D'ARRIBEHAUDE TEMOIGNAGES

 

 

                             UNE TELLE LIBERTE

    C'est à Pierre-Vincent Guitard que l'on doit l'édition du Journal de Jacques d'Arribehaude des années 1981-1986. Sur son site internet " Exigence littéraire ", il a beaucoup œuvré pour faire connaître l'auteur de Adieu Néri.  Voici son témoignage.

  Une rencontre hautement improbable, la littérature a parfois cette vertu de faire se rencontrer des hommes et de femmes qui sans elle ne se seraient jamais rencontrés. Tout aurait pu nous séparer mais Jacques d'Arribehaude était un homme qui en dépit de ses prises de position provocatrices avait l'esprit ouvert. Lui que l'on a parfois qualifié d'anarchiste de droite et moi qui penchait plutôt de l'autre côté, lui qui avait près d'un quart de siècle de plus que moi et qui aurait pu être mon père comment s'est-il fait que nous ayions trouvé un terrain commun ?

   Il avait certes besoin de trouver un public et de sortir de l'ostracisme où ses provocations l'avaient cantonné, ses romans n'avaient eu qu'un succès qui n'était pas à la hauteur de ses espoirs et l'éditeur de son journal ne se donnait peut-être pas les moyens de lui attirer un lectorat, mais plus que tout il avait besoin de dire aux générations plus jeunes ce qui restait pour lui un formidable désastre, le profond bouleversement qui avait entraîné la France dans ce qu'il considérait 
comme une régression et pire que tout une formidable incompréhension, un profond malentendu que La loi des vainqueurs - titre d'un roman de Willy de Spens qu'il appréciait - nous avait imposé.

  C'est sans aucun doute là-dessus que nous nous sommes rencontrés par l'intermédiaire de l'œuvre de Céline et du célinien Marc Laudelout qui lui suggéra de m'envoyer son Journal des années cinquante : Cher Picaro. Ce fut un choc, il y avait dans ce journal une telle liberté - autant d'agir que de dire – que j'ai bien failli crier mon dégoût pour ce qui me paraissait profondément amoral. Il aura fallu le style de Jacques d'Arribehaude pour m'entraîner loin de mes petites certitudes et écrire une note de lecture qui fut le point de départ de notre rencontre.

 Par la suite il m'a fait découvrir les écrivains que j'avais mis de côté, qui appartenaient à une littérature que j'avais appris à mépriser parce qu'elle était celle de mes parents, parce qu'elle n'avait pas pris le virage du nouveau roman et répondu aux injonctions de Barthes et de Sollers, parce qu'elle avait tenté de dire ce qui ne devait pas être dit, ce qui allait contre le mythe d'une avant-garde littéraire, comme il y avait eu une avant-garde communiste poche de la Résistance dans une France collaboratrice.

  Bien sûr il y avait l'homme, son beau regard bleu, sa voix douce et charmeuse tout à l'opposé de ses colères d'écrivain, un homme plein de gaieté enfantine, un enfant gâté qui savait capter l'attention et en même temps un homme parfaitement lucide et qui avait appris à juger ses contemporains sans se soucier des étiquettes. Je l’ai entendu notamment rendre hommage à Edgard Morin qui n’avait pas eu à son égard la courte vue de beaucoup d’autres, il savait également rendre justice à François Mitterrand de son sens politique. L’un comme l’autre avaient apprécié son écriture, l’un comme l’autre ne jugeaient pas le passé à l’aune du présent.

  Comme Céline dont il aura recueilli la dernière entrevue, Jacques d'Arribehaude gardait le souvenir d’une féerie disparue mais à la différence de l’auteur de Mort à Crédit il était resté fidèle à la gaieté de ce monde d’enfance.

  Avec Internet j’ai tenté de lui permettre d'entrer en contact avec des lecteurs qui ne seraient jamais venus à lui par le truchement des libraires, mais cela reste tellement modeste que c'en est souvent désespérant. Lui n'avait aucun doute sur la postérité qui serait donnée à son œuvre, il savait bien que ce serait pour plus tard, bien plus tard. Il reste un travail considérable à faire pour donner à cet écrivain la place qu'il mérite et qu'il n'aura pas eu de son vivant.

                                                                                                                                                Pierre-Vincent GUITARD

  Sur le site de P.-V. Guitard (http://www.e-litterature.net), on trouvera un entretien inédit avec Jacques d'Arribehaude datant de 2007 et une demi-douzaine de comptes-rendus de ses livres.



 

 

 

 

 

 

        

       

        

       

       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                          

 

 
 

 

 
 
 
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