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                                                                   CELINE et les AUTEURS  (A - F)

 

 



 * ADG (de son vrai nom Alain FOURNIER, romancier et journaliste 1947-2004): " Il est exact qu'à mes débuts (soit il y a près de vingt ans !), j'ai été très influencé par L-F Céline dont je possédais toutes les œuvres en éditions originales. Au cours des années, je me suis défait et du style et des œuvres, l'un parce que je n'étais pas Céline, les autres parce que j'avais besoin de fric. Aujourd'hui, je me trouve très bien sans. "
 (
Militant, 1er septembre 1988).

 

 

 

 

* Marina ALBERGHINI (romancière italienne): " Les pamphlets contiennent sans doute les plus belles pages de Céline sur le mythe, la danse (on y trouve également des arguments de ballets), la magie des animaux, du monde extrasensoriel, sur la beauté et le rôle important de la femme, les fantasmes, la mer. Naturellement, il s'y attaque aussi au pouvoir. A de nombreux pouvoirs, et donc pas uniquement au pouvoir des juifs. Bagatelles pour un massacre fut écrit en 1937 pour empêcher la France d'entrer dans une guerre qu'elle n'était pas capable de mener.

     Même chose pour L'Ecole des cadavres (1938), écrit contre l'utilisation de la " chair à canon ", et avec les Beaux draps (1941) qui analysait la défaite de la France. Ces livres sont encore (incroyablement ! ) à l'index, interdits de réédition. Pour la plupart des intéressés, il est impossible de les lire. A l'instar de ce qui fut le cas de La Divine Comédie parce que Dante fulminait contre le pouvoir de l'époque et les toscans. Ou du Dictionnaire de Voltaire, bien plus antisémite que Céline. "
 (Réponse à Carlo Bo, article paru dans le Corriere della Sera, sept. 2004).

 

 

 

 

* Jean-Claude ALBERT-WEIL (écrivain, musicien de jazz): " Quand vous avez dix-sept ans vous tombez sur Céline, ou bien vous êtes voué à demeurer toujours un grand niais qui ne ressent rien,  ou bien vous vous retrouvez secoué de fond en comble.  Tous les autres, c'étaient des " pfut-gens-de-lettres ", lui c'était vrai, c'était plein, solide, au fond du gouffre mais ferme. Après lui, autour de lui, il n'y avait rien. Et Sartre même dans La Nausée, pourtant bien nourrie de Céline, n'apparaissait que comme un petit prof académique.

   (...) Céline n'est pas triste. Son comique est irrésistible. C'était enfin l'écrivain que rien n'arrête. L'individualisme poétisé au possible, opprimé certes, mais se posant en frêle héros, face à tous les collectivismes y compris le " standarisationnisme " capitaliste. Je dis que, depuis 1950, personne n'échappe à Céline. Je parle des écrivains et pas des écrits-vains. "
   (Antaios, Figures et éveilleurs, Bruxelles).

 

 

 

 

* David ALLIOT (écrivain et imprimeur): " M. Klarsfeld s'érige en censeur. M. Klarsfeld décide ce qui doit être célébré ou pas. C'est donc M. Klarsfeld qui décide ce que les Français doivent faire ? Si l'on en croit ses déclarations, il faudra attendre " plusieurs siècles " avant de pouvoir célébrer Céline ! Diantre ! C'est M. Klarsfeld qui fixe également la levée de l'opprobre. Puisque M. Klarsfeld régente les Lettres françaises, nous attendons de savoir quel sort sera réservé au très stalinien Louis Aragon (que les idées antisémites de Céline n'ont pas toujours dérangé), à Marcel Jouhandeau, auteurs d'écrits condamnables, à Paul Morand qui n'avait que mépris pour le peuple d'Israël, au très antisémite Voltaire qui doit sa fortune à la traite négrière, à Hergé dont certains dessins n'ont pas toujours été exemplaires, à Georges Simenon, qui ne passe pas pour un grand philosémite. La liste n'est pas exhaustive, et l'on pourrait rajouter le très antisémite Théophile Gautier, célébré lui aussi en 2011...

      M. Klarsfeld à la mémoire sélective, mais avant de libérer les étagères de ma bibliothèque, j'attends de recevoir ses consignes de lecture. En 2011, le plus grand écrivain français du XXe siècle ne sera pas honoré dans son propre pays. Il n'y a qu'en France que l'on voit ça. Toutefois, si l'on ne peut reprocher à M. Klarsfeld de méconnaître et de ne pas apprécier Céline, on reste perplexe devant les indignations exprimées par un maire de premier plan, et par l'attitude d'un parent d'un ancien président de la République, aujourd'hui ministre. Ceux qui naguère cautionnaient par leur silence le régime de M. Ben Ali en Tunisie n'ont pas loupé l'occasion de se refaire une virginité électorale sur le dos d'un vieil écrivain antisémite. C'est ce que l'on appelle " l'indignation à géométrie variable ". En politique, c'est de bonne guerre ; pour le reste, chacun jugera... "
  (Le Monde.fr , 27 janvier 2011).

 

 

 

 

 * Philippe ALMERAS (critique littéraire et biographe): " Pourquoi lit-on plutôt l'un que l'autre (Montherlant) ? Une fois écartée la fausse réponse du style, il faut imaginer le lecteur, jeune ou vieux, gavé de l'aube au crépuscule de bons sentiments envers les femmes, les immigrés, les sans-papiers, sommé de tenir tous les bipèdes pour ses semblables et convaincu de culpabilités rétrospectives variées, il faut imaginer ce lecteur découvrant la prose lyrique du seul qui sache piétiner nos tabous les plus chers entre deux ballets et trois idylles. L'impunité fournie par le temps et le talent assure la renaissance du phénix. " (Article dans le 300e du BC sept. 2008).

   - " J'ai passé Céline au laser, au peigne fin, à la suspicion systématique, au détecteur de mensonges, rien à déclarer, alors si je vous dis que le monstre est génial, je sais de quoi je parle. "
 (Maroc Hebdo international, Suresnes, 5-11 octobre 1996).

 * " Dans la période précédent Soixante-huit, période respectueuse des grands tabous et des reconstructions historiques audacieuses (la France résistante, la France victorieuse), on avait perdu les repères conceptuels et stylistiques des temps précédents. Rien ne donne une idée aujourd'hui des polémiques de l'entre-deux-guerres et des insultes sanglantes qu'on se lançait de part et d'autre. Or il fallait ressaisir tout cela pour ressaisir le phénomène Céline. A cet égard rien ne trahirait plus le texte, lorsqu'on se résoudra à republier les pamphlets, que son affadissement par des notules et des gloses, comme les notes dont on a paré les romans, enrobages raisonnables pour ce qui ne l'est pas (l'émotion évoquée par la mort ignominieuse de Louis Renault, par exemple).

 Céline va plus loin que les autres mais les autres allaient déjà passablement loin, Aragon en conchiant solennellement l'Armée française ou en se réjouissant en rimes du massacre intégral de la famille impériale russe ( " Hourra l'Oural ". Nous relisons tout cela dans l'accalmie respectueuse qui suit les grands massacres. Céline n'avait peut-être pas tort de se prendre pour le bouc émissaire de ses hypocrites confrères, résistants par intention. "
 (Vingt-cinq ans d'études céliniennes, éd. Minard, BC n°87, novembre 1989).

 


 

 

* Jacques-Pierre AMETTE (écrivain, critique littéraire, prix Goncourt 2003): " Grâce à son raffinement stylistique, il ajoute à l'argot patine et noblesse. Comme La Bruyère ou La Rochefoucauld, il tend vers le portrait moral et vise à l'université. Un style saccadé, vachard, qui n'est absolument pas naturel, mais ciselé. On retrouve la conversation française avec sa vitesse, ses saillies bifurcations, digressions, rire voltairien, et  ronchonnerie franchouillarde. 

   Aveuglés par l'aspect torrentiel de son écriture, les critiques littéraires de l'époque étaient incrédules quand Céline affirmait que ses influences venaient de Voiture et de Mme de Sévigné. "
   (Le Point hors-série n° 20, nov-déc. 2008).

 

 

 

* Jean ANOUILH (écrivain et dramaturge 1910-1987): " Entre ANOUILH et Céline, à première vue, le lien est faible. Pourtant, on a souvent cité Céline à propos de la noirceur d'ANOUILH, de son ton rageur contre la société, et contre l'homme en général, - un ton parfois mêlé de tendresse. Les deux hommes sont toujours restés éloignés l'un de l'autre, malgré un ami commun : Marcel Aymé. En politique ANOUILH n'avait que des réactions épidermiques, il le reconnaissait, et ne se mêlait pas des vicissitudes de l'Europe. Par amitié pour Brasillach, il s'est battu fin janvier 1945 dans l'espoir d'obtenir la grâce du condamné à mort. Son échec l'affecta profondément. Il devint dès lors d'un antigaullisme farouche et jamais démenti. Les mots de Céline sur la mort de Brasillach l'ont sans doute consterné, s'il les a lus.

    Du côté de Céline, une seule mention d'ANOUILH, dans un P.S. du 30 juillet 1957 à Roger Nimier : " Les auteurs célèbres aujourd'hui sont les auteurs de théâtre : Montherlant, Camus, cette grosse vache de Marcel (Aymé), ANOUILH, etc. Les prosateurs (sic) ne sont lus que par des vicieux. " Et bien, ANOUILH, lui, lisait les " prosateurs ". Dans la préface de La Traversée d'une vie , quelques lignes témoignent de l'attention avec laquelle il avait lu Céline : " Il y a même comme un air de Céline, écrit-il, dans certains passages d'exode, et dans la description de la pension anglaise qui m'a rappelé celle de Mort à crédit. "
 (Benoît Le Roux, La Traversée d'une vie, Robert Laffont, 1974, dans le Petit Célinien 22 décembre 2010).

 

 

 

 

* Sonia ANTON (docteur en littérature française, enseigne à l'IUT du Havre): " La correspondance de Céline est enfin d'un immense apport dans notre connaissance de l'œuvre littéraire. Elle offre un creuset inépuisable de thèmes et d'obsessions qui traversent aussi l'œuvre. Ces lettres sont un lieu d'exploration de l'imaginaire et de la pensée de Céline, et donnent prise à des analyses tant thématiques que d'orientation psychanalytique. Elles nous éclairent aussi sur l'idéologie de Céline, en retraçant l'évolution de ses prises de position politique et de ses idées.

   Elles permettent une analyse d'ordre génétique, au sens large du terme, en nous livrant des informations sur l'histoire des œuvres, les procédés de fabrication, la poétique célinienne. L'écrivain ne s'est finalement jamais exprimé sur sa poétique que de façon relativement fragmentaire et surtout très métaphorique ( " la petite musique ", " le métro émotif ", " la dentelle ", etc.) Celle-ci continue à donner lieu à des travaux de décryptage et d'affirmations interprétatifs, pour lesquels les lettres ont toujours été un support très précieux. "
 (Céline épistolier, Editions Kimé, 2006).

 

 

 


 * Antonio Lobo ANTUNES (écrivain, romancier portugais): " Mon père, un jour m'a montré Mort à crédit, en français, dans la vitrine d'un libraire. Il m'a dit : " Il faut absolument que tu lises ça. J'avais seize ans, j'ai lu le Voyage, dans la deuxième édition, chez Denoël, qu'il avait à la maison. J'ai été si enthousiasmé que je lui ai écrit en lui demandant une photo, comme à une star de cinéma. Et il m'a répondu, sur son fameux papier jaune. Une lettre très tendre, très affectueuse. Il me disait que pour écrire des romans, il fallait abandonner presque tout le reste. Ce qui m'a ému, surtout, c'était de voir mon nom écrit par Céline sur l'enveloppe : Antonio Lobo ANTUNES, Lisboa. C'était en 1959. Ca a débuté comme ça... "
 (Libération, 25 octobre 1985).

 

 

 

 * Louis ARAGON (poète, romancier, journaliste et essayiste 1897-1982): " Sous le titre " Le tyran des lettres ", l'hebdomadaire Minute a, dans son n° 1089 (février 1983) publié la lettre suivante : " Après la mort d'ARAGON, j'ai été très étonné de ne pas lire le moindre détail concernant son passage au Comité national des écrivains que Jean Paulhan (écœuré) devait quitter en 1948. Dès 1944, devenant le membre le plus influent du CNE, ARAGON fait régner une véritable dictature sur les lettres françaises. Il a empêché de toutes ses forces des écrivains aussi importants que lui de parvenir à la postérité.

 
   C'est à cause d'ARAGON et du CNE que la plupart de nos enfants n'ont jamais lu un seul livre d'Henri Béraud, de Drieu la Rochelle, de Brasillach, de Daudet, de Chardonne ou d'Alphonse de Châteaubriant. Seul Céline a pu échapper d'un purgatoire qu'on n'a pas réussi à transformer, pour lui, en enfer éternel...Il était vraiment trop grand pour les nains du CNE. Tous ces écrivains (et bien d'autres) d'immense talent s'étaient trompés et avaient joué la mauvaise carte mais aucun n'avait du sang sur les mains. Aucun n'avait été décoré par Hitler alors qu'ARAGON l'a été deux fois par Staline, que tous les historiens s'accordent à présenter, désormais, comme le tyran le plus sanguinaire de toute l'Histoire. "
 (BC n° 8, avril 1983).

 * J'ai toujours aimé les gens pour des raisons qui n'étaient pas politiques... pour leur poésie, leurs écrits, leurs peintures... J'ai admiré Barrès... J'ai pris le goût de Claudel. Dans le cas de Céline, c'est un peu plus complexe car il est difficile de séparer les opinions de l'auteur de ses textes : il y a des choses si intolérables que le livre vous tombe des mains.
 
   Mais initialement, j'ai beaucoup aimé le Voyage au bout de la nuit. J'ai même eu d'excellents rapports avec Céline pendant un certain temps... Il m'a fait l'honneur de déclarer qu'il avait appris à écrire en lisant Le Paysan de Paris. C'est probablement excessif mais enfin... "
 (Lui, avril 1974, Spécial Céline n°7).

 

 

 

 

* Alberto ARBASINO (écrivain et essayiste italien contemporain): " Dans ce pavillon délabré, cerné d'une désolation incroyable, vit encore l'auteur de Voyage au bout de la nuit qui changea il y a tant d'années son nom de chevalier de Barbey d'Aurevilly pour celui de sa mère ou de sa grand-mère, paysanne ou artisane, Céline. Et après la publication de son tout récent livre, D'un château l'autre, qu'on a fait mousser comme un évènement des plus sensationnels et comparé pour son importance au moins à l'œuvre de Proust, il assiste avec amertume à sa redécouverte comme post mortem après un si long silence officiel. Il dit que " c'est inutile , que c'est trop tard ".

   J'ai trouvé un vieillard épuisé, dans un état d'abandon absolu, vêtu d'un chandail troué, dans des pièces et au milieu de meubles qui invitent à s'exclamer : " Mais vous n'avez donc pas de chiffon pour la poussière dans cette maison ? Ou plutôt je vais vous en apporter un ! " trop fatigué et confus, et au-delà de tout mouvement de cœur, pour qu'il semble se soucier - en définitive - de rien. " Un italien ? s'étonne-t-il en me faisant entrer. Je n'en ai pas vu depuis des décennies. "
 (Chapitre " Docteur Destouches " été 1957, in Paris ô Paris, Gallimard, 1997 dans BC n°177).

 

 

 

 

* Marcel ARLAND (1899-1986, romancier, critique littéraire, co-directeur de la NRF, reçu à l'Académie française en 1968): " Cher ami, / " Notre ennemi est nôtre etc. " GC est parfaitement au courant de ce que je demande à la NRF... / Les fesses bien tassées sur ses 80 millions annuels il se fout pas mal de mes raviolis ! / Bon ! / Les maquereaux de " méninges " sont bien plus fétides, à l'usage, que les pires " maquereaux de morues " / Ceci dit, évidemment il y aurait bel, à revitaliser votre " Illustribus " où tous vos petits chichiteux arrêtent pas de se toucher en tournant autour du pot... se retournant... / Enfin on verra... quand GC n'aura plus ses règles... / Bien votre ami. / LF Céline. "
  (Lettre du 12/7/1956, Lettres Pléiade 2010).


  * - " Certainement cher Ami et bien enchanté mais attendu que F. Sagan est reconnue par la presse mondiale du même calibre de génie que Rimbaud je voudrais bien que votre commentaire me situe une bonne fois pour toutes entre Rabelais et Dostoïevski et très fermement ! autrement j'y perds, et passe pour un péteux fourvoyé charitablement secouru. Une humiliation de plus ! / Voulez-vous vous entendre à ce propos avec Nimier qui a bien voulu " cornaquer " D'un château l'autre. / Votre bien amical / Destouches. "
 (Lettre du 2/4 pour 4/5/1957, Lettres Pléiade 2010
).

 

 

 

* Juan ASENSIO (essayiste, critique littéraire, polémiste, créateur du blog " Le Stalker "): " (...) La cruelle fable du portrait de Dorian Gray n'est pas esquissée, même lointainement, pas une seule seconde elle ne semble pouvoir conclure le texte de Brami. Finalement, c'est La Légende du Roi Krogold, un texte de Céline dont nous ne possédons que des fragments, qui donne le fin mot à notre histoire paraît-il célinienne : on y sent, sous la copie poussive (Emile Brami ayant complété selon sa fantaisie les " trous " de ce texte mythique), une écriture plate, horriblement peu imaginative qui, sans même l'usage de caractères romains, ferait tache au milieu des phrases de Céline ; écriture sans don, style ni gras ni sec que l'auteur paraît avoir tenté d'exorciser en mettant en scène le génial faussaire Pierrick Mazur, dont la psychologie recèle cependant moins d'abîmes que les plus anodins trois points de suspension si chers à l'auteur du Voyage au bout de la nuit.

   Finalement, de façon bien involontaire, Massacre pour une bagatelle n'est peut-être pas tant un roman célinien que l'aveu d'une blessure secrète (et, pour le coup, involontaire ironie, assez célinienne dans sa manifestation), qu'il ne nous appartient pas de sonder. Mais n'est-ce pas le triste sort de ces demi-soldes traînant leur épée en plastique sur les routes défoncées et fort encombrées de la Célinie (où existent bien évidemment de vrais spécialistes, comme Eric Mazet caricaturé par Brami en Mazur) de n'avoir finalement de célinien que le petit doigt, oubliant qu'il faut une main tout entière pour écrire ?... "
 (A propos d'E. Brami, massacre pour une bagatelle, L'Editeur 2010, Le Petit Célinien, 9 sept.2010).

 

 

 

 * Pierre ASSOULINE (romancier, journaliste, biographe, romancier): " Céline est un grand écrivain français, un des plus grands de ce siècle. Il a bouleversé la langue française, bousculé la syntaxe, révolutionné la manière d'aligner les mots. Ils sont très peu nombreux, les écrivains dans ce cas. Il y a, à mes yeux, deux Céline : l'écrivain et le polémiste. De ce dernier, celui de Bagatelles et autres pamphlets de la même veine, je ne dirai rien. Leur excès et leur nature en font des objets d'études qui relèvent exclusivement de la pathologie.  Parlons donc de l'autre Céline. Le Voyage, les Entretiens et beaucoup de ses textes ne doivent pas être jugés à la lumière de son antisémitisme. Cela n'a rien à voir. Le comble de la malhonnêteté intellectuelle et de la médiocrité littéraire consisterait à projeter rétrospectivement la haine du pamphlétaire de la fin des années 1930 sur le Voyage pour annuler le génie de Bardamu. "
 (Information juive, février 1987, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 * Michel Bounan et Jean-Pierre Martin, deux anticéliniens de choc viennent de produire deux livres : le critique littéraire Pierre ASSOULINE les a lus : - " Si les exercices d'admiration me laissent parfois pantois, les exercices d'exécration me laissent toujours perplexe. En lisant la prose de ces anticéliniens parfois déchaînés, on se rend compte que la haine est contagieuse. Que sans une vision du monde qui la transcende, sans projet littéraire qui la sublime, sans talent ni génie, elle n'est que de la haine. Il y a tout de même des passages puissants et inoubliables dans ces deux livres. En toute bonne foi, je les ai cochés. Quand j'ai entrepris de les recopier, je me suis aperçu que c'étaient tous des citations extraites de l'œuvre de Céline. Mes maîtres avaient raison. Il faut toujours préférer l'auteur à ses commentateurs. Ils ne font que passer. Lui, il reste. "
 (Le Nouveau Quotidien, 17 avril 1997). 

 * Céline est un bloc. A prendre ou à laisser. Mais si on prend, on ne laisse rien. Le même homme est à l'origine de l'œuvre une et indivisible. Si on lui trouve du génie on ne peut faire l'économie de l'abjection, des vomissures, de la haine (...) Elles ont partie liée avec sa création, c'est triste à dire, mais elles renforcent aussi la puissance comique de certaines de ses pages les plus délirantes. Il faut vraiment n'avoir jamais lu ses chapitres diabolisés pour passer à côté de cette évidence. "
 (Le fleuve Combelle, Calman-Levy, 1997).

 

 

 

* Yvan AUDOUARD (écrivain, journaliste au Canard enchaîné, 1914-2004) : " Je vais relire la thèse de doctorat de Céline. C'est l'histoire d'un médecin génial et fou qui avait pressenti avant Pasteur l'existence des microbes ?
 
   Céline est pour moi cet accoucheur aux ongles noirs, qui a découvert les microbes dont le monde d'aujourd'hui est en train de mourir. " (Nouveau Candide, 6 juillet 1961, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 


 

 

 * Dominique AURY (dite Pauline Réage, née Anne Desclos, femme de lettres, 1907-1998, auteur de Histoire d'O) : " Et on a publié Céline. J'ai accompagné Paulhan à Meudon où Céline nous a reçus dans sa salle de consultation. Il se plaignait qu'il n'avait pas assez de clientes. Il faut vous dire que le divan sur lequel j'étais assise était de toute évidence couvert de poils de chiens - il avait deux ou trois Danois magnifiques -, et que les mains de Céline étaient noires de crasse... Il nous expliquait qu'il habitait à flanc de coteau, que les femmes avaient toujours mal au ventre et que, pour cette raison, elles répugnaient à monter chez lui. Je me disais qu'on ne devait pas venir deux fois chez lui pour des examens gynécologiques... Céline était un personnage très sympathique et un peu fou. Dubuffet était absolument enthousiaste de Céline. Un jour, il lui a amené sa femme, Lili, qui avait des problèmes pulmonaires. Céline lui a fait des radios et, pendant qu'elle se rhabillait, il a dit à Dubuffet : " Tu sais, mon vieux, fous-lui la paix, elle a des cavernes et elle est foutue. Laisse tomber la pénicilline, c'est de la foutaise, et de toute façon, avec elle, cela ne durera pas longtemps. "

  Dubuffet, tout de même, un peu choqué, est allé voir quelqu'un d'autre. Dubuffet est mort avant Lili. Céline avait incontestablement un côté fou. Il a fini par se brouiller avec Paulhan qui en a eu assez des lettres d'insultes. On l'a refilé à Roger Nimier qui s'est très bien entendu avec lui. Mais il est évident que Céline asticotait Paulhan pour voir jusqu'où il pouvait aller. Une fois, il nous a accompagnés jusqu'à la porte. J'avais à l'époque une vieille traction avant qui ne démarrait pas toujours au quart de tour. Il a assisté aux opérations de mise en marche avec énormément de sympathie. Il était ravi. Une fois partis, Paulhan m'a dit : " Vous savez, si vous aviez eu une voiture en parfait état de marche, il n'aurait pas été si gentil. "
 (Propos recueillis par Arnaud Guillon et Frédéric Badré, L'Infini n°55, 1996, dans L'Année Céline 1996).  
 

 

 

 

 

* Christian AUTHIER (essayiste, romancier, journaliste): " Les pamphlets de Céline sont censurés et tombent sous le coup de la loi. Que faire de plus ? Crever les yeux de ceux qui les ont lus depuis cinquante ans ? Sauf erreur c'est bien Malraux et non Céline qui est au Panthéon ! De même, ce sont les thuriféraires de Staline, Mao et Pol Pot - comme Sartre - qui sont étudiés dans les lycées ! Ce qui est intéressant dans la poussive démonstration de notre ayatollah, c'est que l'on touche du doigt l'air du temps. Derrière le charabia abscons, l'invective plate, les pathétiques difficultés avec la syntaxe, la médiocrité étalée et satisfaite d'elle-même, la bassesse des contre-vérités apparaît la sale gueule du politiquement correct.

     Une pincée de Le Pen et de Bosnie pour être complet et nous voilà au sein des glauques troupeaux entonnant la mélodie haineuse du " Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ". Leur liberté aigre, fourmillante de prisons et de listes noires, n'est pas la nôtre. Un jour, peut-être, ces gens-là gagneront la partie. Ils ouvriront des camps de concentration pour que plus jamais le fascisme ne revienne. Ils brûleront les livres de Céline pour lutter contre l'intolérance. Nous vivrons dans le meilleur des mondes. "
 (Contre Céline, tout contre, L'Opinion indépendante du Sud -Ouest, BC juillet-août 1997).

 

 

 

 

 * Marcel AYME (écrivain, dramaturge et nouvelliste 1902-1967) : " Il s'est créé autour de Céline une mauvaise légende dont il est en partie responsable, n'ayant rien fait pour la détruire et s'étant même plu à l'entretenir. C'est celle d'un homme violent, hargneux, implacable dans ses haines comme dans ses antipathies, avide d'argent, ennemi de son pays, celle aussi d'un démolisseur anarchisant et d'un pessimiste se délectant de l'être. Bien que les apparences plaident parfois pour elle, une pareille légende est aussi éloignée que possible de la vérité. " (Cahiers de l'Herne, 1963)

 * " Tous les dimanches Marcel AYME vient voir Louis à Meudon. Il arrive vers onze heures. Ils échangent quelques mots. Suit un long silence. Louis écrit, pendant que Marcel assis sur le divan, muet, le regarde à sa table de travail... Encore quelques bribes de conversation... à nouveau le silence. A midi, AYME s'en va. " Tu files hein ! les pieds sous la table ! et à l'heure ! pas d'histoire ! la bourgeoise t'attend ! " Plusieurs dimanches se passent et pas de Marcel. Louis s'inquiète. Il téléphone. " Alors ? Qu'est-ce que tu deviens ? - Tu m'engueules tout le temps, j'ai le sentiment de t'embêter. - Mais pas du tout mon vieux, allez viens vite ! On t'attend ! "
  (Serge Perrault, Céline de mes souvenirs, du Lérot, 1992, BC n°146, nov. 1994).

 

 

 

* Alain BAGNOUD (écrivain suisse, romancier, enseignant en lettres): " On ne sait pas si Princhard réussit. Il disparaît du livre soudain. Mais au-delà de Princhard, c'est à tous les pauvres, à tous les faibles, les exploités, les humbles, que Céline accorde sa pitié. C'est d'ailleurs eux qu'il utilisera pour sa défense, plus tard, quand il s'agira de justifier ses pamphlets. Suivez bien le raisonnement. Avant le conflit, Céline ne veut pas de deuxième guerre mondiale, parce que c'est les pauvres qui s'y feront massacrer. Or, d'après lui, la guerre est la faute des juifs (oui, évidemment, ça nous semble complètement absurde, mais une certaine propagande l'assurait à l'époque).

       De plus, les juifs sont des puissants, des maîtres, détenteurs secrets de tous les leviers du pouvoir (la propagande de l'époque, toujours). Donc c'est son amour des petits et sa haine des possédants qui rend Céline antisémite. Il aurait pu notez le bien, finir en face, chez les communistes, à brocarder les patrons et le capital. On hésitait à le classer, au début. Aragon et Elsa Triolet lui tendaient les bras. Mais peut-être que tout compte fait, s'il a rejoint un bord plutôt que l'autre, c'est que son écriture avait plus besoin de véhémence solitaire amère et vindicative que de principes collectifs vertueux. "
  (bagnoud.blogg.org 2010).

 

 

 

* François BALTA (médecin psychiatre, auteur): " Pour moi, j'en étais resté à une compréhension double: Céline s'est piégé lui-même en se présentant " sans idées ", juste " un chroniqueur ". Pour ne pas donner de leçons tout en exprimant ses idées, il faut nécessairement se défausser de la place de maître à penser, et donc prendre un rôle auquel le lecteur ne doit pas pouvoir pleinement s'identifier. Etre détestable à souhait, injustifiable, inacceptable. Comment se faire rejeter au plus sûr ? En " incarnant " (le mot ne plairait pas à Céline ! ) tout ce que chacun ne peut accepter en soi, en grossissant le trait de tout ce qu'il y a de mauvais en chacun. Paradoxe sans doute, pour ne pas agir haineusement, il faut sans doute être capable de reconnaître le sentiment de haine de soi.

  (...) Céline est resté prisonnier de sa position, réduit au silence sur son propre jugement, condamné à exprimer dans la figure loqueteuse de l'ermite de Meudon le repentir et l'absence d'agressivité, s'accrochant de toutes ses forces à une position de victime pour " dire " sans mots qu'il n'était pas celui qu'il avait joué pour nous dire qui nous étions à une époque à laquelle troublée, époque à laquelle Gide pouvait qualifier l'antisémitisme de  " passion banale ". Céline n'a-t-il pas, d'une certaine manière, fait que de renvoyer à la France son propre visage insupportable ? (...) Céline et Freud ont été deux planches de salut parmi d'autres pour naviguer dans ma vie. J'ai touché, grâce à eux, à d'autres terres qu'il me reste à explorer. Je ne peux que les remercier de m'avoir, malgré eux, à leur insu, aider à vivre davantage la complexité de l'humain. "
 
(La vie médicale de Louis Destouches (1894-1961), Etat actuel de nos connaissances, thèse de doctorat de médecine, Université René Descartes, Faculté Necker-Enfants malades, 1977).

 

 

 

 

* Victor BARBEAU (écrivain, philosophe, journaliste et professeur québécois 1896-1994): " Lorsque le docteur Destouches débarqua en Amérique sans tambour ni trompettes, presque incognito et sans que la République l'eût chargé de mission officielle, il était loin de nous être inconnu. Voyage au bout de la nuit, vendu ouvertement, ne le cédait en tirage qu'à L'amant de Lady Chatterley, débité, quelques années auparavant, sous le manteau. Le fait d'avoir été recalé au Goncourt gonflait ses voiles. J'osai, pour ma part en faire le sujet d'un cours en l'entourant de toutes les précautions hygiéniques requises. Je le trouvai, nous étions en mai 1938, à une assemblée de chemises brunes, peut-être noires, taillées sur le modèle européen et dont l'existence, m'apprit-il, lui avait été signalée par un ami de New-York. Le " cher maître " que je lui servis le fit s'esclaffer, et tout de suite nous fûmes dans les meilleurs termes.

  (...) Je l'amenai dans une maison amie boire le coup de l'étrier, le " night cap " du Ritz. Les dieux m'aimèrent, ce soir-là, car nous n'en étions encore qu'à notre première libation que, soudainement, du soliveau qu'il avait été jusqu'à cette heure, Céline se mua en le plus disert et le plus pittoresque des compagnons. Pour le voir au naturel, il avait suffit de le voir dans l'intimité. Ce fut pour nous un nouveau Voyage au bout de la nuit. A cette différence cependant, que pas une seule fois il n'emprunta pour le décrire la langue anarchique par laquelle il s'était illustré. Pas un terme malsonnant, malodorant. Il fut, au contraire, d'une correction académique. "
  (Aspects de la France, 17 janvier 1963, dans BC n°198).

 

 

 

 * Maurice BARDECHE (écrivain, universitaire, biographe et polémiste, 1907-1998) : " Je me suis refusé de considérer Céline comme un homme de droite. J'ai une idée des hommes de droite, d'un idéal de droite, que je ne retrouve pas chez Céline. C'est un nerveux, un homme inconscient de ce qu'il fait : il se conduit comme un irresponsable. Je ne dis pas non plus qu'il est un homme de gauche. Il ne croit pas en l'homme, en la bonté de sa nature, en son rachat ou en sa réconciliation avec lui-même. Céline désespère de l'homme. (...) Ses pamphlets, c'est primaire, ennuyeux, sans nuances. Céline ne comprend rien aux Juifs, ne voit pas qu'il y a toutes sortes de catégories de Juifs, dont il ne donne qu'une image stéréotypée. Des remarques que je trouve justes sur l'empoisonnement de l'âme européenne sont exprimées dans des termes qu'on n'arrive pas à les prendre au sérieux. Ses imprécations contre les Juifs, ses demi-vérités, ses informations de troisième main, ses falsifications talmudiques, tout cela est grotesque.

  Même le style est flou. Je crois qu'il a voulu essayer de représenter le Français moyen, un peu ivrogne, racontant tout ce qui lui passe par la tête. (...) Il s'est cru attaqué dans quelque chose de plus profond que ce que recouvre le mot " celte ". Il s'agissait plutôt, pour lui, d'un génie naturel du terroir français qu'il retrouvait chez les lyriques du XVe siècle, chez Villon, ou Marie de France. (...) Ce lyrisme naturel et paysan, qui s'exprime dans les comptines, les chansons, cette gentillesse du terroir que la spontanéité de Villon lui paraissait représenter assez exactement. "
  (Enquête sur l'Histoire, Entretien, 1987, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 


 

 

* René BARJAVEL (écrivain et journaliste 1911-1985): - Michel Polac : " On m'a dit qu'il écrivait jusqu'à sept versions de ses livres ? "

  - " Oui, il a écrit sept versions successives de Mort à crédit. Et il faut se rappeler le texte de la bande qu'il avait mis sur ce livre. Ses bandes étaient aussi extraordinaires que ses titres. Il avait mis une phrase de Jean-Sébastien Bach : " Je me suis énormément appliqué à ce travail. Celui qui s'appliquera autant que moi fera aussi bien. " Dieu sait si cela n'est pas vrai ! Mais enfin, cela montre le côté acharné, appliqué, le côté artisan de génie de Céline en ce qui concerne la langue. " (Emission de Michel Polac, Bibliothèque de poche, consacrée à Céline, 1969).

 
* " Céline est le plus grand génie lyrique que la France ait connu depuis Villon. Ferdinand et François sont des frères presque jumeaux. Les frontières et les régimes politiques changeront et Céline demeurera. Les étudiants des siècles futurs réciteront " La mort de la vieille bignole " après " La ballade des pendus ", scruteront pierre à pierre les inépuisables richesses de Mort à crédit, cette cathédrale et s'étonneront d'un procès ridicule.
  Vouloir le juger, c'est mesurer une montagne avec un mètre de couturière. "

 
(Le Libertaire, 27 février 1950).

 

 

 

* Jean BASTIER (professeur à l'Université des Sciences Sociales de Toulouse): " Voyage commence par un récit du pire moment de la bataille de Poelkapelle, l'instant de la  blessure de guerre, reçue le 27 octobre 1914 au soir. C'est l'impression de guerre la plus marquante, la minute où Céline a connu la proximité de la mort. Les époques se mélangent et se chevauchent, il y a la Lorraine d'août et de septembre, de l'herbe verte et des forêts sous le soleil, la soif et l'épuisement des chevaux, et il y a le paysage flamant d'octobre, liquide et humide, boueux et brumeux, froid et pluvieux, et la bataille où Bardamu n'a plus de cheval, il est à pied, en " cavalier démonté ", il court sur le champ de bataille, de la course périlleuse de l'agent de liaison, les obus explosent plus près de lui qu'en Lorraine, il découvre l'odeur du soufre et cette fumée qui brûle les yeux,  ces bruits d'explosion qui paraissent emplir tout l'univers fini...

   " Duperie, universelle moquerie "...Céline emploie à propos de la guerre les mêmes mots que Drieu La  Rochelle. Il se demande, comme Blaise Cendrars,  le légionnaire qui aura la main coupée en septembre 1915 : " Quand tout cela va-t-il finir ? " Face à tant d'horreur, Bardamu répondra
par cette sorte de fuite et de refus que constitue la folie.  Comme Moravagine de Cendrars ou Siegfried de Giraudoux, Bardamu deviendra un fou de la guerre. "
 (
Le cuirassier blessé, Céline 1914-1916, Du Lérot 1999).

 

 

 


 
* Hervé BAZIN (écrivain 1911-1996): Le président de l'Académie Goncourt : " Ce ne sont pas les meilleurs qui sont choisis, ce sont ceux que nous considérons comme les meilleurs. On se trompe. Si je ne m'abuse, un certain Mazeline a été désigné contre Céline. "
 (Ouest-France, 21 novembre 1989).

 

 

 

 

* Simone de BEAUVOIR (de son nom complet Simone-Lucie-Ernestine-Marie BERTRAND de BEAUVOIR, philosophe, romancière, épistolière, mémorialiste et essayiste 1908-1986): " Le livre français qui compta le plus pour nous cette année, ce fut le Voyage au bout de la nuit de Céline. Nous en savions par cœur un tas de passages. Son anarchisme nous semblait proche du nôtre. Il s'attaquait à la guerre, au colonialisme, à la médiocrité, aux lieux communs, à la société, dans un style, sur un ton qui nous enchantait.

    Céline avait forgé un instrument nouveau : une écriture aussi vivante que la parole. Quelle détente, après les phrases marmoréennes de Gide, d'Alain, de Valéry ! Sartre en prit de la graine. Il abandonna définitivement le langage gourmé dont il avait encore usé dans La Légende de la Vérité. "
 (La force de l'âge, Gallimard, 1960)
.

 

 

 

 

* Jean-Jacques BECKER (historien): " Publié au surplus plus de quinze ans  après les évènements, ce roman ne peut en rien être considéré comme un reflet de ce que furent mêmes les sentiments des soldats de la Grande Guerre. On peut douter d'ailleurs que ce furent mêmes les sentiments de Céline, engagé volontaire en 1913 à dix-neuf ans, rapidement sous-officier, bien vu de ses chefs, même s'il fait de certains des portraits très noirs, un soldat courageux et calme - par une étonnante pirouette, il attribue son calme à sa lâcheté ! bientôt blessé et décoré, au point de faire la couverture de L'Illustré National qui le prend pour prototype du héros national.

   Il serait d'un autre domaine de se demander comment cet écrivain de génie s'est enfoncé dans la haine de tout, y compris de lui-même, dans ce désespoir, dans cette détestation de la société qui l'a conduit bientôt à écrire les pires horreurs - un délire antisémite qui n'était finalement que la matérialisation d'une haine générale. Il n'y a pas de doute au surplus que beaucoup de soldats pris dans le malstrom de la guerre et dans des situations inimaginables, pouvaient avoir des crises de désespoir, mais si la réalité avait été celle décrite par Céline, comment expliquer que dans leur immense  majorité, ils avaient tenu plus de quatre années ? "
 (Extrait du livret qui accompagne le coffret " Voyage au bout de la nuit ", lecture intégrale, Podalydès, Groupe Frémeaux 2009)
.

 

 

 

* Marie-Christine BELLOSTA (Maître de conférence en littérature française à l'E.N.S.): " En résumant ce portrait du saltimbanque Courtial, on s'aperçoit qu'il fait apparaître un grand intérêt de Céline pour le cirque sous tous ses aspects : Courtial est un acrobate sauteur, il a la vivacité de geste d'un " guignol ", il est aussi bateleur et prestidigitateur, il fait ses tours avec un " arlequin " en concurrence avec des trapézistes italiens, et il incarne Pierrot. Presque toutes les variétés de saltimbanques que Guignol's band I et II proposeront sont déjà présentes dans le personnage de Courtial.

   Or à travers ce personnage Céline met en équivalence plusieurs vocations, celle de pédagogue qui instruit ses contemporains sur l'ordre du cosmos, celle d'inventeur, et celle de saltimbanque. Par ses deux premières fonctions, Courtial évoque l'image de l'auteur d'œuvres littéraires ; impuissant à faire aboutir complètement ses inventions, impuissant donc à changer si peu que ce soit l'ordre du monde, il n'invente véritablement, comme l'auteur, que des mots, et sa fonction, telle que Céline la définit ne diffère en rien de celle d'un auteur d'œuvres romanesques : " Telle était sa destinée, son entraînement, sa cadence, de mettre l'univers en bouteille, de l'enfermer par un bouchon et puis tout raconter aux foules... "
 (De la foire au pitre, Colloque International de Paris, 27-30 juillet 1976).

 

 

 

 

* Johanne BENARD (spécialiste de la littérature du XXe siècle, université Queen's, Kingston, Canada): " Mais voyons d'abord une lettre de 1932, qui montre bien comment le sexe de la femme lui fait occuper une place différente dans le triangle de la persécution. Céline, qui résiste encore une fois au romantisme ou à la sentimentalité, gronde sa destinataire comme une enfant. - " Vous êtes un peu fâchée avec moi N... Je ne parle pas assez d'amour. " Parlez-moi d'amour !... " Je voudrais bien N... mais je ne peux pas. Je ne parle jamais, je n'ai jamais parlé de ces choses-là. Je parle de popo. Je comprends popo. Je mange popo. Je ne suis bon qu'à popo. "
  (Lettre à Cillie Pam, 3 octobre 1932).


 *  On ne peut trouver, je crois, un meilleur exemple du ton paternel de la lettre amoureuse. C'est en tant que père et amant que le sujet célinien célèbre le corps de la femme. L'expression euphémique " popo ", pour désigner les organes sexuels (de la femme ou de l'homme), n'est phonétiquement pas loin de " papa ". Céline lui-même, du reste, propose l'association, aux résonances œdipiennes, dans la formule de clôture ; " Au revoir N... Je vous embrasse bien comme je vous aime. Mais vous êtes une méchante fille qui faites de la peine à papa-popo. (Ibid.) "
 (Surtout quand on est femme, les Lettres de Céline " A des amies ", Actes du XIe Colloque International d'Amsterdam 5-7 juillet 1996).

 

 

 

* Jacques BENOIST-MECHIN (écrivain, journaliste, historien, homme politique, 1901-1983): cite dans ses Mémoires ce propos de Céline : " Non, il n'y a pas eu de guerre franco-allemande ! Cela crève les yeux ! En 1939, il y avait peut-être quelque chose entre les Allemands et  les Pollacks, ou même - moi, je veux bien - entre les Allemands et les Rouskis. Il n'y avait rien entre les Allemands et les Français. Les Français se foutaient comme de l'an quarante de Dantzig et du Corridor. Ils ne voulaient pas se battre contre ces histoires vaseuses (...) D'ailleurs, ils l'ont bien prouvé. Les verts -de-gris sont entrés chez nous comme dans du beurre. (...) S'il y avait eu une guerre franco-allemande, croyez-vous que vingt millions de Français se seraient débiné vers le sud et que les Gardes Républicains, ces soldats d'élite, se seraient laissé faire prisonniers par téléphone ! Ils auraient creusé des tranchées et se seraient fait hacher sur place.

    Nous n'étions pas concernés. Il y a eu une guerre judéo-hitlérienne. C'est tout autre chose. Mais on s'est bien gardé de nous le dire, parce qu'on ne voulait surtout pas que ça se sache. La France a été entraînée dans une guerre comme dans un coup fourré. Le pays l'a senti confusément. C'est pourquoi il s'est rétracté. "
 (Mémoires II, page 356, dans BC n° 112).

 

 

 

* Henri BERAUD (romancier et journaliste 1885-1958): " Mon cher Henri BERAUD, / Nous n'en voulons pas aux juifs en tant que Juifs. (C'est une race intelligente,  entreprenante, active, bien que folle dans le fond !). Ce que nous leur reprochons, c'est de faire du RACISME. C'est de ne s'être jamais prêtés chez nous - comme partout - à ce mélange des races dont Blum ose faire état quand il évoque ses ancêtres gaulois ! C'est de nous mépriser. Un juif prendra avec plaisir, pour maîtresse, Mlle Dupont ou Mlle Durand. Mais quand il voudra se marier, c'est Mlle Jacob ou Mlle Abraham qu'il épousera.

    Ce n'est donc pas nous qui l'excluons de notre communauté. C'est lui qui s'en tient volontairement à l'écart, avec une fierté méprisante - et ridicule. Blum à l'aplomb de parler de religion, de prétendre qu'on persécute le juif comme attaché à une foi, au même titre que le catholique (en Allemagne par exemple) - Or, sur dix juifs, il y a neuf agnostiques. (...) C'est en tant que race qu'Israël nous turlupine, race orgueilleusement préservée de la corruption - la corruption, c'est nous ! Que Mr Blum nous cite un seul non-juif dans ses ascendants, s'il l'ose ! Nous le tenons pour non français parce qu'il se refuse, lui, et lui seul, à pactiser dans le fait avec les français. Le jour où il lèvera cet interdit et se fondera réellement dans le bloc national, comme les bretons ou les provençaux, alors il n'y aura plus de question juive... / Et vive Gringoire ! LF Céline. "
 (Lettre au fameux éditorialiste de Gringoire, BC n° 250).

 

 

 

 

* Georges BERNANOS (écrivain 1888-1948): " Pour nous, la question n'est pas de savoir si la peinture de M. Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l'est. Et plus vrai encore que la peinture ce langage inouïe, comble du naturel et de l'artifice, inventé, crée de toutes pièces à l'exemple de celui de la tragédie, aussi loin que possible d'une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, leur âme puérile et sombre, la sombre enfance des misérables.

    Oui, telle est la part maudite, la part honteuse, la part réprouvée de notre peuple. Et certes, nous conviendrons volontiers qu'il est des images plus rassurantes de la société moderne, et par exemple l'image militaire : à droite les Bons pauvres, gratifiés d'un galon de premier soldat, de l'autre les Mauvais, qu'on fourre au bloc...Seulement n'importe quel vieux prêtre de la Zone, auquel il arrive de confesser parfois les héros de M. Céline, vous dira que M. Céline a raison. "
 (
Au bout de la nuit, le Figaro, 13 déc. 1932, 70 critiques de Voyage... Imec Ed. 1993).

 

 

 * Calixthe BEYALA (romancière, auteur de Lettre d'une africaine à ses sœurs occidentales): " J'aime beaucoup Louis-Ferdinand Céline. Nous avons beaucoup d'atomes crochus, nous utilisons une langue crue, authentique... "
(Amina, Paris, août 1995).

 

 

 

 

* Renzo BIANCHINI (écrivain, romancier 1922-2000): " Véritable révolutionnaire de la littérature dans les années 1970, Renzo  BIANCHINI avait choisi de vivre dans le Gers. Il s'y est éteint il y a quelques jours. Un soir, en ce milieu d'été Renzo BIANCHINI, à 77 ans, est parti rejoindre ses amis Alphonse Boudard, Maria Cazarès ou encore Jean-Louis Bory. Dans les années 1970, il avait révolutionné le monde de la littérature avec Les pue la mort. Ce roman qui parlait de l'Afrique avec une certaine allégresse malgré le titre, avait séduit la critique qui avait décelé dans le style de cet auteur un nouveau Louis-Ferdinand Céline.

   Ce pur et dur parisien du 2ème arrondissement ne quittait plus le Gers. Renzo BIANCHINI ne refusait pas le Monde, mais ne l'acceptait plus. Il passait ses journées à sa table de travail, forgeant les mots et les phrases en ayant opté, sur la fin, pour un style moins hermétique. Quelques heures avant sa disparition il corrigeait encore une page rédigée le matin. L'ancien acteur, comme Molière quittant la vie sur la scène, s'est éteint à sa table de travail, au milieu de son univers de mots. "
 (J.M.D.ladepeche.fr , Gers, 21 août 2000).

 

 

 


 * André BILLY (écrivain, romancier, critique littéraire, académicien et prix Goncourt, 1882-1971): " Copenhague, 22 octobre 1947, / Mais non, satané damné con, ce n'est pas de grossièreté qu'il s'agit, mais de transposition du langage parlé en écrit ! / Vous dire merde, ce n'est rien...Vous bottez le cul pas grand-chose...mais faire passer tout ceci en écrit, voilà l'astuce... l'impressionnisme ! / Ah ! que vous êtes loin du problème. Allez, signez des listes noires ! des proscriptions, mouchardez ! flinguez ! bourriquez ! Vous n'êtes bon qu'à ça ! / L-F. Céline. "
 (Réponse à l'article du 11 oct. 1947, le Figaro littéraire
).

 

 

 

 

* Paul-Henri BLANRUE (écrivain, DEA en histoire): " L'auteur de Rigodon a souvent montré le caractère hypnotique de la musique, en particulier au tout début du Voyage au bout de la nuit, lorsque Bardamu, tranquille " anar " sirotant place Clichy, se décide soudain, envoûté, charmé comme un serpent, à suivre une fanfare militaire, qui le conduit tout droit à la caserne et à la guerre de 14. " Dans le récit célinien la musique intervient en des points qui mettent en scène une désarticulation du réel, qu'il s'agisse de la " folie " qui poursuit le trépané ou des histoires de folie que sont les guerres qui parcourent le vingtième siècle et dont Céline s'est voulu le " chroniqueur ".

  " Ainsi qu'on a pu le lire dans Mort à crédit, la singulière écoute célinienne de la musique est liée à son expérience malheureuse de la guerre, elle est en lui l'empreinte que la guerre a laissée, son sceau, blessure et détraquement du corps ", écrit François Bruzzo (Francofonia n° 22, printemps 1992). Il en va de même dans Les Bienveillantes, où la musique indique un tracé, un chemin de fer dont il semble difficile de se détourner. "
 (Les Malveillantes, Enquête sur le cas Jonathan Littell, Ed. Scali, 2006).

 

 

 

* Evelyne BLOCH-DANO (écrivain, agrégée de lettres modernes, journaliste): " La maison n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était ", m'a prévenu François Gibault. Elle a brûlé en 1968. Pourtant, je la reconnais. Un peu moins délabrée, certes, des fenêtres neuves, un portail grand ouvert, mais l'impression est la même : l'abandon. Nous avons rendez-vous dans la matinée, Mme Destouches dort. On nous a autorisés à venir pendant son sommeil. Agée de 94 ans, elle habite toujours route des Gardes. Nous faisons le tour de la propriété. On risque un coup d'œil par les fenêtres. Des ustensiles exotiques, une cage avec un perroquet. Tiens ! Serait-ce Toto, l'affreux Toto, le perroquet de grade, perché sur l'épaule de son maître qui lui avait appris à chanter Dans les plaines de l'Asie centrale de Borodine, et qui chassait les visiteurs à coups de bec ?

   Une voiture remonte l'allée, c'est Marie-Ange, la jeune femme qui s'occupe de Lucette Destouches depuis plus de dix ans. Elle nous invite à entrer pour nous réchauffer autour d'un café. On mesure le degré de mythification d'un auteur à l'émotion étrange qu'on ressent à pénétrer chez lui. Le temps, la mort, ont transformé la visite en intrusion pieuse. J'ai beau savoir qu'une partie des lieux a changé, que le bureau a quitté le coin de la salle pour migrer dans la cuisine ; j'ai beau haïr l'antisémite qui appelle à la haine et hurle avec les loups ; j'ai beau distinguer un grand écrivain d'un grand styliste (c'est la dimension de l'homme qui fait la différence), je suis impressionnée. Pour un peu, on baisserait la voix. "
 (
Céline à Meudon, Images intimes, Ed. Ramsay, 2006, Magazine littéraire 2007).

 

 

 

* Isabelle BLONDIAUX (médecin psychiatre a soutenu une thèse de littérature sur Céline): " L'étude du vocabulaire de l'hystérie favorise encore un mode d'abord privilégié de l'imaginaire célinien. Certains des réseaux thématiques auxquels se rattache l'usage de ce lexique dans Féerie pour une autre fois sont connus depuis Voyage au bout de la nuit tandis que d'autres sont inédits dans les romans. Dès le début de l'œuvre, par exemple, l'hystérie, marquée très fortement chez Céline par la double passion de nuire et de jouir, est chez l'écrivain spécifique d'une certaine représentation de la femme caractérisée par l'excitation sexuelle, le sang, et son corrélat obligé, les tendances meurtrières.

   Tel est, dans Voyage, le personnage d'une Madelon, devenue hystérique et meurtrière parce que son Léon la repousse, prétextant un dégoût de l'amour, ou dans une perspective contrapuntique, celui de la jeune femme de vingt-cinq ans au " Rien d'hystérique " mourant de l'hémorragie provoquée par un troisième avortement clandestin, assassinée par une mère incurique tout entière absorbée par la théâtralisation du désastre. "
 (Le vocabulaire de l'hystérie dans Féerie et les versions préliminaires, Colloque de Paris, 1994).

 

 

 

 * Antoine BLONDIN (écrivain, romancier et journaliste, 1922-1991): " La bibliothèque de la Pléiade, consécration suprême, vient de publier en un seul volume les romans de Céline, inspirés par ses séjours et errances dans l'Allemagne enflammée de 1944 à 1945. Ainsi rassemblés, ils constituent une trilogie parfaitement cohérente où la célèbre petite musique de ce Wagner du quotidien trouve des accents exaltés pour colorer le Crépuscule des Hommes...

   Au fil de sa parution, cette trilogie marqua pour beaucoup de lecteurs la résurrection d'un Céline considéré comme l'un des plus grands romanciers de ce siècle. Dans sa continuité, elle nous confirme l'unité d'une œuvre amorcée en fanfare par Voyage au bout de la nuit dans le bouleversement de 1914 et achevée par Rigodon dans le fracas de 1945. Elle pourrait s'intituler : D'une guerre l'autre. "
 (France-Soir, 31 mai 1974).

 

 

* Allan BLOOM (philosophe américain 1930-1992): " Le seul écrivain qui n'offre aucune prise au charcutage de nos critiques marxistes, freudiens, féministes, déconstructionnistes ou structuralistes, qui ne propose à nos jeunes ni pose, ni sentimentalité, ni soporifiques, est justement celui qui a le mieux exprimé la façon dont la vie se présente à un homme prêt à s'interroger courageusement sur ce que nous croyons et ce que nous ne croyons pas : Louis-Ferdinand Céline.

  C'est un artiste beaucoup plus doué et un observateur beaucoup plus perspicace que Thomas Mann ou Albert Camus, pourtant bien plus célèbres que lui. "
 (L'âme désarmée, Julliard, 1987).

 

 



* Léon BLOY (romancier 1846-1917): " Léon BLOY écrivant dans Le Sang du pauvre : - " Je vis, ou pour mieux dire, je subsiste douloureusement et miraculeusement ici, en Danemark, sans moyen de fuir, parmi des protestants incurables qu'aucune lumière n'a visité depuis bientôt quatre cents ans que leur nation s'est levée en masse et sans hésiter une seconde à la voix d'un sale moine pour renier Jésus-Christ..."

    Un demi-siècle plus tard, écrivant de la prison à sa femme, Céline n'était pas plus indulgent pour ses hôtes : - " Nous avons affaire à d'épouvantables danois hypocrites - Toute la férocité des vikings, le mensonge des juifs et l'hypocrisie des protestants - des monstres sans pareil. " Qui peut nier, après avoir lu ces lignes, l'existence de fils invisibles entre ces deux hommes ? "
 (François Gibault, Céline-Bloy, Du Lérot, 2005).

 

 

 * Gwenn-Aël BOLLORE (écrivain, poète, PDG des Ed. de La Table ronde, 1925-2001) : " Je ne connaissais pas Céline avant la Libération, je n'avais aucun devoir d'amitié envers lui " précise l'écrivain breton qui n'a " jamais rencontré " l'ermite inquiet de Meudon. Et de raconter avec un détachement anglo-saxon, comment son épouse, Renée Cosima, et leur fille, Anne, suivaient les cours de danse de Lucette Destouches, deux ou trois fois par semaine, dans la villa de l'écrivain, " assises dans l'entrée, emmitouflées de couvertures et surveillant tout ", " tutoyant pratiquement tout le monde ". Un " modus vivendi sans rancœur " séparait ces deux mondes marqués par la guerre. " Un jour, Céline dit à ma femme : " J'ai besoin d'argent, je vais vendre un manuscrit. N'en parle pas à ton mari qui est trop entêté, mais je crois que son frère Michel est bibliophile ". Ce dernier ne proposa qu'une " somme dérisoire ", environ le cinquième de la valeur de Nord. Piqué au vif, Céline retira son offre et la présenta comme une vengeance à Gwenn-Aël BOLLORE, qui dépensa " au moins le prix d'achat " pour faire relier le lourd manuscrit en quatre tomes par son relieur attitré, l'original Mercher (une phrase court sur les quatre plats de maroquin vert janséniste : " Docteur Destouches / 4, rue Girardon / ne nous a semblé atteint / d'aucune affection transmissible ".)

  " Je l'offris à mon épouse (...). Entretemps Céline avait écrit sur une page de garde : " Ce manuscrit appartient à Renée Bolloré ", pour bien montrer quel rôle subalterne j'avais rempli dans cette affaire ". note avec humour l'acheteur malgré lui, qui, selon son ami fidèle, l'éditeur Jean Picollec, " tenait quand même Céline, ce Breton de Saint-Malo, en haute estime, pour son talent qui ne se pliait pas dans le tiroir des bien-pensants ". Sa cadette, Anne Bolloré-Laborde, a gardé un autre souvenir de ce " couple Destouches hautement antipathique " et celui, franchement déplaisant, de ses visites à Meudon, où Céline, " hâve, vêtu d'un gilet en peau de bête qui rappelait le pelage des deux bergers allemands couchés à ses pieds (...) ne communiquait qu'en exprimant sa haine ".
 (La manuscrit de Nord en vente publique, Valérie Duponchelle, Le Figaro, 14 décembre 2001, BC n° 227, 2002).   

 

 

 

 

 * Nicolas BONNAL (écrivain, essayiste) : " On fête les cinquante ans de Céline, plus grand écrivain et poète français du siècle dernier, au moins pour son Voyage si prémonitoire, dont la moitié de phrases contiennent un octosyllabe ou un alexandrin. Mais j'ai envie de citer quelques phrases des pamphlets. Je n'ai aucune envie de défendre ou de justifier Céline. Mais on ne m'empêchera pas de le lire en ligne et de citer de lui ces propos suivants, qui le rapprochent des grands écrivains et philosophes critiques de la modernité. Ils sont tirés pour l'essentiel des Beaux draps, le meilleur et le moins agressif des ses pamphlets justement diabolisés. Comme Péguy, Duhamel, René Clair ou Charlot, Céline dénonce la " standardisation robotisation insensibilisation nivellement artistique ".

  L'homme des pubs est aussi une machine politique à revendiquer des " droits " : " Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c'est tout. Ils ont pas un autre programme. Ils veulent revendiquer partout, en tout et sur tout et puis c'est marre. C'est des débris qu'ont des droits. Un pays ça finit en " droits ", en droits suprêmes, en droits à rien, en droits à tout, en droits de jaloux, en droits de famine, en droits de vent. "
 (Les quatre vérités, 4/7/2011, Le Petit Célinien).

 

 

 

 

 * Philippe BONNEFIS (écrivain, auteur d'un essai " Céline : le Rappel des oiseaux " ): " Je vous confesse que j'aime ce sous-titre. Mais, dans le fait, la confession ne me coûte guère, le sous-titre n'est pas de moi ! Je l'ai volé à Jean-Philippe Rameau. Chez lequel, en effet, c'est le titre d'une pièce de clavecin. Ce bref excursus pour rappeler (le mot décidément ne veut pas partir) la place qu'occupent les œuvres de Couperin de Rameau dans le fantasme de " francité " qui habite Céline. "

   Moi qui suit le dernier des Français, le dernier qui sache encore ce que c'est que la langue française, je suis l'oreille, en même temps, où se sont recueillis les derniers accents des clavecins et des violes qui, de leurs harmonies, enchantèrent les plafonds de Versailles. "
 (La Quinzaine littéraire, 15 juillet 2009).

 

 

 

* Jean-Louis BORY (écrivain, journaliste et critique cinématographique, 1919-1979): " C'était avant le déluge - vraiment. Avant la guerre. J'avais quel âge ? Dix-sept ans ? j'étais en khâgne à Henri IV, un copain m'apporta le Voyage, je crus recevoir sur la nuque une charretée de briques. A cette époque, j'appartenais aux " Etudiants Révolutionnaires " : j'avais une carte rouge et l'impatience de la jeunesse...Ce fut ce vent d'orage. L'hypocrisie pateline de la colonisation ; l'ignominie de la guerre ; l'omnipotence du fric ; l'égoïsme niais de la bourgeoisie ; le vent balayait ces cloaques maximes de notre chère civilisation blanche et chrétienne.

Tempête si furieuse que des paquets d'ordures vous sautent au visage - furoncle qui éclate, égout qui crève, le torrent écœure mais son jaillissement soulage, libère, venge. A plus de vingt ans de distance, le Voyage est resté pour moi ce roman-corsaire - puissant vaisseau battant pavillon noir, crachant la mitraille par tous ses sabords, à la proue duquel, cloué comme une chouette à la porte d'une grange, hurle, bave, gesticule, l'œil sauvage, le forcené petit toubib de banlieue. "

 


 

 

* Alphonse BOUDARD (romancier 1925-2000): " A partir du moment où j'ai lu Céline, où j'ai compris Céline, je me suis dit : " La littérature n'est pas une chose fermée. " J'ai trouvé chez lui un langage qui venait de la rue, qui n'était pas celui des livres que j'avais lus jusque là (...) On est en taule, il fait froid, on a faim - c'était dur, tu sais la prison à ce moment-là - et on lit tout d'un coup Voyage au bout de la nuit, qui est un livre d'un pessimisme total. Mais ce qui vous tient, ce n'est pas le reste. Un truc mièvre, con, qui te met du baume au cœur pour te raconter la vie, un roman plein d'espoir, où tout va bien, ça tombe à côté... En tout cas, en ce qui me concerne. "

 

 

 

 

 * Pierre BOUJUT (poète, tonnelier, pacifiste, libertaire 1913-1992): " Puisque Céline devient de plus en plus à la mode et que, dans tous les coins de la caverne littéraire, les critiques le placent au sommet de la stylistique française, j'ai pensé que nos amis auraient plaisir à connaître la lettre qu'il m'adressa en 1936. Je dois dire que j'ai toujours admiré sa verve pamphlétaire et sa musique verbale, son style trépidant et le ton presque toujours inspiré de ses écrits. Il est pour moi le poète-prophète, même si je ne suis pas d'accord avec certaines de ses imprécations et si sa haine délirante contre les juifs me paraît une totale aberration. Je l'aime comme j'aime Nietzsche. Ce sont mes frères-ennemis.

  Donc je lui avais  écrit en janvier 1936. je venais de lire avec enthousiasme son Voyage au bout de la nuit et je lui disais qu'à travers sa vision désespérée de l'existence, je sentais passer quelques moments de tendresse sur lesquels il me semblait possible de  fonder ma confiance en l'homme et en l'avenir. Voici ce qu'il me répondit de Saint-Germain-en-Laye, le 7 janvier 1936, avec son écriture si difficile à déchiffrer : - " Cher Monsieur, / Je suis bien de votre avis en toutes choses. Mais je suis croyez-le tout à fait incapable de faire autre chose que mon guignol. J'ai 1000 offres d'autre chose... Je ne sais rien faire d'autre... Et encore peut-être ?... sorti de l'espèce d'action où je me limite, je ne suis qu'un pauvre bafouilleux encore beaucoup plus inconsistant que ses pareils. / Il ne faut pas voyez-vous s'occuper de l'Homme, jamais. Il n'est rien. Il est guetté par trop de choses. Si temps en temps il a un peu d'esprit, tenez-le quitte le malheureux ! cela suffit ! Il en a bien du mal ! Paix à son âme ! Affectueusement à vous. / L.F. Céline. "
 (La Tour de Feu, 132, Réalité ou imaginaire, décembre 1976).

 

 

 

 * Mourad BOURBOUNE (écrivain algérien de langue française) : " Il faudrait être atteint de myopie intellectuelle ou tout simplement manquer de courage pour ne pas reconnaître en Céline un des plus importants écrivains de notre époque.

    Son œuvre est de celles qui fracassent une langue et lui donnent une peau neuve. Les idées et les attitudes politiques de l'homme que nous ne saurions ni justifier, ni même tout simplement oublier ne peuvent nous interdire de rendre hommage à la force et à la puissance qui façonnent son œuvre... "
 (E. Mazet, Spécial Céline 7, nov-déc. 2012 - janv. 2013).

 

 

 

 

 * Pierre BOURGEADE (homme de lettres, romancier, dramaturge, poète, scénariste, journaliste 1927-2009) : " On est atterré à la pensée que les juifs, si nombreux dans la presse, à la radio, à la télévision, laissent se développer sans un mot de protestation la campagne qui tend aujourd'hui à réhabiliter moralement Céline, campagne à laquelle participent nombre d'entre eux. Ce silence crève le cœur. "
 (Le Quotidien de Paris, 20 novembre 1981, dans BC n° 1).

 

 

 

 

 * Robert BRASILLACH (écrivain 1909-1945): " Jamais esclave, ni d'une technique, ni d'une morale, ni d'une politique, Céline a commencé avec le Voyage sa sombre vitupération d'un univers sans Dieu, et, en le faisant, il a prédit d'avance les catastrophes inscrites dans le ciel au-dessus de l'édifice vermoulu. Il fallait que quelqu'un se dressât pour dire non aux mensonges de notre civilisation et pour brosser d'avance les visions de l'Apocalypse.

   Le Voyage est une épopée noire, charbonneuse et souillée, où l'homme moderne est magnifiquement insulté par un poète au cœur forcené, qui n'a peut-être jamais cru qu'aux enfants. "
 (En relisant le Voyage, Révolution nationale, Paris, 25 septembre 1943).

 

 

 

 

* Jacques BRENNER (critique littéraire, romancier, essayiste, 1922-2001): " Je n'ai rencontré qu'une seule fois Céline. Sans me faire annoncer, j'étais allé frapper au bureau qu'occupait Nimier chez Gallimard. Céline se trouvait là. Nimier me dit cependant d'entrer. Céline se tenait tassé dans un fauteuil, la tête rentrée dans les épaules. Il avait un maintien modeste et paraissait très fatigué. Nimier me présenta comme l'auteur de comptes rendus très favorables de Féerie et de Casse pipe. Céline avait sans doute oublié mes articles. Il répéta d'un ton dubitatif : " très favorables " et il ajouta : " Oh ! les critiques ne me gâtent guère. " Il le dit sur un ton qui me rappela l'acteur Carette qui s'illustra dans les rôles de titi parisien. Mais le visage de Céline était celui d'un comédien tragique et je pensai à Antonin Artaud.

  C'était en 1957. Les premiers exemplaires de D'un château l'autre venaient d'arriver dans la maison et Nimier en avait quelques-uns sur la table. Il demanda à Céline s'il voulait bien m'en offrir un. Céline accepta et il écrivit sur la page de garde :                                       M. J. Brenner
                                         Bien Amical
                                           L. Ferdin
 Vous vous doutez que j'ai conservé le volume. Les deux premières lignes sont d'une haute écriture, nette et un peu appliquée. La signature d'un tracé très négligé. "
 (Jacques Brenner, Mon histoire de la littérature contemporaine, Grasset, 1987, p.721).   

 

 

 

 

* Théophile BRIANT (poète breton 1891-1956): Au grand poète breton, ami de Céline, directeur du Goëland, (feuille de poésie et d'art), à quelques mois de la guerre qu'il pressentait lucidement...

  " Saint-Malo, le quatrième an d'Apocalypse. / Mon cher Théo ! / Puisque les poètes ont retrouvé leur Duc, BRIANT-le-Prodigieux, et leur patrie Goëlane aux marches de l'Atlantide, permets que je m'inquiète des archives sauvées... / Depuis des ans déjà j'erre, je quière et je fouille et me laisse de jour et de nuit à mander... Les Légendes et le Braz et la Mort où sont-ils ?... Puis-je les obtenir au prix d'or et de sang ? / L'écho est muet, Théo ! Les libraires sont hostiles. Le Braz est inconnu, les vélins hors de cours, les héritiers atroces, l'éditeur sous les flots... Le temps, la mer, le vent, les protêts, leurs sorcières, la horde des malheurs, la fatigue et la honte ont englouti nos rires, nos tendresses et nos chants et le Braz et sa lyre... et le moindre feuillet du plus celtique message. / Au secours, Théophile, les légendes se meurent ! / Les charniers sont ouverts ! Au trépas de vingt siècles les bourreaux roulent et cuvent ! mufles et goinfres au massacre chancellent sous les armes ! Bientôt le moment rouge et la foudre du monde ! / Saccage ! / Aux dédains et l'oubli vengeance du Poème ! / A toi. / Louis-Ferdinand Céline. "
 (Lettre de Saint-Malo, février 1944, Cahiers de la NRF).

 

 

 

 

* François BRIGNEAU (de son vrai nom Emmanuel  ALLOT, écrivain, journaliste, éditeur, 1919-2012) : " J'avoue ne pas  apprécier beaucoup le bonhomme Destouches... le déballonnage de la fin... la pleurniche de Meudon. Je le regarde avec le regard d'Arletty, comme Marc-Edouard Nabe le raconte dans Tohu-bohu. "
 (
F. Brigneau 75 ans... Un cahier anniversaire, Mes derniers cahiers, 1994).

 * Après avoir évoqué les chansons fredonnées à l'époque, François BRIGNEAU relève que " c'est plus agréable à écouter que les voix graves et frémissantes des prophètes de l'apocalypse. Céline, par exemple. Son dernier pamphlet n'a pas franchi le mur du silence. Il porte pourtant un titre rugissant : L'Ecole des cadavres, et, en exergue, une phrase qui hantera beaucoup d'entre nous durant les années qui vont suivre : " Dieu est en réparation ". D'entrée de jeu, il annonce la situation, sans précaution, sans ménagement : " Aucune dramatisation... Nous sommes pour ainsi dire en guerre. Pas besoin d'en rajouter, on y est dans " la der des der "... Nous sommes déjà dans la danse... Les Démocraties veulent la guerre. Les Démocraties auront la guerre finalement. Démocraties : Masses aryennes domestiquées, rançonnées, vinaigrées, divisées, ahuries...

 Que la guerre s'avance, adorablement préventive, providentielle ! Après la bave, le sang. Une boucherie punitive dont on parlera dévotieusement, extatiquement, dans les chaumières aryennes pendant vingt siècles encore. Tous les prétextes seront valables... N'importe lequel suffira pourvu qu'il emporte les masses aryennes fanatisées vers les gigantesques massacres, qu'il détermine sans réticences possibles, l'extermination enragée des peuples les plus militaires d'Europe... "
 (
National-Hebdo, juillet 39, le dernier été de la paix, n°262, 27 juillet 1989, BC n°87, novembre 1989)

 

 

 

* Michel BROSSEAU (docteur es lettres, enseignant, écrivain): " Céline, dès ses débuts de romancier, présentait la littérature digne de ce nom comme un questionnement. Restait à définir quelle était la principale question posée par l'ensemble de l'œuvre romanesque célinienne. Celle-ci nous est apparue être celle du Sens, entendu comme direction et signification données à une vie d'homme. Quelle place reste-t-il en effet pour le Sens chez ces personnages qui, de Bardamu à Céline, évoluent dans un univers où règnent mort, haine et culpabilité ?

   Inquiets, paranoïaques, bouc émissaires sans cesse sur la brèche, les différents héros-narrateurs céliniens (Bardamu dans Voyage, Ferdinand dans Mort à crédit et Guignol's band, et enfin Céline dans les romans d'après-guerre) apparaissent animés par une nécessité interne de malheur, torturés par la fatalité de l'échec, prisonniers d'un monde saturé de matière, tourmentés par une incessante imagination de leur mort. Cohésion d'un imaginaire qui vient souligner l'incohérence d'un monde où le seul principe organisateur qui ait encore sa place est ce destin qui mène au pire, toujours plus bas, plus loin dans la nuit. "
 (Le héros romanesque célinien face au sens, thèse de doctorat, mai 1997, Année Céline 1997)

 

 

 

 

* Gabriel BRUNET (critique littéraire): " oh ! J'ai beaucoup de querelles à chercher à M. Céline. Pourtant, je m'intéresse à ses livres, non point à titres d'ouvrages qui doivent représenter la norme de la littérature, mais à titre d'exceptions quasi monstrueuses où se révèle, bon gré mal gré, une manière de génie gauche et barbare, fort souvent pesant et ennuyeux, mais génie tout de même ! Il faut quelques livres comme ceux de M. Céline pour battre en brèche la fade littérature académique à qui il faut souhaiter le sort de ces âmes que vomit l'enfer parce qu'elles ont passé dans la vie sans y avoir fait acte d'être vivant. Ainsi la littérature académique traverse ce terrible monde sans trouver d'intense accent ni pour la réalité ni pour le rêve, ni pour la joie ni pour la douleur.

   J'ai dit de ce livre qu'il est apparu brusquement dans notre littérature d'aujourd'hui comme un roman-typhon qui balaie tout sur son passage ; j'ai dit qu'il flamboyait d'une cruelle ivresse qui en fait une épopée de la hargne ; j'ai dit qu'en un sens, ce livre est notre Odyssée, l'épopée d'aventures d'un monde infernal : le nôtre. Notre Ulysse, hélas ! c'est peut-être Bardamu ! Le Voyage au bout de la nuit était une réussite unique : ce livre restera à jamais attaché au flanc de notre époque comme le châtiment qu'elle a mérité à la face de tous les siècles à venir. Mort à crédit n'a pas, je le crois, la puissance irrésistible d'enlèvement du Voyage, ni son étonnante allégresse dans le burlesque. Mais il garde la même passion acharnée pour les vérités que d'aucuns dénomment " les vérités qui ne sont pas bonnes à dire ".
 (L'épopée dégueulasse de la nausée et du dégoût ! Le cas Céline, Je suis partout, 6 juin 1936, dans les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).

 

 

 

 * Yves BUIN (écrivain, médecin pédo -psychiatre et critique de jazz français): " A Soho, il peut exprimer sa passion du music-hall et du bastringue et, surtout, telle que la découvre Geoffroy : sa passion de la danse et des danseuses. (...) C'est dans ce contexte que se situe la rencontre avec Mata-Hari, entre réalité et imaginaire. Venant de Hollande et passant par Londres en vue de rejoindre la France, Mata-Hari cherche à obtenir un visa au consulat. Son dossier atterrit entre les mains de Geoffrroy et de Louis qui, sous couvert de précisions à recueillir, prennent rendez-vous avec elle.

    Elle les convie au Savoy Hotel où elle réside. Selon Geoffroy ce fut un dîner suivi d'une nuit à trois et dont l'intrigue se reproduisit en une sorte de brève liaison. De son côté Céline n'en parlera jamais, sauf à Lucette Almanzor, en semblant confirmer la soirée du Savoy. Frédéric Vitoux a reconstitué le séjour de Mata-Hari à Londres. Arrivée le 30 novembre, elle logea au Savoy durant trois jours avant de se rendre à Folkestone où, après un interrogatoire sérieux, elle put prendre le bateau pour Dieppe le 4 décembre. Trois jours donc, pas plus pour initier une relation avec cette femme rouée, avertie, qui possédait l'art de la séduction et de l'amour. Pourquoi pas ? Avec en prime, pour la postérité, Céline amant de passage, certes, mais amant de Mata-Hari. C'est dire le tourbillon, l'imprévu de Londres. "
  (Céline, Gallimard 2009).


 

 

 

 * Charles BUKOWSKI (écrivain américain d'origine allemande 1920-1994): " Avec Pulp, publié quelques mois avant sa mort, Charles BUKOWSKI rend hommage au roman noir et à... Céline. Livre drôle et douloureux où l'auteur condamné par la leucémie, met en scène sa propre mort. - " La mort, les femmes, la littérature... et la vie dont il a tant souffert : Pulp est une parodie de roman noir où s'entrecroisent les passions et les craintes qui ont fracturé son existence.

    Coursé par une extraterrestre et hanté par un certain moineau écarlate, BUKOWSKI laisse se déchaîner son énergie, sa poésie. Le délire est burlesque, parfois inquiétant, une dernière fanfaronnade avant d'y passer. Un bras d'honneur, ou plutôt un doigt tendu, le geste obscène qui humilie que lui assène Céline lorsqu'il lui échappe une fois de plus. "
  (J.P. Pennaneac'h, Pulp, Grasset, 1995).


 

 

* Roland CAILLEUX (médecin et écrivain 1908-1980): " (...) Alors de la pitié pour Céline, je veux bien, mais c'est pas moi qui l'aie obligé à faire de la politique, il n'avait qu'à rester médecin comme moi, il paie un peu trop sa connerie, c'est vrai, mais pourquoi a-t-il été si con ? Il gémit aujourd'hui dans Arts parce qu'il s'est trompé de cas. C'est un comble. Il voudrait la place de Mauriac, il est écœurant.

  (...) Ceci dit, et les choses mises un peu au point, je me sens tout à fait à l'aise pour parler de mon admiration pour notre plus grand écrivain vivant, je vais faire une conférence à Cambridge sur lui. (...) Oui, l'arrivée de Céline a été un grand moment de la littérature française. "
 (Archives Cailleux, 19 juin 1957
).



 

* Louis CALAFERTE (écrivain 1928-1994) : " J'ai découvert l'œuvre de Céline pendant la guerre, avec une admiration sans borne. Il ne m'a pas influencé, je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, car il aurait dû. Il y a dans son œuvre un apparent refus de l'idée alors que je suis séduit par le jeu des idées. Mais en tant qu'écrivain, c'est un des très grands, un des sommets du siècle avec Proust.

   Je passe sur son action politique, c'est tout à fait autre chose, c'est innommable. Ca fonctionne mal aussi, ça. Quand les écrivains font de la politique, à tous les coups, ils déconnent. Ca va de Châteaubriand, Lamartine, Céline, à Malraux et compagnie. Il y a un dérapage de la pensée, il faut croire que la création ne va pas de pair avec l'acte politique, l'acte d'action immédiate. "
 (Les Inrockuptibles, octobre 1992).

 

 

 

 

* Albert CAMUS (écrivain, dramaturge 1913-1960): " Toujours en train de dire aux gens ce qui est bien, ce qui est mal, ce qu'ils devraient faire et ce qu'ils ne devraient pas faire... se marier... c'est l'Eglise qui doit faire ça... " (L-F Céline).

* " La justice politique me répugne. C'est pourquoi je suis d'avis d'arrêter ce procès et de laisser Céline tranquille. Mais vous ne m'en voudrez pas d'ajouter que l'antisémitisme, et particulièrement l'antisémitisme des années 40, me répugne au moins autant. C'est pourquoi je suis d'avis, lorsque Céline aura obtenu ce qu'il veut, qu'on nous laisse tranquille avec son " cas ".
 (Le Libertaire, janvier 1950).


 

 

 

* Francis CARCO (de son vrai nom François CARCOPINO-TUSOLI, écrivain, poète et journaliste 1886-1958): " Céline ne l'appréciait guère et le confondait avec Dorgelès dans le même mépris : " Ces deux minables sont aussi croquants que rats. Encore et toujours épatés d'avoir découvert Bourget, la Butte, la guerre, le milieu, Paris ! Ils n'en reviennent pas et n'en reviendront jamais ! (Lettre à Jean Paulhan 1949). Il ne supportait pas qu'on le comparât à lui. " Moi, je paye avec ma peau !  C'est pas des historiettes de seconde main à la CARCO ! (Lettre à Antonio Zuloaga). L'individu n'était pas davantage estimé : " Commandeur de la légion d'Honneur, une belle vache, Fromage blanc on l'appelle dans le milieu. "
  (Lettre à Pierre Monnier 1950).

 *  L'homme n'était pas toujours sympathique : en 1940, il était loin de partager le pétainisme de son cousin Jérôme Carcopino, ministre de l'Education nationale. Mais quand il choisit, en décembre 1942, de s'exiler en Suisse afin de protéger son épouse juive, il fit tout de même appel à ses relations vichystes. Et les oublia au retour, en 1944, préférant profiter des faveurs d'Aragon, devenu l'une des puissances littéraires du moment. Il collabora régulièrement aux très communistes Lettres françaises. Contrairement à deux de ses confrères " résistants " de l'académie Goncourt (Dorgelès et Billy), il refusa de signer la pétition demandant la grâce pour Robert Brasillach. Cinq ans plus tard, sollicité par un ami commun (J.G. Daragnès), il refusa aussi d'intervenir pour Céline... qui ne l'oublia jamais. "
 (BC n° 303, déc.2008).

 

 

 

* Emilie CARLES (écrivain, romancière, née Emilie ALLAIS 1900-1979): " La réalité nous oblige à faire des choix. Par exemple, pour un pacifiste au moment des maquis et de la libération, c'était difficile de se dire : " Je ne suis ni pour les uns, ni pour les autres ", parce que l'on savait que les Allemands c'étaient l'esprit du mal, les camps de concentration et l'assassinat du peuple juif. En face, il y avait des hommes et des femmes qui se révoltaient contre ça, qui RESISTAIENT CONTRE CA. (...) Et il y avait Céline. Lui, s'ils ne l'ont pas tué, s'ils ne l'ont pas ASSASSINE, c'est parce qu'il s'est échappé, parce qu'il a fui, sinon s'il n'avait pas quitté Paris, ils l'auraient fusillé comme les autres.

   Même s'il s'est trompé, même s'il a eu des paroles malheureuses pendant la guerre Céline est resté un monument, comme homme et comme écrivain. Le Voyage au bout de la nuit, c'est un chef-d'œuvre de la littérature, c'est fantastique. Il touche à tout cet homme-là. Il a prévu la guerre de 40 quand il a écrit Bagatelles pour un massacre. (...) Les premières pages du " Voyage " ont été une révélation pour moi, ce qu'il disait de la guerre correspondait tellement à ce que moi j'avais vécu et ressenti. (...) Il faudrait que tout le monde les lise et les connaisse par cœur, je crois bien qu'après plus personne n'accepterait d'aller se battre au nom de n'importe quoi. "
 (Une soupe aux herbes sauvages, 1977).

 

 

 

 

 * Henri CASTEX (historien): " J'ai approché Céline à plusieurs reprises dans la librairie de mes oncle et tante, 84 Bd. du Montparnasse en 1936, 37 et 38, librairie connue sous le nom de son créateur, Louis Tschann, mon oncle au nom alsacien, originaire de Thann. J'ai eu quelques contacts avec Céline qui fréquentait la librairie. De quoi parlions-nous ? De ses ouvrages, mais en termes généraux, sans appuyer, notamment sur l'antisémitisme, dont j'avais eu quelques notions par la lecture, très épisodique de L'Action Française. A l'époque, cette note majeure dans les livres de Céline m'amusait, sans plus. Il me dédicaçait la plupart de ses ouvrages parus chez Denoël.

     (...) Comment était-il habillé ? Correctement, mais sans élégance. Il était d'aspect sévère, se prêtant peu à des conversations mondaines. Nous évoquions ses romans, mais il paraissait peu apte au dialogue. Il paraissait penser que Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit étaient ses livres les plus marquants. Il ne m'a jamais parlé des pamphlets antisémites. J'ai vu une fois ou deux, très rapidement, Lucette Almanzor. Physiquement banale, elle paraissait une compagne dévouée. Céline ne cachait pas qu'elle était danseuse et exprimait beaucoup d'affection délicate pour elle, laissant deviner une réelle passion. "
  (Témoignage recueilli par Jean Bastier, BC n°203 nov.1999).

 

 

 

 

 * Claire CASTILLON (auteur, animatrice télé) : " Le style de Céline offre un rythme unique en soi, quasi impossible à reproduire. Et puis il y a le pessimisme. Absolu, profond. Et à la fois rigolard. Les gens qui aiment Céline rient du monde qui les entoure mais ne sont pas dupes. Ce sont un peu des vieux enfants. J'en suis un, enfin une. "
 (20 minutes Paris, 1er juillet 2011, Le Petit Célinien blogspot.com).

 

 

 

 

 * Jean CAU (écrivain et journaliste 1925-1993): " Quoi qu'il en soit, en 1985, la récupération du monstrueux animal est accomplie. Il disait : " Beaucoup de patience et encore plus de vaseline et, à la fin, éléphant encugule fourmi. " Je dirai : " Beaucoup de déodorants, de crèmes épilatoires et de body -building correctif et voici Louis-Ferdinand Céline juché sur le podium de toute son œuvre et sacré plus bel athlète de notre littérature. "

   Récupéré. Ouf ! Ca n'a pas été facile et quelques maniaques ont beau continuer de siffler, dans la salle, on ne les écoute pas. On les prie de se taire. " Imbéciles, vous voulez donc qu'il soit maudit ? Vous rendez-vous compte que son antisémitisme le serait, du coup, également ? Et, avec cette auréole, vous imaginez les dégâts que ferait, en douce, le bonhomme ? "
 (
Paris-Match, 1985).

 

 

 

 * Blaise CENDRARS (né Frédéric-Louis SAUSER, écrivain, poète, romancier suisse 1887-1961): " Oh oui je connais CENDRARS depuis 40 ans. Il n'arrivera jamais à faire tenir un livre debout. Il a de la mémoire en effet mais capharnaüm. Ce qu'il faut tu vois c'est un caractère. Il n'y a pas de caractère chez CENDRARS. Il joue sur l'épatement pour le bric-à-brac. (La midinette.) Kif Dekobra. "
 (A. Albert Paraz, 27 mars 1949).


   * " ...les vieillards sont aussi emmerdants que les mornés, eux en sus ont des vaches souvenances... pensez CENDRARS si je connais !... Il ne me connaissais plus, pouah ! j'étais à l'époque secrétaire et livreur du journal des Inventeurs Euréka place Favart (1918) il venait y mendier sa thune ! ses véritables maîtres : Abel Gance et Félicien Champsaur... ses idoles de l'époque... il ne les a, dans la merde jamais dépassés... il fut même toujours très en dessous... "
 (A Roger Nimier, 22 janvier 1961, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 

* Guido CERONETTI (poète, penseur, journaliste, dramaturge, marionnettiste italien): " Céline a été le plus grand écrivain de notre époque, bien que les ténèbres aient été sur le point, entre 1937 et 1944, de l'engloutir et de le salir misérablement. L'attaque fut virulente (image adéquate Saint-Antoine au milieu des monstres du retable d'Issenheim) mais je vois, je reconnais dans son visage des années de Meudon la fatigue terrifiante, l'immense amâl, l'érgon impitoyable d'un homme qui a traversé toutes les ténèbres en traînant derrière lui, dans une implorante boîte en fer-blanc, un peu de lumière sauvée, quelques éclats de pure compassion humaine.

  Sa faute sera, au Jugement, beaucoup plus légère que ce tabernacle roulant dans la nuit qu'il a endurée, et pour peu qu'il soit possible, vaincue. "
 (La patience du brûlé, BC, août 1995
).

 

 

 

 * Bruno de CESSOLE (romancier, journaliste, critique littéraire, essayiste) : " Si Céline croupit toujours dans les dernières bolges de l'Enfer, c'est moins par ses errements politiques et ses fantasmes racistes que son langage métissé, libertaire, subvertissait en sous-main, que pour avoir été la bouche d'ombre sacrilège qui osa dire, à contretemps, la férocité naturelle de l'homme, le mensonge fondamental de notre société, la novice illusion du bonheur, la stupide chimère de l'espoir. "
 (Céline l'infréquentable, 2011, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 

 

 

 

* Pierre CHALMIN (écrivain, éditeur): " Il appartient bien à notre époque dénuée de toute sensibilité de ne pas sentir Céline qui a tout senti. Plus encore que son style, sa pudeur même, cette élégance impardonnable des émotions, l'accable. On peut bien invoquer pour le condamner les grands mots, le Grand Bien ; on bavarde à côté, et ça n'enlève rien au dernier écrivain français dont la méchanceté restera de n'avoir pas cru à la bonté des hommes, d'avoir choisi de rire à leurs désastres plutôt que de geindre sur leur indignité.

   " Ils étaient lourds... ", voilà ce qu'illustre l'œuvre de cet expert ès grâces et légèretés. Ils n'ont pas changé, pardi ! "
 (Lettre à l'auteur, E. Mazet, dans Spécial Céline n°7).

 

 

 

 

* Paul CHAMBRILLON (critique dramatique 1924-2000): " En publiant D'un château l'autre, Céline déclencha un curieux sandale qui rompit le mur du silence. Ce livre fut considéré par certains de ceux qui s'estimaient ses disciples, comme une " trahison ". le fait même que l'auteur eut accepté de recevoir Madeleine Chapsal, journaliste à L'Express, en était-elle une seconde ? Cet hebdomadaire était considéré alors comme le parangon du " journal de gauche ". Céline perdit là quelques amis de droite.
 
  " Il me manque encore quelques haines. Je suis certain qu'elles existent ", écrivait-il en exergue de Mea culpa. Ce ne sont certes pas à ces haines-là qu'il songeait alors. Cinq ans plus tard, il confiait à un jeune admirateur : " Le mépris total de l'humanité m'est extrêmement agréable. Son oubli total aussi d'ailleurs ! " Un de ces vœux, au moins, nous semble tout à fait irréalisable... "
 (L'Avant -Scène Théâtre, 1er avril 1976).

 

 

 

 

 * Jacques CHARDONNE (écrivain, de son vrai nom Jacques BOUTELLEAU 1884-1968) : " L'ardeur qu'a mis Nimier à préparer la sortie d'Un château l'autre parviendra même à impressionner CHARDONNE qui, dans le passé, lui avait donné ce conseil : " Ne lisez pas Céline. Vous ne buvez que de l'excellent cognac. Inutile de vous adonner à cette vodka. On en boit quand on veut s'enivrer ou en mangeant des steaks tartares. " A présent, au contraire, il défaille d'admiration : " Votre lancement de Céline sera mémorable. C'est un tremblement de terre. "

 CHARDONNE n'a pas changé d'opinion sur l'auteur du Voyage - dont il n'a vraisemblablement jamais lu une ligne - mais il admire l'exploit de Nimier qui, avec la complicité amoureuse de Madeleine Chapsal, a réussi à décrocher ce " scoop " : une longue et explosive interview de Céline dans L'Express qui se veut être la voix de la France progressiste. " (Christian Millau, BC n°196, mars 1999). 

 * " On ne sait pas, je pense, que Céline a été l'homme le plus éloigné de France pendant l'Occupation, et le plus discret. On ne le voyait jamais avec les Allemands, mais ils parlaient avec lui. J'ai entendu dire, un peu trop en ces temps, que notre littérature s'est éteinte après Rabelais, pour renaître avec Céline. Qui parle ainsi de Céline et de la façon dont il était perçu par les Allemands ? Jacques CHARDONNE, dans une lettre à Jean Paulhan, à l'occasion de la parution d'un chapitre de Casse pipe dans Les Cahiers de la Pléiade, en 1948. Et CHARDONNE d'ajouter : " J'ai été heureux de le retrouver dans vos Cahiers. (C'est un saint, je crois), quoique je le préfère dans l'invective (poursuivant des ennemis de son invention, avec une extrême injustice). "
 (
BC n°2007, mars 2000).


 

 

 * Armand CHARPENTIER (auteur libertaire 1864-1949): " Il est bien certain que si Edmond de Goncourt, ayant à décerner le prix qu'il a fondé, avait eu à choisir entre les Loups de Guy Mazeline et Voyage au bout de la nuit, c'est à ce dernier livre qu'il eût donné son suffrage. Goncourt, qui dans la vie sociale était resté très gentilhomme et comme tel attaché aux joliesses du passé, se révélait volontiers, dans le domaine de l'art, comme un révolutionnaire, bousculant les traductions. Ainsi s'explique cette œuvre diverse qui va de la du Barry, de la Pompadour, de Marie-Antoinette à Germinie Lacerteux et la fille Elisa.

   Oui, Goncourt eût aimé l'âpreté et l'amertume de ce Voyage au bout de la nuit, ainsi qu'il aima les révoltes de Léon Bloy, les violences d'Octave Mirbeau, les savoureuses imageries de J.K. Huysmans. Car c'est bien aux œuvres de ces maîtres que s'apparente le roman de Céline qui n'est pas précisément un roman à l'eau de rose. Ce qui fait la valeur de cette œuvre, c'est cette odeur d'humanité faisandée qui s'en dégage, cette vérité qui hurle et aussi la personnalité truculente de ce bohème magnifique, de cet intellectuel qui, en dépit de sa culture se résigne à être un hors-la-loi. "
 (
Le Carnet de la semaine, 6 février 1933, 70 critiques de Voyage... Imec Ed. 1993).


 

 

* Alphonse de CHATEAUBRIANT (écrivain, ancien prix Goncourt et directeur de La Gerbe 1877-1951): Reçu par Abetz à Sigmaringen, avec Céline comme témoin, rêvant aux grandes fêtes qu'ils pourraient donner en l'honneur de l'Europe nouvelle, Alphonse de CHATEAUBRIANT entonne l'air de La Chevauchée des Walkyries... Il chante faux et (...) " Abetz se permet un mot... Là, je vois un homme qui se déconcerte !... d'un seul coup ! le piolet lui tombe des mains... une seconde, sa figure change tout pour tout !... cette remarque !... il est comme hagard ! C'est de trop !... il était en plein enthousiasme... il regarde Abetz... il regarde la table... attrape une soucoupe... et vlang ! y envoie ! et encore une autre !... et une assiette !... et un plat !... c'est la fête foraine, plein la tête ! il est remonté ! tout ça va éclater en face contre les étagères de vaisselle ! parpille en miettes et vlaf !... ptaf !...

   Le coup de sang d'Alphonse ! que ce petit peigne-cul d'Abetz se permet que sa Walkyrie est pas juste ! l'arrogance de ce paltoquet ! ah célébration de la Victoire ! salut !... ptaf ! vlang ! balistique et tête de pipes, il leur en fout !... fureur, il se connaît plus ! si ils planquent leurs têtes l'Abetz et Hoffmann ! l'autre bord ! sous la table ! sous la nappe ! pvlaf ! beng ! "
 (D'Un château l'autre, 1957).

 


 

 * Pierre CHÂTELAIN-TAILHADE (alias Clément Ledoux, Jérôme Gauthier, Valentine de Coin-Coin, 1904-1977, écrivain, journaliste au Canard enchaîné) : " Pour nous le Voyage n'était pas qu'un chef-d'œuvre. C'était une libération.

    Non seulement Céline osait dire des choses furieusement désobligeantes pour l'humanité, mais la façon qu'il avait de dire ces choses nous révélait une liberté d'écrire dont nous n'eussions jamais osé rêver sans son exemple. "
 (Le Canard enchaîné, 12 juillet 1961, E. Mazet, Spécial Céline n°7).

 

 

 


 * CHAVAL (de son vrai nom Yvan Le LOUARN, dessinateur humoriste 1915-1968): " Cher monsieur, / Pardonnez-moi d'être si bref mais je vis écrasé par les corvées ménagères, les soins aux animaux et enfin ces rêvasseries à faire tenir sur le papier, plus la médecine !... ouf !... et l'âge et les infirmités !... Je vous suis reconnaissant d'apprécier si fort mes ouvrages et même mes apparitions ! / Ce n'est pas que je mène grand train ! Dieu non ! Mais tel encore pharaonique pour mes forces ! - Je crois que c'est bien un dessin de vous qui fut la seule drôlerie de mes murs ! - Merci infiniment et toute mon amitié. / L.-F. Céline. "
 
(Lettre à Chaval, 28 juillet 1957).

 

 



 
* Emil CIORAN (philosophe écrivain roumain d'expression française 1911-1995): " Céline a commencé par être un écrivain, un grand, et a fini par devenir un cas, non moins grand. "
(Cahiers 1957-1972, Gallimard, novembre 1997, dans L'Année 1997).

 

 

 

 

* Paul CLAUDEL (poète et auteur dramatique 1868-1965) : " Il développa une importante activité littéraire parallèlement à une carrière diplomatique. Céline l'épingle dans Féerie I pour l'opportunisme de ses " Odes " successivement publiées en l'honneur du maréchal Pétain (Branques, 27 décembre 1940) puis du général de Gaulle (Paris, 28 septembre 1944). la première du Soulier de satin (publié en 1929) à la Comédie-Française le 26 novembre 1943, interprétée par Jean-Louis Barrault avec Marie Bell, fut l'un des évènements mondains et culturels du  Paris de l'Occupation.

  Le poète, membre du CNE à la Libération, élu à l'Académie française en 1946, devint une des principales cibles de Céline, avec Larangon, Tartre et Carbougniat. Ayant eu connaissance de la publication de Féerie I par un article de Robert Kemp dans Les Nouvelles littéraires, CLAUDEL a réagi aux attaques de Céline dans une lettre semi-menaçante datée du 18 août 1952 adressée à Gaston Gallimard, " avec son salut attristé ". Le surnom Martin Ciboire est associé dans Féerie à la Pharisienne, et le Soulier de satin à François Mauriac : pour Céline, bonnet blanc et blanc bonnet, d'où le " nom-valise " Clauriac. "
  (Gaël Richard, Dictionnaire des personnages, Du Lérot 2008).

 

 

 

 

 * Maurice CLAVEL (écrivain, philosophe, 1920-1979) : " Je vois un rapport très contraignant et à la fois très confus entre l'esprit de Céline et ce que j'appellerais l'esprit du premier christianisme. Même ses premiers livres ont quelque chose d'évangélique, dans la mesure où ce sont des livres de pauvre : il y a une sorte de tendresse... Je considère que Bagatelles est le plus inoffensif qui soit. Il est d'une telle outrance qu'on le lit avec passion, mais pour voir jusqu'où il peut aller. "
  (Arts, 12 juillet 1961).

 * " Je me souviens qu'à seize ans mon admiration éperdue pour le Voyage au bout de la nuit m'avait fait accorder tout crédit à Bagatelles pour un massacre, et que mon très léger antisémitisme d'éducation s'en était exacerbé au point... au point que l'excès même, et nul autre remède, me guérit bientôt. C'était trop. Cela reflua. Je devins l'ami et le défenseur des juifs, notamment de 1940 à 1944... Ce qui me fait penser à tel ou tel camarade pareil à moi, à qui cette étrange guérison n'est pas arrivée. Ils ont été fusillés.

  Quand je lis chez Xavier Grall, mon très remarquable confrère de Témoignage chrétien, qu'à l'époque de Bagatelles pour un massacre, les juifs détenaient en effet beaucoup de leviers de commande, il a beau ajouter que ce n'est là qu'une explication et non une absolution, je frémis quelque peu... Même lui ! me dis-je. "
 (E. Mazet, Spécial Céline n°7, Nov-déc 2012-janv 2013).

 

 

 

 * Erick CLEMMESEN (écrivain danois, critique littéraire et artistique 1905-1984): " Céline ne pouvait que détester ce pays où la " petite Sirène " pauvre sculpture d'avorton est devenue le symbole des tourismes, en même temps qu'une très bonne affaire, où pour pouvoir aimer la Paix on a besoin des cruautés servies par une Presse uniquement à sensation. Que Céline ait été injuste avec le Danemark, c'est certain, mais au Danemark, vexé pour jamais on se roule en boule et ne bouge point. Le nom de Céline ne déclenche et presque uniquement qu'une exclamation - le nazi, l'antisémite ! Allez donc à cette Grande Presse, avide de grandes nouvelles parler de l'artiste, de l'écrivain, du génie !

    Et quel beau geste ce serait (pour la récente Académie Littéraire) de mettre une plaque de marbre au Ved Stranden 20, où il vécut, fut dénoncé et fut pris. Car au fond cette haine - ne cachait-elle pas aussi l'amour - un désir de comprendre et d'être compris. Autrement elle aurait pu rester taciturne cette grande âme brûlante et étrangère, aux bords taciturnes, muets et paisibles de la Baltique, cette mer immobile, sans couleurs et sans odeurs. "
  (L'Herne n° 3, 1963).

 

 

 


 * Jean COCTEAU (poète 1889-1963): " La mort de Céline, après celle d'Hemingway, c'est notre arbre qui continue à perdre ses feuilles. Moi qui ne fait pas de politique et qui ne hais  que la haine, j'aimais en Céline qu'il soit un passionné et toujours  vrai dans ses invectives. " 
 (Le Nouveau Candide, 8 juillet 1961).

 

 

 

 

* André CŒUROY (musicologue et critique 1891-1976): " Cher monsieur, / Mille mercis pour votre beau livre sur le jazz - / ... le nègre vous le savez n'aime que le rythme et le tamtam - pas du tout notre mélodie - il la hait il s'en débarrasse comme il peut en la désossant, la défigurant, la salopant. Il nous détruit intimement aussi sous le commandement youtre (tous nos faux jazzman sont juifs). Il nous avilit, nous animalise, nous avachit à plaisir - Question de retour au corporel - Vous m'excuserez de trouver plus à notre façon les marches militaires allemandes - à rythmes héroïques, syncopés, plus dans notre destin que les dégoulis tropicaux avachis américano-youtres (que ce soit par le juif Lewis ou le juif Hilton). Ajoutez à cette mélasse une bonne dose branleuse de mélancolie slavo-chinoise et le complot sera complet... / A vous bien cordialement / L.F. Céline. "
  (Lettre mai 1942, Lettres Pléiade 2010).

 

 

 

 

 * COLETTE (Sidonie Gabrielle COLETTE, romancière, académie Goncourt en 1945, 1873-1954): " Oh pour COLETTE vous savez je suis prêt à la trouver la plus grande écrivaine de tous les Siècles. (...) La COLETTE à mon petit sens a eu une idée géniale La Chatte, une petite idée, mais une trouvaille, au délayage c'est de la merde académique, dite limpide incomparable etc. le bafouillage critique. On la prône surtout d'être une vieille acharnée gonzesse comme Mistinguett et aussi d'être mariée avec un youtron. L'Ambassade Abetz et l'Institut Epting portaient la COLETTE aux nues ! Ils la trouvaient eux la 1ère écrivain de France, juste après Giraudoux qui leur avait bien craché dans la gueule.

   Les boches aiment le fouet, le juif, et le crachat. Ils adoraient leurs ennemis. C'est Mme Abetz qui a fait dédouaner tout de suite le mari de COLETTE de Drancy ! Pensez donc ! Elle-même ne s'habillait que chez Schiaparelli, ne couchait qu'avec Lifar, ne faisait meubler l'Ambassade que par Jensen. COLETTE je crois jouait aux " Résistances ". Du coup ce fut de l'Hystérie chez les Frisés. J'avais une dentiste juive, Mlle Mayer à mon dispensaire de Sartrouville qui passait ses nuits d'angoisse chez COLETTE au Palais-Royal, avec Mme Leibovici la femme du chirurgien. Il s'agissait de retrouver Leibovici (foireux s'il en fut), de sauver le mari de COLETTE... Dieu qu'on s'est amusé ! Tout a très bien fini grâce à Mme Abetz ! C'est moi qui paye finalement pour toute cette faribole ! et quelques autres illuminés de mon espèce ! Quand ça recommencera je vous jure ami d'être du bon côté. "
  (A Jean Paulhan, le 5 juin 1950, Lettres Pléiade, 2009).

 

 

 

 

* Pierre COMBESCOT (romancier, prix Goncourt 1992): " J'ai lu Mort à crédit à vingt ans. J'ai aimé Céline parce que c'était quelque chose de complètement nouveau, un nouveau souffle, une nouvelle vision, un nouveau style. Aujourd'hui, il m'arrive de le relire mais par l'intérieur. "
 (Le Figaro-Madame, 27 juin 1992).

 


 

 * Jean-Louis CORNILLE (professeur de lettres, occupe la Chaire de littérature française moderne à l'Université du Cap): " De Voyage au bout de la nuit et Casse pipe à la trilogie des dernières années - D'un château l'autre, Nord et Rigodon - l'œuvre de Céline ne cesse de tisser une vaste mosaïque, à la fois chaotique et ambiguë, fantaisiste, onirique et étrangement disciplinée, d'énergies créatrices reconnues aujourd'hui comme étant exceptionnelles.

   Récits grossis, déformés, images hallucinées et en même temps soigneusement structurées, style débridé et pourtant sophistiqué, une thématique de la détresse qui accable et de l'ironie qui redynamise - l'œuvre de Céline, apocalyptique et bouffonne, déploie une esthétique à bien des égards prophétiquement postmoderne même si la psychologie et l'éthique qui la sous-tendent gardent un caractère implicitement visionnaire, hanté d'absolu. " (Céline, D'un bout à l'autre, Ed. Rodopi, Vol.33, 1999, dans L'Année Céline 1999).  

 

 

 

* Georges COURTELINE (de son vrai nom Georges MOINEAUX, écrivain 1858-1929): " Auteur notamment de Les Gaîtés de l'escadron (1886), Le 51e chasseurs (1887) et Le train de 8h47 (1888). Leur schéma et le thème de la satire de l'armée qu'ils développent ont été maintes fois repris jusqu'au Casse-pipe du cuirassier Destouches.

   Le 3 janvier 1951, Céline écrivait à Mikkelsen : " Depuis le Roman de Renard XIIe siècle jusqu'à COURTELINE 1900 - il n'est guère d'auteur qui n'ait décoché flèches, lances, bombes contre Tribunaux, juges, avocats ". Céline évoque la villa que COURTELINE habita à Montmartre avec sa femme Suzanne, 89 rue Lepic, où demeura également Noceti. "
  (Gaël Richard, Dictionnaire des personnages, Du Lérot 2008).



 

 

 * Pierre-Antoine COUSTEAU (polémiste et journaliste 1906-1958): " Céline, ce n'est pas seulement un torrent sonore. Ce n'est pas seulement un prodigieux artiste, un écrivain d'exception qui s'est forgé une langue à lui, bien à lui, d'une richesse hallucinante et parfaitement inimitable. Céline sait dire les choses. Mais il a aussi quelque chose à dire. Et ce " quelque chose " a autrement d'importance que la manière de le dire. Reprenez " Bagatelles ", l' " Ecole des cadavres ", les " Beaux draps ". Tout y est. Tout est expliqué. Tout est prévu.


     Tout le mécanisme de notre apocalypse, avec la manière de s'en servir. Céline est le Baedeker du désastre. Attention, virage dangereux. Attention, la culbute est au coin de la rue. Là-dessus, les Aryens ont foncé tête baissée. Personne n'avait cru Céline sur parole. Tant pis. Maintenant personne ne pourra plus jamais recoller les morceaux. "
  (
Je suis Partout, 16 juin 1944).

 

 

 

 

 * Alain CRESCIUCCI (professeur de lettres, université de Rouen): " Dans la constitution du décor géographique l'aliment occupe une place importante. S'il est vrai que dans le " programme réaliste, le monde est descriptible, accessible à la dénomination ", on comprend que ces indications métonymiques que sont les aliments spécifiques, de telle ou telle contrée ou de telle ou telle situation aient leur place. Ainsi en Afrique, le blanc isolé en pleine forêt se contentera de conserves - " Pour la nourriture, qu'il enchaîna (Robinson), c'est rien que de la conserve... " - de même, les fuyards de l'exode allemand profitent, eux, des colis de la Croix Rouge ou des gamelles de l'armée...

   Le séjour américain fait mention de ce qui n'est pas encore un hot dog mais " un petit pain chaud avec une saucisse dedans "... L'Angleterre de Mort et de Guignol's est le pays de la Stout épaisse, du brandy, du gin, du thé et du " porridge ", des breakfasts avec des saucisses (" trop minuscules ") sur du pain grillé, du pudding et de la marmelade. L'aliment est donc l'accessoire d'une certaine conformité au réel, un cliché textuel par lequel l'auteur nous présente dans son discours un calque du réel auquel, en tant que lecteurs, nous souscrivons. "
  (
Les nourritures romanesques, Colloque international de Londres, 1988, Du Lérot éditeur).

 

 

 

 

* Eugène DABIT (écrivain, 1898-1936): " Cher Vieux. / Pauvre Barbusse ! (un très grand écrivain un homme). Il a finit sa vie dans le cafouillage. Comme Malraux comme Gide, comme tous les autres. la désertion pour l'artiste c'est de quitter le concret. Ils ont fini députés ! Fainéants ! On ne votait pas du temps de Cervantès, du temps - Brughel, du temps - Villon. C'est un bulletin qui coupe les couilles. Parler au lieu de faire
  (...) Il faut vivre à la SDN quelque temps pour comprendre toute la pourriture des estrades et des " commissions ", l'émasculation par discours - la fuite vers la théorie. Ô admirable Breughel ! Je crèverai déçu deux fois par les bourreaux, par les victimes. Quel troupeau infect ! / LF Céline. "
 (Lettres 2009, à Eugène Dabit, Sannois le 1er sept.1935).

 

 

 

 

* Didier DAENINCKX (écrivain, journaliste auteur de romans noirs): " Le Voyage a été pour moi une lecture aussi décisive que Le sang noir de Louis Guillou ou Les œuvres d'Eugène Dabit. La transcription du réel chez Céline, sa décontraction dans l'écriture des dialogues, sa parole populaire totalement récréée, le rythme personnel de sa langue, sa manière à lui de tomber du côté de l'écriture populiste avec sa part d'ombre ont été pour moi une révélation. "
 (Le Quotidien de Paris, 12 janvier 1994).


 

 

 

* Sture DAHLSTÔM (écrivain suédois et musicien de jazz): " Musicien dans un groupe de jazz, Spjut débarque en Scanie à la Libération, avec sa contrebasse pour seul bagage. Ivre de femmes et de musique, il découvre la littérature en lisant Voyage au bout de la nuit et se passionne pour Louis-Ferdinand Céline. Quand il apprend que l'auteur, accusé de collaboration, s'est réfugié à Copenhague, Spjut se précipite à sa recherche et l'aide à s'évader vers la Suède en le dissimulant dans sa contrebasse.

  Mais il se trouve contraint de jouer avec Céline dans le ventre de son instrument : ironie du sort, sa musique est bien meilleure grâce à cet étrange concours de circonstances. Un pacte s'établit entre les deux hommes mais las de cet enfermement, Céline supplie Spjut de le libérer. Le jeune homme saura-t-il se séparer de son mentor et renoncer au succès de sa nouvelle contrebasse ? "
 (
Je pense souvent à Louis-Ferdinand Céline, Ed. le Serpent à Plumes 2006).

 

 

 




 
* Maurice G. DANTEC (écrivain français naturalisé canadien): " Lire Normance et l'ensemble de la trilogie allemande comme je le fis l'hiver dernier, et comprendre la miraculeuse impossibilité de la France à produire un seul authentique écrivain futuriste, à l'exception de Céline. "
 (Américain Black Box, Albin Michel 2007).

 

 

 

 

* Frédéric DARD (écrivain 1921-2000) : " Je pense que Céline est vraiment l'écrivain qui m'a le plus télescopé. D'abord par le courage, ou l'inconscience, qu'il a eu dans la démesure. C'est vers seize ans que j'ai rencontré un type qui m'a fait découvrir Voyage au bout de la nuit. Ma pensée s'est mise à vibrer au rythme de ses phrases. Ça a chamboulé ma vie (...) Ce que sa littérature m'a donné : une espèce de notion de l'écriture, mais aussi de la vie, de la dérision universelle. Avant même son style, c'est l'outrance. Rien ne lui résiste. C'est un vociférateur, un imprécateur.

   Et puis dans un deuxième temps, c'est le charme. Il y a un sortilège. Vous découvrez un grand littérateur, un type qui a une vraie puissance évocatrice, un type qui sait vous investir d'une façon fabuleuse. Vous vous sentez infiniment petit et vous vous demandez qui peut faire mieux. Aujourd'hui, avec un peu de recul, si je ne devais retenir qu'un seul bouquin, ce serait plutôt Mort à crédit. "
 (Le Matin, Lausanne, propos recueillis par B. Léchot, 5 décembre 1994
).
 

 * " Il y en a plusieurs (livres sur ma table de chevet), mais un seul en permanence : Mort à crédit de Céline. C'est un des plus grands livres de la littérature française. Et je ne pèse pas mes mots, j'affirme ! Je dois en avoir douze éditions différentes dans ma bibliothèque.

   (...) Je l'ai découvert en son temps en 1936. Ca m'a rendu dingue. La ligne à haute tension ! Tout était là-dedans, l'amour, la mort, la fatalité... On n'a jamais rien écrit d'aussi intense. C'est du sang qui coule, c'est de la merde qui sort. Ce qui me transporte, c'est la cruauté de la réalité, la crudité poussée au délire poétique. Etre cru au-delà de tout, c'est immense. "
  (Lire, 1993).

 

 

 

* Jacques d'ARRIBEHAUDE (écrivain, peintre, dessinateur 1925-2009): " En partant, et alors que Guénot, ployant sous le monstrueux appareil chargé en bandoulière, avait déjà franchi le seuil, il m'a retenu par la manche et ses yeux attentifs se sont plantés dans les miens, tandis qu'il prononçait mon nom en détachant les syllabes : " Un vieux nom du Sud -Ouest, n'est-ce pas ? Dites-moi si je me trompe. " - C'est juste, docteur, Aquitaine, Sud-Gascogne et Navarre.

   Dieu sait pourquoi la consonance de mon patronyme et son origine paraissaient l'enchanter. Comme s'il se réjouissait de voir en moi un plouc de terroir vrai de vrai, à tout jamais indécrottable. Une sorte de parenté ? Il souriait jusqu'aux oreilles d'un air si curieusement entendu que j'ai éclaté de rire. En me serrant la main assez longuement, il s'est penché vers moi pour murmurer : " Revenez quand vous voulez, et surtout n'aller en Afrique que si vous êtes bien retapé. "
 (Complainte mandingue, Ed. L'Age d'Homme).

 

 

 

 * Jean-Pierre DAUPHIN (romancier, archiviste, éditeur de Céline, l'un des fondateurs de la Société d'études céliniennes, 1940-2013) : " A ne lire que la critique depuis 1961 et plus particulièrement la trentaine d'ouvrages ou de thèses qui lui ont été consacrés, Céline n'est jamais considéré que dans l'absolu, en dehors de toute référence à son passé critique.

  Journalistes et universitaires paraissent l'observer de leur seul point de vue, évitant toute situation historique et, par là, la possibilité d'une appréciation enfin synthétique. Cette négligence n'a pas permis de rectifier des méprises qui, Céline y aidant lui-même, ont tourné à la confusion. "
 (Les Critiques de notre temps, 1975, E. Mazet, Spécial Céline n°7)
.

 * " Je ne sens pas tellement célinien. Ce qui me fascine dans l'œuvre de ce grand fauve, c'est le caractère unique de l'expérience qu'elle propose. Rien à voir avec une estimation morale des pensées de Destouches. Pas de culte, je n'ai pas à épouser une âme, ni à faire de disciples. Je regarde des objets, qu'on appelle en général des œuvres d'art. "
 (Propos recueillis par Jean-Louis Ezine, Les Nouvelles littéraires, 17 juin 1976, BC n°323)

 

 

 

* Christian DEDET (médecin et écrivain): " A la rage du soleil, Louis-Ferdinand Céline rit, pleure, se gratte, proteste, ronchonne, éructe, invoque le ciel, se frappe le front. Nous y sommes. Céline joue Céline. Céline par lui-même. Bienheureux Céline qui, jusqu'aux buées de l'agonie, aura conservé une enfance intacte. (...) Au centre de l'été naissant, malgré trois ou
quatre tricots de laine qui le font suer à grosses gouttes, Céline claque des dents. Il marche sur les revers d'un pantalon de velours côtelé dont la braguette baille. Cet homme au bout du voyage, ce médecin qui n'en peut plus, est un pauvre parmi les pauvres.

   Mais au fait, pourquoi Céline a-t-il l'air si pauvre ? Est-ce de la silhouette voûtée, de la démarche incertaine, de l'accoutrement que sourd cet insoutenable reflet d'espérance déchue, de misère intégrale ? Ou bien du seul visage ? Tandis que l'homme bredouille, je contemple ce visage à la dérobée. L'asymétrie en est frappante. Les os font saillie. le menton se propose d'abord ; menton curieusement relevé en galoche et d'où, jadis, l'éternel anarchiste devait tirer son air d'effronterie. (...) Caché par le surplomb de l'arcade sourcilière, par la paupière lourde, un peu tombante, l'œil est petit. Je tente de capter sa lueur indécise, mais en vain, le regard est fuyant, fuyard. De grosses rides vont et viennent sur le front cabossé. Au-delà de tout sarcasme, de toute mimique désespérée, il me semble reconnaître ce masque de bonté navrée, cet air de pitié découragée qu'au cours des nuits de garde, l'hiver dernier, à Saint-Denis, il m'arrivait de pressentir avec cinquante ans d'anticipation, d'une main lasse, sur ma propre ossature. "
  (Extrait du premier tome du Journal 1958-1963, BC n° 216, janvier 2001).

 

 

 

 

* Yanette DELETANG-TARDIF (poétesse 1902-1976): " Jamais le langage parlé, l'improvisation de l'organe vocal n'a été réalisé comme par Céline. Quel débit, quelle incontinence ! Par moments, nous n'en pouvons plus. Le seul rire peut nerveusement nous sauver de certaines pages (celles du mal de mer dans la traversée de la Manche, par exemple, ou de l'agression de Ferdinand sur son père avec la machine à écrire, ou de l'odyssée du cadavre du suicidé à la fin, et bien d'autres encore, irrésistibles d'horreur.

  Mais ce n'est pas un rire " d'humour " comme on l'a dit. Qu'est-ce que Mort à crédit aurait à faire de notre " humour ", de notre pitié, de notre attention même, de nos refus ou de notre adhésion ! Et si terriblement humain pourtant !... Mais je le répète, pas de place ici pour le spectateur et ses petits jugements. Qu'il ait la force ou le vice de regarder - ou bien qu'il se trouve mal, cet accident de vivre se passera de lui. "
  (Cet accident de vivre, Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).


 

 

 

* Paul DEL PERUGIA (docteur d'Histoire à la Sorbonne, universitaire, 1910-1994): " De tous temps, d'Homère à Rabelais, de grands auteurs n'ont affabulé que pour mieux faire partager leur émotion. Il valait mieux parler comme Céline au secrétaire.  d'ambassade allemand que de figurer comme résistant " après avoir fait hommage " de son livre à un oberlieutenant de la Propandestaffel. Sans hausser le ton, on peut se souvenir qu'à Saint-Aubin-des-Préaux, la devise des Céline était : " Plus d'honneur que d'honneurs ".

    Sans doute l'ambassadeur Otto Abetz en comprit-il la grandeur en voyant Céline se dresser devant lui comme le voyait Peter Klarsen accueilli avec amabilité par l'extraordinaire conteur, mêlant astucieusement le Paris occupé de 1870 au Paris de 1943. Mais, il en est pour Céline comme de bien d'autres personnages ou sujets : l'Histoire ne doit plus être connue que tronquée pour correspondre à l'esprit du siècle. "
 (Ecrits de Paris, septembre 1991).

 

 

 

 

* Joseph DELTEIL (écrivain, poète 1894-1978): " J'ai fait la connaissance de Céline à l'occasion de la dédicace de son Voyage au bout de la nuit (un bon exemplaire sur alfa, S.V.P.), dédicace qui pour moi est une date historique : " A l'auteur de Choléra, dont le souvenir nous fait encore peur. " Voyage lu à haute voix, de ce débit à la Jouvet, par saccades, en cherchant les intonations, inflexions et autres épousements de texte, mimant toute l'opération oratoire - car il me semble que les livres de Céline sont essentiellement des livres parlés. Céline l'oral ! "
 (Céline l'oral, L'Herne n° 3, 1963).

 

 

 




 
* Michel DEON (écrivain, dramaturge et académicien, né Edouard Michel) : " Les Beaux draps resteront le plus émouvant cri de douleur de Céline. Le mépris l'étranglait et dans ce mépris on retrouve tous les symptômes d'un amour violemment refoulé. [...] La France lui paraissait plus coupable que n'importe quelle nation, non point pour ses mérites, mais à cause de ses vanités qui lui seraient fatales. [...] Céline sentait déjà monter l'étrange odeur de pourriture parfumée qui annonce le déclin fatal d'une nation. "
  (L'Herne 3, 1963).

 * " L'angoisse existentielle de Céline est un furieux rappel à l'ordre. Il est le premier imprécateur humanitaire de son siècle. Son désespoir est charité, sa pitié accusatrice. Avec Proust qu'il détestait, il a inventé une écriture poétique comme Rabelais au XVIe siècle a inventé la langue française. Quel écrivain resterait insensible à cette révolte permanente contre tout ce qui avilit les temps modernes ? "
 (Michel et Alice Déon, Parlons-en... Gallimard 1993).

 


 

 

* André DERVAL (docteur en lettres, responsable des fonds d'archives à l'IMEC, éditeur des Etudes céliniennes au sein de la SEC): " Deux options se distinguent, elles-mêmes divisées en deux camps : ceux qui désirent que tout Céline soit republié, les uns afin de disposer d'un corpus entier, d'en finir avec la tentation de regarder les pamphlets en aboutissement de l'itinéraire célinien, les autres afin de démasquer l'homme, d'entacher d'opprobre sa postérité, de faire échec à l'attrait de l'interdit et aux extravagances. A l'opposé, ceux qui approuvent les consignes d'embastillement, craignent le manque de discernement du public.

   L'analyse des pamphlets célinien est donc tolérée dans la mesure où un petit nombre en a connaissance, grâce au négoce des " reprints " et des tirages d'époque sur les quais de la rive gauche à Paris. Dès qu'elle en a l'occasion (amputation des textes politiques des Œuvres " complètes ", des " Cahiers Céline " et des références de la " Pléiade ", la presse croit lever le voile sur les boitements du renouveau célinien, là où le bât blesse ; il est bien évident qu'elle s'enfonce à plaisir dans le bourbier des procès d'intention (ce qui n'arrange en rien la confusion des esprits), à partir du moment où un minimum de souci d'honnêteté empêche de gloser  sur des textes inaccessibles au commun des lecteurs. "
 (L'actualité célinienne et la presse francophone, Revue des Lettres Modernes, LF Céline 5, Minard, 1988).


 

 

 

 * Lucien DESCAVES (littérateur, journaliste, romancier 1861-1949): " Monsieur, / Vous avez peut-être eu la bienveillance de parcourir mon livre - Voyage au bout de la nuit - que je présente à votre suffrage pour le Goncourt de cette année. Je me suis demandé s'il vous serait agréable ou utile de connaître l'auteur et dans ce cas j'aurais l'honneur de me présenter à vous, quand vous voudrez, où vous voudrez. Je suis médecin dans ce dispensaire municipal, c'est mon métier après vingt autres, né en 1894 à Courbevoie Seine - médaillé militaire, un peu infirme - 38 ans d'âge - / Agréez je vous prie Monsieur, l'assurance de ma haute considération. / Louis Destouches (Céline). "
 (Lettre du 31 oct. 1932, Lettres Pléiade 2010).

 

 

 

 

 * Robert DESNOS (poète, journaliste 1900-1945): " Rappelons ici que la polémique DESNOS-Céline eut lieu en mars 1941. Aucun lien donc avec l'arrestation de DESNOS qui se produisit en février 1944. Ajoutons que Céline ignorait les activités clandestines de l'auteur du Pamphlet contre Jérusalem. Et lorsque ce dernier le prend à partie, à la parution des Beaux draps, c'est dans... Aujourd'hui, journal collaborationniste auquel il donna des articles jusqu'en 1943.

  Céline n'est donc en rien responsable de l'arrestation de DESNOS, et ne l'a jamais dénoncé comme résistant. L'affirmer constitue une diffamation patentée. Contre Céline, tout serait-il permis ? Au moins, Marie-Claire Dumas, présidente de l'Association des Amis de Robert DESNOS, reconnaît-elle que Céline n'est en rien à l'origine de cette arrestation. "
 (
Marc Laudelout, BC n°236, nov. 2002).

 

 

 

 

 * Luc DIETRICH (écrivain, poète, photographe 1913-1944): " Fini Céline, une grande fin. Je revois la gueule de Céline, chez Denoël : le parleur, celui qui se justifie. Gueule de représentant de commerce " (mai 1936, notation après lecture de Mort à crédit). - " Fini Bagatelles pour un massacre. Livre terrible et tout poignant. Absolument pesant, Savanarola -spéculum -Céline, joie de me sentir chrétien malgré tous les privilèges de la race juive, malgré sa force. " (en 1938, lecture de Bagatelles pour un massacre).

   Et un an plus tard : " Je lis Bagatelles pour un massacre de Céline ou plutôt je relis ce livre sanguinolent, nourrissant, dur du jarret et du poing et d'une telle voix, d'une telle furie ; et ce regard rapide ; perçant sur la bassesse de l'homme. Pauvre Céline, on le sent enfermé dans une boule qu'il amplifie de vacarmes et de gestes. Le grumeau des images, la sarabande. Céline a raison ! Nous voulons plaire, nous prostituons tout avec nos mots vide-ordures : cœur, amour, tendresse, etc. (mercredi 14 mars 1939). Luc DIETRICH et Céline eurent le même éditeur, Denoël, chez qui ils se sont donc rencontrés. Luc DIETRICH trouva la mort sous les bombardements américains de Saint-Lô.
 (les Cahiers du temps qu'il fait, Cahier douze, extraits du Journal, L'Année Céline 1998).

 

 

 

 

* Philippe DJIAN (romancier): " Céline a été un véritable choc pour moi, une révolution. On parle toujours du racisme de  Céline, mais moi, je n'ai jamais lu ses pamphlets. Et de toute façon, il est facile de ne pas les lire... Le personnage ne m'intéresse pas, mais Céline avait une espèce de folie et de talent tellement grands que, bien sûr, à l'époque, ça faisait des étincelles dans le milieu littéraire... Mon livre préféré n'est pas le Voyage au bout de la nuit, mais plutôt D'un château l'autre. "
 (Impact médecin quotidien, 15 juin 1994).

 * " Céline n'est pas un écrivain qui vous tend la main. Il est celui qui vous enfonce la tête plutôt que de vous repêcher. Il est l'ange Exterminateur. Le plus puissant d'entre tous. On peut imaginer que sa noirceur est à la mesure de sa souffrance. Quand je n'avais rien à faire, je passais devant chez lui, à Meudon, et je sentais ma tête se rentrer entre mes deux épaules. J'avais l'impression qu'il s'agissait d'une maison hantée, de laquelle s'échappaient des vibrations terribles.

  Plus tard, après sa mort, lorsque j'y pénétrai, je me sentis oppressé. Céline a toujours été pour moi un maître effroyable. La passion que j'ai pour lui se double d'un côté morbide. Lorsque j'ai lu Bagatelles pour un massacre, je me suis dit que j'avais affaire à un cinglé. Mais il y avait aussi des documents de l'époque qui témoignaient de la folie et de l'abrutissement ambiants. D'une manière ou d'une autre, la haine était un sentiment largement partagé. Le pouvoir de Céline, cette espèce de génie monstrueux de la langue dont il était l'unique et irascible détenteur, avait le chic pour mettre le feu à tout ce qu'il approchait. (...) Et peut-être que certains juifs faisaient vraiment chier, comme aujourd'hui certains cathos font vraiment chier. "
  (Céline représente pour moi le styliste absolu, Ardoise, Julliard, 2002, Le Petit Célinien, 23 nov. 2012)

 

 

 

 

 * Pierre DOMINIQUE (de son vrai nom Dominique Luchini, docteur en médecine, écrivain, polémiste et journaliste 1889-1973) : " L'autorité que garderont ses ouvrages, nul n'en sait rien, mais on les lit et on les relit pour l'heure, et il est clair aujourd'hui que les critiques qui crièrent au grand écrivain en 1932 furent des esprits sagaces. Ils mesurèrent exactement la puissance - la force de frappe -, mais aussi la grandeur, la hauteur de ton de cet anarchiste supérieur. Céline, c'est un homme seul, qui grogne, qui gronde, qui insulte, qui proteste, qui vitupère. Il n'a personne derrière lui, ni parti, ni confrérie, ni ligue, ni église.

  Comme il parle librement, il dit son fait à tous les princes, à tous les marchands, à tous les esclaves, et il multiplie ainsi ses ennemis. Il est brutal, grossier, il appelle les gens et les choses par leur nom ; il y a en lui du carabin qui vous envoie un morceau de macchabée par la figure, histoire de plaisanter. Ou histoire de se défendre. Les étrangers n'ont qu'à ne pas fréquenter les salles de dissection. "
 (BC n°228, février 2002).

 

 

 

* Michaël DONLEY (enseignant anglais, musicologue et écrivain): " Une telle attention au contexte rythmique le plus large, c'est ce que Céline indique lui-même dans autre lettre à Paraz. Minimisant la valeur des dictionnaires d'argot, il écrit que " les mots ne sont rien s'ils ne sont pas notes d'une musique du tronc " (...) La magie n'est pas dans les mots, elle est dans leur juste touche - ainsi du piano - des airs, du Chopin - des notes ".

   Canavaggia souligne également l'importance qu'attachait Céline, dans ce processus de fabrication, à la lecture de son texte à haute voix - c'est-à-dire, à la façon qui révèlerait le mieux sa musicalité. Max Dorian racontant les journées excitantes de 1932, lorsque les épreuves de Voyage arrivaient, le confirme : " Tonitruant, postillonnant, gesticulant, rigolant, il nous lisait tout haut des passages des épreuves que nous recevions au fur et à mesure de l'imprimerie. C'est ainsi qu'il nous révéla son secret : le Voyage est prose sonore, composée pour être lue à haute voix. Mais pour arriver à ce rythme, que d'efforts, de remises en chantiers. "
 (Céline musicien, Librairie Nizet, 2000, dans BC n°212, sept.2000).

 

 

 

* John DOS PASSOS (écrivain et peintre américain, 1896-1970) : " 22 juin 1934 / Cher M. Dos Passos, / Louis-Ferdinand Céline, l'auteur de Journey to the End of the Night, que vous avez sans doute lu et aimé, est en ce moment à New York, et a exprimé, lorsque je l'ai rencontré là-bas hier, le désir de vous rencontrer au cours de son séjour de trois semaines dans ce pays.

  Il est convenu que Céline viendra à Boston à la fin de la semaine prochaine, mais nous ne sommes pas du tout sûrs que vous y veniez au cours de vos vacances d'été. Nous vous préviendrons cependant de son arrivée, et il sera peut-être alors possible d'organiser une rencontre. Sincèrement.
(De l'éditeur américain à l'écrivain John Dos Passos, Provincetown, Massachussets, dans L'Année Céline 1996).

 

 

 

 * Pierre DRIEU LA ROCHELLE (écrivain, romancier, essayiste et journaliste 1893-1945): " Je me suis trouvé, comme tous les autres écrivains contemporains devant un fait écrasant : la décadence. Tous ont dû se défendre et réagir, chacun à sa manière, contre ce fait. Mais aucun comme moi - sauf Céline - n'en a eu la conscience claire. "
 (Préface réédition de Gilles, juillet 1942).


  - " (...) Céline, lui, est bien équilibré. Céline a le sens de la santé. Ce n'est pas sa faute si le sens de la santé l'oblige à voir et à mettre en lumière toute la santé de l'homme de notre temps. C'est le sort du médecin qu'il est, du psychologue foudroyant et du moine visionnaire et prophétisant qu'il est aussi. (...)  Cette facette religieuse de Céline, DRIEU a peut-être été le seul à la mettre en évidence.

  Il classe Céline au côté des " grands vigilants du mysticisme moderne : Veuillot, Barbey et Bloy, Léon Daudet " et poursuit : " C'est un homme qui ressent les choses sérieusement et qui, en étant empoigné, est contraint de crier sur les toits et de hurler au coin des rues la grande horreur de ces choses. Au Moyen Age, il aurait été dominicain, chien de Dieu ; au XVIe siècle, moine ligueur : il est lié à la totalité de la chose humaine, bien qu'il ne la voie que dans l'immédiat du siècle. "
(Article de la NRF, mai 1941, Frédéric Saenen, BC n° 161, fév. 1996).

 

 

 

 

 * Georges DUHAMEL (médecin, écrivain, poète, académicien 1884-1966): " Le souffle qui anime mes livres n'est pas de " vengeance, de violence et de passion " c'est un souffle de patriotisme. Il faut bien vous le révéler puisque vous ne semblez rien y comprendre. Ce n'est pas un souffle d'enculé ni par les allemands, ni par les anglais, ni par les russes, ni par les américains, c'est un souffle de FRANCAIS ! Ah ! quelle rareté !...j'ai tout perdu, j'ai tant souffert pour essayer que le sang français ne COULE PLUS. Là est mon crime, tout mon crime. C'est à moi de vous juger tous et non à vous de me juger. M. Sartre me dénonce comme agent de la Gestapo...En voilà du dénonciateur, de la bourrique puisque vous en cherchez. Et de la plus ignoble espèce : la glorieuse planquée.

    Vertu ! mais je vous vois bien plus en train de faire campagne à l'Académie en sa faveur... je n'ai jamais réclamé pendant l'occupation la peau, l'incarcération de personne... C'est sous la " botte " et sous Pétain que rutilèrent et comment ! Mauriac, Cocteau, Claudel, Aragon, etc. les signataires des listes noires... vous le savez mieux que personne. Quel écrivain a souffert " sous la botte " ? la lessive au sang de l'épuration n'a rien purifié DUHAMEL... Les clefs de Madame Macbeth ouvrent de curieuses portes... "
 (Lettre de Céline à G. Duhamel, 7 nov. 1947).

 

 

* Jean-Pierre ENARD (écrivain, romancier, rédacteur au journal Mickey, directeur de la bibliothèque rose chez Hachette, 1943-1987): " Une fois au moins dans ma vie, j'aurais mangé des gâteaux avec une héroïne de roman. C'était il y a trois ans ou quatre ans à Meudon, au bord de la Seine. Sur la grille du pavillon, que défendaient des molosses agressifs, un écriteau indiquait qu'ici, Lucette Almanzor donnait des cours de danse, mais la femme à la soixantaine menue, avec son pantalon noir serré et ses cheveux roux tirés en bandeau, n'était pas seulement une ancienne danseuse de l'Opéra Comique qui initiait les petites filles de banlieue à l'entrechat et au jeté-battu.

   Sous le nom de Lili, elle avait été la compagne de Ferdine, de La Vigue et du chat Bébert à travers l'Europe en flammes d'Un château l'autre, de Nord et de Rigodon. Céline était mort en juillet 1961, Bébert et Le Vigan avaient disparu, le pavillon du docteur Destouches avait brûlé en 68. Pourtant, je reconnaissais bien Lili, avec sa grâce, son désarroi, sa tendresse pour les animaux. Si j'en avais douté, le perroquet Toto, dans sa cage, m'aurait confirmé que, durant cette heure-là, nous jouions, comme malgré nous, à être des personnages de Céline. "
 (Le Quotidien de Paris, 2 déc.1980, dans le BC n°62).

 

 

 

 

 * Elie FAURE (essayiste, historien de l'art 1873-1937): " Très cher ami, / La gauche qu'est-ce que ça veut dire par les temps qui courent ? RIEN - moins que RIEN. Au fascisme nous allons, nous volons. Qui nous arrête ? Est-ce les quatre douzaines d'agents provocateurs répartis en cinq ou six cliques hurlantes et autophagiques ? Ca une conscience populaire ? Vous rigolez ami ! Je ne vois (et je les connais bien) dans cette sinistre mascarade que de ridicules ou sournois velléitaires dégénérés de tous les idéals, dont la trahison elle-même ne veut plus rien dire.

   Il ne faut plus commettre les fautes de 71. Crever pour le peuple oui - quand on voudra - où on voudra, mais pas pour cette tourbe haineuse, mesquine, pluridivisée, inconsciente, vaine, patriotarde alcoolique et fainéante mentalement jusqu'au délire. Le mur des fédérés doit être un exemple non de ce qu'il faut faire mais de ce qu'il ne FAUT PLUS FAIRE. Assez de sacrifices vains, de siècles de prison, de martyrs gratuits. Ce n'est plus du sublime, c'est du masochisme. "
  (Lettres 2009, à Elie Faure, fin mai 1933).

 

 

 

 

* Ramon FERNANDEZ (écrivain, journaliste 1894-1944): " Vous dirai-je le sujet de Guignol's band ? Ce ne serait pas commode. On pourrait apercevoir dans le monologue célinien plus d'une analogie avec l'écriture musicale, tant en ce qui concerne l'enroulement des thèmes qu'en ce qui concerne le retentissement des sons, de l'enchaînement des sons sur les idées.

   Il faut lire ce livre comme une sorte de symphonie haletante, syncopée en diable, essoufflée parfois, mais d'un essoufflement qui est à son tour comme la notation musicale d'une ironie à froid qui, pour ainsi dire, se fuit elle-même. Car l'ironie de Céline n'aide pas à supporter légèrement l'horreur du monde : elle permet seulement de s'en étourdir, comme d'une drogue. "
 (Panorama, 27 avril 1944
).

 

 

 

 

 * Michaël FERRIER (écrivain, professeur à l'Université Chuo de Tokyo): " Patience de Proust, urgence de Céline. Le premier procède par addition, longues phrases, subordonnées savantes : il construit une cathédrale en quatre dimensions, s'installe dans le Temps, en fait la condition même de possibilité de son œuvre. Le second procède par soustraction, ruptures de construction, broderie des points de suspension : il coud à la main une dentelle fine et meurtrie, un incessant travail de sape qui vise à arracher quelques morceaux de la vie à la trame du temps. Si les deux œuvres au bout du compte poursuivent le même but, survivre à l'anéantissement, elles le font selon deux principes divergents : Proust en se livrant à une analyse minutieuse (et, quoi qu'en dise Céline, admirable) de chaque moment de sa vie, pour en tirer une leçon, révéler une vérité, Céline en se plaçant aux frontières de la mort pour en extraire une vibration, un pétillement ; " les petits airs en train d'oubli, les joies défuntes, le tout petit peu de vie qu'ils cachent encore. "

  Mais la chanson n'est pas non plus dénuée d'aspects idéologiques : le recours à un moment particulièrement brillant de l'art lyrique national (Offenbach, Lecocq, Messager, l'école française de l'opéra-comique) ou à des airs populaires censés représenter le sanctuaire de l'identité nationale (Mayol, Fragson, Chevalier...), voire du " lyrisme esthétique blanc " (lettre à Combelle de 1938), est ainsi particulièrement évident dans les pamphlets, qui reprennent en de nombreux endroits les procédés comiques, mais aussi antisémites, des monologues de chansonniers - à la manière d'un Bruant, qui se présentera aux législatives de Belleville en 1898 avec un programme anticapitaliste aux accents cocardiers et antisémites. C'est ce qu'on pourrait nommer la veine du " folkloriste patriote effréné " ( " je suis un folkloriste patriote effréné dans un pays de dégénérés de laquais et de bâtards ", lettre à Paulhan, février 1948). "
 (Yop te deum, Télérama Hors-série, Céline, 2011).

 

 

 



* Véronique FLAMBARD-WEISBART (professeur de  français, Doctorat, Loyola Marymount University, Los Angelès USA): " Une des obsessions débilitantes de Céline exprimée dans cet échange épistolaire avec la N.R.F. et Marie Canavaggia tient en effet au désir aliénant de l'auteur de se faire publier, et plus précisément " de son vivant " et dans " La Pléiade ". Le 14 septembre 1960, Céline confie ses craintes quant à la publication prochaine de ses textes dans " La Pléiade " à Marie Canavaggia : " Jai été alerté par Laigle au sujet de La Pléiade...J'en doute..." Céline n'a pas tout à fait tort, car deux semaines avant sa disparition, il écrit à Jacques Festy : " Vous avez sûrement noté que dans la Table des Matières je suis pudiquement omis alors que Malraux et Montherlant... Je suis luxé ! Une fois de plus. "

   Si cela se pouvait, et pour arriver à se faire publier de son vivant et dans ses propres termes, Céline irait jusqu'à défier la mort ainsi que le suggère cette lettre à Roger Nimier en 1957 : " Je dois l'avouer en fait de constellations je ne m'intéresse qu'à La Pléiade, et aux amabilités de Gaston. Je me suis donc rendu chez mon notaire pour y étudier mon testament, y ajouter qu'après ma mort je défendais absolument qu'on publie aucun de mes livres dans La Pléiade N.R.F. et même (nous consultons à cet égard) qu'on me publie plus, nulle part - défense absolue - rien de posthume ! Gaston est un petit obstiné, je le suis moi, à l'infini ! "
 (D'une parole sans nom, la publication posthume de Céline, XIe Colloque International d'Amsterdam, 5-7 juillet 1996).

 

 

 

 

* Benjamin FONDANE (1898-1944, né Benjamin WECHSLER, poète, essayiste, critique littéraire, juif d'origine roumain naturalisé français en 1938): " Cher Confrère. / " On ne contente personne " prétendait La Rochefoucauld. Beaucoup plus modeste je n'essaye même pas. (...) Il est bien possible qu'en effet on me pende un jour prochain - qu'on essaye tout au moins - et après ? Ceci prouvera-t-il cela ? Je ne sais pas au juste qui me pendra. Les militaires ? les bourgeois ? les communistes ? les confrères ? Qui ? L'accord n'est pas fait.

    (...) Mon mépris pour ces brutes est total, absolu. Je les aime bien comme on aime les chiens mais je ne parle pas leur langue de haine. Ils me dégoûtent totalement dès qu'ils aboient. Et ils n'arrêtent pas. Qu'ils aillent se faire dresser s'il se peut encore ! Mais je crois qu'ils sont enragés. Et ils minaudent ! / Bien à vous. / L. F. Céline. "
(Lettres  2009, du 29 novembre 1933).


 

 

 * Philippe FOREST (écrivain, romancier, universitaire) : " Que le roman doive être entendu comme une grande parole de pitié adressée à tout ce qui vit et à tout ce qui meurt, que ce soit une telle parole qui résonne essentiellement en lui, et même derrière les éclats de haine et les accents de rage, Céline en témoigne. [...] Ainsi, par exemple Féerie pour une autre fois. On y trouve cette étrange déclaration qui, à elle seule, mériterait des pages de méditation : " Je vous prouverais quand vous voudrez l'existence de Dieu à l'envers.

    " Le roman comme anti preuve ontologique ? Bien mieux que la poésie, le roman parle dans le retrait du divin, dans le vertige qu'ouvre celui-ci, afin de faire entendre depuis un tel abîme une parole toute simple, un mot de révolte vulgaire comme la vie s'opposant à tout ce qui la nie : " la conscience c'est ça : merde ! merde ! jamais, en quelque circonstance, j'ai pu me résigner à la mort... "
 (Anthologie, Eric Mazet, Spécial Céline n°9, 2013).

 

 

 

 * Pascal FOUCHE (écrivain, éditeur et historien): " Depuis plus de trente ans, la recherche sur Céline ne cesse de s'enrichir. Céline ne cessait de réécrire ses œuvres par pages entières pour trouver la meilleure façon d'exprimer ses émotions, et pouvait ne choisir le mot juste qu'au dernier stade de ses corrections. Ainsi la réapparition récente, au début de l'année 2001, du manuscrit de Voyage au bout de la nuit, après celle d'une version dactylographiée, en 1976, éclaire le travail de Céline, parvenant à force de corrections, à sa version définitive et confirme les hypothèses émises sur les versions successives du texte.

   Ainsi la fameuse première phrase de Voyage au bout de la nuit, " Ca a débuté comme ça " apparaît-elle dans le manuscrit sous la forme " Ça a commencé comme ça " ; et c'est seulement sur la dactylographie que Céline a rayé le mot " commencé " pour le remplacer par " débuté ", premier exemple d'un travail qui a fait d'une phrase qui aurait pu rester assez banale l'un des plus célèbres débuts de roman du XXe siècle. "
 (Gallimard, coll. Découvertes 2001).

 

 

 

 

* Annie FRANCOIS (éditrice au Seuil, écrivain) : " j'ai dit que ma mère, pour parer les risques d'une hypothétique crise mystique, m'engagea à treize ans à lire le Voyage au bout de la nuit. Pas question d'entrer dans les ordres, ni religieux ni maternels. je déclarai Céline tricard. Ayant quitté fort tardivement le domicile parental, ce n'est pas avant vingt et un ans que je me suis offert le luxe d'entamer le Voyage. Fiasco. Fiasco total. Or, mes nouveaux amis (de gauche) étaient aussi jusqu'auboutistes que ma mère (de droite). La pression était si forte que je jurai de ne lire Céline que si on ne m'en parlait pas pendant trois mois.

  A trente ans, je n'y tins plus. Après tout, nul n'est obligé d'honorer un pari imbécile engagé avec soi-même. Je repris le Voyage. Fiasco. A quarante ans, au cours d'un dîner avec mes meilleurs amis, je leur dis que s'ils m'aimaient et aimaient tant le Voyage, ils n'avaient qu'à me l'enregistrer. Ils se défilèrent. Pour mes cinquante ans, François organisa une sublime fête chez Armelle. Après que j'eus soufflé les bougies, chacun me remit une cassette où il avait lui-même enregistré un passage du Voyage. A cela près que François, peu directif, n'ayant donné aucune consigne, j'ai évidemment cinq fois l'arrivée à New-York ou la scène de l'avortement. J'ai donc une soixantaine de cassettes. Je n'ai toujours pas lu le Voyage au bout de la nuit. Je l'écoute. "
 (Bouquiner, Seuil 2000).

 

 

 


 * Bernard FRANK (écrivain et journaliste, 1929-2006): " J'aimerais bien écrire un livre sur Vichy avant de mourir. Je ne m'explique pas l'intérêt des Français pour cette période depuis six ou sept ans. Je ne comprends pas qu'on ait réclamé des comptes à François Mitterrand. Pourquoi a-t-on pris un air si épouvanté pour évoquer tout ça ? Comme si le fait de punir ou de condamner allait effacer quoi que ce soit !

     Pour ceux qui ont vécu cette période, toutes ces histoires ne sont pas surprenantes. Les mensonges actuels sont assez effrayants pour les derniers témoins. Mon livre s'appellera Mort à Vichy, clin d'œil à Mort à crédit. Mais je ne crois pas pour autant que Céline ait le mieux raconté cette époque. Trop engagé. Et puis il était plus près de Paris que de Vichy. "
 
(Lire, été 1996).







 * Jean FREUSTIE (né Jean-Pierre Teurlay, écrivain, critique littéraire, 1914-1983) : " L'Hommage à Zola, qu'on m'en excuse, me fait penser par le ton, par une certaine polyvalence des mots, au Malraux des grands jours, ténébreux et prophétique. Le style de Céline, si souvent et malheureusement imité, n'est en rien un style parlé. Plus précieux que l'argot, plus recherché, plus littéraire, il est unique et je dois dire merveilleux dans sa chorégraphie souple et rebondissante. Bagatelles pour un massacre, on y verra le style célinien, pas le meilleur, traduisant la pensée d'un ancien combattant qui n'aurait pas réussi en tant que commis voyageur et connaîtrait Drumont par cœur.

  Une sorte de poujadisme avant la lettre est la pensée véritable du docteur Destouches, pourtant écrivain au magique talent. Ce genre de contradiction existe. Triste histoire que celle de ce Louis-Ferdinand " couillonné " plus par lui-même que par les autres. "
  (Nouvel Observateur, 20 sept. 1976, Spécial Céline n°8, E. Mazet).

 

 

 

 

 

 * Carlos FUENTES (écrivain et essayiste mexicain) : " Comment voyez-vous les relations entre la littérature et la politique : ont-elles à se méfier l'une de l'autre ? "

 " Bien sûr, la littérature se mêle tout le temps de la politique. Parfois bien, parfois mal... Le chilien Pablo Neruda était un grand poète. Qu'il ait été stalinien ou communiste est secondaire, c'est un choix du citoyen. A l'autre extrême, Louis-Ferdinand Céline était un antisémite, un type horrible, mais quels grands livres il a écrit ! Le pire est de se soumettre littérairement à une idéologie. De nombreux écrivains soviétiques l'ont fait et ils ont écrit des livres médiocres. "
  (Lire, mars 2009).