sont devenus ennuyeux... Allez-vous apprendre le médecin de campagne dans Balzac 2 ? l'adultère dans Flaubert ? l'Information et le Charlatanisme 3 ne nous laissent aucune curiosité. Stylistes demeurent mais trop proches : Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire... les chinois verront !...

  Je me vois en somme : un clinicien raté, un poète raté, un musicien raté... ce n'est pas si mal !...

  La réflexion de Brindeau 4 lui est venue subite, insolite et c'est tout... Vous l'avez connu : bien peu familier. Je ne lui ai avais jamais parlé... il fit part de sa conclusion, de ses diagnostics à Lantuéjoul et à Metzger 5... et puis ce fut tout... lubie ? je n'ai jamais su... je pensais moi-même à bien d'autres choses !...

  Rabelais était en polémique avec les curés... il sentait le fagot 6... il n'est lisible à mon sens, génial, que dans les passages en " parlé ". La Tempête 7 par exemple. Hors ça il dialectise aussi comme un curé ou un ministre ou un prix Goncourt. Daudet était un truculent critique et pasticheur mais bien incapable écrivain 8.

  Gagner ma vie en préparant le bachot, comment ? en faisant les courses ! pour vingt patrons ! qui tous me foutirent à la porte, pardi ! perdant trop de temps à potasser les manuels d'une course à l'autre ! ma dernière école fut la communale de la rue d'Argenteuil où j'obtins le certificat d'Etudes.

  La compassion ? mon Dieu je ne suis pas ! nous tombons là dans la psychologie ! la Sorbonnerie et la Salpêtrière ! je m'y perds ! spécialistes y sont !

  Reste Fréjus et ses Crésus, soyez assuré qu'au prochain barrage qui cède il n'y aura qu'un cri : " qu'ils crèvent tous 9 ! " Fini la tirelire !
   Votre bien respectueux et admiratif,
                                            LF Destouches

 
1 Fernand Destouches, qui avait quitté le lycée Condorcet en mars 1885, n'a jamais eu son baccalauréat complet et ne fut jamais licencié ès lettres. Céline s'est cependant toujours plu à accréditer cette légende (voir François Gibault, Céline,t.1,1977).

 2 Henri Mondor a rédigé une préface au Médecin de campagne, Le Livre Mondial, 1954. 

 3 Céline semble se faire l'écho d'un article rédigé par Mondor, " Charlatans et charlatanes ".

 4 Céline a effectué un stage du 1er octobre au 16 décembre 1922 à la maternité Tarnier, dans le service obstétrical du professeur Auguste Brindeau (1867-1955) qui fut le président de son jury de thèse et le dédicataire de ce travail universitaire. Céline signale qu'il " était un musicien " et qu'il aurait déclaré à son propos : " Ah ben, il est fait pour écrire cet homme-là " (voir Céline et l'actualité 1933-1961,p.428).

 5 Le professeur Pierre Lantuéjoul (1887-1963) faisait partie du jury de thèse de Céline qui l'avait connu à la maternité Tarnier, dans le service du professeur Brindeau, en 1922. Lantuéjoul a écrit au président Drappier en faveur de Céline à l'occasion du procès de février 1950. - Marcel Metzger (1880-1944), professeur agrégé de médecine, faisait également partie du service du professeur Brindeau en 1922.

 6 Céline s'identifie à Rabelais, médecin et écrivain. Déjà en 1957, dans un entretien sur Gargantua et Pantagruel pour Le Meilleur Livre du mois, il déclarait : " J'ai eu dans ma vie le même vice que Rabelais. J'ai passé moi aussi mon temps à me mettre dans des situations désespérées. Comme lui, je n'ai rien à attendre des autres, comme lui, je ne regrette rien. "

 7 Dans Le Quart Livre, chap. XVIII-XXIV.

 8 Léon Daudet a poursuivi des études de médecine jusqu'à son échec à l'internat, expérience qui lui inspirera Les Morticoles (1894).

 9 Le 2 décembre 1959 à 21h13, le barrage de Malpasset, en amont de Fréjus, se rompt, déversant plus de 50 millions de m3 d'eau dans la vallée et faisant plusieurs centaines de victimes. " Quelles clameurs pour une petite digue qui crève ! " écrit Céline à Roger Nimier le 4 décembre (Lettres à la NRF,p.481).

 (Lettres à Henri Mondor, éd. établie, présentée et annotée par Cécile Leblanc, Gallimard, NRF, 2013).

 

 

                                                                                                                   *********************

 

 

                                                                              A Hermann BICKLER

                                                                                              Le 30/12/60

               Bien cher ami

   Que cette 61 soit possible, ce serait déjà très beau, tout le bonheur que je nous souhaite !

 Certes il faudrait nous rencontrer mille choses inconnues nous séparent hélas ! d'abord nous sommes vieux et démodés, nos histoires embêtent les gens !

  Je n'ai pas vu Epting.

 Vous ne pouvez pas vous faire une idée de notre vie ici, en cinq minutes vous auriez compris... tout... pas du tout ce que vous imaginez.

  Par Epting vous pourrez sans doute savoir ce que veut dire, s'il existe, un Institut de Recherches historiques officiel de Bonn dont le siège serait à Munich, et tout à fait sérieux, qui après longues recherches aurait découvert et publié qu'il n'y aurait jamais eu de fours à gaz (Gas Kammer ) à Buchenwald, Dachau etc... ni nulle part en Allemagne... il y en avait en construction mais qui ne furent jamais terminés... selon cet Institut

  Si vous obtenez des documents voilà qui m'intéresserait fort, vous aussi sans doute !

    De tout cœur votre meilleur ami.

                                                                                                               Louis

 

 

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 " Il faut qu'il y ait dans chaque lettre quelque chose de " célinien ". Cet écho, il le cherche tantôt dans le désabusement, tantôt dans la provocation, tantôt seulement dans une réflexion à allure philosophique, mais toujours avec un accent qui pourrait être celui de Bardamu.  Déjà la correspondance se relie à l'œuvre par un cordon ombilical ". (Henri Godard, préface, Lettres, La Pléiade 2009).