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                                                      POST MORTEM    

           

                     1961

 La mort de Céline est accueillie dans l'indifférence générale. Pour nombre de ses contemporains, l'auteur de Voyage au bout de la nuit est une relique d'un autre âge dont les idées sentent un peu trop le soufre. Malgré un retour en grâce dans le monde des lettres, Céline reste, pour l'écrasante majorité, l'impardonnable auteur de pamphlets antisémites.
 En juillet 1961, bien peu parient sur une postérité littéraire de Céline. Dans ce concert d'indifférence, il n'y a guère que Jean Cocteau pour se lamenter de cette perte littéraire : " La mort de Céline, après celle d'Hemingway, c'est notre arbre qui continue à perdre ses feuilles. Moi qui ne fait pas de politique et qui ne hais que la haine, j'aimais en Céline qu'il soit un passionné et toujours vrai dans ses invectives. " (Le Nouveau Candide, 8 juillet 1961).

                     1962

 Céline mort et enterré, un long purgatoire commence pour l'œuvre et son auteur. Si certains journaux, comme le Midi Libre, omettent sciemment de faire figurer Céline dans la nécrologie des personnalités disparues de l'année, d'autres, comme Le Courrier du Parlement, lui président une belle postérité : " Mort depuis six mois, Louis-Ferdinand Céline fait heureusement parler de lui ; heureusement : je veux dire par là que ceux qui en parlent font passer le souci de connaître et de faire connaître avant celui d'attaquer ou de défendre. [...] A la vérité, Céline à peine mort, échappe au jugement des hommes, échappe au temps présent ; il ne reste qu'un polémiste et un romancier d'une extraordinaire puissance dans l'anathème comme dans l'évocation, dans le pamphlet comme dans le récit. " (Le Courrier du Parlement, 26 janvier 1962).

- En 1962, Céline entre dans la prestigieuse  " Bibliothèque de la Pléiade ". Pour la première fois, le grand public peut lire Mort à crédit sans aucune censure. Dans l'édition de 1962 établie par Jean Ducourneau, les blancs de Mort à crédit ont été réécrits par Céline.
 L'édition de 1981, établie par Henri Godard, reprend le texte original, avant la " censure " de Robert Denoël.

                    1963  

 En 1957, un ancien camarade de service militaire du cuirassier Destouches fait le rapprochement avec l'écrivain Louis-Ferdinand Céline et lui rend le carnet de moleskine noir qu'il avait gardé et dans lequel Céline avait noté ses impressions au 12e régiment à Rambouillet.
 Ces Carnets du cuirassier Destouches seront publiés dans le premier numéro des Cahiers de L'Herne consacré à Céline en 1963.

 Les premières monographies sur Céline, écrites par Nicole Debrie, Marc Hanrez et Pol Vandromme, sortent dans l'indifférence générale. Peu de temps après la mort de Céline, Dominique de Roux lui consacre deux remarquables Cahiers de L'Herne en 1963 et 1965.

                        1964

 Avant de quitter la France, en 1944, Céline avait laissé le manuscrit de Guignol's band II à sa fidèle secrétaire Marie Canavaggia.
 Donné par cette dernière aux éditions Gallimard après la mort de l'écrivain, Guignol's band II fera l'objet d'une publication de façon posthume en 1964 sous le titre Le Pont de Londres. Cela va permettre de ranimer la flamme.

                  
 1969

 La veille de son décès, il avait achevé la rédaction de Rigodon, qui sera publié de façon posthume en 1969.
 " Vous savez que Céline est mort le jour même où il a fini ce livre. Heureusement, j'ai pu mettre le manuscrit complet et numéroté à l'abri des indélicatesses. En fait c'était la seconde version de Rigodon mais la définitive, la première étant restée éparpillée dans une de ces caisses de pommes de terre, dont Louis se servait comme classeurs.
 Qu'il m'ait fallu si longtemps pour en livrer la dactylographie à Gallimard tient à deux raisons bien précises. La première c'est que le manuscrit fut très difficile à déchiffrer. Céline était dans un véritable état d'épuisement à la fin de sa vie, et son bras droit blessé à la guerre, lui pesait comme une lourde masse. Sur certains mots, nous sommes restés, mes deux amis avocats et moi, jusqu'à des semaines et des semaines pour parvenir à les déchiffrer enfin. Ensuite comme je n'avais pas voulu me séparer du manuscrit, la collaboration de mes deux aides ne put m'être acquise que pendant leurs rares heures de loisirs.
 
  Généralement, c'était le dimanche après-midi que nous nous réunissions pour travailler. Vous savez, trois heures par semaine pour une telle tâche, ce n'est pas beaucoup ! Quant aux coupures c'est une idée absurde. D'ailleurs vous verrez qu'il y a un passage sur ce pauvre Marcel Aymé, l'un des rares amis qui nous soient restés fidèles jusqu'au bout, où Louis n'est finalement pas très tendre, mais il n'a pas été question de le supprimer, pas plus que d'autres passages. Je n'aurais pas fait ça à Louis, vous savez... "
 (Jean-Claude Zylberstein, Rencontre avec Lucette Destouches, Combat, 21 février 1969).

                    1970  

 A partir des années 1970, la recherche universitaire commence à s'organiser. Sous l'impulsion de Jean-Pierre Dauphin et d'Henri Godard est créée la Bibliothèque de Littérature Française Contemporaine (BLFC), qui publie des correspondances de Céline et organise les premiers colloques internationaux.

                    1975  

 - En 1975, les éditions Plon publient la traduction française du livre d'Helga Pedersen au titre provocateur, Le Danemark a-t-il sauvé Céline ?

 - En 1975 est fondée la Société d'études céliniennes, qui organise tous les deux ans, un colloque consacré à l'écrivain, et édite les communications de différents chercheurs.

                    1976

 - En 1976, tous ces travaux trouvent un début de reconnaissance officielle avec la publication chez Gallimard des premiers volumes des " Cahiers Céline ", qui mettent à la disposition du public des textes inédits.

                    1977

 Très rapidement, les premières biographies commencent à paraître. 1977 est une année charnière. Cette année-là, Céline est mis à l'honneur par François Gibault, qui publie le premier tome de sa biographie, laquelle, aujourd'hui encore, fait référence. Deux autres volumes suivront en 1981 et 1985.

 En 1977 également, la Pléiade consacre son " album " et sa riche iconographie à l'ermite de Meudon. Au même moment, François Balta soutient sa thèse de médecine sur la vie médicale de Louis Destouches, qui apporte un éclairage nouveau sur Céline en recueillant un nombre important de témoignages et de documents inédits.

                    1978

 Plus près de nous, l'universitaire Jean-Pierre Dauphin retrouve Progrès, une pièce de théâtre complètement inconnue, écrite pendant que Céline était à la Société des Nations et dont il avait donné le manuscrit à Cécile Denoël, la veuve de son éditeur Robert Denoël, qui le communiqua à son tour à Jean-Pierre Dauphin.
 La pièce sera publiée en 1978 par le Mercure de France. Depuis la mort de Céline, c'est donc quatre textes majeurs qui ont été retrouvés et publiés.

                   1979

- En 1979, Marc Laudelout, lance, avec les moyens du bord, les premiers numéros de La Revue célinienne, qui deviendra quelques années plus tard Le Bulletin célinien. Aujourd'hui encore, ce mensuel permet aux céliniens de se tenir informés des publications et des travaux en cours un peu partout dans le monde.

                   1980

 La bibliophilie célinienne n'est pas en reste. Au milieu des années 1980, la cote bibliophilique de Céline ne cesse de monter. Lettres inédites, livres dédicacés et manuscrits voient leur prix s'envoler.

 A partir des années 1980, le nom de Céline est devenu un peu plus familier au grand public. Les lectures de Fabrice Luchini contribuent à populariser l'œuvre de l'écrivain. Son interprétation de Voyage au bout de la nuit (surtout le passage de l'arrivée à New-York) auront un important retentissement.
  De façon générale, le milieu culturel est celui qui a subi le plus l'influence de Céline. Acteurs, réalisateurs, chanteurs, compositeurs, écrivains, nombre d'entre eux vouent une admiration sans borne à l'écrivain Céline.

                   1983

 En 1983, la vente d'une partie autographe de Mort à crédit est adjugée 510 000 francs. Lors de la même vente, le manuscrit d'une première version de La Peste de Camus est adjugé 200 000 francs. Céline, le paria " collabo " et antisémite, vaut plus du double d'un écrivain engagé, intellectuel de gauche... La tendance ira toujours crescendo, avec comme point culminant la vente record du manuscrit de Voyage au bout de la nuit le 15 mai 2001.

                   1985

- Janvier 1985 : La Préfecture de Paris annonce sans aucune explication au directeur du Bulletin célinien que l'arrêté autorisant l'apposition d'une plaque commémorative est retiré. En novembre de l'année précédente, le Bulletin célinien fort de l'autorisation de la Préfecture avait lancé une souscription auprès de ses abonnés pour l'apposition d'une plaque rue Girardon à Montmartre. L'initiative rencontra un écho très favorable. Parmi les souscripteurs : Michel Audiard, Pierre Gripari, Jean Guenot, Maurice Bardèche et Louis Nucéra.

                   1987

- Mars 1987 : Le Conseil municipal de Montpon-Ménestrel (Dordogne), qui avait pris la décision en septembre 1986, de donner le nom de Céline à une rue annule cette décision suite aux protestations d'un comité d'anciens combattants.

                   1988

 Tous les dix ans, à peu près, une biographie jette un éclairage nouveau sur l'écrivain. En 1988, c'est Frédéric Vitoux qui publie La Vie de Céline aux éditions Grasset.

                   1990

- A partir des années 1970, un pan inconnu de Céline a commencé à émerger ; sa correspondance. A l'instar de Voltaire, on estime que Céline a écrit entre 15 000 et 20 000 lettres à plusieurs centaines de correspondants. Les plus importantes d'entre elles ont fait l'objet de publications annotées, comme celles de Pierre Monnier, d'Henri Mahé, d'Albert Paraz ou de Marie Canavaggia. La liste n'est pas exhaustive.

- A partir des années 1990, les publications s'enchaînent. Biographies, thèses, correspondances, critique littéraire : Céline est l'auteur français qui bénéficie du plus grand nombre de publications. Chaque année, une quantité toujours plus importante de lecteurs découvrent ou redécouvrent l'extraordinaire modernité de l'écrivain.

- A partir de 1990, les éditions Le Lérot publient L'Année Céline, qui recense méthodiquement les travaux, publications, ventes aux enchères, correspondances, mentions autour de l'écrivain.

                   1992

- Février 1992 : Avec l'appui de plusieurs écrivains français (Philippe Sollers, Angelo Rinaldi, Julien Gracq etc.) le Ministère de la Culture avait décidé de classer la maison de Céline à Meudon comme " lieu de mémoire ". Suite aux protestations du CRIF, le préfet de la région d'Ile -de-France décide de ne pas donner son aval.

- Mars 1992 : Nouvelle tentative du Bulletin célinien pour faire apposer une plaque commémorative à Montmartre, cette fois avec l'association " La Mémoire des lieux ", dirigée par Roger Gouze, beau-frère du Président de la République. L'association donne suite à ce projet avec enthousiasme. Deux mois plus tard, elle communique lapidairement au directeur du BC que l'apposition de la plaque " est remise sine die ".

                   1993

- Septembre 1993 : En prévision du centenaire de la naissance de Céline, le directeur du BC avait proposé à La Poste française d'éditer un timbre à l'effigie de l'écrivain. Réponse de G. Lacassagne, alors chef du Département Production : " Le choix extrêmement difficile qui a dû être opéré en raison du très grand nombre de demandes présentées concernant des commémorations et de la nécessaire limitation des émissions, n'a pas permis à la Commission des programmes philatéliques de retenir le timbre auquel vous portez intérêt ". A un journaliste du Monde (15 octobre), il confiera qu'en réalité le refus était dû à la crainte d'un " tollé ".

                   1994

 - En 1994, pour le centenaire de la naissance de l'écrivain, les éditions Robert Laffont publient la biographie de Céline de Philippe Alméras. Dix ans plus tard, c'est au tour d'Emile Brami de se lancer dans une originale " promenade littéraire " sur l'écrivain.
 Aujourd'hui encore, les recherches sur Céline comptent parmi les plus dynamiques en littérature.

 Chaque année, plusieurs dizaines de lettres sont exhumées par des chercheurs ou des passionnés. En 1994, les éditions Gallimard publient les Lettres à la N.R.F.

                   1997

 En 1997, les éditions Gallimard publient la correspondance de l'écrivain avec son avocat et avec sa femme pendant son internement au Danemark. Ces correspondances souvent passionnantes, fournissent des éléments nouveaux sur la biographie de l'écrivain et permettent de mieux comprendre la genèse de son œuvre.

 D'autres correspondances sont annoncées, comme les lettres de Céline au pasteur Löchen, et une anthologie est prévue dans " La Pléiade ". Un nouveau champ d'études, tout juste défriché par Jean-Paul Louis et Sonia Anton, s'ouvre à la recherche.

                   2001

 Le 15 mai 2001 à Drouot-Montaigne, le commissaire-priseur adjuge un manuscrit à près de 11 millions de francs. Soit 1,7 millions d'euros, avec les frais. Un record. Immédiatement, le lot est préempté par la Bibliothèque nationale de France...
 Qui est donc l'auteur de ce texte qui défraie la chronique depuis plusieurs semaines ? Quel est donc ce texte pour lequel plusieurs acheteurs se sont livrés à une féroce surenchère, et qui fait se bousculer les médias du monde entier ? Ce manuscrit est celui de Voyage au bout de la nuit ; son auteur, Louis-Ferdinand Céline (1894-1961).
  Avec cette vente, c'est un record littéraire qui tombe. Toutes catégories confondues. En 1988, celui du procès de Kafka avait été adjugé par Sotheby's à 10 millions de francs (1,52 millions d'euros). En juin 2000, les épreuves corrigées du tome 1 de A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust avaient été adjugées 7 millions de francs (1,10 million d'euros) chez Christie's à Londres. (Le record établi par Voyage au bout de la nuit tombera quelques mois plus tard avec la vente d'un morceau de manuscrit partiellement inédit de Ulysse de James Joyce).

                  2005

 Les inventions stylistiques de Céline passent dans le langage courant par l'intermédiaire des médias. Des journalistes en mal de manchettes manquent rarement l'occasion de " faire du Céline ". Aujourd'hui encore, il n'est pas de semaine qu'un journal ou un hebdomadaire ne fasse référence à l'auteur de Voyage au bout de la nuit. C'est ainsi que l'on a pu lire dans diverses publications : " Voyage au bout de l'inuit ", " Voyage au bout de la haine ", " Bagatelle pour un vrai sacre ", " Voyage au bout de l'ennui ", " Mort à crédit... revolving ", " D'un Céline l'autre ", etc. La liste n'est pas exhaustive.

  Malgré cela, deux bastions résistent encore : le premier est le cinéma. A ce jour, aucun roman de Céline n'a fait l'objet d'une adaptation sur grand écran. La réputation de l'auteur et la complexité de ses livres en ont certainement découragé plus d'un. Depuis les années 1930, tour à tour Abel Gance, Claude Autan-Lara et Michel Audiard ont songé à adapter Voyage au bout de la nuit au cinéma. Sans succès.
  En 2005, François Dupeyron (réalisateur notamment de La chambre des Officiers) annonce qu'il travaille à l'adaptation cinématographique de Voyage au bout de la nuit, et en achète les droits... avant de renoncer à son tour, quelques mois plus tard. D'autres réalisateurs seraient sur les rangs.

 Le deuxième bastion est d'ordre toponymique. A notre connaissance, aucune rue, aucune place, ne portent le nom du plus grand écrivain français du XXe siècle. Si l'on peut comprendre les résistances ou les hésitations devant une reconnaissance " officielle " de Céline, il est toujours curieux de constater que certains écrivains guère plus " philosémites " comme Paul Morand, Paul Léautaud ou Georges Simenon, en bénéficient.

                 2011

- Janvier 2011 : Le Ministre de la Culture retire Céline des " Célébrations nationales " de l'année 2011 suite à des pressions de l'association juive FFDJF.

 A ce jour, seule la maison d'Henri Mahé à Camaret, en Bretagne, est ornée d'une plaque commémorant le passage de Céline dans le lieu. De façon générale, les municipalités liées à la vie de Céline entretiennent des rapports ambigus avec l'auteur de Voyage au bout de la nuit. Si certaines s'enorgueillissent d'avoir compté un illustre écrivain parmi leurs administrés, à ce jour, aucune d'entre elles n'a franchi le pas en baptisant du nom de Céline un morceau de leur voirie.
 C'est en vain que le lecteur cherchera une " rue Louis-Ferdinand Céline " à Courbevoie, Paris, Bezons, Argenteuil, Clichy, ou Meudon...

  Avec Céline, rien n'est jamais simple. " Il n'y a pas d'écrivains maudits, il n'y a que des écrivains en avance " dit le proverbe. La reconnaissance viendra, inéluctablement. Avec Céline, tout est affaire de patience. Ce n'est plus qu'une question de temps.
 (David Alliot, Céline, Illico, La légende des siècles, Folio, 2006).

 

 

 

 

 

 

                                                         

 

                                                                          

 

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