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                                                     CÉLINE  ET  LES  AUTEURS   (G  à  L)

 

 

 

 

 

 

* Max GALLO (romancier, essayiste, biographe et homme politique, membre de l'Académie, 31 mai 2007) : " Je ne veux pas d'une figuration " virtuelle " du passé national : je suis du côté de Sénanque et de Versailles, du côté de Jeanne et de Louis XIV, de Robespierre et de Napoléon, de Moulin et de de Gaulle. Et j'assume Thiers, Céline et Brasillach ".
 (Clovis et l'euro, Le Monde, 9 décembre 1996, Année Céline 1996).

 

 

 

 

* Bernard GASCO (avocat, peintre et écrivain): " Lui, il juge, pire il explique, il essaye, il se plante grave, exemples clairs, je cite: "... son biologisme - c'est ainsi qu'il faudrait définir son racisme - me paraissait en total désaccord avec son génie d'écrivain... " Propos consternant pour ce que l'on peut en entrevoir, entraver auraient dit Garcin, Gen et Mahé... Quel rapport entre " génie d'écrivain " et " morale " ? Tragiquement obscur ou tragiquement clair... La morale, c'est pas marrant, c'est papa, c'est maman, l'épouse, le curé, Monsieur le Maire... Vous voyez de l'art dans cette équipe façon Domenech ? Le " génie ", pour ce qu'on peut en percevoir, c'est la bonde lâchée, cage ouverte, boulot et maîtrise, liberté, impossible à mettre en disserte avec plan, " valeurs ", " savoir-vivre "...

   De toute façon Céline est bien davantage qu'un " simple " génial écrivain... Il porte dans les brumes de Pigalle et Klarskovmachin la houppelande de sang et de merde d'une espèce qu'on ose même pas regarder en face, la nôtre. Dos au mur il s'est vite sapé pour le bal des maudits. Harlequins, c'est bien aussi, moins de cors aux pieds, la Veillée des Chaumières, plus de dragées, Martial ou pas. "
  (Céline, Garcin, Sollers... Le Choc du mois, janvier 2010).  

 

 

 

 

 * Jean GENET (poète, dramaturge, romancier, 1910-1986) : " J'ai lu le Voyage et j'ai une grande admiration pour ce livre. J'ai lu D'un château l'autre que je n'ai pas aimé. (...) Céline, ce n'était pas le langage parlé comme on l'a dit, c'était un style. Chaque écrivain doit se débrouiller pour faire passer l'émotion, la poésie.

  Il faut que le souffle passe ou on crève. Avec Céline ça passe. Dans le Voyage, l'incision pour le souffle a été faite. "
  (Ph. Alméras, Dictionnaire Céline, 26 nov. 1962, dans Spécial Céline n° 8, E. Mazet).


 

 

 

 * Yves GIBEAU (romancier, 1916-1994) : " La haine de l'uniforme, de la barbarie, de la vulgarité et de la bêtise ont fait de moi un inconditionnel de Céline que je n'ai pas osé aborder, croisé jadis dans un bistrot après la lecture de Mort à crédit. "
  (L'Est éclair, 1994, Spécial Céline n° 8, E. Mazet
).

 

 

 

 

 

 * André GIDE (écrivain 1869-1951): " En fait de création littéraire de GIDE, je n'en perçois pas l'atome. Il a du goût, du discernement, je crois que c'est un excellent critique, rien de plus. "
 (Lettre à Milton Hindus, 1947).


 * Il me paraît que la critique, en général, a quelque peu déraisonné en parlant de Bagatelles pour un massacre. Quelle ait pu se méprendre, c'est ce qui m'étonne. Car enfin Céline jouait gros. Il jouait même le plus gros possible ; comme il fait toujours. Il n'y allait pas par quatre chemins. Il faisait de son mieux pour avertir que tout cela n'était pas plus sérieux que la chevauchée de Don Quichotte en plein ciel... Vous vous souvenez du raffut que firent ses deux premiers livres. La presse était éberluée et ne savait plus quel ton prendre. Certains s'indignaient ; d'autres s'extasiaient ; on criait au génie, au scandale. Les livres étaient portés aux nues ou jetés à la poubelle. On les voyait partout. Je me souviens d'avoir vu Mort à crédit en place d'honneur sur les plus grandes et les plus humbles devantures ; même des petits papetiers de province qui, d'ordinaire, ne vendaient que des journaux, l'exposaient. On se cognait à lui. On ne pouvait pas ne pas le voir. Ceci nous le savons tous, et Céline le premier.

 Céline excelle dans l'invective. Il l'accroche à n'importe quoi. La juiverie n'est ici qu'un prétexte. [...] Ce n'est pas la réalité que peint Céline : c'est l'hallucination que la réalité provoque ; et c'est par là qu'il intéresse. [...] Il en va de même avec Bagatelles pour un massacre. Il empile " haut comme un " des blagues pathétiques et sans importance, comme l'on espère bien qu'il continuera à le faire dans les livres suivants. "
  (Les juifs, Céline et Maritain, La Nouvelle Revue Française, avril 1938).

 

 

 

 

 * Allen GINSBERG (poète américain, membre fondateur de la Beat Generation, 1926-1997) : "
       [...] Céline lui-même vieil ignu au-delà de la prose
             Je l'ai vu à Paris sale vieux bonhomme au langage
                      décousu
             sa toux intellectuelle et trois chandails vermoulus autour
                      de son cou
             moisissures brunes sous ses ongles historiques
             pur génie qui dispense la morphine toute une nuit aux
                      1 400 passagers d'un navire qui sombre
             " parce qu'ils devenaient trop émotionnels "
 (Allen Ginsberg, Ignu, Kaddish, Ch. Bourgeois, 2005, in D'un Céline l'autre, D. Alliot, Laffont, 2011, p.1018).       

 

 

 

 

* Jean GIONO (écrivain, scénariste 1895-1970): " (...) - Mage, Roi-Mage, Bethleem etc... vous savez... / C'est GIONO. / Il est à lire il me semble. Beaucoup de cabotinage, de panthéisme très voulu, de Jean-Jacques Rousseautisme forcené. Barde délirant de la nature avec énormément d'artifice. Tout cela sonne horriblement faux et gratuit mais il y a un don certain de poésie... mais plutôt anglaise, chose assez singulière.  Il eut été triomphal il me semble, né anglais - naturiste lyrique voulu... En français il fait un peu rigoler - et même beaucoup  - il agace - / Votre bien amical / LFC.
 (Lettre à Milton Hindus, le 20 sept. 1947, Lettres Pléiade, 2009).  

* " Céline ? Simplement : un grand écrivain. "
 (Nouveau Candide, 6 juillet 1961).

 

 

 

 

* Jean GIRAUDOUX (écrivain, dramaturge et diplomate 1882-1944): " Le 31 janvier 1944, Jean GIRAUDOUX meurt à Paris, à l'âge de 61 ans. Plusieurs journaux, y compris ceux de la presse de la collaboration rendront hommage au dramaturge, déclenchant la colère de Céline qui écrit le 5 février à Révolution Nationale :

 - " GIRAUDOUX le mieux payé des pousse au crime de l'immonde propagande Continentale - Mandel, le plus fétide enjuivé - grimacier - confiseur - farceur - imposteur - nul - prébendier - lèche cul des chiots littéraires 39. Vous n'êtes pas difficiles... "
 (www.thyssens.com)

 

 

 

 

 

* Johann Wolfgang Von GOETHE (poète, romancier, dramaturge allemand 1749-1832): " Céline aime citer les Souffrances du jeune Werther (1774), le Roi des aulnes (1782) ou Faust (1806), même approximativement. Dans une lettre à Mikkelsen datable de fin 1950, Céline reconnaît le génie du poète allemand mais estime que " GOETHE qui comprenait tout n'a jamais compris ni le chrétien, ni le héros - deux lacunes impardonnables - au sens français ", en somme de n'être pas Chateaubriand.

 Dans Voyage, Céline le cite comme témoin de l'héroïsme des patriotes de Valmy, tirant un morceau choisi de sa Campagne de France (1821) : " Je pense, dis-je, que, sur cette place, et à partir de ce jour, commence une nouvelle époque pour l'histoire du monde, et nous pourrons dire : J'étais-là ". GOETHE, qui avait émis des réserves sur la Révolution française, avait pris part à cette bataille dans les rangs prussiens. "
  (Gaël Richard, Dictionnaire des personnages, Du Lérot 2008).

 

 

 

 

 

 * Maxime GORKI (de son vrai nom Alekseï Maksimovitch Pechkov, 1868-1936, écrivain russe engagé aux côtés des révolutionnaires bolchéviques) : " Lors du premier congrès de l'Union des écrivains soviétiques qui eut lieu en 1935, GORKI attaqua : " Bardamu a perdu sa patrie, méprise les gens, sa mère, il l'appelle " chienne ", ses maîtresses " putains " ; il est indifférent à tous les crimes, et ne possédant aucune données pour se " rallier " au prolétariat révolutionnaire, il est tout à fait mûr pour accepter le fascisme. "
  (Céline vu de Russie, M. Laudelout et Arina Istratova, BC n° 191).

 

 

 

 

 

 * Julien GRACQ (de son vrai nom Louis Poirier, écrivain, 1910-2007, refusa le Goncourt en 1951): " Céline, c'est souvent moins une débâcle de la langue qui s'écrit qu'un accident du tout-à-l'égout. " (Lettrines, Ed. José Corti, 1974).

 * " Il y a dans Céline un homme qui s'est mis en marche derrière son clairon. J'ai le sentiment que ses dons exceptionnels de vociférateur, auxquels il était incapable de résister, l'entraînaient inflexiblement vers les thèmes à haute teneur de risque, les thèmes paniques, obsidionaux, frénétiques, parmi lesquels l'antisémitisme, électivement, était fait pour l'aspirer. Le drame que peuvent faire naître chez un artiste les exigences de l'instrument qu'il a reçu en don, exigences qui sont - parfois à demi monstrueuses - avant tout celles de son plein emploi, a dû se jouer ici dans toute son ampleur. Quiconque a reçu en cadeau, pour son malheur, la flûte du preneur de rats, on l'empêchera difficilement de mener les enfants à la rivière. "
 (En lisant, en écrivant, Librairie José Corti, 1980).

 

 

 

 

* Raoul Henri Clément Auguste MARQUIS dit Henry de GRAFFIGNY (écrivain, polygraphe 1863-1934) - modèle de Roger-Marin Courtial des Pereires dans Mort à crédit): " Archétype du savant touche-à-tout exubérant, scientifique farfelu, auteur de plus de deux cent livres. Auteur d'une thèse en chimie organique, ainsi que des ascensions en dirigeable, son œuvre foisonnante fait de lui un des pionniers de la science-fiction. Louis Destouches le rencontra alors qu'il était secrétaire de rédaction d'Euréka, revue de l'invention, dont le bureau se situait 8 rue Favart, modèle du  Génitron de Mort à crédit. Sa collaboration ne dura que cinq mois : MARQUIS fut embauché comme marionnettiste et mécanicien par la Fondation Rockefeller ; ses relations avec Louis Destouches s'étaient dégradées d'après les lettres de mise en garde adressées à Albert Milon sur " cette vieille épave de GRAFFIGNY ".

     Il tenta ensuite une carrière universitaire, donnant des cours de chimie organique à Paris en 1928-1929. Lorsqu'il se suicida à Septeil, le 3 juillet 1934, il laissait sa veuve qui vivait misérablement dans des baraques avec des enfants de l'Assistance publique - Louis Destouches y mena Lucette Almanzor en 1937 - et quelques textes qui parurent jusqu'en 1948. On mesure combien la seconde partie de Mort à crédit, publiée deux ans après, constitue un hommage posthume à la mesure de ce personnage hors du commun. "
  (Gaêl Richard, Dictionnaire des personnages dans l'œuvre romanesque de LF Céline, Du Lérot 2008).

 

 

 


 
* Patrick GRAINVILLE (romancier, professeur de lettres, prix Goncourt 1976): " Céline. Voyage au bout de la nuit. Toute l'horreur du début du siècle qu'il décrit dans le Voyage - Verdun, la guerre - Céline y a succombé lui-même dans ses délires de la deuxième guerre. Si l'homme est par essence mauvais pour l'auteur, cette espèce de cannibalisme qu'il décrit est métamorphosé par la langue - une écriture nouvelle où le souci de la musique, de la danse dans les mots est constant. Des gouffres d'horreur et une sorte d'apesanteur du langage : dualité pour un chef -d'œuvre. "
  (
Les cinq romans préférés, Journal des bibliothèques  de la Ville de Paris n°4, été 1996, L'Année Céline 1996, Du Lérot).

 

 

 

 

 

* Pierre GRIPARI (écrivain 1925-1990): "... Bien des années plus tard, c'est mon jeune frère qui m'a fait découvrir Céline en me lisant à haute voix quelques passages de Mort à crédit. Cette fois ce fut le choc : je découvrais, d'un seul coup, un extraordinaire tempérament de conteur, un maître du comique, une prose percutante et raffinée,
merveilleusement faite pour la bouche et l'oreille, et de plus un étonnant animateur de personnages: je pense à l'inoubliable Courtial des Péreires.

     Après cela, bien sûr, je me suis mis en quête, et j'ai découvert tout seul, comme un grand garçon, le Voyage, Guignol's band, Mea culpa, Bagatelles pour un massacre et D'un château l'autre qui reste aujourd'hui, avec Mort à crédit, mes Céline préférés. Mais c'est ce dernier livre, je m'en excuse, qui reste pour moi l'initiateur, l'introducteur, la locomotive... Il me touche plus, il me parle de plus près que les autres. Le Voyage lui-même (un des plus grands livres du siècle, c'est vrai), ne vient qu'en second, dans son sillage... " 

 * " Les écrivains maudits de la drôle de Libération furent souvent des hommes d'élite, qui font honneur à notre pays. C'est une chose que tout le monde sait, que beaucoup murmurent, qu'un petit nombre dit tout haut, que certains même osent écrire. Chose curieuse, l'indispensable travail de réhabilitation qui se fait à leur propos ne porte jamais sur la totalité d'entre eux, mais procède d'une façon parcellaire, à coups d'opérations ponctuelles. C'est ainsi que nous avons les amis de Brasillach, les admirateurs de Céline, les fidèles de Drieu, les défenseurs de Rebatet...

 Chacun plaide pour son champion, parfois même aux dépens des autres ! Chose plus curieuse encore, ce ne sont pas toujours les moins marqués politiquement qui sont réhabilités les premiers. Ainsi, on boude encore Marcel Aymé dans des milieux où l'on a depuis longtemps " pardonné " à Céline ! "
  (Nouvelles critiques, L'Age d'Homme, coll. Contemporains, 1987, dans BC n°60, août 1987).

 

 

 

 

* Frédéric J GROVER (professeur de littérature française, Université de la Colombie-Britannique 1920-2008): " Dans son Journal, Drieu mentionne Céline une dizaine de fois. C'est toujours pour le mettre au nombre des " vrais " écrivains, de ceux qu'il considère les meilleurs de sa génération : Bernanos, Malraux, Giono. Dans ses Notes pour comprendre le siècle, en 1941, il se félicite que Céline ait " remis la littérature française dans une de ses veines les plus certaines, la veine médiévale, voyante ". Il rend hommage à la " magistrale imprécation de Céline " et il le définit : " Céline c'est Bloy moins Dieu ". Ce rapprochement permet de mieux comprendre la parenté de Bardamu et de Gilles : l'ancêtre commun de ces deux réfractaires est Le Désespéré.

   Dans la N.R.F. de mai 1941, Drieu consacre une étude à Céline. Il voit en lui surtout l'auteur de Voyage, un des grands écrivains de tempérament, un des grands stylistes qui font l'honneur de sa génération. Il montre que ce style est imposé par la vision originale de l'auteur : " le style même de Céline se justifie par la nécessité. Comment montrer la vérité de notre temps (...) si l'on ne rompt pas avec tout académisme, si l'on n'avoue pas un procédé patent de la syntaxe le désastre de l'être usé et tordu ? Dans une décadence, ceux qui l'acceptent franchement, qui la déclarent, sont les seuls qui peuvent encore s'exprimer. "
  (Céline et Drieu la Rochelle, Cahiers de l'Herne, Biblio, poche, 1963-1965-1972).

 

 

 

 

 

* Gérard GUEGAN (écrivain): " Les écrivains restent impassibles devant les évènements, ils ont un rapport convenable aux choses car ils voient les situations à travers une grille qu'on leur a procurée. S'élabore une littérature sans odeurs (...) Aujourd'hui, tout porte à la crainte, tout porte à liquider le vocabulaire.
 

    La majorité des écrivains sont prisonniers de leurs fantasmes personnels, ne tentent pas de passer au travers. Proust, Céline, Henri Calet ont eu envie d'aller voir de l'autre côté... "
   (Le Quotidien de Paris, 4 août 1993).

 

 

 

 

* Jean GUENOT (enseignant, écrivain, éditeur): " ... Les Aragonautes découvrent un petit bourgeois libertaire enraciné dans le passage Choiseul. Très peu de ceux qui font la pluie et le beau temps, dans les goûts littéraires de cette époque difficile, perçoivent le génie dans les cadences, l'audace dans les tons et les jeux de la présence. D'ailleurs, Elsa, ayant épousé le génie littéraire de son siècle, mieux valait qu'elle n'eut pas à troquer l'ombre pour la proie ".
 (Suite à la sortie de Mort à crédit. BC déc.1999). 

 " Je ne connais pas de descendance littéraire à Céline. Seul peut-être Coluche et son style pourrait s'en approcher. "
 (Faim du siècle, Paris, 1er mai 1994).

 

 

 

 

* Henri GUILLEMIN (historien, polémiste 1903-1992): " (...) Un grand sujet, un peu plus loin, un de ces morceaux de bravoure qui permettent les plus beaux effets : le départ du Normandie ; Normandie, " triomphe de nos contributions ", " le plus crâneux de nos déficits ", la " gigantesque panse , la fantastique tout-en-fer, la nef du prochain déluge ", ces " Champs-Elysées montés sur péniche ".

Ou encore cette rapide image des 1er mai d'avant guerre, quand les ouvriers de Paris dressaient des barricades " rien que pour faire sortir tous les cuirassiers, que ça scintille plein les Boulevards " ; et les quatre pages, bardées de citations latines, à l'adresse de M. Maurras, toujours à " circonlocuter , à digresser pompeusement, à s'admirer tout ronronnant dans l'ordonnance d'un beau vide " ; et l'allusion charmantes aux " partouzes d'aveux spontanés " de Moscou. "
   (L'Ecole des cadavres, in La Bourse égyptienne, Le Caire, 19 février 1939).

 

 

 

 

 * Louis GUILLOUX (écrivain, 1899-1980): " Interrogé en 1973 sur sa lecture de Voyage au bout de la nuit, Louis GUILLOUX répondait: " Le Voyage a été un évènement, m'avait paru un très bon livre, évidemment,
et plein d'accent, euh... d'attaque assez merveilleuse... Je n'ai jamais vu Céline, jamais rencontré, j'aurais dû. Au début, j'en avais envie. Après, non. L'attitude sociale, enfin, politique, qu'il a prise me déplaisait, quoi, et continue à me déplaire. Ceci dit, même dans les ouvrages, comme D'un Château l'autre, il y a des choses intéressantes.

 Le tableau de l'émigration à Sigmaringen, c'est un assez grand tableau historique, n'est-ce pas. Le tableau existe, la voix de Céline... Il y a un livre d'un autre adversaire, disons... philosophique, qui est Rebatet: Les Décombres. C'est impressionnant comme tableau. Evidemment, les points de vue, c'est autre chose. Mais le tableau de ce qu'on appelle l'exode, c'est très sérieux... C'est le talent dans la violence. "
 (Rivarol, 5 fév.2010
)

 


 

 

 

* Paul GUTH (humoriste, journaliste, écrivain 1910-1997): " Il m'a fallu, m'écrivait alors Céline, il m'a fallu servir pendant tant d'années de fils, de serf, de paillasson, de héros, de fonctionnaire, de bouffon, de vendu, d'âne, d'écureuil, à tant de légions de fous divers, que je pourrais peupler tout un asile, rien qu'avec mes souvenirs.

   J'ai nourri d'idées, d'efforts, d'enthousiasme, plus de crétins insatiables, de paranoïaques débiles, d'anthropoïdes compliqués, qu'il n'en faut pour amener n'importe quel singe moyen au suicide. "
 (rapporté par Jérôme Gauthier, Le Canard enchaîné, 12 juillet 1961).

 

 


 

 

 

 * Kléber HAEDENS (écrivain 1913-1976): " L'œuvre de Céline restera dans ses moments forts comme la plus grande épopée populaire qu'aucune littérature ait jamais pu créer. Elle a inventé un monde presque fabuleux où l'on entend la terrible musique de notre siècle, où la réalité la plus nue, demeure toujours présente, où le Petit Poucet est désormais le mince enfant des faubourgs, où les remorqueurs sur les rivières et les cheminées des usines remplacent les tapis volants et les forêts des contes, où le rire le plus violent et le plus amer qui ait jamais frappé les oreilles des hommes éclate à chaque page, se mêlant à la rumeur du monde, s'arrêtant parfois pour nous faire entendre un air délicieux de mélancolie.

    Le docteur Destouches a donc terminé son voyage au bout de son étrange nuit. Pour Céline et pour son œuvre, ce qui maintenant commence porte un très beau nom, disait Giraudoux, cela s'appelle l'aurore, une de ces aurores qui s'ouvrent doucement pour l'éternité. "
 
(Paris-Presse, 5 juillet 1961, après le décès de L.-F. C.).

 

 

 

 

* Marek HALTER (écrivain juif, peintre et romancier): " Il me semble que c'est en France que l'on a développé une sorte de vénération, non seulement pour la parole mais aussi pour le style. On admire un écrivain non pas le contenu mais pour son style, et c'est l'un des rares pays où les choses se passent ainsi. C'est en France qu'on trouve l'amour pour un Proust juif et homosexuel.

Maurras, par exemple, qui l'avait pris pour cible à cause de ce qu'il était, mais qui néanmoins admirait son style. Ailleurs, on célèbre un Dostoïevsky pour le contenu bouleversant plus pour le style qui n'est pas renversant. Pour une belle phrase ou une belle tournure, on est capable, en France, de pardonner beaucoup. Voyez Céline. "
  (Tribune juive, 26 octobre 1995).

 

 

 

 

 

* Pierre HAMP (romancier, inspecteur du travail, écrivain humaniste 1876-1962) : Mon cher Ami / Vous pensez, je me suis jeté sur votre livre ! Moi si mal dormant je dois m'y reprendre... Je ne dors plus du tout ! Tant de livres sont parfaitement inutiles ! (les miens peut-être ?) les vôtres sont toujours absolument indispensables !... Vous êtes un veinard, sous les cendres atomiques vous serez encore très vivant ! / Bien affectueusement vôtre. / LF Céline Destouches. "
  (A Pierre Hamp, le 6 juin 1957, Lettres Pléiade, 2009).


 

 

 

 * Knut HAMSUN (écrivain norvégien, né Knut Pedersen, 1859-1952): " En septembre dernier, l'ambassade de Norvège a organisé à Paris une semaine en l'honneur d'un de ses grands écrivains : Knut HAMSUN (1859-1952). On sait que l'auteur de La Faim eut quelques ennuis à la Libération pour avoir soutenu les forces de l'Axe durant la guerre.

  Pour l'attaché culturel norvégien, ceci " n'est pas sans rappeler le parcours d'un écrivain français, Louis-Ferdinand Céline, à qui pourtant les Français ne ménagent pas les louanges et dont le succès ne s'est jamais démenti. " Précisons que le 16 novembre 1994, la petite-fille de l'écrivain a découvert une plaque apposée sur l'immeuble où HAMSUN vécut, 8 rue de Vaugirard entre 1893 et 1895.

    Faut-il rappeler ici que notre projet d'apposition d'une plaque commémorative rue Girardon s'est heurté par deux fois à un refus des autorités françaises ? Le parallèle HAMSUN-Céline s'arrête là. "
    (BC n°151 avril 1995).

 

 

 

 

* Marc HANREZ (docteur en Lettres Modernes, enseignant à l'Université Paris VII, puis aux Universités du Massachusetts et du Wisconsin): " Si Céline dénonce le rôle essentiel tenu par les Juifs dans la politique, l'économie, l'information, les arts (où ils écartent les talents " indigènes " au profit des éléments internationaux sans racines profondes), s'il les traque jusque dans les moindres recoins de l'activité nationale ou mondiale, il néglige de les compter dans ses propos très pertinents sur les ravages de l'alcoolisme, les tares de l'instruction publique, les absurdités de l'urbanisme, la mesquinerie des femmes, prouvant par là même qu'il tâche, non pas de conspuer le Juif en tant que Juif (il s'explique là-dessus à plusieurs reprises), mais de mettre en garde le monde, et les Français d'abord, contre une certaine mentalité dégénérescente - apparentée à la mentalité sémitique - qui corrompt la pensée et l'action des Occidentaux. "
  (Céline, 1961, p.167, BC n°110, nov. 1991).

 * " Il m'est impossible aujourd'hui, à plus de vingt ans de distance, de reconstituer mes cinq visites en détail et dans l'ordre. N'empêche que j'en ai gardé une série de souvenirs durables. Ma vision de Céline, qui doit correspondre à ma deuxième visite, est la suivante. Habillé de son gilet de cuir de l'armée anglaise, avec une espèce de foulard et un vieux pantalon trop large, il est debout près de la cheminée du salon qui lui servait de cabinet de travail. Mon texte en main, il me complimentait sur la " gnose " dont je l'avais " honoré "...

   Ce qui m'a toujours le plus frappé dans son personnage, c'était le contraste entre cette allure de clochard ou de bûcheron et un discours extrêmement châtié malgré l'usage éventuel de l'argot. Céline avait un sens inouï, magnifique de la langue, et son parler oral en était la preuve autant que son style écrit. "
  (BC n°197, Retour à Meudon).

 

 

 

 

 * Marie HARTMANN (agrégée de lettres, maître de conférences à l'Université de Caen): " L'Histoire s'écrit comme testament. Qualifiant en toute mauvaise foi tous les groupements politiques ou religieux de " chapelles ", Céline les dénonce comme arsenal de dogmes au nom desquels s'organisent les mises à mort, la sienne d'abord, polémiquement, mais surtout celle de l'humanité toute entière consentante. Dans cette perspective, le communisme, le nazisme, mais aussi l'humanisme s'équivalent. Ils reposent sur une croyance (religieuse) aux possibilités de transformation de l'homme et de la société, menant fatalement, au pire. Ils supposent une négation de l'individu dans la masse et utilisent la définition " carnassière " de celle-ci. (...) Céline ridiculise les convictions politiques, tourne à l'absurde les certitudes scientifiques, se moque des engagements littéraires, et fait feu de toutes les croyances.

   Cette démystification s'opère grâce à un jeu de pitre. En effet, s'en prenant au sens même, étymologique, de toute religion, " relier ", " lier ", le pitre dénonce le lien entre l'Histoire et la foi. L'écriture célinienne fouille tous les aspects de la corrélation politique-religion-Histoire. Dans la dérision, la polémique, la parodie, elle montre que les " idéologies " au sens large, les " mythologies ", se situent toutes sur un terrain religieux qui est pour lui celui du culte de la mort. Ainsi, loin d'expliquer ou de réguler le mal, elles en sont le fondement. "
  (L'Envers de l'histoire contemporaine, thèse de doctorat, janvier 1999, L'Année Céline 1999).

 

 

 

 

* Georges HENEIN (poète surréaliste égyptien, écrivain, journaliste 1914-1973): " L'œuvre de Céline est une tornade. D'un château l'autre est une équipée insensée mais délivrante, la grande tirade de l'irrévérence, une véritable hécatombe des gloires publicitaires, des combinards de l'esprit, une défénestration jubilante des gens de bon aloi, de ceux, comme dit si bien Prévert, " qui mettent un loup pour manger de l'agneau ", académiciens, politiciens, vedettes de la plume et de la haute pensée, âmes secourables, spécimens raffinés des sociétés finissantes et commerçantes qui s'arrangent pour que l'escroquerie continue, quel que soit le décor.

   Tout le monde y passe. Chacun en prend pour ses prétentions à la vérité. Mauriac, Aragon et sa dame Triolette, Sartre (que Céline n'appelle jamais autrement que Tartre), Minou Drouet, les Tartares, Truman, Montherlant, et j'en oublie des dizaines. Certaines pages emportent tout dans une rafale de rire. Chose étrange, Céline me fait songer à Bossuet. Chez l'un comme chez l'autre, c'est tout le temps le jugement dernier. La principale différence entre eux, langue à part, c'est que Céline nous redonne la force de rire, nous aide à rire d'un monde solennel et affligeant. Les écrivains de gauche ont un tourment: il s'appelle Louis-Ferdinand Céline. Il cumule arbitrairement l'avantage d'être mort et d'avoir, de toute façon, un talent de tonnerre qui tient à distance kilométrique tous les roquets désireux d'aboyer à ses trousses. "
  (L'esprit frappeur, Carnets 1940-1973, éd. Encre,1980 dans BC n°215 déc.2000). 

 

 

 

 

 * Emile HENRIOT (poète, romancier, essayiste, critique littéraire) : " [...] M. Céline est un médecin. On aime à croire toutefois qu'il est moins dur avec ses clients qu'il ne l'est avec ses lecteurs, et que sa sincérité ne va pas à déclarer à ses malades : " Mon ami, vous êtes incurable ! " comme il ne cesse de nous le répéter dans ses écrits. "
 (Céline et Zola, in Le Temps, 4 décembre 1933).

 

 

 

 

* Anne HENRY (normalienne, professeur d'Université): " (...) Qui d'autre enfin a présenté avec une telle proximité l'inguérissable et humiliante blessure, celle de l'individu écrasé, nié par l'invasion du monde extérieur, l'arbitraire des mouvements collectifs, la rapacité de tous, la dureté des choses, le mur de l'universelle bêtise, pour ne rien dire des encombrements créés par ceux qui prétendent vous envelopper d'amour, la famille, les femmes, les copains, cet ensemble qui corrode le seul bien auquel est attaché un homme, son intégrité subjective. "
  (Céline écrivain, l'Harmattan, 1994).

 

 

 

 

* Philippe HERIAT (Georges, Raymond PAYELLE, écrivain, acteur de cinéma et de théâtre 1898-1971): " J'ai (...) assez bien connu Céline quand il entra chez Denoël, quelque temps après moi, et j'ai à peu près assisté, jour après jour, à la découverte de son manuscrit du Voyage, telle que la conte Max Dorian. Nous étions en très bons termes, je suis allé le voir rue Lepic, et c'est à son souvenir de cette époque que je retourne le plus volontiers. Le Voyage venait de paraître, composé avec ces " blancs " que Robert Denoël, à la fois excité et effrayé de son audace, y avait fait ménager, et le succès du livre avait déjà éclaté, quand je demandai un jour à notre éditeur ce que Céline préparait maintenant. " Il est hésitant. Il cherche son style Je ne saurais, après trente ans, garantir l'exactitude des termes, mais j'affirme celle du sens, et celle de cette petite phrase :  Il cherche son style. "

C'est parce que ces quatre mots me frappèrent qu'ils se gravèrent dans mon esprit. J'y ai bien souvent songé depuis. Je les ai entendu prononcer quand Mort à crédit n'était pas commencé, dont le génie verbal allait continuer, en le surpassant peut-être, celui du Voyage ; quand s'ouvraient une carrière et un destin qui semblent maintenant si logiquement contenus dans leur premier départ ; enfin quand il n'était pas même imaginable que le style de Céline ouvrirait une école, aurait des imitateurs et des disciples, deviendrait la forme de pensée et la forme de révolte de toute une postérité. "
 (Philippe HERIAT, L'Herne n°5, 1965).

 

 

 

 

* Tomohiro HIKOE (Université Paris IV,): " (...) En ce qui concerne la figure de gangster de Chicago, il est difficile de ne pas mentionner la fameuse séparation avec Elizabeth Craig. En juin 1934, Céline est parti aux Etats-Unis pour retrouver une jeune Américaine avec qui il avait vécu pendant quelques années. Mais Elizabeth le repoussera sans espoir. Céline explique ce drame à Henri Mahé dans les termes suivants " Il m'est arrivé depuis un mois des choses si fantastiques que je délire encore un peu. Le destin m'a fadé, véritablement. J'ai même une série de furoncles pépères. Pour tout dire brièvement E. s'est donnée aux gangsters. Vous imaginez facilement la suite. "

  Cette image de gangster apparaît souvent quand il s'agit de la rupture avec Elizabeth ; dans une lettre à Milton Hindus, Céline se souvient de son ancienne maîtresse : " Elle doit avoir maintenant 44 ans environ, si elle vit encore ! Elle vivait dans un nuage d'alcool, de tabac, de police, et de bas gangstérisme avec un nommé Ben Tenkle (sic) - sans doute bien connu des services spéciaux - Carolina Island, etc... "
  (Roman et récits légendaire et populaire chez LF Céline, thèse).

 

 

 

 

* Michel HOST (écrivain, chroniqueur littéraire, prix Goncourt 1986): " A écrivain gênant, mémoire gênée. Les cent ans qu'aurait eus Céline cette année ont pris des teintes entre chien et loup. Certes, on n'allait pas dévoiler des plaques, baptiser des rues, ni même des impasses. Sully Prudhomme a son avenue à Paris, le pavillon de Meudon est promis aux démolisseurs. On imagine que Céline s'en fût moqué comme de l'an quarante... Voire. Il enrageait assez, en son exil danois, des honneurs échus aux installés, aux rivaux en littérature.

(...) Au pays du franc-parler, celui des Rabelais, Montaigne, Montesquieu, Voltaire, Rivarol, Darien, et de tant d'autres, la circonlocution et la précaution de langage sont devenus garantes des intentions. Qui n'a pas d'abord déclaré la pureté de ses pensées profondes est à priori suspecté de réaction opiniâtre, et en l'occurrence, de tous les collaborationnismes et révisionnismes envisageables. "
  (Céline ou un centenaire discret, Revue des Deux Mondes, janvier 1995).

 

 

 

 

* HOUELLEBECQ Michel (de son vrai nom Michel THOMAS, écrivain): " Céline, bon romancier sans génie, excelle dans le pamphlet, genre qui correspond le mieux à son âme mauvaise et vindicative et, l'Agité du bocal comme certaines pages de ses textes antisémites sont d'une drôlerie cruelle, d'une hargne absolument irrésistible. " 
 (Ennemis publics. Flammarion-Grasset 2008).

* " J'avais lu Bagatelles pour un massacre, ça m'avait bien plu - sans plus. Je suis partisan de tout publier, pour le principe ; mais en l'occurrence, ça n'a quand même pas un intérêt énorme. Je n'ai jamais bien réussi à m'émouvoir du célèbre drame : " Un génie mais un salaud, Dieu que l'âme humaine est complexe ! ", simplement parce que je ne tiens pas Céline pour un génie, rien à voir avec Proust par exemple, mais pour un bon auteur un peu surfait, assez péniblement maniériste sur la fin.

  Il m'est même arrivé de me demander s'il avait été réellement antisémite, si tout cela n'était pas qu'opportunisme cynique pour s'assurer une position élevée auprès des autorités d'occupation. Je n'aime pas beaucoup en général les auteurs de pamphlets (Léon Bloy, Céline). Exhalant leur âme vindicative et mauvaise, ils sont souvent distrayants à la première lecture ; mais on a rarement envie d'y revenir. Tout cela manque de miroitements, de mystère. "
 (Les Inrockuptibles, Faut-il publier Bagatelles pour un massacre ?, 23 février - 1er mars 2011).

 

 

 

 

* Philippe HUMBERT (agrégé et docteur ès lettres, enseignant en lycée et auteur de romans, prix RTL-Lire pour La fortune de Sila, août 2010) : " L'ampleur de la vision de Céline sur les différents théâtres du monde me touche : la guerre, la décolonisation, le capitalisme moderne. Une certaine idée de l'homme, même si j'adhère moins qu'autrefois à son pessimisme.

  Céline n'est pas un grand homme de la Nation, comme Hugo, Zola, Malraux, qui ont pu servir l'idée que la France avait d'elle-même. Mais c'est d'évidence un grand homme de la littérature que je fais étudier à mes élèves dès la seconde. "
  (20 minutes Paris, 1er juillet 2011, Le Petit Célinien blogspot.com).

 

 

 

 

 * Pascal IFRI (enseignant, docteur de l'Université Brown): " (...) Je désire apporter un modeste témoignage personnel et ainsi contribuer à améliorer la réputation de Milton Hindus parmi les céliniens qui l'ont souvent jugé sévèrement. J'ai fait sa connaissance en 1986 lorsque, à ma grande surprise, il a accepté de participer à une session consacrée à Céline, à l'occasion du 25ième anniversaire de sa mort, que j'organisais dans le cadre de la convention de la Modern Language Association à New-York. J'ai eu ensuite le plaisir de le rencontrer à plusieurs autres reprises et de correspondre avec lui.

 Sa passion pour Céline était demeurée intacte. Quatre mois avant sa mort, il m'écrivait: " Alors que j'étais à Paris en juillet dernier, j'ai demandé à nos hôtes français de nous conduire à Meudon, où je me suis intéressé non seulement à la statue de Rabelais à la mairie, mais aussi au vieux cimetière où Céline est enterré. J'y ai laissé une petite pierre dans un réceptacle qui contenait de nombreuses pierres venant d'autres visiteurs. (...) Nous avons aussi visité et photographié sa maison route des Gardes où sa veuve, à 85 ans, habite toujours et donne des cours de danse ! Mes hôtes m'ont photographié en train de présenter mes respects (ce que Proust décrit comme une coutume juive) devant la dalle qui marque le lieu où il est enterré. " (BC n°195, février 1999).

 

 

 

 

* Roger IKOR (1912-1986, écrivain, prix Goncourt 1955): " Maintenant avec le recul, je sais que Céline n'était que le produit le plus achevé, achevé jusqu'au monstrueux (car est monstrueux tout ce qui refuse l'équilibre des extrêmes, tout ce qui se tient à un seul des extrêmes bouts de soi-même : Joyce et Proust aussi sont monstrueux) d'un puissant courant de pensée et de littérature né avec le siècle et animé par Dionysos - disons irrationaliste, mystique et romantique. Depuis que j'ai pris conscience de mon propre appel intérieur, je ne cesse de lutter contre ce courant. C'est pourquoi je ne m'étonne plus de ma répulsion instinctive pour le Voyage.

 L'étrange, c'est que cette répulsion se mêle d'une admiration assez active pour avoir influencé, parfois en profondeur, mon œuvre propre. Et je ne suis pas une exception : l'ensemble de la littérature actuelle est sous le signe de Céline. Au même titre que le surréalisme, dont il est d'ailleurs cousin, Céline a débridé la puissance créatrice d'images de l'homme. Il l'a débridée en lui permettant l'usage spontané du langage français tout entier, argot et grossièretés compris, mais grammaire renvoyée aux vieilles lunes. "
   (
Au feu de l'enfer, L'Herne n°3, 1963).

 

 

 

 

* Jacques IZOARD (de son vrai nom Jacques Delmotte, 1936-2008, poète, critique littéraire et essayiste belge): " J'avais téléphoné, pour savoir s'il accepterait de me recevoir, et rendez-vous avait été convenu. Je me suis rendu à Meudon. Je me souviens très bien de l'endroit. C'était l'été, il faisait très beau. Une grande plaque annonçait le " Docteur Destouches, Médecine générale " et les cours de danse de Lucette. J'ai avisé, dans le parterre en face de la maison, un vieux monsieur qui arrachait des mauvaises herbes. Je lui ai demandé à parler à Louis-Ferdinand Céline, et il m'a répondu " C'est moi ! " de sa voix caverneuse.

  J'étais saisi car je ne m'attendais pas du tout à ce que ce soit ce personnage, pauvrement vêtu, avec une vieille écharpe ! Puis il m'a dit: " Attendez, je fais rentrer les dogues ! ". Il m'a ouvert, je l'ai suivi jusqu'au perron, et là, avant d'entrer, il m'a tendu un feuillet: " Lisez ça d'abord ! " Il s'agissait d'un texte de Baudelaire qui se terminait par ces mots : " Je me suis arrêté devant l'épouvantable inutilité d'expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit. " La douche froide pour le jeunot que j'étais ! Nous sommes entrés, il a dit à Lucette de nous laisser seuls, et la discussion a commencé. "
  (Propos recueillis par F. Saenen,13 juin 2008).

 

 

 

 

* Max JACOB (poète, romancier, essayiste, peintre 1876-1944): " C'est le salon de mon ami docteur... (il s'agit du docteur Tuset), il y fait chaud, je suis bien parmi des visages intelligents. A ce moment, la porte s'ouvre et Jean Moulin entre... Il n'était pas là depuis cinq minutes que l'on introduisait le docteur Destouches, c'est-à-dire Céline lui-même. Notre hôte savait que Céline et moi avions des idées opposées auxquelles nous tenions farouchement, que Jean Moulin avait les siennes et il eut un drôle de sourire... vaguement inquiet.

    ... Cependant rien ne se produisit, Céline et Jean Moulin étaient intelligents : oh ! combien... moi, un peu... et du choc des idées ne jaillit qu'une lumière douce. Nous avons parlé : magie, prémonitions, graphologie... moi, je crois au langage des mains. Céline était à peu près de mon avis et Jean Moulin m'approuvait. Je puis affirmer que cette soirée ne fut pas étrangère au nom de guerre de Jean Moulin, qui dans la résistance se faisait appeler Max... "
 (P
aru dans Voix et visages, 1972, rapporté par Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Espoir n°119, juin 1999).

 

 

 

* Alexandre JARDIN (écrivain, réalisateur): " A douze ans, le Voyage au bout de la nuit est entré dans ma vie. Le verbe de Céline m'a fait sentir, avec brutalité, que le français restait à violer, que notre langue était disponible pour toutes les aventures stylistiques. Ce roman singulier m'a écarté de la littérature tant mon émotion était vive lorsque je lisais les déambulations de Bardamu ; tout le reste me semblait fade, inerte. Seul, le grand Louis-Ferdinand me précipitait dans les affres, seule sa prose me donnait la mesure de mes propres sensations.

Il y avait dans ses phrases plus d'or que je n'en avais jamais trouvé sous une couverture de livre. Lui seul savait me réveiller avec des mots. Plus tard, j'ai relu ce texte faramineux: ma première émotion se poursuit encore dès que je soulève la vieille couverture de chez Denoël et Steele. Céline me rend mes dix ans. "
  (Infomatin, 2 juin 1995)

 

 

 

 

 * Régis JAUFFRET (écrivain, prix Fémina 2005 avec Asile de fous ): " Aujourd'hui les pamphlets de Céline sont en libre téléchargement sur Internet et je les ai récemment approchés. Je n'ai pu aller bien loin dans ma lecture. C'est gerbant. Céline a écrit certains des grands romans du siècle dernier. Ils m'ont enchanté.

  Mais à présent, j'ai du mal à entendre son nom sans penser à la gueule de vieil antisémite bien de chez nous. Un antisémite avec chats, comme Léautaud. On m'a dit que je lui ressemblais physiquement. Je préfèrerais ressembler à Kafka. "
  (20 minutes Paris, 1er juillet 2011, Le Petit Célinien blogspot.com).

 

 

 

 

* Serge JONCOUR (écrivain): auteur de " L'homme qui ne savait pas dire non " : " C'est sans doute le plus vieil
exemplaire que j'ai ; c'est le n° 28 de la collection Folio. Il ne reste rien de mes lieux d'enfance, je veux dire des maisons habitées par mes parents, mes grands-parents, tout cela est devenu des territoires autres.

  Il n'y a que quelques livres qui m'ont suivi, d'une façon aléatoire, pas préméditée, et cet exemplaire, comme les quelques autres que j'ai toujours, est annoté. De phrases soulignées, mais pas seulement, de prénoms, de n° de téléphone, de choses à faire. Les livres que je lisais m'ont toujours servi de bloc-notes. En même temps du coup, c'est chaque fois comme un fragment temporel qui remonte. "
  (B.C. octobre 2009).

 

 

 

* Marcel JOUHANDEAU (écrivain 1888-1979): " J'ai vu Céline une seule fois et voici dans quelles circonstances. Paul Chambrillon était venu à la maison, rue du Commandant Marchand, Porte Maillot pour m'apporter un disque. Il me dit : - " Si vous voulez vous donner la peine de descendre dans la rue, il y a quelqu'un dans ma voiture qui serait content de vous serrer la main. C'est Louis-Ferdinand Céline. "

  Vous devinez que je me suis précipité. En sa présence, (il venait de rentrer en France), je ne savais que dire ! Nous nous sommes regardés un moment les yeux dans les yeux. Pas un mot de sa part ou de la mienne. Seul convenait le silence à notre mutuelle émotion. la mienne était certaine et pour cause la plus vive, la plus violente. En lui je vénérais la Pauvreté, le prestige du Martyre.

  Pour moi, je n'avais que mes ouvrages qui puissent me recommander, et que le relief des siens faisaient paraître si peu de chose. Je l'ai quitté, comme on ne peut supporter l'éblouissement causé par la modestie plus injustifiée, par une modestie dont la majesté m'accablait. Je me suis retiré, autant que je me souviens, à reculons, pour ne pas avoir à me retourner. Rien ne devait lui déplaire comme l'expansion ! ne lui plaire comme l'économie du geste. Toute la soirée qui suivit, je suis resté bouleversé, comme après le passage d'un évènement cosmique incompréhensible. " 
  (L'Herne, 1963).

 

 

 

 

 * James JOYCE (romancier et poète irlandais, 1882-1941): " Je ne sais quels jean-foutre essayent en ce moment de me faire appartenir à la lignée JOYCE ! Son enculé... ! Son élève son plagiaire presque ! du diable ! Quelle manie ils ont tous de cosmopoliter à tout prix - !! le Français Victor Hugo élève de Shakespeare ? Lamartine élève de Schiller ! à tout prix ! un père étranger c'est grotesque ! insupportable !

   Je n'ai jamais lu d'abord qu'une seule page de JOYCE - Ça m'a suffi. Je ne méprise pas. Je ne méprise rien. Mais il ne me dit rien. Je ne suis pas un enculeur de mouches moi. Je fais des Chansons - Les cons des lettres, abrutis, n'ont pas encore compris ? Si je devais appartenir à une lignée elle serait strictement française diantre ! Tallemant ?... Bruant... peut-être ? Vallès sûrement... Barbusse... Cette manie de comparer une langue création vivante par excellence à des traductions forcément choses mortes !! Et le rythme ? et la cadence ? qui sont TOUT ils n'en font RIEN ! C'est une entreprise de destruction en profondeur que mènent ces gens... / A toi. / Ferd "
  (Lettre à Paraz du 24 nov.1949, Lettres Pléiade 2010). 

 

 

 

 

 * Ernst JUNGER (écrivain, essayiste et romancier allemand 1895-1998) : " L'ambassadeur Abetz s'était entiché de Céline. Il pensait qu'il avait revivifié la langue française comme jadis Rabelais... Abetz ne semble pas être seul de cet avis. A mon étonnement, j'ai entendu dire que Céline était même édité en Israël. "
 (Le Figaro, 8 juin 1994).

 

 

 

 

 * Serge KANONY (agrégé de lettres classiques, spécialiste de Céline, professeur de lycée) : " Mystérieux monosyllabe que chacun est libre d'interpréter à sa façon : " C'est ça le voyage ", " la vie c'est ça ", " c'est ça la mort ", Ça représente un " immense point d'interrogation ". C'est aussi le malheur, la malédiction originelle, le Destin, mais dont on ne connaît ni l'origine ni le devenir. "
  Si le Ça célinien ne récuse aucune définition, aucune métaphore ( " C'est aussi le malheur... le Destin " ), c'est parce qu'il les sait toutes incapables de le contenir dans une délimitation. Mais n'est-t-il pas indéfinissable parce qu'il est inépuisable ? C'est le mérite de Céline d'avoir, malgré tout, tenté l'aventure, d'en avoir fait son crédo : dire tout le réel halluciné dont il s'est porté témoin. Est-ce un hasard si les premiers mots par lesquels débute en 1954 un autre roman, sont : " Raconter tout ça..." ?
  Tout en étant conscient, donc, que ce réel était à la fois indéfinissable et inépuisable, il ne s'est pas dérobé à la tâche, s'avançant aux frontières de l'indicible, avouant que les mots lui faisaient défaut, qu'il lui faudrait une autre langue, tout à la fois verbale et musicale...

 Mais il y réussit. Là où il échoue c'est à exprimer tout le Ça, car il ne peut sortir de ses limites existentielles : le Temps joue contre lui. Néanmoins, il continue, et sa grandeur s'inscrit dans cette lutte. Céline ? Un martyr du Ça, qui a fait courir son stylo sur la feuille comme Sisyphe son rocher sur la pente, toujours en quête de l'impossible exhaustivité :
  " On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors on fera silence et on aura plus peur de se taire. "
   A défaut de pouvoir tout dire, en dire le plus possible, avant d'être rattrapé par la mort, tel est le but que l'écrivain se fixe trois ans après la parution de Voyage au bout de la nuit :
   " Je ne voudrais pas mourir sans avoir transposé tout ce que j'ai dû subir des êtres et des choses [...] un énorme tas d'Horreur en souffrance que je voudrais rafistoler avant d'en finir. "
   (Céline ? C'est Ça !... Le Petit Célinien Editions, octobre 2012).

 

 

 

 

 

* Jack KEROUAC (écrivain et poète américain, considéré comme le plus important du mouvement Beat generation en littérature,1922-1969): " J'affirme qu'il était un écrivain d'une intelligence et d'un charme suprême, et que nul ne peut lui être comparé. Il a une influence très importante sur l'écriture d'Henry Miller, soit dit en passant, ce ton moderne et flamboyant qui envoie valser la rancœur de l'horreur, cette douleur sincère, ce haussement d'épaules et ce rire de rachat. Il a même fait rire et pleurer Trotsky.

  La crise politique de notre temps n'est pas plus importante que la crise turque de 1822, à l'époque où William Blake écrivait ses lignes sur l'Agneau. Camus ferait changer la littérature en simple propagande avec ses discours sur l' " engagement ". Je ne me souviens que de Robinson... Je ne me souviens que du Docteur en pleine miction au bord de la Seine... Moi-même, je ne suis qu'un ex-marin, je ne fais pas de politique, je ne vote pas. Adieu, pauvre souffrant, mon docteur. "
 (Lettre de Kerouac à propos de Céline, Zentropa, 16 nov. 2009)

 

 

 

 

 * Ahmadou KOUROUMA (écrivain ivoirien né en 1927, mort en 2003 à Lyon): " Enfin Ahmadou KOUROUMA n'avait jamais caché l'admiration qu'il portait à Louis-Ferdinand Céline et de son influence sur son œuvre. Lors d'un de ses derniers entretiens qu'il donna pour RFI, il justifiait de l'emploi du malinké dans ses romans : " L'idée m'est venue en lisant Céline. Céline était le premier écrivain français à avoir tenté de faire passer dans le texte littéraire le langage courant, le Français oral tel qu'il est parlé par des Parisiens. Ce qu'il avait réussi à faire était époustouflant. Attention, je n'ai jamais adhéré pour autant à l'idéologie sous-jacente à son œuvre. Mais je dois dire que son Voyage au bout de la nuit a été une lecture fondamentale pour moi. " (RFI, propos recueillis par Tirthankar Chanda, le 14 nov. 2003).

 Comme son illustre modèle, KOUROUMA recevra le prix Renaudot en 2000 pour son roman Allah n'est pas obligé (Le Seuil). Si dans le passé " la satire de Voltaire dans le style de Céline " de KOUROUMA n'avait pas épargné Houphouët-Boigny, ces critiques acerbes sur Laurent Gbagbo et sa suicidaire politique raciale " d'ivoirité " lui vaudront des menaces de mort qui l'obligeront à s'exiler en France.

 En son temps, Céline avait violemment dénoncé l'absurdité de la colonisation, de la guerre et du pouvoir, nul doute qu'en ce moment ils ont plein de choses à se dire...
  (David Alliot, BC n°250, fév. 2004).

 

 


* Julia KRISTEVA (psychanalyste, écrivain): " (...) Le biographe ne fera jamais que rapporter son propre regard. La vérité se trouve dans l'œuvre. Les biographies d'écrivains sont certes nécessaires, mais leurs limites les marginalisent. Ce qui m'intéresse, c'est partir de l'œuvre et m'appuyer sur la biographie pour enrichir l'interprétation. Ce va-et-vient entre la vie et le texte n'est pas courant.

    J'aimerais bien le faire avec la vie sensuelle de Céline par exemple. On sait peu de chose sur ses rapports avec les femmes. Dans son œuvre, l'image féminine bascule entre la femme-bonniche et la femme-fée. On ne sait rien de sa sexualité, en fait. "
 (Lire, juin 1993).

 

 

 

 

 * Milan KUNDERA (écrivain de langue tchèque, naturalisé français): " On sait que Milan KUNDERA éprouve une grande admiration pour Céline. Ce que l'on sait moins, c'est qu'en Tchéquie, où ils ont le même éditeur, KUNDERA a renoncé à ses droits d'auteur afin que cela serve à financer une nouvelle traduction du Voyage au bout de la nuit.

Aux détracteurs de l'écrivain, il a magistralement répondu: " Des immatures jugent les errements de Céline sans se rendre compte que les romans de Céline, grâce à ces errements, contiennent un savoir existentiel qui, s'ils le comprenaient, pourrait les rendre plus adultes. "
  (BC juin 2009, Les Testaments trahis, Gallimard, 1993)
.

 

 

 

 

 * Tarmo KUNNAS (professeur finlandais de littérature comparée à l'Université de Jyväskylä enseignant à la Sorbonne): " Le jeune Céline est parfaitement conscient de la force des illusions irrationnelles. La vie est si écœurante qu'elle ne peut être tolérée qu'au moyen d'une ivresse : " Le monde ne dure que par l'ivresse généreuse de la santé, une des forces magnifiques de la jeunesse, qui compte aussi l'ingratitude et l'insolence. " L'ivresse irrationnelle implique aussi la jeunesse, la santé, l'injustice et la dureté, ce qui montre que la pensée " fasciste " se trouve déjà en germe dans la thèse sur Semmelweis. Malgré le ton assez pessimiste qui domine le récit, le docteur nous montre une petite religion de l'art, c'est-à-dire une illusion de plus, pour faire tolérer la réalité : c'est à propos des chansons populaires hongroises qu'il dit : " Aussi bien que la grande Musique , elles font comprendre le Divin... Ecoutez dans l'âme toute surprise, toute joyeuse d'être libérée d'un peu d'ombre , le charme de ces quatre notes assemblées... "

   Le jeune docteur est donc tout à fait conscient qu'il faut certains stimulants pour pouvoir vivre : joie, force ou foi. Nous trouvons cette même sagesse dans " l'Eglise ". La vie est un bagne pour Ferdinand, mais il y a le conseil bienveillant de Véra : " Vous savez bien que ce qu'il nous faut à tous pour vivre, c'est des excitants. ". Le malheur de Bardamu dans le " Voyage "  vient de ce que l'époque moderne ne lui offre plus de ces excitants, ni foi religieuse ou politique, ni idéaux authentiques, ni tâches bien définies. La vie moderne mène tout le monde au sentiment du néant. Ce sont les excitants instinctifs et irrationnels qui donnent le courage de vivre : "... c'était pas à envisager que je parvienne jamais moi, comme Robinson, à me remplir la tête avec une seule idée, mais alors une superbe pensée tout à fait plus forte que la mort et que j'en arrive rien qu'avec mon idée à en juter partout de plaisir, d'insouciance et de courage. " Bardamu nous donne une véritable leçon d'illusionnisme : " Il faut choisir, mourir ou mentir. "
  (Drieu La Rochelle, Céline, Brasillach et la tentation fasciste, Les Sept Couleurs, 1972).

 

 

 

 

* André LAGARDE (professeur et historien, co -auteur des célèbres anthologies scolaires - LAGARDE et MICHARD 1912-2001): " Je plaiderais volontiers en faveur de Céline [...] N'y a-t-il pas du Sainte-Beuve - là où il est le moins bon - dans certaine tendance à projeter sur l'œuvre les aspects dévalorisants de l'homme ? Condamne-t-on le poète Verlaine en invoquant les faiblesses de l'homme Verlaine ? "
 (Lettre à L'Idiot international de Jean-Edern Hallier, décembre 1993).

 

 

 

 

 * Pierre LALANNE (professionnel à la fonction publique du Québec, célinien émérite, créateur du blog: http://celinelfombre.blogspot.com): " Il n'y a que Céline pour oser associer ainsi, le communisme à l'âme. novembre 1938, publication de L'Ecole des cadavres, comment arrêter la déferlante, gigantesque vague de fond, qu'il voit surgir dans l'obscurité et qui menace ? Depuis son voyage en URSS, Céline est habité d'un délire fiévreux, la nécessité de prévenir, de crier et de hurler contre la résignation ambiante, la conspiration des puissants sur les évènements à venir, la nouvelle tuerie. Il se sait doté d'aucun pouvoir, impossible d'être entendu, les dés sont joués d'avance, d'où sa rage, cette incapacité d'inverser la marche forcée des névrosés ; une certaine écoute, bien sûr, ses livres sont lus, mais les véritables assises du pouvoir sont ailleurs, ils reposent en d'autres mains, sectes fanatiques de financiers monstrueux, tentacules visqueuses, ces mêmes créatures impitoyables qui, jadis, entraînaient navires et équipages au fond des mers.

   (...) Et Céline de parler de l'âme. Il faut s'attarder à ce passage, se laisser porter par la souplesse et la légèreté, d'un trait de plume, il décortique sa particularité ; l'âme est foncièrement libre, indépendante et anarchiste. (....) Céline donne à tous les gauchistes fanatisés et dogmatisés par les Saintes Ecritures marxistes et pseudo humanistes une terrible leçon d'humilité. L'écrivain nie, autant à l'autocratie totalitaire qu'à l'illusion démocratique, le droit de s'approprier l'âme de l'homme. Dans L'Ecole des cadavres, il nie à Staline le flambeau de l'avenir de l'homme, comme il nie aux puissances de l'argent le droit de précipiter, au nom de l'âme, l'homme à la mort guerre universelle. Aujourd'hui, nous pourrions facilement transposer ce que Céline dénonce par l'idéologie de la mondialisation et de l'uniformisation de l'âme au nom de la démocratie, de la liberté et des droits de l'homme. "
  (Le communisme dans l'âme, 22 août 2010, L'ombre de Louis-Ferdinand Céline).

 

 


 

 

* René LALOU (essayiste, historien de la littérature 1909-2009): Il peut sembler , d'abord, étrange que le second ouvrage publié par l'auteur du  Voyage au bout de la nuit porte ce titre L'Eglise et figure dans une collection intitulée " Loin des foules ". La signification de son titre symbolique, Céline ne nous la livrera qu'au dernier acte avec cette riposte de Bardamu : " C'est pas une religion, mon petit, Janine, la vie. Vous devriez le savoir ! C'est un bagne ! Faut pas essayer d'habiller les murs en église... il y a des chaînes partout.

 " Ce qu'il nomme l'Eglise serait donc toute la vie humaine telle que l'a peinte un faux idéalisme. Or, nous sommes par ailleurs avertis que cette comédie constituait la première version du célèbre Voyage. En la faisant paraître dans une collection à tirage limité, son auteur entend, je suppose, nous inviter à y chercher un comprimé de célinisme à l'état pur. "
 (Le cas Céline, L'Eglise, L'Ecole libératrice, 14 oct. 1933, dans Les critiques de notre temps et Céline, Garnier, 1976).

 

 

 

 

 

 * Luc LANG (écrivain, auteur d'une dizaine de romans, recueil de nouvelles, essais, prix Goncourt des lycéens 1998 pour Mille six cents ventres : " En ce moment je lis l'autre versant de Céline, le Céline d'après-guerre : Nord, D'un château l'autre. Ça me donne une énergie incroyable pour ce que j'écris en ce moment [...] Ce n'est pas seulement en terme d'inspiration, c'est en termes d'énergie, de rythme, de tempo, de liberté aussi.

  Il y a chez Céline une liberté dans l'écriture proprement incroyable. [...] En France, Céline excepté, pour trouver cette dimension, il faut remonter à Stendhal, à Flaubert. "
  (
Interviewé par Marc Weitzman, Les Inrockuptibles, 2-8 décembre 1998, dans L'Année Céline 1998).

 

 

 

 

 

 * Danièle LATIN ( professeur à l'Université de Liège) : " Styliste, coloriste, musicien de la " chose en soi ", jamais homme de littérature n'a mieux réalisé la vérité du style dans sa souveraineté individualiste. Jamais style ne s'est mieux révélé être, selon la définition de Roland Barthès, " la germination d'une humeur : langage inventé par lequel l'être " sort de la société " rejoignant dans la solitude l'écho d'une liberté secrète, durée intime ou " émotion " dont la vérité exclusive se fait réelle et opaque comme un corps.

    Si Céline " n'a pas d'idée ", il a par contre cette constance organique à dire. Il n'est peut-être pas d'artiste qui ait répété plus obsessionnellement que lui le même message, le même rapport au monde. Dans chaque œuvre, et d'œuvre en œuvre, les affabulations quasi interchangeables rencontrent un signifié unique, une seule et même référence, visée, ressassée de séquences en motifs et de scènes en symboles. Cette idée corporelle - ou " chose en soi " - ce sens du monde prégnant à l'émotion physique, est ce qui génère sans cesse en lui ces forces nouvelles nécessaires pour durer, dire et dénoncer. "
 (Voyage au bout de la nuit ou l'inauguration d'une poétique " argotique ", Revue des Lettres Modernes 462-467, 1976). 









 * Camille LAURENS (de son vrai nom Laurence RUEL-MEZIERES, romancière, prix Fémina 2000 avec " Dans ces bras-là " : " Mes livres préférés sont ceux dont la lecture m'aide à vivre, ceux auxquels je reviens sans cesse, sans lesquels je serais perdue. Ils sont liés à des moments essentiels de ma vie, à des passages. Je cite surtout des livres français parce que c'est la langue maternelle qui me panse et me donne à penser. Ainsi j'ai relu Voyage... après la mort de mon fils.

Les pages sur la mort de Bébert, mise en perspective avec une lettre de Montaigne et un texte de Plutarque, sont à la fois hilarantes et désespérées, elles creusent une sorte de tunnel dans le temps, comme seuls y parviennent les livres dont la portée est universelle. "
 (B.C. octobre 2009).


 

 

 

 

* Jacques LAURENT (romancier, journaliste et essayiste 1919-2000): " Quand Céline s'en prenait aux Juifs, ceux-ci lui fournissaient un nom, une image, une cible vers laquelle pouvait librement rouler son délire: les Juifs, pour lui, c'était les autres. Et s'il daignait examiner son cas c'était pour se perdre dans les autres et se déclarer juif carrément. " Grâce à mon genre incantatoire, mon lyrisme ordurier, vociférant, anathématique, dans ce genre très spécial, assez juif par certains côtés, je fais mieux que les Juifs, je leur donne des leçons ".

    Nizan voyait clair en voyant dans Céline un poète, en le peignant comme un " attardé de la dernière décade du XIXe siècle, un survivant authentique de la génération symboliste... Là où le symboliste des années quatre-vingt-dix écrivait azur, Céline écrit merde. "
 
(Enquête sur l'Histoire, printemps 1994).

 

 

 

 

 

* Paul LEAUTAUD (écrivain 1872-1956): " Par son Journal littéraire, on sait que Céline lui envoya, à sa parution, un exemplaire dédicacé de " Voyage au bout de la nuit " qu'il n'ouvrit même pas et dont il n'accusa pas réception. Au moment de l'attribution du Goncourt, il le feuilleta sur le conseil de son ami Auriant qui lui en avait dit le plus grand bien.

  Cette " littérature de mœurs populaires " ne l'emballe pas et, en 1936, lors d'un déjeuner chez Benjamin Crémieux où l'on célèbre " Mort à crédit ", il confirme son opinion sur le premier roman de Céline: " Je n'ai aucun goût pour ce style volontairement fabriqué, (...) les inventions ne m'intéressent pas, comme sujet ni comme forme ". Et d'ajouter que " dans moins de cinq ans, on ne pourra  plus lire un livre de ce genre. " (!)
 (B.C. n° 77, janvier 1989).

 

 

 

 

 

 * Chantal Le BOBINNEC (amie de Gen Paul, auteur de Gen Paul à Montmartre): " Entre 1950 et 1964, Chantal Le BOBINNEC fit partie du cercle des amis du peintre montmartrois. Ayant appris à jouer de la guitare elle plut à Gen Paul qui avant de jouer de la trompette au cirque Médrano avait taquiné la guitare.

   Habituée de l'atelier de l'avenue Junot elle y côtoiera une faune typiquement montmartroise: Daragnès, Marie Bell, Fernand Ledoux, Charles Aznavour, Francis Lai, Marcel Jouhandeau, Marcel Aymé... Et Céline... que Gen Paul rencontra dans les années 1930, avec leur longue amitié. Amitié qui ne survivra pas à la guerre et aux accusations délirantes de l'écrivain. "
 (Gen Paul à Montmartre, présentation Claude Duneton, 1 mai 2008).

 

 

 

 

 

* Hervé Le BOTERF (écrivain, historien breton 1921-2000): " Robert manifeste son affection et son admiration pour celui dont il a adopté l'écriture pointilliste, la "petite musique" de style cadencé et qui demeure par-dessus tout, son directeur de conscience: - " Sa prose est hachée - sautillante, haletante, bougeuse en tous sens - uniquement travaillée, savamment, pour être lue visuellement et subjuguer ! Mais pour la lire à haute voix, c'est une autre affaire, il faut trouver la manière de lire toutes ces inventions innombrables qui participent, sans ordre, du récit, du dialogue, de l'action, de l'observation de l'auteur... etc.

 J'y ai réussi d'emblée (1). Je n'en peux pas être honteux ! au contraire en dépit de toute la faiblesse et de souffrances ! L'exercice de la vieille profession m'a reporté à l'aisance du comédien accompli d'il y a vingt -cinq ans ! Quelle résurrection incroyable ! J'y suis pour fort peu de chose ! La Nature seulement.
 (Robert Le Vigan, le mal aimé du cinéma, France-Empire,1986, p.188).

 (1) Allusion à une bande sonore des textes de " Nord " et de la correspondance de Céline que Le VIGAN a enregistrée, en vue d'en tirer un disque.


 

 

 

 

* Dominique LE BOUCHER (écrivain, éditrice ): " (...) L'antisémitisme de Céline, qu'on nous foute la paix avec ça, qu'on nous lâche les baskets dans ce pays où le racisme ordinaire sévit à tous les coins de rue, dans toutes les cités de banlieue sans déranger personne et où on pourrait croire qu'on a tondu à la Libération assez de femmes ayant été dénoncées par de braves gens tout aussi braves que ceux qui dénoncent les gamins des cités aujourd'hui mais elles, ça n'était pas pour avoir volé un sac de bonbons, c'était pour avoir couché avec l'occupant... Mais non ! on n'en a pas assez de cette morale-là, il en faut encore et encore...

   Toute l'existence de Céline, l'homme et l'écrivain, s'est nouée à vingt piges quand il a vu, comme il le raconte dans Voyage, défiler un régiment juste avant la déclaration de guerre en 1914 et que lui, Ferdinand Bardamu, s'est précipité s'engager au 12e cuirassiers à Rambouillet alors qu'il était encore complètement " puceau de la vie " et que la grande boucherie s'annonçait... Cette première aventure va d'ailleurs donner le texte fabuleux de Casse-pipe illustré, avant Voyage et Mort à crédit, par les dessins extra terrestres de Jacques Tardi... Un texte où l'on voit apparaître le spectre de ce qui ne cessera de poursuivre Céline et qui est la clef de tout : la folie guerrière haineuse, meurtrière des hommes et son désir à lui de l'empêcher à tout prix alors même qu'il est englué à l'intérieur du désastre de l'immonde, de l'impensable... "
  (BC n°299, juillet-août 2008).

 

 

 

 

 

 

 * J. M. G. Le CLEZIO (écrivain, prix Nobel de littérature 2008): " On ne peut pas ne pas lire Céline. Un jour ou l'autre on y vient parce que c'est ainsi, parce qu'il est là, et qu'on ne peut pas l'ignorer. La littérature française contemporaine passe par lui, comme elle passe par Rimbaud, par Kafka et par Joyce. Céline appartient à cette culture continuellement naissante qui est en quelque sorte le rêve de la pensée moderne. "
 (Le Monde, supplément, 15 février 1969).

 

 

 

 

 

 

* Henri LEFEBVRE ( sociologue et philosophe marxiste 1901-1991): " Cher confrère, / Je vois que vous êtes parti du pied droit pour réformer l'humanité. C'est demain le 14 juillet. La ville est à vous ! N'hésitez pas ! / Mais quel drapeau allez-vous planter tout en haut ? La croix gammée ? La faucille ? Le marteau ! Le râteau ! Avec vos " désespoirs et colères si vivantes ".

  Qui sera gouverneur ? Tout est là. Monsieur Gide ? Ses petits amis ? Ubu ? Qui ? Vous-même ? / On est foutu, confrère, quand on se prend au sérieux. Votre remontage de morale pue la guerre et " la madelon ". / Oh, les colères vivantes ! Viens nous verser à boire ! / Bien à vous. / L.-F. Céline. "
  (Lettre du 13 juillet 1933, Lettres, Pléiade 2010).
    

 

 

 

 

 

* Maurice LEMAÎTRE (de son vrai nom Moïse Maurice Bismuth, artiste, écrivain et poète, grande figure du lettrisme des années 50): " Céline a, sans doute, à se justifier, voire même à répondre de certaines " maladresses ". Mais à se justifier devant qui ? devant quoi ? La justice en France, aujourd'hui n'est que dérision. Et le procès Céline, s'il ouvre, ne peut-être, comme tous les autres procès de même nature, qu'un procès dérisoire.

   Car la culpabilité de l'auteur du Voyage n'atteint pas la hauteur de celle de bien de notoires profiteurs et tortionnaires de la collaboration, libres aujourd'hui, d'écrivains " dédouanés ", de politiciens et généraux blanchis.

  On essaie, sans doute, par le silence fait autour de lui " de lui faire payer, expier ses livres d'avant-guerre, ses succès de littérature et de polémique d'avant-guerre ". Par souci d'objectivité et d'information ainsi que pour permettre aux écrivains et personnalités que Céline met en cause de se justifier de cette accusation, nous ouvrons nos colonnes à ceux-ci, consultés pour vous. "
 (Le Libertaire, 13 janvier 1950). 

 

 

 

 

 

 

 
* Charles LE QUINTREC (écrivain et poète breton 1926-2008) : " Il y a deux grands écrivains dans le XXe siècle qui sont des survenus, des surgeons magnifiques qu'on ne peut pas greffer: Proust et Céline. Combien de jeunes romanciers j'ai vu se perdre dans ces méandres ! "

 
(Le Journal des Bretons, novembre 1994).

 

 

 

 

 

* Claude LEVI-STRAUSS (anthropologue et ethnologue 1908-2009): Parmi les dix titres de livres que les lecteurs de " L'Evènement du jeudi " et les auditeurs de France-Culture tiennent pour les plus importants figure " Voyage au bout de la nuit " . Les autres titres étant: " A la recherche du temps perdu ", " L'étranger ", " La condition humaine ", La peste ", " Mémoires d'Hadrien "," La nausée ", " Le petit Prince ", " L'écume des jours " et " Tristes tropiques ".  L'auteur de ce dernier, Claude LEVI-STRAUSS, à qui on demandait lequel des neuf autres livres retenait sa préférence mettait Proust et Céline ex -aequo : " Je me souviens très bien que, l'année de la parution de Voyage au bout de la nuit, j'étais secrétaire général de l'Association des étudiants socialistes. J'avais écrit un article pour défendre haut et fort le roman de Céline contre mes camarades qui le jugeaient inacceptable pour la seule raison que le livre avait été découvert par Léon Daudet ! Proust et Céline : voilà tout mon bonheur inépuisable de lecteur. Quel honneur, aujourd'hui, d'être soudain à leurs côtés ! "
  (
BC décembre 1990). 

* Dans L'Etudiant socialiste, article de Claude LEVI-STRAUSS : " Le Voyage au bout de la nuit, de Louis-Ferdinand Céline, est sans doute l'œuvre la plus considérable publiée depuis dix ans, à la fois par sa valeur profonde, et par la formule volontairement outrancière et agressive qui lui donne une allure de manifeste, et de manifeste libérateur. [...] Haine des hommes ou plus exactement de la société qui les rend mauvais. Cynisme fait de découragement devant l'énormité des difficultés qui brisent tout effort ; révolte contre toutes les formes d'oppression et d'injustice, telle nous apparaît la pensée de Céline.
  A cet égard, le début de Voyage apporte les pages les plus véridiques, les plus profondes et les plus implacables qui aient jamais été inspirées à un homme qui refuse d'accepter la guerre. "
  (Eric Mazet, Spécial Céline n°12, février, mars, avril 2014).

 

 

 


* Herbert R. LOTTMAN (écrivain et journaliste américain , vit à Paris depuis 25 ans): " L'iconoclaste Céline, à l'écart de tous pendant les années trente, presque aussi éloigné de la droite que de la gauche, nia dans Bagatelles pour un massacre que son voyage en URSS lui eût été offert. " J'ai tout payé de mes clous... de mon petit pognon bien gagné, intégralement : hôtel, taxis, voyage, interprète, popote, boustif... " En effet, les Soviétiques lui devaient encore de l'argent - deux cents roubles de droits d'auteur.

 Mais, en avouant qu'il avait dépensé l'argent gagné, Céline révélait sans s'en rendre compte qu'il avait, lui aussi, bénéficié du traitement de faveur que réservaient les Soviétiques à ceux qu'ils désiraient cultiver. Dans la situation qui régnait alors, les Soviétiques ne payaient rien aux auteurs traduits, à moins qu'il ne s'agît de personnalités à " conquérir ". Au vrai, Céline s'était rendu là-bas en 1936, à l'invitation du gouvernement soviétique, afin d'y dépenser des droits qui lui furent payés en devises non exportables. Le camp soviétique avait tout simplement fait, dans son cas, un mauvais calcul. "
 (
La Rive gauche, Seuil, 1981, p.92).